‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 118 sur 138 · VT · texte numérisé non relu

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617 RÉACTION THERMIDORIENNE (29 mars 1795]

Le concert de la rue Feydeau a été interrompu un instant parce qu'on a jeté un papier sur lequel étaient écrits ces mots : Je courrai pour rien. C'était, à ce qu'on a rapporté, une caricature, dont on n*a pu savoir dans le moment l'objet. 11 a, en effet, parcouru toute la salle. Le Réveil du peuple a été chanté, et, au dernier couplet, lorsqu'on a dit : Représentants d'un peuple libre, etc., quelques murmures se sont fait entendre, et la représentation nationale n'a pas été traitée avec tout le respect qui lui est dû.

[Pain, viande, bois. — Rassemblements aux portes des boulangers. Tranquillité chez les charcutiers et bouchers. Inquiétude pour les subsistances. Pas d'incident grave aux livraisons de bois.]

Surveillance, — Faubourg Martin. Suivant Pemet, un citoyen amidonnier^ ayant une grande quantité de pommes de terre, les a livrées au public à trois livres le boisseau.

Contrat-Social. D'après Moura, une voiture de charbon a été distribuée, rue Tiquetonne, à raison de 4 livres le boisseau.

Palais-Ëgalité. Laurent et Ghâtillon rapportent que, sous les galeries, beaucoup de citoyens disaient qu'il serait malheureux que les accusés' vinssent à périr, que cela conduirait plus de quatre-vingt mille personnes à la guillotine. « Dieu veuille, disaient-ils, que, pour le bonheur de la France, toute haine cesse. » D'autres disaient que les représentants qui avaient été incarcérés ne devraient pas voter pour ni contre, que Ton ne sait comment il peut en exister dans la Commission des Vingt-un. D'après le rapport de Henry et de Dangouvtlle, hier, sur les cinq heures et demie, un citoyen disait dans un groupe que le peuple avait été obligé d'accepter la Constitution de 1793, et que tout irait mal tant que le peuple serait forcé de faire des choses contre son gré. Ce particulier s'est échappé à la surveillance. On disait aussi qu'il fallait que les quatre prévenus fussent jugés de manière oti d'autre. Suivant Pasquis, des individus font courir le bruit qu'au Palais- Égalité, on vend de très beau pain à 25 et 30 sols la livre. Il parait que c'est un faux bruit.

Arsenal, — Suivant Dufresnoy et Chevassu, rues Paul, Antoine, de la Mortellerie, les boulangers n'ont reçu leur farine qu'à quatre heures du matin, ce qui a occasionné beaucoup de murmures. Une femme, étant chez le boulanger, quai des Ormes, près le pont Marie, n'ayant pas eu de pain, s'est jetée à l'eau^ d'où elle a été retirée sur-le-champ.

Dans les groupes de la Convention, on se plaignait du projet de

i. C'est-à-dire Barère, Billaud-Varenne, CoUot d'Herbois et Vadîei;

[29 MARS 179b] RÉACTION THERMIDORIENNE 618

son renouvellement. On disait qu'elle se retirait après avoir fait sortir Tor, l'argent et les subsistances, mais que Ton saurait bien lui faire rendre compte ; d'autres répondaient que le renouvellement de la Convention était le seul moyen de sauver la République.

Jardin national. — Un hussard du régiment de Berchény disait, dans un groupe, qu'ils étaient quatre cents hommes pour déposer contre les quatre accusés. Vers les neuf heures, agitation de plusieurs groupes. On y disait que, sur la route de Beaumont, on avait arrêté trois voitures de blé qui venaient à Paris, lesquelles ont été partagées sur le lieu

Faits divers, — A neuf heures trois quarts, au café des Canonniers, un citoyen, voulant prendre la défense de Dugazon, fut arrêté dans son discours par ceux qui Técoutaient, qui criaient : A bas Vorateur! et voulaient, au contraire, aller au théâtre de la République pour le chasser, ce qui n'a pas eu lieu.

Un particulier, se disant arrivé de Brest, et rédacteur du Journal des Lois^ annonçait qu'il avait été amené à Paris de brigade en bri-> gade, conduit au Comité de sûreté générale, qui lui avait donné Paris pour prison. Il disait que les fermiers portaient leurs grains sur les frontières, que de là ils faisaient passer chez l'étranger le grain qui pouvait manquer en France. Cette dénonciation causa des murmures peurmi les citoyens du café des Canonniers. On a voulu le conduire au Comité de sûreté générale, mais on passa à l'ordre du jour, attendu qu'il était tard, que chacun s'en allait, et que Ton cherchait à réconcilier les esprits.

Beaucoup de gens de campagne se rendent à Paris et vont au Marché ci-devant des Innocents y acheter à tout prix les objets d'argent qu'ils y trouvent; ils préfèrent cette matière à l'or.

Beurlier, Le Roux, Pasté.

(Arch. nat., F » ^ III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du il germinal : « On donne, au théâtre de la rue Feydeau, une tragédie nouvelle dont le sujet est la mort de Pausanias. Il n'y a rien d'historique dans celte pièce, que le titre ; mais comme elle est un récit rimé de la Révolution du 10 thermidor, elle est accueillie avec enthousiasme par les nombreux spectateurs »

619 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 mars il9^

iO GERMINAL AN III (30 MARS 1795).

Rapport du il germinal.

Esprit public. Groupes et cafés, — La distribution du pain a été hier des plus tumultueuses ; les rassemblements aux portes des boulangers avaient commencé la veille à onze heures du soir ; des hommes forts et robustes, suivant le rapport de Leroy a)né, s'étaient emparés des portes des boulangers, sans aucun ménagement pour les femmes grosses et les enfants qu'ils en ont déplacés. Les rassemblements ont recommencé hier à sept heures du soir sur la section des Droits -de- l'Homme. Le commissaire de police de cette section, accompagné de la force armée, s'est présenté aux portes de plusieurs boidangers et a invité fraternellement [les citoyens], pour leur repos et leur santé, k se séparer et ne revenir que le lendemain à cinq heures du matin ; tous ont répondu que, n'ayant point eu de pain depuis plusieurs jours, ils persistaient à garder leurs places.

La plupart des assemblées de section ont été orageuses ; partout les cris multipliés sur la disette se sont fait entendre, et notamment^ à celle de la section du Nord, nombre de citoyens se sont mis à crier dans l'assemblée : Donnez-nous du pain ! ce qui devient uA cri général. Le tumulte fut alors si grand que le président fut obligé de se couvrir. Après une invitation fraternelle à la paix et à l'union, le calme cependant se rétablit.

La pénurie des subsistances fait le principal motif des conversations des groupes et cafés ; on y développe les difficultés de pouvoir employer utilement le riz accordé en remplacement de pain, faute de bois et de charbon pour le cuire. Les citoyens ajoutent, au surplus, qu'ils avaient, pour la plupart, fourni leurs fonds pour en obtenir, ainsi qu'il avait été arrêté par le Comité de sûreté générale, sur les coupes extraordinaires, que leur attente depuis trois mois ne leur laisse plus d'espérance, et qu'ils ne sont plus en état de s'en procurer au prix efifrayant des ambulants sur la place.

Au milieu de tous ces murmures, la tranquillité a paru renaître sur la manifestation du vœu de la Convention nationale de ne quitter son poste que lorsqu'elle aurait mis en activité les lois organiques du

gouvernement pour Texécution de la Constitution de 1793 ^ et qu'elle aurait employé les mesures qui doivent assurer le bonheur du peuple.

Spectacles. — Les spectacles, en général, n'offrent rien de particulier contre la tranquillité publique.

Places publiques. — Chatou rapporte qu'hier, sur la place de Grève, le nommé Dragon, charlatan, vendant ses pommades, faisait voir un mouton, avec lequel il semble s'entretenir ; il lui dit entre autres : « Mon ami, tu es bien triste I c'est que tu n'as pas de pain aujourd'hui et que tu n'as pu en avoir ; nous sommes bien mal gouvernés aujourd'hui, et tant que cela durera, nous serons bien à plaindre. » Ces divers propos, répétés sur les places, propagent l'effervescence; la Commission va mander ce citoyen.

Commerce, Pain. — Les divers rapports des inspecteurs chargés de la surveillance des boulangers contiennent à peu près la redite de ce qui est rapporté plus haut. Les inspecteurs y ajoutent, néanmoins, que les esprits étaient très échauffés de ce que l'on ne donne à chaque citoyen qu'une demi-livre de pain, au lieu de la livre accordée par la loi ; les 6 onces de riz, délivrées pour supplément, ne satisfont point le public, et Ton entend de violents murmures contre les autorités constituées ; la majeure partie de ces femmes disaient que les hommes étaient des lâches de ne pas demander à ceux qui sont chargés de Tapprovisionnement ce qu'ils ont fait d'une si belle récolle, et s'ils veulent faire mourir le peuple de faim.

Suivant Yontschritz, les habitants des sections des Droits-del'Homme et de l'Homme-Armé se proposent d'aller aujourd'hui k la Convention pour lui demander du pain ; les patrouilles n'ont pu venir à bout de dissiper les rassemblements. La disette excite un mécontentement général. Rien d'ailleurs de contraire à la tranquillité publique.

Comestibles. — Les halles, le marché Germain étaient assez bîea approvisionnés ; la halle à la viande l'était comme de coutume. Les pommes de terre se vendent là livres le boisseau. Les marchés ont été tranquilles.

Depuis le 8 jusqu'au 11 de ce mois, il est arrivé sur le carreau des halles 778 voitures de différentes denrées, 11 de marée etl d'huîtres,

1. Le 10 germinal an III, la Convention avait décrété qu*il n'y avait pas lieu à délibérer sur la convocation des assemblées primaires, et eUe avait décidé de nommer une commission de sept membres, chargée de présenter un projet de décret sur le mode le plus prompt de préparer les lois organiques de la Consti-^ tution.

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et depuis le 7 jusqu*au il de ce mois, il est arrivé : beurre, 22.347 livres ; œufs, 232.650 ; fromages de Brie, 361 douzaines.

Bois. — Murât et Semé rapportent que le publie murmure beaucoup contre les administrateurs de ce qu*il ne voit point arriver de bois sur la place des Piques, quoiqu'il ait donné son argent aux sections ; ils annoncent qu*au chantier de la Madeleine il y a beaucoup de petit bois que les boulangers ne veulent point, et qu*on pourrait distribuer aux citoyens porteurs de bons des sections. A Tlle Louviers et à la Râpée, la délivrance du bois pour les boulangers s'est faite avec tranquillité .....

Faits divers. — . . .Section Poissonnière, un particulier s'est permis de désarmer un citoyen .sur un ordre du Comité révolutionnaire du IIP arrondissement, non signé. Cet ordre portait de désarmer le iils; mais, ne Tayant pas trouvé, il s'est emparé du fusil du père. Cette affaire est renvoyée à une commission d'examen nommée ad hoc.

Sections du Contrat-Social, des Thermes, du Mont-Blanc, de la Fidélité, de la HalIe-au-Blé et de TUnité, on a arrêté de faire une pétition pour inviter la Convention à rester à son poste.

Section des Gardes-Françaises, l'assemblée générale a été agitée par une dénonciation faite contre un citoyen qui avait refusé de prendre des assignats républicains.

Section des Plantes, l'assemblée générale a été nombreuse et tumultueuse ; on a arrêté qu'il serait fait une adresse à la Convention pour avoir la quantité de pain accordée par la loi, et pour qu'il soit fait un recensement dans toute la République, pour avoir l'état des subsistances.

Section des Gravilliers. Beaucoup de tumulte à rassemblée générale, causé par une dénonciation contre trente membres. Le président s'était couvert jusqu'à quatre fois. Le calme s'est rétabli.

Section du Temple, on a pris l'arrêté de demander k la Convention que les fonctionnaires publics soient tenus de se faire remplacer.

Section du Bonnet-de-la-Liberté. Le citoyen Dugazon a monté à la tribune et a offert à l'assemblée un bonnet aux trois couleurs, disant que c'était celui qu'il n'avait cessé de porter tout le temps qu'il avait été détenu. Il a ensuite fait lecture d'une adresse àla Convention pour Tinviter à ne pas abandonner le vaisseau de la République.

Section Bon-Conseil. L'assemblée générale a été tumultueuse. Le président s'est couvert une fois. On a pris l'arrêté de faire une pétition à la Convention pour qu'il soit pris des mesures pour empêcher les citoyens de passer la nuit dans les rues aux portes des boulangers.

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Section de TArsenal. On arrêté de faire une pétition à la Convention pour lui demander que les prisonniers de la République soient em^ ployés à amener du bois et du charbon à Paris, et qu'ils soient payés aux frais des marchands qui les employeraient

Les différents rapports n'annoncent aucun événement; ce qui occupe le peuple dans ce moment est la grande difficulté de se procurer du pain

Barbarin, Therouenne, Champenois.

(Arch. nat., F «Mil, Seine, 16.)

Vedette du H germinal : « . . .Les queues aux portes des boulangers sont toujours effrayantes ; l'on ne donne guère qu'une demi-livre de pain à chaque personne; on remplace le déficit par du riz. Les fauboui^s sont un peu mieux traités que l'intérieur de la ville : chaque ouvrier y reçoit sa livre et demie do pain. Paris est assez calme. » — Gazette française du 11 germinal : « La situation de Paris est toujours la même : on ne voit que des queues qui demandent du pain, et des groupes qui se plaignent de n'en point avoir. Les terroristes cherchent à profiter des circoAslances où nous nous trouvons pour faire encore triompher le cannibalisme ; le gouvernement était autrefois dans les clubs, il est maintenant dans les rues ; les murs de Paris, couverts de pla- •oards, sont devenus des tribunes où cliacun se dispute l'autorité; et l'influence des affiches a fait disparaître celle des lois. La fermentation règne dans les esprits; on parait adresser à la Convention ces paroles de l'Evangile : Si vous êtes le véritable envoyé du peuple, dites que ces pierres deviennent du pain. L'air que nous respirons est sans cesse frappé de menaces et d'imprécations; de toutes parts notre horizon est environné de précipices. » — Messager du soir du 12 germinal : « Paris, le 11 germinal. Ces jours derniers, on ne voulait pas qu'on chantât à l'Opéra le dernier couplet du Réveil du peuple \ hier, au théâtre Martin, après ce vers : Représentants d'un peupler* Juste, une voix s'est écriée : « Ce sont des lâches et des insouciants ! » Au théâtre de la République, des citoyens se sont permis des huées. » — <« Les terroristes se sont agités hier dans plusieurs sections ; on a remarqué qu'à trois heures un quart il ne restait plus qu'un très petit nombre des citoyens ; ainsi les buveurs de sang établiront désormais leur tactique sur cette donnée... »

CCXLVIII il GERMINAL AN lll (31 MARS 1795).

Rapport du 12 germinal.

Esprit public. -—Il résulte des rapports que la disette du pain est presque le seul objet des entretiens dans tous les groupes et dans les

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rassemblements aux portes des boulangers. Des femmes s*y plaignaient de n*avoir pas eu de pain depuis deux jours, el plusieurs, dans leur désespoir, ont dit aux boulangers et aux commissaires : « Prenez un fusil et tuez-nous, plutôt que de nous laisser souffrir la faim. x>

Le riz, qui est distribué pour tenir lieu de pain, ne satisfait point, attendu le prix excessif du bois et du charbon et la difQculté de s'en procurer. Avoir du riz et être dans Timpossibilité de le faire cuire, c'est comme si on n'avait rien. Cette réflexion en faisait faire bien d'autres et notamment celle-ci : « Que la Convention tâche ae pro* curer des subsistances aux malheureux, car les riches n'en manquent pas. * Les traiteurs, les pâtissiers sont mieux fournis que jamais, et cela insulte à la misère des pauvres, qui n'ont seulement pas un morceau de pain.

Un assez grand nombre d'ouvriers étaient hier dans les groupes du Jardin national et murmuraient beaucoup contre les riches et les marchands^ qu'ils disaient être bien approvisionnés en tout. Ils semblaient même vouloir aller faire des visites chez eux et enlever leur superflu.

Du nombre de ces ouvriers, il en est qui ont abandonné leur travail et ont déclaré qu'ils ne le reprendraient que lorsqu'ils auraient du pain.

Parmi eux^ on a entendu divers citoyens qui parlaient le langage de la raison et cherchaient à calmer les esprits.

11 a été question de la pétition du faubourg Antoine * ; dans plusieurs groupes on trouvait fort mauvais qu'on eût traité les pétitionnaires de factieux, que c'étaient, au contraire, de bons pères de famille et de bons citoyens.

1. Le ii germinal an III, une députation de la section des Quinze- Vingts, faubourg Saint-Antoine, était venue dire à la barre de la Convention : « Depuis le 9 thermidor nos besoins vont croissant. Le 9 thermidor devait sauver le peuple, et le peuple est victime de toutes les manœuvres. On nous avait promis que la suppression du maximum ramènerait l'abondance, et la disette est au comble. Les Incarcérations continuent. Le peuple veut enfin ôtre libre ; il sait que, quand il est opprimé, Tinsurrection est un de ses devoirs, suivant un des articles de la Déclaration des droits. Pourquoi Paris est-il sans municipalité ? Pourquoi les Sociétés populaires sont-elles fermées ? Où sont nos moissons ? Pourquoi les assignats sont-ils tous les jours plus avilis ? Pourquoi les fanatiques et la jeunesse du Palais-Royal peuvent-ils seuls s'assembler? Nous demandons, si la justice n*est pas un vain mot, la punition ou la mise en liberté des détenus ; nous demandons qu*on emploie tous les moyens de subvenir à Taffreuse misère du peuple, de lui rendre ses droits, de mettre promptement en activité la Constitution démocratique de 1793. Nous sommes debout pour soutenir la République et la liberté, m (Journal de Perlet, n« 919, et Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p. i06.î

[31 yAKs 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 624

L*arrèté du Comité dç salut public sur le nouveau mode de distribution de pain est en général approuvé '•

Dans les cafés on s*entretenait également des subsistances, mais avec la persuasion que Tabondance ne lardera pas à revenir. Dans celui de Chartres, on a lu Textrait d*un arrêté de la section du Jardindes-Plantes qui a pour but, après avoir retracé toutes les horreurs du règne de Robespierre, de prévenir tous les bons citoyens de se tenir sur leur garde et de faire un rempart de leurs corps à la Convention nationale pour éviter de nouveaux malheurs, attendu qu^on assure que les faubourgs Antoine et Marceau se joignent aux Jacobins pour demander leur rétablissement et celui de la Commune. Les citoyens ont juré de mourir plutôt que de souffrir qu'on portât la moindre atteinte à la Convention nationale.

On a fait diverses motions, entre autres celle de ne partir jamais qu'avec un sabre et de n*ètre admis dans ce café sans cette arme. Un étranger a parlé; cela a occasionné un peu de rumeur, et Tétranger a été conduit au Comité de sûreté générale.

La tranquillité parait avoir régné dans tous les spectacles.

A celui de la République, on a jeté un billet sur Tavant-scène, entre les deux pièces. Fior, officier de paix, rapporte que Tauteur, qu^on croit être un colonel de hussards, s*est présenté et en a fait lecture; que ce billet était relatif aux quatre prévenus de Tancien Comité de salut public * et qu'il contenait des expressions peu convenables en parlant de la représentation nationale. Nous cherchons à connaître ce billet et le nom de son auteur.

Commerce. Pain, — L'effervescence causée par la diminution de la quantité de pain accordée à chaque citoyen et par la peine qu'on a à s*en procurer fait l'objet des rapports de tous les inspecteurs qui ont surveillé les distributions de pain. Tous ont entendu, de la part des femmes et de la part de quelques hommes, des menaces et des injures; d'autres femmes pleuraient et donnaient des marques de désespoir. Plusieurs boulangers n'avaient pas reçu leurs farines à huit heures du matin, ceux entre autres des sections de la Réunion, de l'Homme-Armé et de Tlndivisibilité. De là de vives inquiétudes ;

i. On verra plus loin, dans le rapport du 13 germinal, que cet arrêté avait été pris le 11 germinal. Or, nous n*avons retrouvé à cette date aucun arrêté du Comité de salut public sur le mode de distribution du pain, ni aux Archives nationales, ni dans le recueil imprimé qui est intitulé : Arrêtés des Comités de la Convention nationale obligatoires pour les autorités constituées^ Paris, an III, 3 vol. in-8. Bibl. nat., Le 37/3.

2. On veut sans doute parler de Billaud, Collot, Barére et Vadicr : mais ce dernier n'avait pas fait partie du Comité de salut public.

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mais ils ont reçu du riz pour supplément. On se plaint aussi de la mauvaise qualité de pain. En général, les esprits sont dans une agitation affligeante pour les amis de Tordre et de la tranquillité.

Suivant Bienvenu et Delahaye, les pains de 4 livres du citoyen Cousin, boulanger, rue de Poitou, ne pèsent que 3 livres 10 onces; la Commission a écrit au commissaire de cette section de surveiller ce genre de fraude.

Comestibles. — Oury, Delahaye et autres rapportent que, dans les arrondissements qu'ils ont surveillés, de très bonne heure, il y av^t des foules considérables aui^ portes des bouchers ; la distribution s*est faite avec ordre, mais les esprits étaient très échauffés.

Les halles n'étaient pas tr^s bien approvisionnées ; les marchés Martin, Germain et Ënfants-Ropges étaient assez bien fournis, mais les denrées s'y vendent un prix exorbitant; il y avait beaucoup de viande à la Halle. Tous ces marchés ont été tranquilles.

Bois.-^ Mougeat, Fabre et autres rapportent que le citoyen Orgalin» marchand de bois, sur le port du raccueillage, s'est permis de vendre 150 livres la voie du bois qui était en réquisition pour les boulangers ; ce même Orgalin a dit qu'il fallait que le peuple se portât à TAgence des subsistances pour la forcer à lever cette réquisition, qui d'ailleurs était une friponnerie de sa part. Mougeat a arrêté et conduit chez le commissaire de police de la section de l'Unité une voiture chargée de ce même bois acheté sans bon par le citoyen Gontier, menuisier, rue des Boucheries, faubourg Germain; procès-verbal de ce fait sera adressé à la Commission.

Un citoyen, porteur d'un ancien bon au nom d'un boulanger, a voulu d'autorité se faire corder une voie de bois au port Bernard. Gruet et Poinsignon ont conduit ce citoyen à la Commission, qui l'a renvoyé devant le commissaire de police, qui dressera procès-verbal, sur lequel la Commission statuera.

A rile Lonviers et à la Râpée, la distribution du bois pour les hou* langers s'est faite avec tranquillité.

Surveillance. — l*' arrondissement. Sections des Champs-Elysées, de la République, des Tuileries et des Piques. — Suivant Noyet, Moura, Lenfant^ Valet et Pernet, en général beaucoup de murmures sur le pain et sur le temps qu*il faut pour en avoir si peu. Le mécontentement est au comble. Propos tenus dans les groupes, tous différents les uns des autres, qui annoncent bien ce mécontentement, mais qui n'annoncent rien d'extraordinaire sur la vraie cause de la pénurie des subsistances.

3* arrondissement. — Il y a eu plusieurs rassemblements. Beau-

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