‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 107 sur 138 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

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tel prix que ce soit pour l'emmagasiner et revendre ensuite à ceux qui payent en argent.

Bois et charbons. ^ OUivier, Kerchoves et autres disent qu'au port de la vieille Place aux Veaux et & celui des Tuiles, la distribution s'est faite avec beaucoup d'ordre; les mêmes inspecteurs observent que des citoyens de la section du Faubourg-Montmarlre se sont présentés au port de la vieille Place aux Veaux avec une charrette pour enlever soixante-quinze demi-voies de charbon; le public s'est opposé, la livraison n'a pas eu lîeu. Il a été écrit à cet égard à l'Agence des subsistances, qui, a-t-on dit, avait donné une autorisation pour cet enlèvement.

Swveillawe. — D'après les rapports de Le Camus et Lebois, il parait que l'on se sert de citoyens de toutes les classes pour jeter le trouble et Taire un soulèvement dans les tribunes de la Convention. Un individu s'est permis, depuis deux jours, les propos les plus contre-révolutionnaires ; cet homme est un marchand de légumes à la Halle. La Commission a donné des ordres très sévères pour qu'il soit conduit devant elle, pour, de suite, l'envoyer au Comité de sûreté générale.

flonneton dit qu'un citoj'en qui tenait un langage de Jacobin au Jardin national a été conduit par le peuple au Comité de sâreié générale.

Tous les bons citoyens se sont invités à se réunir pour empêcher les mauvais propos qu'on a reprochés au citoyen Gaston, représentant, qui s'est mêlé dedans un groupe d'avoir dit qu'il craignait que ceux qui avaient abattu les tyrans au 9 thermidor ne reprennent leur place. On a même fort engagé le citoyen qui avait entendu le propo» d'aller en faire déclaration au Comité de sAreté générale; mais, la force armée ayant fait dissiper le groupe, ce citoyen s'est retiré.

Dupuy annonce que, dans le Jardin national, des citoyens se sont plaint amèrement du défaut des subsistances ; d'autres citoyens les ont repris sur leurs propos.

Vers six heures et demie, suivant le même inspecteur, une personne de cinq pieds cinq pouces, vêtue d'une houppelande brune à revers rouge, portant un bonnet de police, a prêché la révolte, en disant que, si tout le monde lui ressemblait, tout, sous peu, changerait de forme. Le peuple s'est jeté sur lui et on l'a conduit au Comité de sûreté générale.

Boyer dit que le public paraîtrait souhaiter que la Convention, quoiqu'elle ait décrété la liberté du commerce, défendit la vente de l'argent, parce que les agioteurs ne cessent de le regarder comme

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une propriété, dont ils peuvent disposer comme bon leur semble.

Suivant les rapports de DorléansetBuffe,dans un groupe au Jardin national, on a menacé une femme de la fouetter, disant qu^elle ne devait pas faire de motions incendiaires; tous les bons citoyens ont dit qu*il ne fallait jamais user de voies de fait.

Pépin rapporte qu'on avait entendu dire, hier soir, que Ton avait envoyé un renfort à l'Arsenal, que l'on se méflait de quelque chose ; la Commission a fait surveiller toute la nuit autour de cet établissement; on ne s'est aperçu de rien

Suivant le rapport de Bagnard, dans la section du Contrat-Social, plusieurs boutiques sont fermées et les marchands sont endimanchés. Les femmes attendaient leur tour pour entendre la messe, qui se disait

dans une chambre

Barbar[N, Hannocoue-Guérin.

(Arch. nat., F««m, Seine, 15.)

Journaux.

Journal de Perlet du 25 ventôse : « Le calme règne dans Paris. Cependant des malveillants cherchent à exciter des agitations en sens contraire. Ils profitent des embarras dos subsistances pour aigrir les citoyens peu fortunés, comme si la Convention pouvait réparer en quelques mois les maux faits au commerce et à Fagriculture par deux années de tyrannie et par les lois absurdes qui ont étouffé longtemps toute espèce d'industrie et de reproduction I Des inquiétudes exagérées sur les subsistances ont fait recommencer les queues à la porte dés boulangers. On a fixé, depuis deux jours, la quantité de pain qui doit ôtre fournie à chaque citoyen. On espère que celte mesure cessera bientôt d'être nécessaire d'après tous les moyens que le gouvernement ne cesse de prendre pour Tapprovisionnement de Paris. Le renchérissement progressif des denrées et de tous les objets est aussi une cause trop active de fermentation. Les agitateurs ne cessent de Tattribucr à la malveillance, quoiqu'ils sachent bien qu'il est dû à l'énorme quantité d'assignats en circulation, et qu'il ne peut s'arrêter que lorsqu'on aura trouvé des moyens pour en retirer un grand nombre. La Convention s'en occupe. Les Comités en font l'objet de leurs méditations. Mais c'est un problème extrêmement difficile... »

Rapport du 26 ventôse.

Esprit public. — La malveillance s*agite en tous sens pour armer les citoyens les uns contre les autres ; affiches, pamphlets, propos les

plus dangereux dans les groupes, tout est mis dans ce moment en usage. Les alarmes sur les subsistances, la réduction décrétée du pain par chaque individu, sont présentés, par les agitateurs, sous les couleurs les plus envenimées et les plus capables de soulever contre le gouvernement. Cependant, au milieu de ces orages, la classe la plus nombreuse des citoyens attend, avec tranquillité et courage, du zèle de la Convention nationale le terme des maux dont elle est accablée.

La surveillance exercée dans les faubourgs Montmartre et du Temple, aux cabarets des Percherons, de la Nouvelle-France et de la Courtille, rapporte que ces endroits étaient peu fréquentés hier; partout les ateliers étaient en activité.

Dans le courant de Taprës-midi^ au Jardin National et près la Convention, il se forma nombre de groupes, ainsi que dans divers quartiers, où Tagitation et les murmures se faisaient entendre sur le décret de réduction de pain, aussi que sur la rigueur des marchands en général, qui au lieu de chercher à tranquilliser les citoyens, en leur faisant payer le prix, leur annoncent à. chaque instant du jour qu'ils n'en resteront pas là.

Mailly rapporte qu'au café de Chartres le rassemblement des jeunes gens était considérable et très tumultueux. On fit lecture d'une brochure qu'ils regardèrent comme une diatribe dirigée contre eux; ils nommèrent à l'instant six d'entre eux pour aller chez le rédacteur ; ils se rendirent ensuite en grand nombre au Jardin National en criant : A bas les Jacobins! A bas les terroristes l et passèrent ensuite auprès des différents groupes, qui restèrent calmes et immobiles, et, après plusieurs tours, ils entrèrent au café Payen, où ils ont juré d'assommer sur la place tous les Jacobins qu'ils trouveraient. Le même rapporte qu'au Jardin-Égalité un militaire, revenant de l'armée avec un bras de moins, avait été insulté par ces jeunes gens.

Suivant le rapport du commissaire de l'Arsenal, le port Saint- Paul a été submergé; mais les soins et l'activité ont prévenu les accidents; toutes les marchandises ont été sauvées.

Tous les spectacles ont joui de la plus parfaite tranquillité.

Commerce. Pain. — Suivant les rapports de Massard, officier de paix, Loctave et nombre d'inspecteurs, les rassemblements étaient considérables aux portes des boulangers dans les lieux soumis à leur surveillance. La réduction du pain, sur ce qui revient à chaque citoyen, y échauffait très fort les esprits. Oury, un desdils inspecteurs, rapporte que, malgré cette diminution, aucun boulanger des

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sections de la Fraternité et des Plantes n*a pu satisfaire toutes ses pratiques; notamment chez le nommé Galin, plus de cent personnes n'ont pu être servies faute de farine. L'on disait que cela ne pouvait durer et qu'il fallait un coup. La disette de cette denrée et la difficulté d'en procurer excitent un mécontentement général. Dans les rassemblements il se tient des propos très incendiaires, qui affligent les bons citoyens. D'ailleurs rien de contraire à la tranquillité publique.

Dupont dit que plusieurs personnes se plaignent du nommé Legoix, marchand de vin, rue de la Convention, de ce qu il délivre chez lui, tous les jours, à toute heure, à des gens de la campagne des pains de quatre livres, qu'il échange contre des denrées; on surveille ce marchand de vins.

Viande et autres comestibles. — Il résulte des rapports de Poinsignon, Bercet et autres que, dans les lieux qu*ils ont surveillés, les rassemblements aux portes des bouchers et charcutiers étaient très nombreux de très bonne heure ; ils observent que la distribution de la viande s'est faite légalement et avec la plus grande tranquillité.

Massard, officier de paix, Loctave et autres rapportent que les halles et marchés étaient bien approvisionnés ; celle à la viande pareillement bien fournie, mais peu de moutons; environ quarante porcs; les œufs sont en abondance, mais beaucoup de gâtés. La tranquillité a régné partout.

Du âO jusqu'au 24, suivant DessauU, officier de paix, il est arrivé au carreau de la Halle 13,587 livres de heurre, 238,570 œufs, i,496 douzaines de fromages de Brie et de Neufchatel.

Bois et charbons, — Suivant les rapports de Bergeret, Baron et Bocquoin, la livraison de bois n'a point eu lieu au chantier de Déségouttes, attendu que le public n a jamais voulu se mettre en ordre ; ils observent que la force armée n'arrive à ce chantier que lorsque l'affluence de monde est considérable.

Roblastre et Ancion disent qu'à la place des Piques l'on se plaignait de l'Agence des subsistances, ainsi que du gouvernement. Ces plaintes étaient occasionnées par la disette de bois. L'on disait que si, sous trois jours, il n'arrivait pas de bois sur cette place, l'on verrait beau jeu. On surveille les agitateurs.

Selon Yassor, Yontschritz et autres, la distribution du charbon au port de la vieille Place aux Yeaux s'est faite avec le plus grand ordre.

Swrveillance. — Suivant le rapport de Vivier, d'après sa surveillance au Jardin National, il parait que des jeunes gens, mêlés dans

les conversations qui s'y tenaient relativement au pain, ont dit qu'il nV avait que des terroristes qui pouvaient improuver le décret qui fixe la quantité accordée à chaque citoyen, que tous les bons citoyens devaient s'en contenter. Ces réflexions ont été combattues, mais on n y a pas moins persisté.

Chevalier annonce que la porte de l'église ci-devant des Billettes, donnant sur la rue, qui était à moitié ouverte le matin, à cause de la grande afïluence du peuple, a été exactement fermée toute Taprès-midi. Tout a été très tranquille.

Il résulte du rapport de Jeanson qu'il y a eu des rassemblements hier soir au bas du pont de la Raison et en la place des Droits de THomme, ci-devant marché Jean. On se plaignait fort des marchands, qui vendent à des prix exorbitants, au point que les pauvres ne peuvent atteindre à rien; que, manquant de pain, qui était la seule chose qu'il y avait à bon marché, on serait bien bête de ne se point montrer.

Pépin annonce que, suivant le rapport de cet inspecteur, le public est toujours inquiet sur les troupes qu'on dit être autour de Paris, malgré le rapport à ce sujet du Comité de salut public, dont des malveillants s'efforcent de détruire l'effet dans l'opinion publique.

Hosteaux rapporte que, dans la visite des imprimeurs qu^il a faite hier, on lui a dit qu'il devait paraître aujourd'hui un libelle très méchant, intitulé le Dernier covp de tocsin ; il a fait son possible pour découvrir le lieu où il s'imprimait ; il n'a pas réussi. La Commission a pris des mesures pour s'assurer de l'existence de ce libelle.

Delâhaye, Champenois.

(Arch. nat., F > <= m, Seine, 13.)

Gazette française du 26 ventôse : « Paris, 25 ventôse. Il y avait aujourd'hui deux sortes de queues : queue à la messe, queue à la porte des boulangers. On croit que cette dernière va cesser, car on a vu arriver aujourd'hui une assez grande quantité de voitures de farines. Les intrigues des Jacobins, jointes à la lassitude qu'éprouve le peuple, occasionnent ces sollicitudes, qui paraissent d'ailleurs mal fondées. Un étranger qui arriverait en ce moment à Paris s'apercevrait sans peine que c'est aujourd'hui dimanche. La plupart des boutiques sont fermées, et l'on voit dans les rues, dans les places publiques et aux promenades, que la plus grande partie du peuple a choisi ce jour-là pour son repos. 11 paraît qu'il en est ainsi des départements. Cette marclie rétrograde de la nation française fait assez sentir l'inutilité des efforts qu'on a faits pour établir un nouveau calendrier. Cette réforme, qui ne doit sa source qu'à notre manie de tout vouloir détruire^ est d'autant plus frivole que

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notre ancien calendrier est tout aussi parfait qu'il peut Tôtre, et que les peuples protestants eux-mêmes, malgré leur aversion pour ceux qui lui ont donné naissance, ont été forcés de l'adopter. On ne conçoit guère d'ailleurs l'utilité des mots qu'il a plu à Fabre d'Eglantine de substituer au nom des saints. I.es cultivateurs n'ont assurément pas besoin qu'on leur indique l'usage qu'ils doivent faire de leurs bras, ni de leurs instruments aratoires. Plusieurs des saints, que nous avons vus proscrits, offraient au moins des exemples de vertus à suivre, et ces^modèles-là n'étaient peut-être pas à dédaigner dans un siècle aussi corrompu comme le nôtre. Au surplus, on ne voit pas ce que font, dans notre nouveau calendrier, ces cinq jours sans-culotiides, qui remplacent les épagomènes des Grecs et des Egyptiens. C'est au plus un hors ■d'œuvre, qui paraîtrait désigner notre ignorance en astronomie. D'ailleurs, le mot sam-culoite ne rappelle que trop à la nation française les actes féroces •et barbares dont elle a été victime. Loin de le consacrer dans nos fêles, dans nos calendriers, dans nos obsei^ations astronomiques, l'honneur de la nation semble exiger qu'il disparaisse pour jamais de notre dictionnaire. » — Messager du soir du 26 ventôse : « Paris, 23 ventôse. Ceux qui ne savent pas que c'est aujourd'hui dimanche en sont avertis par les nombreuses queues que l'on remarque à la porte des anciennes églises. Nous apprenons qu'aux environs de Paris les fêtes sont célébrées avec leur antique solennité. Certain pasteur a jugé à propos d'excommunier, pour la plus grande gloire de Dieu et la plus grande édification de ses ouailles, tous ceux qui se sont mariés simplement à la municipalité, sans la participation du ministre du Seigneur. Un Jacobin, ayant appris que M. le curé accusait de concubinage tous ceux qui -se trouvaient dans ce cas, se mit en colère et parlait de le déporter à la Carrier, -ou tout au moins de ne pas lui laisser une seule de ses deux oreilles. Un brave homme lui réplique. « Crois-tu à son latin? — Non. — Eh bien, que )> t'importe qu'il t'excommunie, te damne ou t'absolve? Pardonne aux simples )> leur crédulité. Tes semblables seraient bien heureux, s'ils n'avaient pas de » plus grandes erreurs à se reprocher. »

Rapport du 27 ventôse.

Esprit public. — L'incendie de Meudon a donné beaucoup d'inquiétude aux bons citoyens, mais ils ont été rassurés en apprenant que les suites n'avaient pas été aussi désastreuses qu'elles auraient pu Têtre, et que personne n'avait péri.

Au Jardin national et près la Convention les groupes étaient fort nombreux dans l'après-diner ; on y entendait quelques plaintes sur le décret qui fixe une livre de pain par jour à chaque individu. La grande majorité des citoyens regarde cette mesure comme nécessaire

RÉACTION THERBiroORIENNE

et tâchait d*en convaincre ceux à qui il échappait des plaintes, en les engageant à souffrir avec courage cette privation momentanée; mais ces groupes se dissipèrent le soir par une patrouille qui passait avec prudence au milieu d*eux, et tout a été assez calme.

Sur les sept heures du soir, les jeunes gens du café de Chartres sont entrés au Jardin national en chantant : Vive la Convention ! le Réveil du peuple et à bas les terroristes I Ils se rendirent ensuite au café Payen, où ils ont fait la même chose ; de là, [ils] sont revenus au café de Chartres rendre compte de ce qu'ils avaient fait, ajoutant que les groupes étaient assez mal composés, et que, dorénavant, ils se rendraient au Jardin national de meilleure heure pour dissiper les groupes où il se trouverait des Jacobins.

Il a été rendu compte, dans le même café, d'un voyage fait par quelques-uns de ces jeunes gens à Saint-6ermain-en-Laye, pour inviter la municipalité à faire disparaître de tous les lieux publics le bonnet rouge et y substituer un bonnet tricolore.

Les plaintes continuent toujours sur la cherté des subsistances et la difficulté de s'en procurer. Les rassemblements augmentent aux portes des boulangers et commencent de très bonne heure; beaucoup de citoyens se plaignent de ne pas avoir de pain.

Aucun événement n'a troublé Tordre dans les spectacles.

Commerce. Pain, — Fabre, Semé et tous les autres inspecteurs chargés de surveiller la distribution du pain rapportent que les rassemblements aux portes des boulangers sont toujours très nombreux, qu'on y témoigne des mécontentements sur la diminution du pain et sur sa mauvaise qualité, que, malgré la retenue, plusieurs personnes n^ont point eu de pain, ce qui occasionne des murmures. Semé ajoute que les commissaires chargés de la délivrance du pain ont dit qu'ils ne voulaient pas se rendre à leur poste, si on ne donnait point la quantité portée sur les cartes. Ces inspecteurs n'ont d'ailleurs rien remarqué de contraire à la tranquillité publique.

Viande et autres comestibles. — ...Les halles et marchés étaient bien approvisionnés, ainsi que celle à la viande, où il y avait environ quarante cochons. Loctave observe qu'il serait urgent de mettre en vigueur les règlements de police aux halles, pour réprimer les abus qui y existent ; la Commission s'occupe de cet objet.

Le 26 et 27, il est arrivé aux halles 476 voitures de différentes denrées et 4 de marée.

Semé rapporte, qu'à la Halle, trois femmes, nommées Giroux, marchande de tètes de veaux. Loyer et Dyzalie, marchandes de volailles, répandent les propos les plus incendiaires contre les autorités cons-

tituées et la Convention nationale, en disant qu'il faut guillotiner tous ceux qui ont été et qui sont en place. Il observe que ces trois femmes sont dans le cas de corrompre les esprits ; des ordres sont donnés pour surveiller plus efficacement que ne Ta fait cet inspecteur et pour traduire devant les autorités constituées ceux qui tiennent des propos incendiaires et anarchistes.

Bois et charbons, — Du rapport de Losset et Murât, il résulte qu'au raccueillage le public s'est fait servir le bois destiné aux boulangers. Un préposé aux subsistances et le commissaire de police ont voulu faire cesser la vente, mais les esprits se sont échauffés ; ces fonctionnaires ont été obligés de s'évader, et la vente a continué avec calme.

Bergeret, Baron et Bocquoin ont requis la force armée du poste de la porte Antoine pour faire ranger le public au chantie r de Déségouttes, rue d'Aval ; le sergent n'a pas voulu leur donner de volontaires; ces derniers ont répondu qu'ils ne marcheraient pas, attendu qu'ils allaient chercher leur pain ; malgré ce refus, la tranquillité a régné à ce chantier, et la livraison a fini à midi, faute de bois.

Surveillance, — Suivant le rapport de Samson, inspecteur, entre autres propos qui se sont tenus dans un groupe, rue des Arcis, on a entendu qu'il était inutile d'aller au Palais-Royal. « Car, disait-on, c'en est un véritable ? on y voit tous les jeunes freluquets. Qu'y viennentils faire? La contre-révolution. Tous les chevaliers du poignard, qui vivent à nos dépens à 50 livres par tète, ont beau faire les fanfarons, cela ne durera pas longtemps : nous leur ferons danser la Carmagnole . »

On a parlé du régime avant le 9 thermidor, où les marchandises ' n'étaient pas aussi chères, et l'argent était au pair avec les assignats. . Ce n'est pas, ajoute-t-on, qu'on désire ce régime, où on commettait des horreurs ; mais on désirerait que Ton mit un frein à la cupidité des marchands, et que l'on ne les soutînt pas pour écraser les sans-culottes.

Bétrémieux et autres disent que l'on se plaint beaucoup de la jeunesse fréronnière, (c'est ainsi qu'on l'appelle); elle maltraite de paroles et même de coups tous ceux qui ne lui plaisent pas. Hier soir, dans le Jardin national, un particulier a été maltraité par elle ; on lui a volé son portefeuille.

Honneton rapporte qu'on disait hier, à raison de l'événement arri^ à Meudon, que les malveillants cherchaient à nous détruire petit 'à petit, que c'était encore un coup d'aristocratie.

fl6 MARS 1705] RÉACTION THERMIDORIENNE 570

Deux femmes qui se plaignaient du pain, disant qu'elles n'avaient que cela et qu*on le leur ôtait, ont été arrêtées et conduites au Comité de sûreté générale.

Un citoyen qui disait qu'il y avait une faction abattue, et qu'il y en avait une autre qui régnait, a été arrêté et conduit au Comité de sûreté générale.

Naflel annonce que, dans différents cabarets, autour du Mont-de- Piété, les ouvriers disaient : « Nous avons juré la République, nous la soutiendrons ; nous voulons être libres ; notre point de ralliement est à la Convention. »

Suivant le rapport du Buffe et de Dorléans, une femme qui, au Marché-Neuf, a arraché des mains du commissaire civil une proclamation qu'il faisait à six heures du matin, a été arrêtée.

Pépin rapporte qu'à la place de Grève, les ouvriers ont manifesté du mécontentement sur la diminution de la quantité du pain et disaient : u Point de pain, point de travail. »

Il résulte du rapport de Pierre, inspecteur, qu'un citoyen du faubourg Antoine, ayant couché à Vincennes, lui a dit, ainsi qu'à d'autres, qu'il pourrait bien sous peu en arriver autant au magasin à poudre à Vincennes qu'à Meudon, que le magasin à poudre à Vincennes n'est pas surveillé, qu'il n'y a qu'un factionnaire, que Ton y entre la pipe à la bouche et des souliers aux pieds. Copie de ce rapport est envoyée au Comité de salut public.

Suivant Petit et Boissel, dans la section du Finistère, les femmes engageaient tous les ouvriers à se rassembler pour aller à la Convention. Des ouvriers se sont portés chez le commissaire de police pour avoir la sonnette ou un tambour pour rassembler le peuple. Le commissaire s'y est refusé.

' Rollin rend compte que, dans le faubourg Marceau, un rassemblement assez considérable s'est formé, au milieu duquel on criait qu'il fallait du pain. Un détachement de cavalerie de huit hommes s'est présenté pour diviser ce rassemblement, en demandant ce que Ton voulait ; il a été répondu qu'on allait à la Convention pour demander du pain. « Nous sommes tous frères, a-t-on dit, nous sommes sans armes, et nous ne voulons faire aucun mal. » On a été au Comité civil de la section pour engager les membres à marcher avec le rassemblement. Il paraît que deux membres n'ont pu se dispenser d'y aller.

Le commissaire de police de la section du Jardin des Plantes rapporte qu'un commissaire civil de cette section, proclamant la loi qui fixe la quantité de pain à^ délivrer, a été couvert d'invectives,

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571 REACTION THERMIDORIENNE [16 3L\rs 1795]

repoussé avec violence, et qu*il s^est tenu des propos injurieux à la représentation nationale. Ces faits ont eu lieu dans diverses rues, et notamment dans la rue du Bon-Puits, où la proclamation n'a pu être faite .

D'après le rapport de Gaillouet, il parait que la section des Gravilliers a été en masse à la Convention, qu'à la suite de la pétition une partie de ceux qui étaient aux tribunes seraient descendus avec précipitation, ayant appris que le grand poste de la Convention avait été forcé, et qu'un individu a été arrêté.

Alletz, Jacot.

(Arch. nat., F * « m, Seine, 15.)

Journaux.

Gazette française du 28 ventôse : « Paris, 27 ventôse : Les jeunes

gens du Palais-Royal, dont le chcMieu de réunion est au café de Chartres, ont fait hier quelques promenades civiques dans Paris; ils ont été jusqu'à la place de THôtel de Ville, en invitant partout les citoyens au maintien de Tordre et de la tranquillité. Partout où ils apercevaient des piques surmontées du bonnet de galérien, ils faisaient disparaître ce signe trop remarquable de nos malheurs. » — Courrier républicain du 29 ventôse ; « Paris, 28 ventôse: Hier au soir, il y avait aux Tuileries des groupes très animés. Des tricoteuses de Robespierre parlaient du rogne de leur bon ami, qu'elles trouvaient très salutaire; des hommes à grands sabres, qui leur avaient sans doute scni de souteneurs dans quelques lieux que la décence ne permet pas de nommer, appuyaient et partageaient les discours de ces femelles carnivores; mais le Réveil du peuple est arrivé, les bons citoyens se sont répandus dans les groupes et ont imposé silence à ces furies, qui sur-lc-chanip ont changé de langage. Les souteneurs ont voulu résister, mais ils ont été traînés dans la boue et ensuite au Comité de sûreté générale. >> — Journal de Perlet du 28 ventôse : a Une assez grande fermentation règne dans une partie de cette commune. Des rassemblements ont eu lieu hier dans quelques quartiers. Des malveillants se sont servis de la réduction des citovens à une livre et demie de pain pour aigrir les esprits d'une portion du peuple. Des cris ont été poussés contre les marchands. Des provocations séditieuses ont été faites. Mais des mesures sont prises par le gouvernement pour prévenir les discordes et assurer le calme. Des représentants ont été envoyés dans les faubourgs qui paraissaient agités, pour éclairer la raison du peuple et lui montrer les pièges qu'on lui tend. » — Même journal, n** du 29 ventôse : « Une vive agitation a eu lieu avant-hier soir dans quelques quartiers de Paris. Cependant l'ordre n'a été troublé nulle part. »

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