Voir plus haut, p
[24 MARS 179b]
couplets qui ont été chantés, un seul a été désapprouvé du public, en ce que Tauleur semble préjuger le jugement contre les quatre dé* pûtes. Tous les spectacles ont joui de la plus parfaite tranquillité.
Commerce. Pain. -^ Loctave, Poînsignonet autres annoncent qu'il y a toujours des rassemblements aux portes des boulangers qu'ils ont surveillées, où Ton se plaignait de la diminution du pain que Ton fait à chaque citoyen, ainsi que de la mauvaise qualité de cette denrée.
Pipelard et OUivier observent que, dans les sections des Droits-de- THomme, l'Indivisibilité, Marchés et Lombards, beaucoup de personnes n'ont point de pain, chose qui a occasionné beaucoup de murmures. Les citoyens disaient : « Nous serons forcés de passer la nuit à la porte des boulangers, afin de pouvoir nous procurer du pain. » En second lieu, plusieurs de ces derniers ne reçoivent leur farine qu'à une heure du matin, ce qui occasionne du retard dans la livraison, ainsi que la queue; cela a fait aussi que les levains ont été gâtés.
Losset dit que plusieurs boulangers de la section du Théâtre- Français n'ont délivré à chaque citoyen qu'une demi-livre à trois quarterons de pain, faute de farine ; malgré cette diminution, ils n'ont pu satisfaire toutes leurs pratiques. Violents murmures à ce sujet contre l'Agence des subsistances ; d'ailleurs rien de contraire au bon ordre
Viande et autres comestibles. — Loctave, La Motte et autres annoncent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, il y a toujours des rassemblements aux portes des bouchers et charcutiers; la distribution de la viande s'est faite légalement, et aucune plainte n'est parvenue à leur connaissance.
Yassor, Plantin et autres disent que la Halle et différents marchés étaient très bien approvisionnés; celle à la viande, de même situation; environ trente cochons ; les répartitions se sont faites avec tranquillité.
On a 6té la cloche qui annonce la vente. II est à désirer qu'elle soit remplacée, et que l'on s'en serve plus que l'on ne se servait de l'ancienne.
Le 4 et le 5, il est arrivé 394 voitures de différentes denrées ; 2 de marée, ainsi qu'une voiture d'huitres.
Il est arrivé au carreau de la Halle depuis le 30 ventôse jusqu'au 3 germinal: en beurre, 2.167 livres; œufs, 206.700; fromages de Brie, 368 douzaines.
Bois. — Desbourdelles et autres disent que la livraison du bois s'est faite dans différents chantiers et ports, ainsi qu'à la place des
[ffi MARS 1793] HÉACTIOy THERMIDORIENNE 600
Piques, avec tranquillité. Lassiot, Labaubé et autres observent qu'ils ont eu beaucoup de peine, ainsi que la force armée,àmaîntetiir le bon ordre au chantier de la Juiverie, attendu que l'afiluence du monde était considérable ; la vente a fini à midi, faute de bois ; quelques citoyens se sont trouvés mal dans la foule, et plusieurs piques ont élé cassées. Ils ajoutent que les préposés de l'Agence arrivent trop lard au chantier; par conséquent la livraison ne commence qu'à huit ou neuf heures, ce qui occasionne du tumulte. Un citoyen a escaladé les mure; il a été conduit chez le commissaire de police
Bocquet-Destoliixelles, Roccuas.
(Areh. nal., F "III, Sciiio. IG.)
3 GKHMI.NAL AN III (23 MARS iT95).
Rapport du C geruikal.
Mspr'tl public. Groupes et cafés. — Suivant les différenls rapports qui nous sont parvenus, le calme et la tranquillité ont régné hier dans les groupes et les lieux publics. Les entretiens publics roulaient sur tes quatre représentants accusés; l'opinion publique ne parait pas être en leur faveur; cependant l'on parait satisfait de la sagesse que la Convention prend (sic) dans cette affaire ; quelques citoj'ens louent les représentants Carnot et Lindet sur la manière dont lis se sont déclarés eux-mêmes coupables, si leurs collègues le sont <.
Les murmures continuent toujours sur la cherté des subsistances et la difficulté de se procurer du pain. Les rassemblements continuent aux portes des boulangers et les murmures se font entendre de ce que le gouvernement ne prend pas des mesures afin de réprimer la cupidité des marchands.
Les citoyens des faubourgs Denis et Martin ont élé hier inquiets de voir arriver à Paris une grande quantité d'hussards; les citoyens annonçaient chacun des opinions difTérentes, ce qui détermina quelques-uns d'eux & demander ù ces militaires les motifs de leur arrivée à Paris. Leurs réponses vagues ne satisPirenl pas la totalité des citoyens ; . d'autres les rassurèrent en disant qu'il n'était pas présumable que nos
1. On trouvera ces discours de Carnot et de Robert Lindet dans le Moniteur, rëimprcisioD, t. XXIV, p. 4o, 49.
601 RÉACTION THERMIDORIENNE [25 mars i795]
frères d'armes se déterminassent jamais à nous combattre, qu'ils étaient persuadés de la pureté de leurs intentions, que leur seul plaisir était d'être unis à nous et attachés à la Convention, seul et unique point de ralliement; ces différents avis tranquillisaient, et les groupes se dissipaient.
Saint-Rémy rapporte qu'une nouvelle affiche incendiaire vient d'être placardée, intitulée : Adresse à la Convention et au peuple^ signée Le Franc et de l'imprimerie des Républicains de la Raison. La Commission vient de charger la surveillance de la faire disparaître; elle fera son possible pour découvrir Tauteur.
Spectacles, — Au théâtre delà rue Feydeau, dans la représentation (ï£lisa ou le Voyage au mont Saint-Bernard^ Juillet s'est permis d'ajouter en chantant la Ronde des Voyageurs qui vont à Paris : « Nous pouvons partir, nous avons mangé notre livre de pain. » Cette diatribe a excité les murmures de la majorité du public. Le citoyen Juillet est invité de se rendre à la Commission pour rendre compte de ses intentions. Ce spectacle, ainsi que tous les autres, ont joui de la plus parfaite tranquillité.
Commerce. Pain. — Chevalier, officier de paix, et treize inspecteurs rapportent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, les rassemblements sont toujours nombreux aux portes des boulangers dans différentes sections. Plusieurs de ces derniers n*ont donné qu'une demilivre de pain par bouche, et, malgré cette diminution, beaucoup de personnes n'ont point été servies; en second lieu, quelques boulangers reçoivent leurs farines trop tard. La citoyenne Saugeot, boulangère, rue Antoine, se plaint, à ce que dit Chevalier, de n'avoir point assez de farine, et d'être obligée de renvoyer tous les jours quatre-vingts personnes sans pain.
Le mécontentement causé par la disette du pain est général dans tous ces lieux, ce qui occasionne des queues dès minuit, ainsi que de violents murmures contre les autorités constituées.
Viande et autres comestibles. — Suivant plusieurs inspecteurs, la tranquillité a régné aux portes des bouchers, et la distribution de la viande s'est faite légalement. Les halles et marchés étaient tranquilles et très bien approvisionnées, mais peu en légumes.
Bois et charbons. — Il s'est élevé, à l'île Louviers, une rixe entre les citoyens et les boulangers ; ces derniers on dit que, s'ils n'avaient pas de bois, ils ne cuiraient pas ; on est parvenu à rétablir l'ordre et à satisfaire les boulangers
Bergeret et autres annoncent que le vin arrive en abondance de toutes parts; les marchands et voituriers s'obstinaient à sortir, de l'île
-^^Ti—
[26 MAHS 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 602
Louviers, leurs hacquels chargés de vin, après la fermeture du port:
les inspecteurs se sont opposés à cette violation des règlements
Le commissaire de police de la section de TObservatoire rapporte que chez Mabru, boulanger, rue Mouffetard, quarante-une personnes ont manqué de pain ; en sa présence, des ouvriers de tous états ont tenu des propos les plus violents; plusieurs femmes enceintes ont semblé désirer accoucher à Tinstant pour détruire leur enfant; d*autres ont demandé des couteaux pour se poignarder. Aux pleurs et aux marques de désespoir ont succédé des menaces ; dans cette circonstance il a employé toute la modération possible et a cherché à calmer les inquiétudes de ces citoyennes
DUCDAUFFOUR, BaRBARIN.
Gazelle française du 6 germinal : « Paris, le 5 germinal. Le public do Paris ne voit pas sans inquiétude la marche lente, embarrassée que prend la procédure commencée contre les décemvirs : dans tous les théâtres, lorsqu'on entend ce vers du Réveil du peuple^
Quelle est cette lenteur barbare?
tous les spectateurs expriment les sentiments qui les animent par les applaudissements les plus bruyants et les plus prolongés. »
Rapport du 7 germinal.
Esprit public. — Les rassemblements aux portes des boulangers augmentent tous les jours ; les murmures à cette occasion se propagent; beaucoup de citoyens se plaignent amèrement de n'avoir pu se procurer de pain; d'autres, de ce que la loi qui leur en accorde une livre n'est point exécutée, et que Ton veut les réduire à une demilivre ; ces plaintes ont occasionné du trouble ce matin, section des Gravilliers, de Bondy et autres.
Le prix des marchandises et denrées, croissant chaque jour d'une manière effrayante, augmente les mécontentements. Les citoyens voient avec la même peine la pénurie du bois et du charbon et ne peu-
603 RÉACTION THERMmORÏENNE [26 mars 1795]
vent, sans faire entendre leurs plaintes, se déterminer à s'en procurer dans les places, moyennant les prix exorbitants de 200 livres la voie de bois, ayant eu Tespérance, depuis deux ou trois mois qu'ils ont déposé leur argent, d'en avoir au prix fixé pour celui venant des coupes extraordinaires.
Il circule un bruit dans le public que beaucoup de terres dans les départements ne sont point ensemencées, faute de bras et de chevaux; on désirerait que le gouvernement prit des mesures pour obliger tous les propriétaires de ne laisser aucun terrain inculte, pour effacer l'idée d'une disette encore plus grande pour Tannée suivante.
Les soirées sont cependant assez paisibles; les groupes n'ont pas le temps de se former qu'ils ne soient dissipés par de fréquentes patrouilles.
Tous les spectacles ont joui de la plus grande tranquillité.
Le citoyen Juillet, invité hier de se rendre à la Commission, a déclaré, d'après les observations qui lui furent faites, qu'il avait suivi les expressions de l'auteur contenues en la pièce, et qu'il ne se serait jamais permis d'apostrophes qui auraient pu fournir quelques motifs à la malveillance, et que, d'après notre observation, l'auteur serait engagé de changer cette phrase, pour faire disparaître toutes nuances qui pourraient tirer à conséquence.
Commerce. Pain. — Loctave, La Motte et plusieurs autres annoncent que les rassemblements sont toujours considérables aux portes des boulangers qu'ils ont surveillées de très bonne heure ; plusieurs de ces derniers demandent un sac de farine de plus que de coutume pour satisfaire toutes leurs pratiques. Beaucoup de citoyens n'ont point eu de pain dans diff'érentes sections, malgré la diminution que l'on a faite à chaque citoyen. Plusieurs personnes se sont transportées en pleurant à divers Comités de bienfaisance pour obtenir du pain, et d'autres se sont répandues en invectives contre les commissaires. Caillouet rapporte qu'on a donné un sac de 325 livres de farine de moins au citoyen Simon, section de l'Arsenal; il n'a pu satisfaire tous les ouvriers ; les commissaires ont parcouru différents boulangers pour combler ce déficit; n'ayant rien trouvé, ils n'ont pas osé retourner à leur poste, attendu qu'ils étaient menacés par le peuple. La malveillance se plaît à répandre que la disette de cette denrée est dans Paris. Ce bruit occasionne de vives inquiétudes et de violents murmures. D'ailleurs rien de contraire au bon ordre.
Viande et autres comestibles. — La Motte, Plantin, Vassor et Oury rapportent qu'aux portes des bouchers et charcutiers les queues existent toujours, mais que, la distribution de la viande s'étant faite
légalement, aucune plainte ne s'est manifeslée, du moins à leur connaissance.
Massard, offîcier de paix^ Loclave et autres inspecteurs ont observé que les haUes et marchés étaient abondamment approvisionnés en denrées de tous genres, et que les répartitions se sont faites avec ordre et au son de la cloche, conformément aux règlements de police. Ils ajoutent que la plus grande tranquillité a régné dans tous ces lieux.
Bois. — Labaubé et Kerchoves font rapport qu'ayant vu sortir du chantier de la Juiverie des voies de petit bois, ils ont demandé au citoyen Maillot, préposé aux subsistances, pour quel motif ce bois sortait-il aujourd'hui, tandis qu'on en a refusé sur des bons, il y a ({uelques jours ? Ce citoyen répondit que c'était par son ordre, qu'il ne pensait pas devoir être surveillé par une Commission qu'il ne connaissait point; que, si ses agents venaient le contrarier dans ses opérations, il les mettrait à la porte. On a écrit à l'Agence des subsistances pour l'instruire de la manière peu honnête avec laquelle ce préposé remplit ses fonctions.
Massard, officier de paix, annonce que le louis d'or se vend 200 livres en assignats.
Petitdidier et Martin rapportent qu'il est arrivé hier et aujourd'hui 466 voilures de différentes denrées et 8 voitures de marée.
Dessault, officier de paix, dit qu'il est arrivé sur le carreau de la Halle, du 4 au 6, 10.665 livres de beurre, 308.010 œufs, et 6.640 douzaines de fromages.
Surveillance, — Guériat dit qu'au Jardin national, beaucoup de citoyens, assemblés en groupes, disaient que l'es malveillants s'agitaient en tous sens pour empêcher les vivres d'arriver à Paris et occasionner par là une guerre civile.
Suivant le rapport de Hodet, dans le Jardin national et Palais- Égalité, il y eut plusieurs groupes, et on a dit entre autres choses, que la journée du 31 mai a été cause de tous les massacres, et qu'il viendrait un jour où toutes les victimes auraient les honneurs du Panthéon. Il y avait peu de monde au café Payen, ainsi que dans celui de Chartres.
Selon Jeanson, des femmes, dans la rue Martin, ont tenu des propos séditieux, et elles ont dit entre autres que les hommes étaient des lâches de ne pas se montrer, et qu'il était impossible de vivre avec de si mauvais pain et en aussi petite quantité.
Noël dit que les femmes, à l'atelier du magasin de farine d'Elisabeth, se sont portées dans tous les ateliers pour forcer les femmes
605 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 mars i795J
qui y étaient de se joindre à elles pour aller à la Convention et obliger leur chef de les suivre.
Il résulte du rapport de Vannier qu'on a dit dans un groupe, sur la terrasse du Jardin national, où Ton s'entretenait des événeqients qui arrivent journellement, que les ennemis de la République cherchaient à établir parmi nous un système de démarcation, à Teffet de nous faire battre les uns contre les autres.
Dessault, officier de paix, annonce qu'à sept heures du soir, dans un groupe des Tuileries, un particulier a dit : « Citoyens, je vous invite de vous méfier de plusieurs scélérats qui viennent faire ici des motions dangereuses par des on dit; ils croient apparemment nous corrompre ; mais cela est impraticable. Ils voudraient un moment nous induire en erreur; mais regardons-les en face, et il nous sera facile de connaître leurs perfides intentions. »
Le Roux, Therouenne.
(Arch. nat., F » « III, Seine, 16 )
Journaux.
Vedette ou Gazette du jour du 7 germinal, a ...Tous les bons citoyens ont lu avec plaisir l'affiche du républicain Jean Thirion, ouvrier de la manufacture de glaces, faubourg Antoine, à ses concitoyens; elle est ainsi conçue : « Que veut Tami des rois et du système de terreur?. Sauver les grands coupables, continuer la guerre, consommer la famine, perdre entièrement le crédit public, et réduire le peuple au désespoir. Que veut le républicain? Faire la paix, épargner le sang de nos défenseurs, ramener rabondancc, rétablir le crédit public, et fonder le bonheur du peuple sur la justice et l'humanité. Je ne suis qu'un pauvre ouvrier, mais je sais bien que, si j'ai peu de pain, j'en aurai moins, si j'excite au désordre et au pillage. Signé : J. Thirion. »
7 GERMINAL AN III (27 MARS 179o\
Rapport du 8 germinal.
EspHt public. Groupes et cafés, — La mauvaise qualité de pain et la difficulté de s'en procureront causé hier beaucoup de trouble dans différents quartiers de Paris. Un grand nombre de personnes, ayant passé la nuit aux portes des boulangers, ont été obligées de se retirer sans avoir pu obtenir de pain.
Les murmures éclataient dans tous les groupes contre le gouvernement sur cette disette. On se plaignait amèrement de ce que ceux qui vendent les grains profitent des circonstances en faisant payer un litron d'haricots 3 livres ; on observait que la liberté du commerce ne devait pas permettre aux marchands de faire mourir de faim Tinfortuné ; que, si le gouvernement n'apporte pas un remède à cette calamité, il est à craindre qu*on ne se porte chez les marchands, que Ton traitait de vampires, et qu'on ne les dépouille de leurs propriétés.
La force armée, qui employait tous les moyens possibles pour reprimer les avant-coureurs de la sédition, n'était pas elle-même épargnée.
Legrand et Leroy jeune, rapportent que la force armée, ayant voulu disperser des femmes faisant partie de celles qui ont été à la Convention nationale, a éprouvé de la résistance, ce qui Ta déterminée d'arrêter les plus mutines pour les conduire au Comité de sûreté générale ; mais que cela a occasionné un mouvement, et que ces femmes ont été arrachées des mains de la force armée.
Simon a remarqué que ces femmes, en assez grand nombre, revenant de la Convention et passant le long des quais, jusqu'à la Grève, criaient et engageaient toutes celles qu'elles rencontraient à les suivre, qu'elles s'arrêtaient devant les cafés et cabarets où elles espéraient pouvoir recruter.
Didier a rendu compte que le café de Chartres était très tumultueux, que d'abord on a fait des reproches aux habitués de ce qu'ils n'avaient pas été à la Convention, et qu'ils ont été invités à y aller aujourd'hui; on a proposé, pour concilier les esprits, de se faire des queues au lieu de tresses ; que cette proposition a donné lieu à de violents débats, et qu'il n'a été rien décidé.
Spectacles. — Les spectacles ont été tranquilles, à l'exception cependant de celui de la rue Feydeau, où, vers le commencement de la première pièce, on a fait sortir du parterre ou parquet un citoyen qui troublait l'ordre.
A ce même spectacle, le Réveil du peuple a été chanté par Gaveau, l'un des artistes. On lui a fait répéter le second couplet, qui commence ainsi : Quelle est cette lenteur barbare ? et cela a été applaudi avec enthousiasme.
A la suite de cette chanson, Gaveau a chanté un autre couplet, qu'on dit propre à inspirer des sentiments de vengeance et à perpétuer les haines et les divisions. On le lui a fait répéter jusqu'à trois fois. Le citoven Gaveau a été invité à se rendre demain à la Com-
607 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 mars 47951
mission à Teffet de lui faire connaître ce couplet et son auteur.
Tetel, Albertier et Niquille^ officiers de paix, rapportent que la surveillance de la Convention a arrêté hier et conduit au Comité de sûreté générale un particulier attaché à Thospice national, qui a crié à plusieurs reprises : Vive le Roi! A bas la Convention!
L*esprit public d'aujourd*hui ne diffère guère de celui d*hier, les circonstances étant toujours les mêmes.
Commerce. Pain — Dervilly, Massard et les vingt-quatre inspecteurs chargés de la surveillance des boulangers, annoncent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, dès minuit, les rassemblements étaient plus nombreux que jamais ; les esprits y étaient très échauffés de ce que Ton ne donne pas la quantité de pain que la loi accorde à chaque citoyen, et de la mauvaise qualité de cette denrée. Malgré la diminution, beaucoup de personnes, dans différentes sections, n'ont pas été servies ; de là des murmures violents et des menaces contre les autorités constituées ; on disait que la disette du pain serait cause d'un orage, qui éclaterait plus tôt qu'on ne pense, et que l'on connaîtrait les coquins qui veulent la guerre civile. On disait aussi que la farine était en dépôt dans quelques endroits, puisqu'au Palais-Égalité on vend de fort beau pain qu'on fait payer bien cher. D'après ces indications, des recherches ont été faites pour découvrir ces marchands de pain, mais sans succès. Il parait même que les faits allégués sont faux. Plusieurs boulangers se plaignent de recevoir leur farine trop tard. Rien d'ailleurs de contraire au bon ordre.
La Motte, Brunel annoncent que le désordre qui régnait aux portes des boulangers avait engagé les habitants des rues Martin et Denis à fermer leurs boutiques. Les citoyens de la section des Gravilliers se rassemblaient au son d'une sonnette, afin de se transporter en masse à la Convention pour lui demander du pain. Ils observent que les boulangers des sections des Gravilliers, Amis-de-la-Patrie, Brutus, Bonne-Nouvelle et de l'Homme-Armé ont reçu dans la matinée un surcroit de farine et ont délivré du pain l'après-midi, ce qui a un peu tranquillisé les esprits. Brunel et Delahaye annoncent qu'aujourd'hui ces sections sont tranquilles.
Viande et autres comestibles, — Suivant le rapport de Dervilly, Sadous et autres, l'affiuence est toujours considérable aux portes des charcutiers et bouchers. La Motte rapporte qu'aux portes de ces derniers les esprits étaient très échauffés dans plusieurs sections. Il a fait ouvrir leurs boutiques au moment de la livraison de la viande, qui s'est faite avec tranquillité.
Les halles et marchés étaient assez bien approvisionnés, mais peu
en légumes ; la halle à la viande était dans la même situation. Les denrées augmentent de prix tous les jour^^. La Motte observe que les marchands et les étaliers s*en sont allés, à six heures et demie du malin, des marchés Martin et des Enfants-Rouges, à cause du tumulte qui existait chez les boulangers des environs, ce qui a occasionné des émeutes considérables à ces marchés; mais les esprits se sont calmés.
Bois. — La livraison du bois s'est faite avec tranquillité dans différents chantiers et ports, ainsi qu*à la place des Piques. Lassiot et Bocquoin annoncent que plusieurs boulangers ne veulent point du bois qu'on distribue à Tile Louviers, disant qu'il est trop vert. La Commission a chargé ces inspecteurs de leur observer qu'aux armées on ne cuit qu'avec du bois vert. Le chantier de la Madeleine est rempli de bois destiné aux boulangers. Les marchandises, comme vin, riz, tabac et autres, arrivent en abondance sur différents ports.
Surveillance. — Faubourg Antoine, les trois sections en général ont été tranquilles; quelques murmures au sujet de la diminution des rations de pain.
Arsenal, Fraternité, en général tranquillité ; l'arrêté du Comité de salut public et l'annonce de l'arrivée prochaine d'un envoi de grains ont mis fin à quelques murmures sur le pain.
Brutus et Poissonnière, tranquillité.
Guillaume Tell, beaucoup de rassemblements chez les boulangers, murmures de n'avoir eu qu'une livre de pain : « Si encore, disait* on, on nous faisait espérer que les choses iront mieux, on prendrait patience ; mais plus ça va en avant, et pire c'est. »
Contrat social : des femmes disaient qu'elles retourneraient à la Convention pour demander où sont passés les grains.
Jardin-des-Plantes et Panthéon-Français, tranquillité. On a fait une distribution hier soir chez deux boulangers, rue Victor et rue Mouffetard ; murmures de n'avoir qu'une demi-livre de pain ; répétition du bruit qui a couru que la Convention voulait s'en aller à Chàlons ; propos : « Gare les boutiques. Le peuple manque de tout; ils sont perdus, ceux qui nous rendent malheureux comme nous sommes. )> Observation faite que des propos ne procureront pas de pain; supplément de farine pour fournir ceux qui n'avaient pas eu de pain ; tranquillité.
Section des Amis-de la-Patrie, de Bon-Conseil et du Temple : on a battu le rappel dans la section des Amis-de-la-Patrie ; dans celle du Temple, des queues aux portes des boulangers et des bouchers ; point de propos ; on a demandé seulement l'exécution du décret qui accorde une livre et demie de pain par ouvrier.
r|ri*--y
Section duTemple : jeunes gens ouvriers ramassant d'autres ouvriers et criant : Du pain^ rien que du pain, enfin du pain/
Finistère et TObservatoire : les queues aux portes des boulangers; on se disait les uns aux autres : Pourvu que nous ayons du pain, cela ira. On a annoncé que ceux qui n'auraient pas eu de pain, auraient du riz ou du biscuit.
Dans la section de l'Observatoire, des femmes se sont permis, ^ la porte d*un boulanger, d'arracher les cocardes à d'autres femmes, les ont jetées en Tair et foulées aux pieds, en tenant les propos les plus indécents contre la Convention et la République.
La Montagne et les Tuileries : il y avait un rassemhlemeilt qui projetait de se rendre à la section des Gravilliers.
Lombards : les commissaires de bienfaisance ont délivré 400 livres de riz pour tenir lieu de pain à ceux qui n'avaient pas eu la quantité ordonnée.
Bonne-Nouvelle et Brutus : murmures tant [sur] la quantité du pain que sur sa mauvaise qualité.
Section du Nord : tranquillité.
Jardin national, plusieurs groupes, où Ton se plaignait beaucoup relativement au pain et de ce qu'on annonçait qu'on n'en distribuerait qu'une demi-livre et qu'on avait beaucoup de peine à l'avoir. « Prer
nons patience, ajoutait-on, il viendra un temps où nous leur f
leur demi-livre de pain par le cul au bout du canon. » Plusieurs femmes ont été arrêtées et conduites au Comité de sûreté générale par la garde. D'autres citoyens consolaient le peuple en disant que le gouvernement prenait de grandes mesures.
La République et les Champs-Elysées : la tranquillité régnait; les guinguettes des Champs-Elysées ont été garnies comme à l'ordinaire ; on s'entretenait du pain et de la quantité qu'on en donne.
Section des Marchés : plusieurs femmes ont arraché les cocardes à d'autres femmes et provoquaient par des propos un rassemblement ; elles ont été saisies et conduites au Comité révolutionnaire de l'arrondissement.
Palais-Ëgalité : il y avait beaucoup de monde au café des Canonniers; les citoyens s'exhortaient et disaient : « La malveillance reprend tous les jours une nouvelle force ; si nous ne surveillons pas les scélérats, nous sommes perdus. »
Suivant le rapport de Manigot, beaucoup de personnes improuvent la conduite tenue hier par les citoyens et citoyennes de la section des Gravilliers. Dans cette section, le 7, la plus grande parlie des marchands ont fermé leurs boutiques à cause du rassemblement qui a eu Tome 1. 39
[28 MARS 1795] RÉACTION THERMmORIENNE 610
lieu ; les femmes arrêtaient les autres femmes et les forçaient de se rendre à une assemblée qui allait se tenir dans le lieu ordinaire des séances de cette section. On a, dans cette assemblée, élu un président; le choix est tombé sur un garçon bourrelier ; il est secrétaire au Comité civil ; il a dit que les bons citoyens étaient invités à. se réunir en vertu de la Déclaration des Droits de Thomme, qui permet le droit de pétition, qu'il fallait en dresser une pour savoir de la Convention quelle était la cause de la disette du pain ; il a demandé qu*on se rassemblât aujourd'hui huit, à huit heures du matin, pour aller porter la pétition, que Ton choisirait dans rassemblée les bons citoyens en état de porter les armes, afin de défendre et de maintenir le bon ordre dans le trajet à la Convention.
Un citoyen représentant est entré dans cette assemblée et a voulu rassurer les esprits ; on lui criait : Ce tCest pas cela quHl nous faut, e^est du pain ! Le représentant s'est retiré ; après sa sortie^ le calme s'est rétabli.
Dans la cour Martin, des femmes arrachaient les cocardes aux autres femmes.
Convention. — Une députation demandant la Constitution de 1793, du pain et [criant] : A bas les baïonnettes ^ !
Garde forcée au Comité de sûreté générale ; femmes retirées des mains de la garde.
Découverte de Boissier, à qui on a notifié l'ordre de quitter Paris. Cris de Vive le roi! dans les escaliers de la salle; le crieur conduit au Comité de sûreté générale
HoRNiN le jeune, Beurlier.
(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)
Journaux.
Messager du soir du 8 germinal : Paris, 7 germinal. Réflexions cl détails sur la crise des subsistances. « ...On répand que, dans certains endroits de Paris, on vend du pain à 25 sols la livre, qui est superbe. La fleur est pour les dîners à 36 livres! disent les malheureux. . .» Cf., sur le môme objet, la Gazette française du même jour.
1. C'était une députation de femmes. Voir \e Journal de Perlet du 8 germinal, p. 446.
611 RÉACTION THERMIDORIENNE [28 mars 1795]
Rapport du 9 germinal.
Esprit public. Groupes et cafés. — Les nombreuses patrouilles ont entretenu hier la tranquillité ; les rassemblements auK portes des boulangers commencent à huit heures ou neuf heures du soir, et, par leur continuation pendant la nuit^ le repos des citoyens, voisins des boulangers, est entièrement troublé.
A six heures du soir, après la levée de la séance, les groupes se sont formés dans tous les endroits voisins de la Convention ; les esprits paraissaient fort agités du projet de décret présenté par les Comités pour la convocation prochaine des assemblées primaires pour l'élection d'une nouvelle législature ^ Cette nouvelle a causé la plus grande fermentation au café de Chartres.
Didier rapporte que Von regardait cette proposition comme une calamité publique; on accusait la majeure partie de la Convention de pusillanimité ; que Tétat de crise où se trouvait en ce moment la République et leur [sic) serment de mourir à leur poste, plutôt que de quitter avant la fin de la guerre, paraissaient devoir leur en imposer Tobligation. Le même rapporte qu*au café de Valois on ne pensait pas de même; les anciens habitués de ce café annonçaient, par leurs conversations, le désir du succès du projet de décret.
Spectacles. — Au théâtre de la République, quelques citoyens ont murmuré en entendant Torganiste toucher la Marseillaise; à l'ouverture du deuxième acte, Forchestre Ta jouée aussi ; plusieurs voix alors s'élevèrent contre et demandèrent le Réveil du peuple; d'autres voulaient qu'elle fût continuée ; mais Tapparition des acteurs a terminé ces débats, et tout a été tranquille.
A celui de la rue Pavart, le projet, présenté à la Convention, de convocation des assemblées primaires a produit dans Tentr'acte une sensation très vive. La majeure partie des citoyens prétendit que le moment n'était pas farorable et qu'il serait dangereux ; d'autres, suivant le rapport de Saint-Rémy, se permettaient des discours très outrageants.
1. Dans la séance de la Convention du 8 germinal an III, Merlin (de Douai) avait présenté un projet de décret portant convocation des assemblées primaires pour le !•' floréal suivant {Moniteur, réimpression, t. XXIV, p» 91).
[28 MARS 17î»5] RÉACTION THERMIDORIENNE 612
Leroy aîné rapporte qu*au théâtre du Vaudeville Ton annonça que la Convention s'était déclarée incompétente pour prononcer sur Taffaire des prévenus» ; qu'après la première pièce, un jeune homme jeta un papier sur le théâtre, qui contenait quatre couplets, désapprouvant la déclaration de la Convention et appelant la vengeance nationale.
Les autres théâtres ne présentent aucuns faits particuliers contre la tranquillité publique '.
Commerce, Pain. — Loctave, Vassor et autres annoncent que les queues étaient considérables aux portes des boulangers qu'ils ont surveillées; mais le désordre n*a pas été, en général, si conséquent qu^hier, attendu que plusieurs de ces derniers ont satisfait les citoyens aux termes de la loi, vu qu'ils ont reçu un peu plus de farine que de coutume, ainsi que du riz pour suppléer au pain. Ollivier observe que les boulangers de la section des Lombards se plaignent de ce qu'ils reçoivent leur farine très tard ; beaucoup de citoyens de cette section n'onteu qu'une demi-livre de pain. Malgré cette diminution, plusieurs personnes n'ont point été servies. L'on attribue cette disette aux autorités constituées ; on se plaint aussi de ce que le pain est mauvais. La tranquillité a régné dans tous ces lieux.
Viande et autres comestibUi, — Mougeat, Lefèvre et autres observent qu'aux portes des charcutiers et bouchers, il y a toujours des rassemblements nombreux ; la distribution de la viande s'est faite légalement, et les esprits paraissent agités.
Loctave, Oury et autres disent que les halles et marchés étaient bien approvisionnés en toutes sortes de denrées ; celle à la viande comme de coutume. Environ 80 cochons. Le peuple murmure beaucoup, vu la cherté des denrées ; d'ailleurs rien de contraire au bon ordre.
Bois. -^ Poinsignon, Gruet et autres annoncent que la livraison du bois pour les boulangers s'est faite dans différents chantiers et ports
avec tranquillité
Thérouenne, Cuampenois.
(Arch. nal., F ««III, Seine, 16.)
1. C'était inexact.- Mais l'Assemblée avait renvoyé, le 8 germinal, à ses Comités une motion tendant à suspendre Texamen de l'accusation dirigée contre Barère, Biilaud-Varenne, Collot>d*Herbois et Yadier. Le lendemain 9, sur le rapport de Guffroy, elle décida au contraire qu elle continuerait à s'occuper de cette affaire et à entendre les prévenus.
2. Cette première partie du rapport est signée Dlret, Le Roux.
613 RÉACTION THERMroORIENNE [28 mars 1795]
Journaux.
Gazette française du 9 germinal : « De Paris, le 8 germinal. Le Gomilé de législation vient de renouveler Tadministration du département de Paris : les nouveaux administrateurs sont : Nicoleau, ex-administrateur de la commune ; Levasseur, ex-administrateur de la commune; Guiard, officier municipal en 1792, etDelahaye, membre de la Commission administrative de la police. »
Rapport du 9 germinal.
Surveillance. — Section des Gravilliers. Le 8, à onze heures du matin, grand rassemblement autour du Comité de la section des Gravilliers ; instance pour faire ouvrir la porte d'entrée de la salle de l'Assemblée générale et y délibérer sur la demande à faire à la Convention pour obtenir la liberté de leurs pétitionnaires. Esprits échauffés. Force armée imposante. Vers les midi, il se disait, dans les groupes que formait ce rassemblement, qu*il était parti des députa* tions pour les faubourgs, qu'il fallait que la basse classe s'emparât des canons, crainte que les gros marchands ne soient pas du même avis. Sur les une heure, à la tête des groupes, on remarquait des hommes qui désiraient qu'on fit quelques arrestations, aôn qu'il en survint du tapage, disant : « Il faudra bien qu'on nous rende nos camarades. » Des ouvriers paraissaient fâchés de n'avoir pas arrêté les premières patrouilles; d'autres disaient : « Retirons-nous, de peur qu'il ne nous en arrive autant qu'aux pétitionnaires. » De deux heures â cinq, quatre hommes et quatre femmes ont voulu former un. rassemblement sur le boulevard pour aller à la Convention ; le Comité révolutionnaire du sixième arrondissement les a fait conduire au Comité de sûreté gén érale. Plainte des ouvriers contre les patrouilles, disant qu'elles n'étaient composées que de marchands. &ur le soir, les femmes disaient que la liberté n'existait que pour dire : A bas les Jacobins ! Quelques citoyens ont parlé le langage de la raison, en observant que les ennemis de la liberté se réjouissaient de nos divisions, qu'il fallait être tranquilles, qu'il serait distribué du riz et du biscuit ; quelques
i. On remarquera qull y a deux rapports pour cette journée du 8 germinal.
[29 MARS 1795] RÉACTION THERMIDOHIEiNNE 614
femmes ont dit qu'elles aimaient mieux avoir du pain. Plusieurs citoyens de cette section se sont plaints, en disant que les Droits de Thomme étaient violés, puisqu'on ne pouvait parler, même pour demander du pain. Ils se proposent d'engager les citoyens, à Tas"semblée générale de' décadi prochain, de demandera la Convention la liberté des citoyens arrêtés. Queues aux portes des boulangers ; groupes dissipés par la force armée. La farine est parvenue chez les boulangers fort avant dans la nuit. Du riz a été distribué à ceux qui n'ont pas eu de pain. Indication promise d'un particulier, réputé être un des moteurs du mouvement qui a eu lieu avant-hier dans la section des Gravilliers. Murmures sur le pain et sur ce que le riz ne peut en tenir lieu; au surplus, calme et tranquillité.
Section des Marchés. ...Femme ivre, qui s'est jetée sur Lecoq, inspecteur, lui demandant du pain, et qui a excité, par ses cris, un grand rassemblement, à la faveur duquel elle s'est évadée. La force
armée a dissipé ce rassemblement Les effets d'or et d'argent
augmentent tous les jours de prix. Queues aux portes des boulangers, murmures sur le défaut de pain contre l'administration, à laquelle on l'impute. Entretien sur le projet de décret qui annonce la clôture de la Convention. Annonce que le peuple de Paris et celui des départements ne laisseront pas aller les députés, avant que la tranquillité règne et qu'ils aient rendu compte de ce qu'ils ont fait.
Contrat-Social. Tranquillité; rassemblements dès les onze heures du soir aux portes des boulangers ; plaintes et murmures sur les subsistances.
Amis-de-la-Patrie. Chez un boulanger, rue aux Ours, des femmes, auxquelles on voulait distribuer du riz, disaient : « Que personne n'en prenne, faute de charbon ; nous ne pouvons le faire cuire au soleil. >»
Bon-Conseil. Tranquillité ; on se plaignait aux queues que les traiteurs ne manquaient pas de pain, qu'ils le payaient trente sols les quatre livres, qu*il y avait encore des protégés.
L*Homme-Armé. Vieille rue du Temple, un citoyen a eu la cuisse cassée à la queue du pain ; il a été renversé par un troupeau de bœufs. A onze heures du soir, il a été distribué une fournée de pain. Tout tranquille.
Faubourg- Montmartre. Tranquillité; queues aux boulangers; à plusieurs de ces queues on disait qu'il serait bon que nos frères des départements eussent autant de pain que nous*
Faubourg-Denis. Tranquillité. On s'y plaint de l'arrestation du pré-* sident et du secrétaire de la section des Gravilliers, qui, dit-on, n'ont accepté leurs nominations que parce que l'Assemblée avait promis de
615 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 mars 1795]
les soutenir. D^autres ont dit qu'il aurait fallu casser les bras et les jambes à ceux qui les ont arrêtés ; d'autres, enfin, disaient que toutes les autres sections étaient tranquilles, et que celle des Gravilliers n^était tourmentée que parce qu'elle avait voulu faire le bien. La sur* veillance s*exerce sur tous ceux qui veulent agiter le peuple.
Butte-des-Moulins. Au Palais de TÉgalité, on vend une pièce de 1^ vingt-quatre sous neuf livres dix sous. Au café de Chartres, en parlant du projet de décret sur les assemblées primaires ^, on y disait que la Convention ferait bien de le rendre, afin que les honnêtes gens se montrent. On y répète que ce sont les Jacobins qui sont cause de nos maux. Fréquentes patrouilles; grande tranquillité, ainsi qu'au Jardin national.
Les autres sections ont joui du plus grand calme, à quelques murmures près, concernant le pain.
Beublier, Tqerouenne.
(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)
Rapport du 10 germinal.
Esprit public. Groupes. ^ D'après les rapports de Gendet, Tetel, Simon et Chatou, inspecteurs, il parait qu'on s*est permis, dans les queues à la porte des boulangers, de dire des injures et des murmures contre la représentation nationale, à laquelle on impute tous nos maux; que nos blés ont probablement été exportés chez les étrangers; que ceux qui sont chargés de l'approvisionnement sont nos principaux ennemis, et qu'il faut les punir sévèrement; que, d'un autre côté, la malveillance y fait raconter le fait suivant, auquel heureusement on ne croit pas. On y disait qu'une mère de famille, n'ayant pas eu de quoi donner à manger à ses trois enfants, eti avait tué deux.
Les mêmes ajoutent que dans le Jardin national on avait proposé à un canonnier de la section de Fontaine*de-Grenelle un billet de dix sols pour un gros sol; qu'on y disait en môme temps que les fermiers qui avaient encore quelques grains à vendre ne voulaient recevoir