‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 115 sur 138 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

homme avait en mains un sabre et un pistolet et avait Tair de menacer ; il a été arrêté et conduit au Comité de sûreté, ce qui a paru satisfaire les citoyens.

Des ouvriers qui faisaient partie des patrouilles ont dit qu'on leur faisait perdre leur temps, qu'ils avaient assez de peine à gagner leur vie, vu la cherté des denrées.

D'après le rapport de Chevalier et Lemaire, un officier à la tète d'une patrouille, dans le Jardin national, a été arrêté, parce qu'il a été reconnu pour un vrai Jacobin.

Deux, individus sortis du café de Chartres au Jardin-Égalité ont engagé plusieurs autres de marcher aux Tuileries, [disant] que les jeunes gens avaient le dessous à la terrasse des Feuillants ; ils y ont été» mais les patrouilles, qui y étaient en grand nombre, les ont portés à se séparer.

Dans des rassemblements formés autour de la Convention, des citoyens se sont plaints de ce que Ton disait que la Convention nationale avait envie d'aller siéger prés des armées. On répondit à cela qu'elle avait lieu de ne rien craindre, que tous les républicains lui feraient un rempart de leurs corps pour la défendre. D'autres disaient que, si la Convention quittait Paris, cette ville ne serait pas huit jours sans manquer de pain, mais que les citoyens s'opposeraient à ce changement.

Les jeunes gens ont arrêté, dans le Jardin national, plusieurs citoyens qu'ils ont conduits au Comité de sûreté générale ; plusieurs autres jeunes gens ont dit des sottises à différentes patrouilles qui coupaient leur marche; le peuple en a témoigné [sic) beaucoup. ^

Jeanson rapporte qu'il a vu une patrouille dans le Jardin national se saisir d'un jeune homme qui, à ce qu'on lui a dit, avait dit que son avis était qu'on ne portât plus la cocarde nationale. Le public criait de toutes parts qu'il fallait le mener au Comité de sûreté générale. Un officier de troupes de ligne est venu auprès de l'officier de la patrouille pour faire relaxer le jeune homme, qui l'a été en effet, en disant qu'il était fâché d'avoir dit ce qu'on lui imputait

Sur les huit heures et demie du soir, dans un des groupes formés vis-à-vis du Palais de Justice, des citoyens ont dit qu'on avait arrêté une citoyenne qui avait dit qu'on voulait assassiner les trois repré* sentants inculpés.

Suivant le rapport de Gohier, plusieurs jeunes gens ont été arrêtés hier^ faubourg Antoine, pour s'être permis d'insulter les citoyens et une citoyenne de ce canton ; ils ont été traduits au Comité ^ivil des Quinze-Vingts.

Des jeunes gens et beaucoup d'ouvriers se sont réunis au café Payen, se sont donnés Taccolade fraternelle, en disant qu'ils n'entendaient pas que Ton ne criât que Vive la République^ mais bien Vive la Convention et Vive la République !

Le commissaire de police de la section du Théâtre-Français annonce qu'hier, vers les neuf heures du matin, deux citoyennes, tra« versant le Jardin national, furent accostées par une femme très bien mise, qui les invita d'ôter leurs cocardes; que, sur le refus qu'elles en firent, cette femme s'est mise en devoir de les leur arracher; mais, la force étant du côté des deux premières, l'élégante se retira précipitamment dans un groupe de jeunes gens, où elle fut perdue. Copie de ce rapport a été envoyée au Comité de sûreté générale par le commissaire de police. On est à la recherche de cette particulière.

Quelques ouvriers, sortant de leur journée, ont été arrêtés à la porte Denis par quantité de jeunes gens armés de bâtons et autres armes, qui criaient : Vive la Convention, à bas les Jacobins l et qui les prirent au collet. Ils n*en ont été débarrassés que par des citoyens qui sont survenus ; ces mêmes jeunes gens ont été ensuite par la rue Bourbon-Villeneuve, où ils se sont assemblés environ six cents, et, le sabre à la main et les bâtons levés, ont arrêté la diligence qui passait ; il n'en est cependant résulté rien de fâcheux. Copie de ce rapport a été envoyée au Comité de sûreté générale. . •

Pasté, Champenois.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Sor les troubles dont il est question dans le rapport précédent, voir le Courrier républicain et le Républicain français du 3, et le Messager du soir du 4 germinal.

3 GERMINAL AN lïl (23 MARS 1795).

Rapport du 4 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les esprits hier étaient plus calmes, les citoyens paraissaient plus gais, les groupes moins nom* breux par la surveillance des patrouilles qui en empêchaient le rassemblement.

Jardin-Égalité, il y avait le matin plusieurs rassemblements

d'ouvriers, mais calmes. L'union et la tranquillité entre tous les citoyens étaient les bases de leurs conversations. La journée s'est entretenue dans la même tranquillité, sauf quelques petites disputes particulières. Fargues rapporte à ce sujet une insulte faite à Gautier, officier de paix, par un particulier, qui Ta reconnu pour l'avoir arrêté du temps de Tancienne municipalité, et qui le menaça de le signaler, quand il serait temps ; d'autres provocations déterminèrent l'officier de paix à arrêter ce particulier pour le conduire au Comité de sûreté générale, mais une patrouille les dispersa.

Les jeunes gens ont parcouru, par dépulalions, les différents ateliers de Paris, afin de fraterniser avec les ouvriers ; ils n'ont pas été également accueillis, notamment à l'atelier de l'Arsenal, où quelques femmes les ont traités de muscadins et les ont menacés de ks jeter à l'eau. Le soir, ils sont venus au café de Chartres rendre compte de leur mission et du froid accueil qu'on leur a fait. Un citoyen observa qu'ils auraient plus de succès aujourd'hui. Au même moment \me députation d'ouvriers est entrée audit café, pour inviter les jeunes gens à venir déjeuner avec eux en signe de fraternité ; il fut arrêté qu'une députation des jeunes gens se rendrait ce matin à la barrière du Trône et reviendrait à midi au Jardin-Egalité ; qu'à l'avenir on ne reconnaîtrait aucun signe de démarcation, et qu'on ne voulait d'autre dénomination que celle de bons ou de mauvais citoyens

Spectacles. — Au théâtre de la République, entre les deux pièces, le Réveil du peuple fut demandé et chanté par Michaux; quelques voix L'interrompirent et le traitèrent de terroriste; il fit sur le théâtre sa profession de foi, qui a été reconnue vraie par la majorité du public et notamment par les représentants Ysabeau et Ghénier ; mais un particulier des premières loges, ayant annoncé qu'il avait des faits graves à dénoncer contre Michaux, fut invité par ce dernier à descendre sur le théâtre; ce particulier ne put articuler que des ouï-dire; Michaux ne témoigna aucune aigreur contre ce particulier, et ils se donnèrent réciproquement des signes de paix. Les représentants du peuple invitèrent cependant les officiers de paix de conduire ce particulier au Comité de sûreté générale.

On a chanté quelques couplets du citoyen Piis, qui tendent à l'union et à la fraternité, et qui ont été généralement applaudis.

Au théâtre de la Montansier, le foyer était composé, comme de coutume, des agioteurs, qui se rassemblent le matin, au Jardin-Égalité, et qui n'ont, en apparence, d'autre moyen d'existence que ce commerce honteux ; le rapport de surveillance à ce sujet, demandé par le Comité de sûreté générale, sera envoyé dans le jour.

597 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 mars 1795]

Aucun fuit particulier dans les autres spectacles; tout annonce que la tranquillité y a régné

Surveillance, — Suivant le rapport de Massard, la proclamation sur la loi concernant la police * a été faite dans la section de la République ; chacun a paru satisfait des mesures sages et vigoureuses de la Convention, Vers les midi, environ soixante à quatre-vingts jeunes gens s'étaient réunis au Jardin-Égalité; Tun d'eux, monté sur un tabouret, lisait l'adresse des jeunes gens aux ouvriers du faubourg Antoine, où ils les invitent à se joindre à eux pour combattre les traîtres, soutenir la République une et indivisible ; cette même adresse a été lue dans diverses sections avec beaucoup de plaisir.

Dorival annonce qu'une femme, qui a foulé la cocarde à ses pieds, et un homme qui a pris sa défense ont été conduits chez le commissaire de police de la section du Temple, qui les a interrogés; il a été écrit à ce commissaire pour rendre compte de ce qu'il aura fait.

Cahun rapporte que les deux pièces de canon du Pont-Neuf ont été retirées hier, ce qui a occasionné quelque inquiétude ; chacun raisonnait à sa manière sur ce sujet.

Voisin dit qu'on a remarqué dans la tribune des étrangers bien couverts demandant les adresses des différents députés

Faits divers. — D'après le rapport de Rollin, la garde qui était à la barrière d'Enfer, dans la matinée du 3, a arraché le bonnet de la liberté, Ta foulé aux pieds, a effacé le mot mort, porté sur l'inscription de Liberté ou la Mort, ce qui a occasionné des murmures ; copie de ce rapport sera envoyée au Comité de sûreté générale et au commandant temporaire

Bocquet-Destournelles» Gosset.

(Arch. nat., F » ^ ni, Seine, 16.)

Rapport du o germinal.

Esprit public. Groupes et cafés, — Les esprits ont paru plus calmes hier que les jours précédents; les groupes étaient nombreux partout

1. Il s'agit du décret du !•' germinal an III, édictant des mesures répressives des attentats contre les personnes, les propriétés, le gouvernement et la représentation nationale.

où ils ont coutume de se former; mais de fortes et de fréquentes patrouilles les ont successivement dispersés, sans que la tranquillité ait été troublée.

La députation de douze jeunes gens, qui devait avoir lieu hier pour déjeuner avec les ouvriers du foubourg Antoine, n'a pas été complètement exécutée ; il ne s'en est trouvé que cinq ou six au rendez-vous, qui, de retour au café de Chartres, ont rendu compte qu'ils regrettaient que leurs camarades ne s'y fussent pas trouvés, que la gaieté et Tunion avaient présidé le repas fraternel qu'ils avaient fait avec les ouvriers ; ils sont convenus, de part et d'autre, de leurs torts réciproques, que des hommes mal intentionnés s'étaient introduits parmi les deux partis pour les diviser et fomenter la discorde ; on s'est juré paix et union, guerre aux royalistes et aux anarchistes, et ensuite le Réveil du Peuple a été chanté. 11 a été arrêté, entre les jeunes gens, qu'une nouvelle députation de douze membres se rendrait aujourd'hui, 5, pour continuer de serrer ce nouveau lien de fraternité.

Dans tous les endroits publics, on paraissait satisfait du calme qui a régné à la Convention, pendant l'audition des défenses de Collet d'Herbois et Barère ; on attend la suite des défenses des autres prévenus. Plusieurs conjectures cependant s'établissent à l'égard de cette importante affaire : les uns disent qu'ils s'en tireront, les autres prétendent pour la négative.

Le décret rendu par la Convention sur les atteintes qui seraient portées par les séditieux à la représentation nationale * est interprété de différentes manières, et les malveillants profitent de la diversité des opinions pour semer le bruit que la Convention est sur le point de déserter son poste ; les inquiétudes prennent, d'après ces bruits, un caractère alarmant.

Les rassemblements augmentent à la porte des boulangers ; plusieurs personnes se sont plaintes de n'avoir pu avoir leur pain. Deux inspecteurs rapportent qu'hier, à trois heures après midi, un citoyen de la section du Bonnet-Rouge s'est jeté à l'eau près des bains, et qu'ayant été retiré à l'instant, il fut conduit au corps de garde, où, interrogé sur la cause de son désespoir, il répondit qu'il n'avait ni pain ni viande à manger.

Les citoyens se plaignent de ne pouvoir se procurer du bois ; toutes les marchandises continuent d'augmenter; il n'y a plus de borne à

l'agiotage.

Spectacles. — Au théâtre de la République, dans le nombre des

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