‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 121 sur 138 · n faut lire: Avant-hier · texte numérisé non relu

n faut lire: Avant-hier

RÉACTION THERBiroORIENNE

à la pla^e de la Révolu tîon.*^Le peuple a coupé les traits des chevaux, s*est emparé des carrosses et les a traînés lui-même au Comité de sûreté générale. Nous ne doutons pas, d'après ce que nous avons observé, que ce mouvement ne fût de commande, et que ceux qui demandaient, ou plutôt qui faisaient demander la tête des grands coupables, ne fussent leurs amis, et n'insistassent pour leur jugement avec tant de force que pour différer et avoir le temps de renouer la partie. Au surplus, celte peste publique est partie pendant la nuit, et nous en sommes délivrés. Aujourd'hui tout est parfaitement tranquille ^ »

Rapport du 15 germinal.

Esprit publie. Groupes. — Peu de groupes hier dans les environs de la Convention et Jardin-Égalité. Les esprits paraissaient y être moins agités. Les rassemblements aux portes des boulangers sont les seuls où refïervescence ne connaît point de bornes; Tinégalité dans les distributions de pain de deux sections voisines semble autoriser les murmures, en ce que telle section, par les subsistances qu'elle a reçues, peut donner une livre de pain à chaque citoyen, et que celle limitrophe a bien de la peine à fournir la demi-livre. Les invitar lions des bons citoyens produisent sur quelques-uns des effets salutaires, mais la crainte de la disette suspend toujours la tranquillité.

1. Barére, dans ses Mémoires^ t. III, p. 3 et suivantes, raconte ces incidents d'une manière un peu différente, surtout en ce qui concerne Collet d'Herbois : « ... A midi, une grande voiture de cour et non de voyage vint me prendre à rh6tel de Suvalette, rue Saint-Honoré Je demandai à rofilcier de gendarmerie qui s'était placé à côté de moi, dans la voiture, quel était son dessein : « De vous mener ïors de Paris », me répondit-il. — « Mais, repris-je, c'est impossible avec cette voiture tout ouverte, et surtout avec ce cortège ; me voUa près

de l'hôtel du Comité de sûreté générale, je vous somme de m'y faire arriver»

La voiture s^achemina très lentement vers la rue de l'Echelle et j'arrivai au Comité de sûreté générale. Ce ne fut que trois heures après qu'une autre voiture amena Billaud, contre lequel on avait élevé les mêmes obstacles dans le faubourg Saint- Germain pour l'empêcher de sortir des barrières. Cela nous prouve qu'il y avait un projet bien arrêté de nous faire périr dans une émeute ou par un nouveau décret à la suite de ces troubles. Quant à CoUot, U avait obtenu de l'officier qui alla le cherciier de partir sur-le-champ. Dès neuf heures du matin, il était sorti de Paris, avant que les agents du Comité de sûreté générale fussent réunis pour exécuter le complot tramé contre nous. Nous ne le rencontrâmes que le lendemain au soir, 14 germinal, dans une auberge où il nous attendait avec ses gardiens... »

Un de nos inspecteurs rapporte que le décret de nomination de cinquante hommes par section de Paris, pour protéger les arrivages des subsistances, n'est pas vu, dans divers lieux publics, comme très efficace ; il ajoute que les citoyens de Paris, surchargés de service militaire, peuvent à peine se livrer aux affaires domestiques.

La cupidité des marchands est actuellement hors de toutes bornes ; les prix de toutes les denrées sont montés au point que cent livres en assignats ne valent au plus que dix francs; aucun citoyen ne peut plus y atteindre, et les besoins augmentent journellement. L'attitude ferme de la Convention nationale et les dernières mesures qu'elle a employées dans ces jours de crise ramènent Tespérance de jours plus sereins.

Spectacles, — La représentation nationale a reçu hier le tribut de confiance des citoyens. L'enthousiasme et les applaudissements réitérés se sont manifestés dans tous les spectacles, dans le chant du Réveil du peuple^ au couplet : Représentants d'un peuple juste, etc.

Le foyer du théâtre de la Montansier, Maison-Égalité, est toujours le réceptacle des agioteurs, des filous et des fripons de toute espèce.

La tranquillité paraît avoir régné dans tous les spectacles.

Commerce. Pain. — Kerchoves, Delahaye et autres annoncent qu'il y a toujours beaucoup de monde aux portes des boulangers dès neuf heures du soir ; les citoyens se désolent de n'avoir qu'une demi-livre de pain, portion qu'ils trouvent insuffisante pour nourrir leurs enfants. Les boulangers des sections de l'Indivisibilité et des Lombards n'ont délivré qu'un quarteron de pain et trois onces de riz à chaque personne ; les citoyens ne cessent de dire qu'ils n'ont ni bois ni charbon pour faire cuire ce riz. Malgré cette diminution, plusieurs personnes de ces deux sections et autres n'ont point été servies. En général, le public est très mécontent de n'avoir pas la portion de pain accordée par la loi. Les inspecteurs n'ont d'ailleurs rien remarqué de contraire à la tranquillité publique.

[Comestibles, bois. ~~ Pas de troubles graves à la distribution de pain ; mais beaucoup de tumulte à la distribution de bois.]

Surveillance. — L'office catholique s'est fait ce matin dans

le local de la ci-devant église de Saint-Germain-des-Prés, avec beaucoup de décence et de calme

DuRET, RoucHAS jeune, Beurlier, Champenois.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

637 RÉACTION THERMIDORIENNE [4 avril 1795J

Journaux.

Messager du soir du 16 germinal : « Paris, le 13 germinal. On a chanté hier avec enthousiasme le dernier couplet du Réveil du peuple dans tous les spectacles; au théâtre Feydeau, on a applaudi pendant six minutes ce vers adressé aux représentants :

Suivez le cours de votre gloire.

On avait joué le Tartuffe, et au moment où Fleury est amené par Tofficier de paix, on a crié : C'est un Jacobin ! au château de Ham ! Immédiatement après la fin de la pièce, on a demandé avec enthousiasme cet estimable artiste et des applaudissements unanimes et longtemps prolongés Tout dédommagé de rinjure qu'il avait reçue dans le rôle d'un scélérat. Nous croyons faire plaisir à nos abonnés en leur faisant connaître le couplet que le citoyen Souriguère a ajouté au Réveil du peuple^. 11 n'est pas le moins applaudi; le voici :

0 vous coupables égoïstes, Et vous lâches insouciants, Sauvez-vous prés des terroristes, Vous endormir sur des volcans ; C'est peu de haïr le crime Il faut encore Tanéantir ; Si vous ne fermez pas l'abime, L'abîme va vous engloutir. »

— Gazette française du 15 germinal : « Paris, 4 A geiminal. Le calme de Paris aujourd'hui est aussi étonnant que le tumulte d'avant-hicr était extraordinaire. Un des phénomènes de notre révolution, c'est que le lendemain est toujours à un siècle de la veille ; ces jours derniers, Paris était une ville de guerre, une place en état de siège ; c'est maintenant l'asile de la paix et de la fraternité; la Convention, qui était sans autorité, a repris tout son crédit; le gouvernement a repris toute sa vigueur; on s'occupe paisiblement des formes de la Constitution nouvelle et des moyens de se procurer des subsistances. »

Rapport du 16 germinal.

Esprit public. — La contenance énergique et la sagesse des mesures déployées par la Convention nationale pendant les jours de crise qui viennent de se passer lui attirent les félicitations de tous les bons citoyens ; la confîance en elle soutient leur courage et ramène

i. Voir plus haut, p. MO,

dans les cœurs épuisés par les privations infinies Tespoir prochain de voir renaître la paix et avec elle Tabondance. LMnégalité des répartitions de subsistances occasionne encore des murmures aux portes des boulangers. Les malveillants qui s'y trouvent n'oublient aucun moyen pour troubler Tordre ; les commissaires, la garde de service à ces distributions, s'y trouvent insultés, ainsi que celles des citoyennes qui portent des cocardes.

Ces divers événements n'ont point altéré la tranquillité publique ; peu de groupes dans les endroits publics; les cafés calmes; on s'y entretenait paisiblement de tous les événements, de la patience, du courage pour résister à la malveillance ; confiance dans les mesures des Comités du gouvernement pour ramener, sinon l'abondance, au moins l'honnête nécessaire : telles étaient les bases des conversations de tous les citoyens.

La pénurie du bois et du charbon, dont on ne peut se passer pour faire cuire le riz, cause quelques murmures*

La malveillance agit encore dans l'exécution du décret sur l'organisation d'une force arûiée pour protéger l'arrivage des subsistances. Plusieurs citoyens s'y refusent, par la crainte qu'on leur inspire en leur disant qu'ils vont s'aller faire tuer.

La plus grande tranquillité a régné dans tous les spectacles.

[Paifij viande, bois. — Mêmes observations, ou à peu près, que dans les précédcnls rapports.]

Surveillance. — Dagomer. Sur les sept heures du soir, dans un groupe assez considérable, place du Carrousel, douze particuliers qui s'y étaient glissés prêchaient la sédition, la révolte, et engageaient à se porter à la Convention pour demander du pain. Un des plus acharnés a été arrêté et conduit au Comité de sûreté générale, où Dagomer et deux témoins ont fait leur déposition

Gauchard. Section des Amis-de-la-Patrie, plusieurs citoyens ont trouvé hier matin dans leurs serrures des billets portant : « Tous ceux qui ouvriront demain seront regardés comme Jacobins. » Il y a lieu de croire qu'il est question des boutiques, attendu la fête de Pâques d'aujourd'hui

RoucHAS jeune, Pasté.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Annales patriotiques et littéraires du 20 germinal : « Les artistes du théâtre de la Cilé ont donné sur ce thécàtrc une pièce nouvelle qui a pour litre :

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639 RÉACTION THERMIDORIENNE [5 avril 1795]

Les Jacobins du 9 thermidor et les brigands ou les Synonymes *• Les Jacobins, obligés de fuir, vont chercher un asile dans la forêt de Fontainebleau ; ils y trouvent une caverne, qui sert de repaire à une troupe de brigands. Lorsqu'ils arrivèrent les, brigands étaient allés attaquer la diligence de Dijon ; pendant leur absence, les Jacobins prennent possession du local. Le président ouvre la séance, et un honorable membre, le citoyen Gueulebordet, propose de passer à une épuration, afîn de chasser les faux frères. Chaque Jacobin fait valoir ses titres: Tun est assassin; Tautre, banqueroutier; celui-ci, massacreur du 2 et 3 septembre ; celui-là, empoisonneur, etc. Lorsque chacun a fmi sa confession politique et révolutionna ire y la Société chante en chœur :

Bon ! bon I c'est un coquin !

C'est un excellent Jacobin.

Ce refrain vaut un certificat de civisme. Nous ne suivrons pas les divers incidents qui allongent cette pièce, sans lui donner aucun intérêt dramatique : elle doit tout à la circonstance. Plusieurs situations sont très plaisantes, mais onVy trouve ni plan ni conduite. Les auteurs de cette nouveauté Font composée sans prétention ; il faut la juger avec indulgence. »

Rapport du 17 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Dans tous les endroits publics, les groupes hier ont été assez considérables, mais assez tranquilles. Le décret d'arrestation de Le Cointre, Gambon, Thuriot et autres * était le principal objet des conversations ; on approuvait généralement cette mesure, espérant qu elle pourrait ramener le calme par Tunion intime des représentants du peuple à concourir au bien général. L'opinion publique parait plus fortement prononcée contre Cambon que contre les autres ; on Taccuse d*étre le bourreau des finances.

Dubout rapporte qu'entre les deux séances un jeune homme se glissa dans les groupes près la Convention et, faisant Téloge de Tancien gouvernement, prenait la défense de Duhem et autres députés, rejetés de la Convention et regardés comme les moteurs

1. D'après les Petites Affiches, cette représentation eut lieu le 15 germinal. On en trouvera un autre compte rendu dans le Batave du 19 germinal, page 331.

2. Le 16 germinal an III, la Convention décréta d'arrestation Moyse Bayle, Thuriot, Cambon, Grauet, Ilentz, Maignet, Levasseur (de la Sarthe}, Crassous, Le Cointre. [Procès-verbal, t. LIX, p. 15.)

de tous les événements et de tous les maux dont nous avons failli être accablés. Ce jeune homme a été arrêté, conduit au Comité de sûreté générale et remis au citoyen Gauthier ; son nom est Pierre Duterque, demeurant chez le citoyen Deloide, lapidaire, pas* sage et section de la Réunion.

Les rassemblements ont toujours lieu aux portes des boulangers ; mais, comme la distribution du pain se fait dans la plupart des sections par ordre de numéros, il résulte de cette mesure presque générale plus de tranquillité qu*à Tordinaire.

La célébration de la fête de Pâques a rendu hier les promenades, spectacles, guinguettes et autres endroits publics plus fréquentés que de coutume ; grand nombre de boutiques ont été fermées.

D'après les divers rapports de ce jour, il est urgent de prendre une mesure générale contre la divagation des animaux féroces {sic); beaucoup de citoyens, n'ayant pas de quoi nourrir leurs chiens, ni le courage de les tuer, les égarent. On craint que quelques-uns de ces animaux égarés, sans maîtres, ni secours, ne deviennent enragés et ne causent les plus grands ravages, surtout aux approches de la chaleur.

Excepté les inquiétudes sur les subsistances et la difficulté de se procurer une partie des objets de nécessité absolue, qui occasionnent toujours des murmures, la tranquillité publique n'a point été troublée, et la confiance généralement prononcée dans la Convention nationale parait entretenir Tordre et l'harmonie partout.

Spectacles. — Les spectacles ne présentent aucun objet particulier contre la tranquillité publique, excepté le théâtre de la Montansier, dont le foyer est, ainsi que nous Favons déjà rapporté, le repaire du brigandage et de la corruption.

[Pain, bois, viande, surveillance. — Mêmes observations que précédemment.]

GossET, Beurlier.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)

Journaux.

Vedelie du 18 germinal : « Paris^ ce 48. Hier (il faut lire : Avant~hier)y jour de Pâques, la discussion contradictoire sur les colonies n'a pu avoir lieu, parce que Tévôque Grégoire, membre de la Commission, disait la messe ponlificalement. » — Nouvelles politiques du 19 germinal : «Paris, le 48 germinal,.. Dimanche dernier, vieux style et jour de Pâques, le cuite catholique a été exercé, avec une grande aflluence de citoyens et surtout de citoyennes, dans plusieurs endroits de Paris, sans confusion et sans trouble. Beaucoup de boutiques ont été fermées i)endant cette journée. »

64J RÉACTION THERMmORIENNE [6 avril 1795]

Rapport du 18 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Suivant les difiFérents rapports, la journée d'hier a été assez calme. Dans nombre d'endroits publics Ton s'entretenait de la paix, dont on prétendait les préliminaires arrêtés entre les différentes puissances; tous les citoyens paraissent la désirer. Le décret rendu contre Cambon et Tespérance de mesures plus heureuses dans l'organisation de nos finances, attendues de la l Convention nationale, paraissent avoir réchauffé la confiance et rehaussé le crédit public. L'or et l'argent, suivant les rapports, ont subi une baisse considérable ; des mesures répressives contre l'agiotage et ses funestes effets pourront finir de la rétablir.

Les rassemblements sont toujours considérables aux portes des boulangers, excepté chez ceux qui ont pris l'habitude de ne faire leur distribution que par ordre de numéros; il résulte de ces rassemblements que nombre de citoyens, après avoir attendu, sont privés de la part à laquelle ils avaient droit.

Les citoyens dont les revenus sont bornés, soit par un état fixe ou sans état, et n'ayant qu'une modique fortune qui suffisait précédemment à leurs besoins, se trouvent dans l'impuissance de se procurer aucuns objets nécessaires à la vie, lesquels, après des renchérissements successifs, sont encore triplés depuis un mois; les murmures ou les larmes terminent leurs conversations.

Mailly, l'un de nos inspecteurs, nous rend compte que, dans la feuille du 17 germinal d'un journal intitulé la Quotidienne ou le Tahleau de Paris *, le rédacteur s'est permis des réflexions tendantes à faire rétrograder l'esprit public; nous allons nous procurer cette feuille pour l'examiner.

Spectacles. — La tranquillité a régné dans tous les spectacles; un seul instant elle a été suspendue au théâtre des Variétés, boulevard du Temple, par un militaire, qui demandait que l'on ne chantât point le Réveil du Peuple qu'en présence de l'auteur; quelques cris : A bas

1. La Bibliothèque nationale (Le 2/720, in-4) ne possède qu'un exemplaire incomplet de ce journal, où ne se trouve pas le numéro du 17 germinal.

TouE I. 41

les Jacobins t se firent entendre ; la surveillance parut, et le calme s'est aussitôt rétabli,

[Pain, viande^ bois, surveillance* — Rien de notable.]

Le Roux» Duret.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)

Journaux.

Abréviateur tmiversel Am 18 germinal : « Paris, le 47 germinaL». Nous parler d*esprit [public], c'est s'obstiner à donner une dénomination commune aux opinions les plus hétérogènes. Ceux qui le composent de Tcsprit de leur coterie feignent d'ignorer qu'ils sont entourés d'autres coteries qui se repaissent de chimères bien diiîérentes, et que, dans le môme cercle, on change de système, de parti, de principes tous les mois, toutes les décades et souvent du soir au matin. Déjà le dictionnaire de la Révolution contient quelques mots qui sont tombés en désuétude, et un plus grand nombre d'anciennes expressions qui reprennent leur signification originelle. Déjà un attroupement d'ivrognes déguenillés et de femmes perdues ne se nomme plus le peuple souverain ; une insurrection payée, organisée, passe pour une révolte ; des impertinences, des propos orduriers, un maintien cynique, un bonnet rouge, un pantalon, les grossièretés du Père Duchesne, et des vœux de sang ont cessé d'être des preuves de patriotisme ; on va même jusqu'à tenter de réduire, sMl était possible, à ne figurer que comme des mots ou sinistres ou insignifiants les deux pentasyllabes : RévoliUion, Constitution.,* »

Rapport du 19 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les groupes au Jardin national étaient assez calmes. Simon rapporte avoir entendu dire que le calme qui régnait à Paris, après un si grand orage, menaçait encore de quelques événements ; que Ton faisait Ténumération de toutes les saisies faites d'argenterie d'église et des particuliers, des cloches et autres objets, desquels Ton n'avait jamais su le produit ; l'on y exposait ensuite l'état de notre marine, qu'on assurait être très maltraitée.

Les marchés Martin, Jean et la place de Grève étaient plus tumultueux. Compère rapporte que, dans des groupes de femmes, il avait entendu quelques-unes d'elles dire que la rareté et la cherté du

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643 RÉACTION THERMIDORIENNE [7 avril 17951

bois, du charbon et du beurre étaient encore un coup monté pour rendre nulle la distribution du riz en place du pain ; qu^on voulait absolument forcer le peuple à se révolter, mais que, s'il se levait pour une troisième fois, les femmes et les enfants s*en mêleraient et feraient sauter quelques têtes. D'autres femmes, sur la place de Grève,

disaientque les Parisiens étaient de f sots de sortir de chez eux

pour protéger, dit-on, les arrivages des subsistances, et que ceux qui partaient n'étaient que des scélérats qui allaient former une nouvelle armée révolutionnaire, disposeraient eux-mêmes des subsistances, affameraient Paris et désoleraient les départements.

Le même inspecteur rapporte qu'étant entré dans différents cafés : Payen, la Régence, de Foy et de -Chartres, il avait entendu dire par des citoyens, qui lui parurent étrangers, que les Jacobins se flattaient de reprendre le dessus dans peu, que les députés qui venaient d'être condamnés à la détention n'étaient que les victimes d'une autre faction qui voulait dominer et ne pourrait se soutenir, les Comités étant mal composés et hors d'état de donner au peuple la satisfaction qu'il a droit d'attendre.

D'autres rapportent avoir entendu, dans quelques cafés et groupes, Maison-Égalité, des conversations sur l'état des finances ; quelques citoyens, en y annonçant leurs opinions, y publiaient que la Convention nationale n'avait d'autre moyen pour rétablir Téquilibre entre le papier et le numéraire que de décréter que toutes les propriétés, tant particulières que nationales, seraient l'hypothèque des assignats. Cette opinion a été balancée par d'autres citoyens, qui cherchaient à prouver que cette mesure, loin de pouvoir rétablir le crédit, ne servirait qu'à le ruiner infailliblement, puisque, toutes les propriétés se trouvant par ce fait grevées d'hypothèques, il n'y aurait plus, dès ce moment, de propriétaires; il en résulterait, en outre, une nullité presque entière dans la vente des biens nationaux.

Les plaintes sur la mauvaise qualité du biscuit, que l'on donne en remplacement de pain, se sont fait entendre dans quelques endroits, mais quelques invitations fraternelles de plusieurs citoyens ont terminé ces murmures.

Une femme se promenant hier, Maison-Ëgalité, portant k son col un médaillon (un homme coiffé d'un bonnet rouge), fut arrêtée par quelques particuliers qui se proposaient de le lui arracher; cette citoyenne se mit en devoir de défendre sa propriété et tira son couteau, dont elle menaça quiconque oserait y porter atteinte. Cette résolution en a imposé; mais on lui conseilla de se retirer, ce qu'elle fit à l'instant, et le rassemblement se dissipa.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Martin, Ton avait annoncé fort indiscrètement sur Tafflche que le citoyen Garât, artiste du théâtre de la rue Feydeau, chanterait le Réveil du peuple; ce fait était faux, k le citoyen Garât n'ayant point été consulté. Un acteur de ce théâtre

parut sur la scène et chercha â recouvrir cette supercherie ; mais il fut très mal accueilli, et le public trompé manifesta sa colère au point que le commissaire de police eut bien de la peine à rétablir la tranquillité. La deuxième pièce n'a pu être jouée en entier. Les acteurs ont avoué au public que le citoyen Menegaud, directeur du théâtre de TEstrapade, était le rédacteur de Taffiche qui avait causé ce désordre. Nous allons mander ce citoyen pour lui faire les reproches que mérite sa supercherie.

Les autres théâtres ont joui de la plus parfaite tranquillité. Commerce. Pain. — Les citoyens Pipelard, Caîllouet, Saint-Rémy et autres inspecteurs annoncent que les rassemblements ont cessé à la porte de différents boulangers, qui ont pris le parti de distribuer des numéros ; ceux qui n*ont point adopté celte mesure ont toujours beaucoup de monde à leur porte. L'on n y entend que des pleurs et des quinssemenls [sic] de ce que Ton est obligé de perdre une demijournée pour obtenir un quarteron de pain. Le peuple demande que Ton punisse les auteurs de cette disette. Pipelard observe que les ] boulangers des trois sections du faubourg Antoine n'ont donné qu'un ' quarteron de pain, biscuit et riz â chaque individu, ce qui a occasionné beaucoup de murmures. Sur ce, un grand nombre de citoyens et citoyennes se sont transportés au Comité civil de la section de Tindivisibilité, â Teffet de forcer les membres â leur faire délivrer une ration plus forte. Beaucoup de citoyens n'ont point eu de pain dans la section des Droits-de-rHomme ; on a voulu leur donner du riz en place ; ils l'ont refusé, en disant qu'ils étaient sans pain depuis quelques jours, et que, d'ailleurs, ils n'avaient point de bois pour faire

cuire ce riz ; la distribution s'est faite en général avec ordre

Viande et autres comestibles. — Les citoyens La Motte, Drouin et Duroux, inspecteurs, disent que la tranquillité a régné aux portes des bouchers. La Motte observe que le public se plaint de ce que la viande ne vaut rien; les inspecteurs sont chargés de faire vérifier celte plainte par le commissaire de police.

Les citoyens Losset et Oury, inspecteurs, annoncent que les marchés Martin et Denis étaient assez bien approvisionnés, et que la halle â la viande était aussi assez bien fournie. Le beurre se vend 8 livres la livre ; les œufs, 7 livres le quarteron, et les pommes de terre, 14 à 15 livres le boisseau.

645 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 avril 1795]

Le citoyen Dessault, officier de paix, dit qu'il est arrivé, au carreau de la Halle, du 12 au i7 germinal, 52.275 livres de beurre; 729.100 œufs; 1.896 douzaines de fromages de Brie ou de Neufchâtel

[Bois, surveillance. — Rien de notable.]

Hannocque-Guérin, Thérouenne.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 19 germinal : « De Paris, le 48 germinal. Paris est tout-à-fait calme. Pour suppléer à la quantité de pain, on a distribué aujourd'hui du biscuit de mer chez les boulangers... Les comestibles, à cause de la disette actuelle, sont au même degré de cherté ; les queues sont toujours très nombreuses, ce qui annonce que Tinquiétude règne encore parmi le peuple ; mais en revanche on ne remarque plus de groupes, ce qui annonce que la fermentation est passée ; on ne rencontre plus de patrouilles, ce qui prouve la sécurité du peuple et du gouvernement sur la situation de Paris. . . »

Rapport du 20 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Hier les groupes ont été peu nombreux et l'esprit y était toujours à peu près le même. Tetel rapporte qu'on s'y entretenait des subsistances. Beaucoup de personnes se plaignaient de n'avoir eu qu'un quarteron de pain et du mauvais biscuit; néanmoins on y était calme et tranquille, et le peuple parait manifester qu'il ne changera point de principes au milieu de la disette, et qu'il sera constamment attaché aux lois et à la représentation nationale.

Dufresnoy, Cornet et Mailly. Au Jardin national plusieurs citoyens disaient que, sous peu de temps, on verrait des ambassadeurs de la Prusse, de l'Espagne, de la Hongrie et de la Savoie à la Convention nationale pour des traités de paix, et que déjà il y avait une suspension d'armes entre les Prussiens et nous. Ces nouvelles ont paru faire grand plaisir à tout le monde.

On ajoutait que les assignats allaient être hypothéqués sur l'uni-

Tersalité des biens, et cet expédient était en général assez goûté, parce qu'on en tirait Tinduction que cela ferait diminuer infailliblement toutes les denrées de première nécessité et les marchandises.

Au Jardin national, le secrétaire des citoyens Polverel et Sonthonax, qu*on représente comme des hommes [de sang ?] dans nos colonies, a été accusé par des colons et arrêté, puis conduit au corps de garde, et de là au Comité de sûreté générale.

Bouillon. Au café de Chartres on a proposé de demander à la Convention le désarmement de tous les scélérats.

Leroy jeune a appris qu'un particulier, vers onze heures du matin, passant à la Halle près d'une femme qui cassait un biscuit et se plaignait amèrement de n'avoir point eu de pain, lui dit : « Vous n'avez qu'à demander un roi et vous aurez du pain sur le champ » ; que plusieurs personnes avaient couru après ce particulier pour l'arrêter, mais qu'elles n'avaient pu l'atteindre.

Compère. Place des Victoires et des Piques on murmurait beaucoup sur le prix excessif du bois. « Les riches seuls, disait-on, peuvent s'en procurer. Sous l'ancien régime, on avait des loi$ et une police bien établie pour réprimer l'avarice et la cupidité des marchands de bois et autres; aujourd'hui, tout est permis: on peut voler, piller et même assassiner. La peine de mort est supprimée ; ainsi nous ne risquons rien de faire comme les autres. »

Spectacles. — Au théâtre de la rue Favart, on a donné une nouvelle pièce intitulée la Pauvre femme. Cette pièce a été très applaudie. Le parterre a été un peu bruyant, parce ^ifentre les deux pièces, les uns demandaient qu'on chantât la JoufmL du 42 et les autres le Réveil du Peuple ; mais cela n'a pas eu oe suite. Des couplets contre les hommes de sang ont été chantés, et tous les spectateurs ont été satisfaits. Aux autres théâtres, il ne s'est rien passé de remarquable.

[Pain^ viande, bois, surveillance. — Rien de notable.]

Thérouenne, Potrellb.

(Arcli. nat., F » « IIÏ, Seine, 16.)

Journaux.

Abrë€kUeur universel du 28 germinal : «,La Pauvre femmCy opéra en un acte, donné avec un succès décidé, nonidi et primidi dernier, sur le Ihéàtre de rOpéra-Gomique national, à Paris, est un ouvrage plein de détails charmants et d'un intérêt doux. Le fond en est simple. Une femme indigente a sauvé, des poursuites des terroristes, deux infortunés qu'elle a cachés chez elle. Elle leur prodigue les soins les plus tendres ; mais elle est sur le point de les laisser

647 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 avril 1795]

manquer de tout, attendu qu^elle a épuisé toutes les ressources pour les nourrir. Un inconnu vient réclamer un portefeuille, qu'il a confié à la Pauvre femme et à feu son mari : la Pauvre femme le lui rend, et en reçoit une somme, qu'elle veut faire accepter à ses hôtes. C'est au milieu de témoignages de reconnaissance de ces derniers qu,e l'inconnu, qui revient sur ses pas, reconnaît son épouse dans l'une des deux victimes que la pauvre femme a soustraites à la proscription des hommes de sang. Tel est le fond, sur lequel le citoyen MarsoUier, auteur de Nina, de Cange^ etc. a su répandre le charme de l'intérêt et des détails les plus piquants. La musique, qui est du citoyen Daleyrac, porte le cachet de ce compositeur fécond : elle est remplie de chants et d'effets dramatiques comme tous ses ouvrages. La pièce est très bien jouée par les citoyens Philippe, Chénard, Granger, et par la citoyenne Crettu. La citoyenne Dugazon y joue le rôle de la Pauvre femme avec ce talent supérieur qui n'est étranger à aucun genre, qui saisit tout les caractères, toutes les nuances, et qui met le sentiment hors d'état de résoudre, ou même de se faire cette question : Est-ce Vart ou la nature ? »

20 GERMINAL AN lïl (9 AVRIL 1795).

Rapport du 21 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Compère, l'un de nos inspecteurs, rapporte qu'ayant parcouru différents cafés, Maison-Égalité, Jardin des Tuileries, rue Honoré et bas du Pont-Neuf, il avait entendu, dans diverses coi>v%rsations paisibles desdits endroits, des citoyens manifestant leurs ciMp^s d'une nouvelle insurrection qu'ils disaient se préparer, et donrra pénurie et la cherté des subsistances devaient être le prétexte, et surtout depuis que les malveillants se plaisaient annoncer devoir manquer absolument ces jours-ci, que les bruits sur la paix prochaine étaient faux, attendu que nos ennemis, sachant à quel point de détresse est réduite la République française, se garderaient bien de traiter avec nous à des conditions désavantageuses pour eux, tandis qu'ils étaient à même de profiter de nos malheurs.

Le même rapporte que, dans des groupes qui se forment après la levée de la séance dans les environs de la Ck)nvention, des femmes 86 permettaient de dire : a Nous verrons demain ou après s^ nous réussirons mieux; ils auront beau rendre des décrets et nous amuser de leurs mesures inutiles : nous voulons du pain, et nous ne voulons point de riz, puisqu'ils nous ont mis dans Timpossibilité de nous procurer du bois, du charbon et du beurre. »

Les rapports des autres inspecteurs ne portent pas de plaintes à un degré aussi affligeant ; tous 8*accordent cependant à nous eii tracer les différentes nuances, qui prouvent que la disette agit presque également sur tous les esprits, malgré les invitations de quelques citoyens de prendre patience et d'avoir confiance dans les mesures des Comités de gouvernement.

Dans le courant de la soirée, le tableau de la misère publique était disparu; tous les endroits publics n'offraient plus aux yeux que le spectacle de la tranquillité; les promenades riantes, les cabarets et les spectacles garnis de monde^ enfin les groupes même manifestaient l'espérance d'un avenir plus heureux, d'après le rapport fait à la Convention au nom du Comité de salut public.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Feydeau, entre les deux pièces un particulier annonça que la Convention avait décrété que les terroristes seraient désarmés ; les spectateurs aussitôt crièrent : A bas les Jacobins l la tranquillité cependant n'a pas été troublée. Les autres spectacles n'offrent aucuns faits particuliers, et le bon ordre y a régné.

[Commerce, pain, viande, charbon. — Rien de notable.]

Surveillance. — Jouenne. Faubourg Marcel, les femmes disaient que c'était hier l'avant-dernière décade que l'on fêtait, que l'autre décade tomberait un dimanche, et qu'à partir de ce jour, l'on suivrait l'ancien calendrier; qu'un ouvrier ne pouvait travailler neuf jours sans se reposer. ....

Pilfer : Plaintes amères dans le faubourg Marceau de ce que les habitants du faubourg Antoine avaient, par personne, une livre et demie de pain, et que celles {sic) du faubourg Marceau n'en avaient qu'une livre et souvent qu'une demi-livre.

Bouillon. Aux portes des boulangers des sections de la Fidélité et des Droits-de-l'Homme, beaucoup de murmures contre le gouvernement; plusieurs particuliers, qui paraissaient très échauffés, disaient: Que ton f....un roi et qu*on nous donne du pain! Chacun, mécontent d'attendre, paraissait les applaudir

Gambet et Bernard rapportent qu'étant entrés chez le restaurateur de la Cour des Augustins, où vont les gendarmes de la 33« division, ils y ont trouvé un nommé Toussaint^ ci-devant tambour du centre de la section du Muséum, qui leur a dit que lui et ses camarades avaient refusé des cartouches que Ton voulait distribuer de la part de la Convention, qu'ils ne connaissaient que le parti le plus fort, qu'ils étaient tous consignés aujourd'hui, mais qu'ils s'en moquaient^

649 REACTION THERMIDORIENNE [10 avril 1795J

qu*il fallait leur donner un doge et un empereur, et Fabondanee régnera. Le double de ce rapport a été envoyé au Comité de sûreté générale

Fauconnier, Beurlier, Hornin, Roughas jeune.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)

Rapport du 22 germinal.

Esprit public. Groupes. — Les patrouilles nombreuses qui circulaient hier dans les différents endroits publics, comme aux Jardins national et de TËgalité, ont beaucoup contribué à y maintenir la tranquillité et à dissiper les groupes, où il ne s^est manifesté aucune mauvaise intention ; on s'y entretenait plus particulièrement du rap- i port fait à la Convention sur le traité de paix conclu entre la Repu- \ blique française et le roi de Prusse. Cette nouvelle faisait apercevoir \ la plus grande satisfaction parmi tous les citoyens et semblait ranimer le courage à supporter les privations, dans l'espoir que cette paix partielle pourra nous en procurer incessamment une générale, à l'exception de l'Angleterre, contre laquelle les esprits paraissent fortement prononcés.

La disette du pain, ou la réduction de cette denrée de nécessité . absolue, jointe à l'impossibilité de se procurer d'autres objets, cause ( toujours des murmures et des plaintes les plus amères ; le dénûment des pères de famille les réduit, ainsi que l'annonce le rapport de Hallamon, l'un de nos inspecteurs, à la nécessité de conduire leurs enfants à l'Hospice de la patrie. Le ci-devant commerce, transformé en celui d'agioteur, profite du malheur public et réduit les citoyens au désespoir. Les fermiers et les cultivateurs secondent bien les projets destructeurs, et, regorgeant actuellement d'assignats et de denrées, ne veulent rien fournir.

Il vient de nous être envoyé un rapport de l'officier de garde à la section de l'Unité et un placard manuscrit tendant au rétablissement de la royauté, trouvé entre 4 et 6 heures du matin au carrefour de Buci, rue des Boucheries, et dans d'autres endroits. Ce placard ainsi que le rapport ont été envoyés au Comité de sûreté générale.

Spectacles. — Rien de particulier dans les spectacles ; tout nous annonce qu'ils ont joui de la plus grande tranquillité.

Commerce. Pain. — Pipelard et autres observent qu'en général la distribution du pain s'est faite avec tranquillité ; il est cependant quelques exceptions : Rabillard, boulanger, marché Catherine, a été obligé de fuir, attendu qu'il était menacé par le peuple; sa boutique a été en partie pillée, et un citoyen qui voulait rétablir Tordre a été maltraité. Pipelard dénonce le citoyen Jean-Eutrope Lallement, demeurant rue du Temple, n* 140, comme cherchant tous les jours à soulever le peuple contre les commissaires qui surveillent la distribution du pain chez le citoyen Patriarche, rue Culture -Catherine. Chez ce même boulanger^ quoiqu'il n'ait délivré qu'un quarteron de pain à chaque individu, plus de soixante personnes n'ont pas été servies. Le citoyen Lallement est mandé à la Commission*. .

[ Viande^ charbon. — La distribution de la viande s'est faite avec beau* coup de tranquillité. Les halles et plusieurs marchés étaient très bien approvisionnés. Il y a eu des troubles pour la distribution du charbon au port de la vieille place aux Veaux et à l'Ile Louviers.]

Surveillance. — Dagomer rapporte que, dans la section du Bonnetde-la-Liberté, deux fortes patrouilles, ayant essayé de dissiper les queues aux portes des boulangers^ ont été insultées, menacées et frappées par environ quatre à cinq cents femmes, qui criaient : A bas les armes f Nous ne voulons plus de soldats^ puisqu'il n'y a plus de pain I Les mêmes femmes avaient menacé de s'emparer des canons de section pour aller à la Convention ; deux de ces femmes ont été mandées ce matin à la Commission. Décadi, l'après-midi, sur le boulevard du Temple, les citoyens formaient queue aux portes des pâtissiers, ces queues excitaient les murmures de la part d'autres citoyens, qui se plaignaient qu'on employât la belle farine en gâteaux ou brioches, tandis que le pain n'est composé que de son ou de mauvaise farine.

Suivant Rancelot plusieurs femmes se sont présentées au Comité civil de la section du faubourg Montmartre pour inviter les membres à se transporter avec elles à l'administration des subsistances pour lui demander du pain. . .

Beurlier, Durbt.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Annales patriotiques et littéraires du 22 germinal : « Paris, 21 germinaL Malgré la disette des subsistances qui continue à se faire sentir dans cette

651 RÉACTION THERMIDORIENNE [H avril 179Î)]

villey la tranquillité publique n'a point été troublée depuis la journée du 12 germinal. Cependant les agitateurs conspirent encore dans Tombre : ils avaient annoncé une insurrection pour aujourd'hui primidi. On disait ces jours derniers au Palais-Égalité que des mécontentements se manifestaient dans les faubourgs ; on disait en même temps, dans les faubourgs, qu'il y avait du bruit au Palais-Égalité. Ainsi les terroristes mettaient leurs projets en nouvelles. De nombreuses patrouilles, en dissipant les attroupements, ont arrêté les effets de la mauvaise volonté... » — Gazette française du 23 germinal : v Paris, le 22 germinal. On avait multiplié les patrouilles, par pure mesure de sûreté. Elles n'étaient aujourd'hui qu'au nombre ordinaire. Aussi tous les quartiers de cette immense cité sont-ils parfaitement tranquilles. » — Messager du soir du 24 germinal : « Paris, le 23 germinal. Avant-hier, à neuf heures du soir, on a arrêté par ordre du Comité de sûreté générale, Le Portier, propriétaire et rédacteur d'un journal intitulé : Correspondance politique. Dans son numéro du 21 de ce mois, ce journaliste met en opposition aux lettres de l'Ouest et de Genève ', lues à la tribune de la Convention, une prétendue traduction d'un journal allemand, dans laquelle l'auteur nous reproche d*avoir égorgé un roi qui était le meilleur homme du monde ; il soutient ensuite que, s'il n'existait plus de Jacobins, il n'est pas un Français qui ne versât des larmes sur sa tombe ; il s'apitoie enfin sur le sort d'Antoinette et de ses enfants, et il assure qu'en faisant une révolution, nous sommes tombés de fièvre en chaud mal, » — Cf. Gazette française du 24.

22 GERMINAL AN III (il AVRIL 1795),

Rapport du 23 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés, — Les groupes aux jardins national, Égalité et environs de la Convention, quoique assez nombreux, étaient cependant assez calmes ; Ton s'y entretenait, ainsi que dans les cafés desdits endroits, assez diversement du traité de paix conclu avecla Prusse; la majorité y développait avec satisfaction les avantages qu'elle pourrait procurer, et l'espérance prochaine d*une paix générale avec les puissances coalisées. La malveillance, agissant toujours en sens contraire, cherche à semer l'inquiétude dans les esprits, en insinuant que le traité fait avec la Prusse a été payé par le gouvernement^ et qu'il était douteux qu'il soit exécuté.

Les différents autres quartiers de Paris ont été assez agités, notamment les places des Piques, des Victoires et autres, où se rassemblent

1. n s'agit d'une lettre de Hoche et d'une lettre de Desportes, ministre de France à Genève, lues & la Convention par Roux (de la Haute-Marne), dans la séance du 19 germinal an III. (Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p. 176).

[11 AVRIL 17951 RÉACTION THERMIDORIENiNE 652

des voituriers vendant du bois ; à ces différents endroits plusieurs attroupements se sont formés et faisaient entendre leurs murmures et les propos les plus libres contre le gouvernement, qui ne cherchait point à mettre une fin à la cupidité des marchands ; les charretiers ont été injuriés et repoussés par quelques femmes très décidées à enlever le bois, notamment les fagots, qu'elles voulaient payer à raison de 15 sols, ce qui aurait eu lieu, si la garde ne fût arrivée pour les contenir, et si quelques citoyens paisibles, se rendant médiateurs, n'eussent engagé les marchands à les vendre à raison de 20 sols, ce qui ramena le calme.

Dans d'autres endroits, la modique distribution du pain, après les promesses faites de distribuer à chaque citoyen son contingent, n'étant pas exécutée et sans remplacement de riz ou de biscuit, excitait les plaintes les plus amères, la presque totalité ne pouvant atteindre aux prix excessifs des autres denrées. Un de nos inspecteurs rapporte avoir entendu dire à un citoyen que, ne pouvant plus se procurer les moyens de subsistance, il trouverait bien le remède à ses maux en terminant son existence.

Spectacles. Jeux. — La plus grande tranquillité a régné dans les spectacles.

En exécution de Tarrété du Comité de sûreté générale du i5 germinal, par lequel toutes permissions données sous la dénomination de former des Sociétés d'amis, sont retirées, nous avons fait notifier ledit arrêté orficiellement à tous les teneurs de Sociétés et maisons de jeux sous cette dénomination, afin qu'ils n*en prétendent cause d'ignorance ; nous ferons passer au Comité de sûreté générale copie de la liste des maisons où il a été notifié, ainsi que du procès-verbal des officiers de paix. Nous espérons ensuite faire exécuter la loi, suivant les ordres contenus audit arrêté.

Commerce. Pain. — Drouin, Pipelard et autres annoncent que, chez les boulangers qu'ils ont surveillés, la distribution du pain, s'est faite avec tranquillité. Pipelard observe cependant que plusieurs boulangers des sections de l'Indivisibilité, des Droits-de-l'Homme et de Fidélité n'avaient ni riz, ni biscuit pour suppléer au pain et n'ont pu satisfaire une quantité de leurs pratiques. De là des murmures et des orages, notamment à la porte du citoyen Robillard, marché Catherine, où des citoyennes ont été frappées ; le commissaire de police a pris les noms des auteurs de ce trouble. On se plaint toujours de l'inégale répartition de farine, qui fait que dans une section on donne une demi-livre de pain par personne, et dans d'autres un quarteron seulement...

653 llÉACTION THERMIDORIENNE [12 avril 1795]

Viande el autres comestibles. — Suivant différents rapports la tranquillité a régné à la porte des bouchers. ..

Les halles et différents marchés étaient très bien approvisionnés, ainsi que la halle à la viande ; les répartitions ont été faites avec ordre ; le beurre se vend jusqu'à 14 livres la livre ; les œufs, 8 livres le quarteron. Cette cherté des denrées ne cesse de faire murmurer le peuple ; il dit qu'il est odieux qu'on ne mette pas un frein à la cupidité des marchands.

Du 22 au 23 courant, il est arrivé sur le carreau des halles 259 voitures de différentes denrées, ainsi que six de marée.

[Bois et charbon. — Rien de notable]

Surveillance. — Rue d'Orléans, section de la Halle-au-blé, une femme était tombée sans connaissance; revenue à elle au bout de quelques minutes, elle a avoué qu'elle n'avait rien pris de la journée ; chacun s'est empressé de lui apporter des gâteaux, qu^elle a mangés avec avidité. Cette scène a causé de violents murmures contre Tadministration des subsistances.

Presque toutes les boutiques de la rue Denis et une grande partie de celles des rues adjacentes étaient fermées ce matin. . •

HoHNiN, RoucuAS jeunc.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)

Journaux.

Courrier républicain du 23 genninal : « Du 22 germinal. La publication de la paix avec le roi de Prusse a fait subitement baisser le prix de l'or et de l'argent. » — Gf. la Gazette française du môme jour.

Rapport du 24 Germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les groupes étaient hier plus considérables au Jardin national; on s'y entretenait du traité de paix fait avec la Prusse; mais la pénurie des subsistances excite le cri général de tous les citoyens; Técho de leurs plaintes retentit de toutes parts; le mécontentement, d'après différents rapports, paraît général. Il se manifeste avec plus de force encore parmi les mères de famille,

fi

qui, privées des moyens d*atteindre aux autres subsistances, sont presque réduites au désespoir. Plusieurs voient avec douleur, dans ce moment de disette, les pâtissiers employer à Tusage de leur commerce la farine la plus pure, le beurre et les œufs, qu^ils achètent à tout prix, et, par là, réduisent une grande .partie des citoyens à Timpossibilité de s'en procurer au prix exorbitant du marché. Compère, inspecteur, rapporte qu'il a ouï dire que cinq ou six citoyens, se voyant sans pain et hors d*état d*acheter d'autres subsistances, se sont précipités dans la Seine. Le même rapporte que, dans les cafés de la rue Honoré et de la Maison-Égalité, les conversations sur les subsistances étaient très agitées ; on y accusait le gouvernement de ne pas employer tous ses moyens pour remédier à nos calamités et réprimer la cupidité illicite de tous ceux qui commercent sur les denrées.

Spectacles. — Au thé&tre du Lycée des Arts, Dufresnoy, inspecteur, s'étant aperçu que plusieurs actrices n'avaient pas de cocarde, monta sur le théâtre les inviter à en mettre. Deux seules s*y soumirent; les autres répondirent qu'il n'y avait que les Jacobites qui en portassent. Les autres théâtres n'offrent rien de particulier ; le bon ordre y a régné.

Commerce. Pain. — Gaillouet, Pipelard et autres annoncent que la distribution du pain s'est faite avec tranquillité dans les sections du faubourg Montmartre, du Mont-Blanc et autres ; on n'a donné, par personne^ qu'un quarteron de pain, sans riz ni biscuit. La modicité de cette ration a excité de la part des femmes de violents murmures contre le gouvernement; elles diseûent qu'il était impossible que les hommes pussent travailler avec si peu de subsistances ; des mères de famille répandirent des larmes en disant qu'elles aimeraient mieux qu^on les tuât que de voir mourir leurs enfants de faim ; d'autres, dans leur désespoir, disaient qu'il vaudrait mieux les égorger. Les citoyens Patriarche, rue Culture-Catherine, et Renard, rue Paul, tous deux boulangers, ont renvoyé beaucoup de leurs pratiques sans les satisfaire d'aucune manière. Malgré cela, Tordre n'a point été troublé. Dans différentes sections, la farine arrive toujours trop tard, ce qui oblige le public d'attendre sa ration jusqu'à deux heures aprèsmidi. Rue du Ghevalier-du-Guet, dit Loctave, il se fabrique du pain qui se vendra trois livres cinq sols la livre.

[ Viande, bois, etc. — Rien de notable.]

Surveillance. — L'office catholique a été célébré hier dans différents lieux de Paris avec toute la tranquillité désirable ; beaucoup de

655 REACTION THERMIDORIENNE [12 avril 17951

personnes y ont assisté ; la majeure partie des boutiques étaient fermées. Les promenades et les spectacles étaient brillants et garnis^ mais on y remarquait que presque toutes les femmes n'avaient point de cocarde.

Hodet rapporte qu'autour des halles et à l'entrée de la rue Montmartre, des malveillants se permettaient d'arracher les cocardes aux citoyennes.

Pierre et Valus assurent que le coinmissaîre de police de la section de l'Arsenal leur a dit que beaucoup de personnes tombent malades, faute de nourriture, et qu'il enterre considérablement de monde.

Baude annonce que, vers les neuf heures du soir, il existait à la Porte Martin plusieurs groupes où l'on s'entretenait des subsistances, et où des malveillants cherchaient à indisposer le peuple contre la représentation nationale, mais ils ont été abattus par l'énergie de plusieurs citoyens.

A la Yillette, vers les neuf heures et demie du soir, des femmes ont voulu s'opposer au passage de plusieurs voitures de farine, qui venaient k Paris, en disant qu'elles mouraient de faim.

Gambet rapporte que des malveillants font courir le bruit que les enfants de Capet ne sont plus à Paris, et qu'il est bien inutile que les citoyens se fatiguent pour la garde du Temple, puisqu'il n'y a plus que des pierres.

Sur les quatre heures du soir, un citoyen s'est jeté de dessus le pont Notre-Dame dans l'eau et s'est noyé; on ignore la cause de ce désespoir.

Dans la section de la Fidélité, une femme vendait des pommes de v terre à 14 livres le boisseau ; elle a été assaillie par le peuple, au point qu'elle aurait péri sans le secours de la force armée. Elle a été conduite au corps de garde avec sa marchandise

Therouenne, Beurlier.

(Arch. nat., F*« III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 24 germinal : « De Paris, 23 gei^minal. On a battu le rappel ce matin dans plusieurs sections, pour faire assembler les compagnies qui doivent escorter les arrivages de subsistances. La distribution du pain est toujours la même. Au milieu de celte disette, le luxe étale tout son éclat. Le matin les mes sont remplies de pauvres femmes qui gémissent à la porte des boulangers ; le soir, les promenades sont remplies de femmes élégantes qui éblouissent par leur parure, tandis que les chiens et les chats, ces fidèles habitants de nos foyers, sont inhumainement jetés dans la Seine, faute de

subsistances. On voit reparaître sur nos boulevards les chevaux de luxe et les voitures dorées, qui présagent le retour de Tabondance. . . » — «c Le mausolée élevé aux Tuileries à la mémoire de J.-J. Rousseau commençait à tomber on débris. Le Comité des inspecteurs de la salle a donné des ordres pour faire disparaître les ruines de ce monument. La statue du philosophe de Genève, qui s'est conservée entière au milieu des décombres du mausolée, a été transportée dans un lieu où elle ne sera plus exposée aux injures de l'air*. »

Rapport du 25 germinal.

Esprit public. Groupes, — Les rapports de ce jour s'accordent à annoncer que la tranquillité n'a point été troublée hier. La pénurie seule des subsistances agite toujours considérablement les esprits. Dans les groupes, les femmes surtout paraissent plus irritées; plusieurs d'entre elles réclament l'égalité dans les distributions et murmurent hautement de ce que, suivant ell«s, les citoyens des faubourgs Antoine et Marceau reçoivent la quantité de pain fixée par l'arrêté du Comité de salut public, tandis que les citoyens des autres sections n'ont que la demi-livre et ne reçoivent ni riz ni biscuit en remplacement de la portion qui leur est allouée. Des citoyens paisibles cherchent par des invitations fraternelles à relever leur courage en leur annonçant qu'une paix générale viendra bientôt mettre fin à nos calamités.

L'impunité de l'agiotage, seule cause, dit-on, du renchérissement excessif de toutes les marchandises et du discrédit des assignats, aggrave encore les motifs de mécontentement.

Spectacles. — Les théâtres ne présentent rien de particulier contre Tordre et la tranquillité publique.

Commerce. Pain. — Oury, Moyron, et autres rapportent qu'en général la distribution du pain a été tranquille. Moyron observe cependant qu'à la porte du citoyen Dubost, boulanger, les esprits étaient très échauffés; on s'est permis de dire hautement que nous aurons

1. Ce numéro de la Gazelle française contient la « note »» suivante: « Aux auteurs de la Gazelle française. Comme mes occupations ne me permettent plus de travailler à la rédaction des journaux, je n aurai aucune part désormais à la rédaction de la Gazelle française ; je vous prie de rendre ma déelaration publique. — MlCHAUI». •>

657 RÉACTION THERMIDOR lÊNNE [13 avril 1795]

bientôt un roi, qui nous ferait manger du pain, et non mourir de faim ; qu'il ferait disparaître les assignats, et que, par ce moyen, tout diminuerait promptement. Les boulangers se plaignent toujours de i rinégale répartition des farines ; dans les sections de Tlndivisibilité, de TArsenal et des Droits-de-l'Homme, plusieurs n'ont pu satisfaire leurs pratiques. Il résulte de cette pénurie de yives inquiétudes et de violents murmures contre le gouvernement. Oury ajoute qu'un grand nombre de femmes, rassemblées dans la rue du Petit-Pont, ont été chercher un membre du Comité de bienfaisance de la section du Panthéon, pour les accompagner à l'Agence des subsistances. Ces femmes disaient que, depuis trois jours, elles n'avaient eu qu'un quarteron de pain, et que, pour ce jour, elles ne voulaient le recevoir. Le commisf^aire les a invitées à partir devant, en disant qu'il allait les rejoindre. Un autre commissaire, de service chez un boulanger, rue de la Montagne -Geneviève, avait emporté son pain après la distribution ; mais il est revenu à la charge pour en avoir un autre ; les femmes le lui ont pris. Le boulanger s'est répandu en propos malhonnêtes et s'est armé d'une bûche pour en frapper le public ; mais une patrouille, qui passait en ce moment, a rétabli Tordre. La Commission a invité le commissaire de police de la section du Panthéon à lui transmettre les détails de cette affaire.

Viande et autres comestibles, — Il résulte des différents rapports que la tranquillité a régné aux portes des bouchers. Suivant Forest, on se plaint beaucoup de la malpropreté des tueries, notamment de celle de la rue des Prêcheurs ; il observe que, si l'on n'y remédie, il est à craindre que cette négligence ne devienne dangereuse dans les chaleurs. Les halles étaient assez bien fournies en viande et légumes; divers autres marchés étaient moins bien approvisionnés. Les denrées s'y vendent un prix exorbitant , ce qui excite des plaintes et des gémissements de la part du peuple. Yassor a remarqué qu'au marché Martin trois ou quatre marcandiers avaient de la viande de mauvaise qualité. La Commission a écrit au commissaire de police de vérifier ce fait.

Bois et charbons. — La livraison du charbon au port de la Vieille place aux Veaux a été tranquille. Dans différents chantiers et ports, celle du bois a été de la même tranquillité; les garçons cordeurs, charretiers et garçons de chantiers font toujours contribuer les citoyens à leur gré.

A l'île Louviers, la distribution des fagots a été troublée dans l'après-midi, et l'impossibilité de rétablir l'ordre, malgré la présence ToMB L *2

de la gendarmerie, a obligé les préposés à faire cesser là vente ponr éviter les accidents.

Surveillance, — Les subsistances, objet de tous les entretiens, sont aussi Pobjet des rapports d*un grand nombre d'inspecteurs. Pour éviter les répétitions, nous ne citerons que quelques faits.

Henry rapporte que, dans un cabaret, faubourg Montmartre, deux ouvriers en buvant une bouteille de vin et mangeant (faute de pain) une douzaine d*œufs qui leur avaient coûté 4 livres 10 sous, disaient qu'ils étaient plus malheureux maintenant en gagnant 10 et 12 livres que lorsqu'ils ne gagnaient que 30 sous par jour; ils ajoutaient que la Convention, ne trouvant pas de moyens pour empêcher le surhaussement progressif des choses, s'en trouverait la dupe, et qu'elle ne faisait rien pour le bonheur du peuple.

Suivant le rapport de Chevalier, il s'est élevé, rue Antoine, un grand nombre de difficultés à l'occasion des pommes de terre ; les marchands veulent vendre les blanches 10 livres le boisseau, les rouges 16 livres, et le beurre en livre 9 livres 10 sous. L'inspecteur, malgré ces prix excessifs, est parvenu à faire respecter les propriétés et la liberté du commerce.

Ledieu a entendu les femmes des sections Poissonnière et Brutus traiter les hommes de j . . • f. . . de ne pas aller à la Convention lui demander compte de nos grains; elles ajoutaient qu'elles s'y porteraient, dussent-elles y perdre la vie.

Sur la terrasse du Jardin national, Yaldet a entendu beaucoup de murmures contre les marchands ; on les accusait de ne distribuer que le moins possible des subsistances que l'administration leur donne au prix fixé par la loi; et de garder le reste pour les revendre à un prix épouvantable.

Pernet rapporte que trois gendarmes ont conduit chez le commissaire de police de la section de la République un quidam qui avait été les provoquer à leur poste et leur dire qu'ils feraient mieux de travailler à donner du pain, que de monter la garde pour un tas de j...f. .. Ce particulier a été envoyé au Tribunal révolutionnaire * .

Le même annonce qu'à Monceaux les fermiers cuisent chez eux, faute de boulanger, et font payer le pain 20 sous la livre..

Dans la section de la Halle-au-Blé, un particulier a été arrêté porteur de 40,000 livres en faux assignats. Il a dit les tenir de son père, qui demeure à Bordeaux.

i. Il y a ici un lapsus évident. Au lieu de Tribunal révolutionnaire, il faudrait peut-être lire Comité de sûreté générale.

659 RÉACTION THERMIDORIENNE [14 avril 1793]

La femme d'un marquis génois, logée rue Honoré, maison Virginie, s'est précipitée par une fenêtre et en est morte; on ignore les causes de ce suicide

Le Roux, GossET.

(Arch. nat., F * • III, Seine, 16.)

Rapport du 26 germinal.

Esprit public. Groupes, — La journée d'hier n'a point différé de la précédente. Les groupes étaient peu nombreux dans les endroits publics, mais toujours très considérables aux portes des boulangers. Les plaintes, les murmures et les propos les plus inquiétants se font entendre dans ces rassemblements. L'inégalité prétendue des répartitions donne lieu à ces mécontentements. Les commissaires distributeurs se trouvent exposés aux voies de fait. Les autorités supérieures sont traitées sans ménagements, et sur elles principalement se dirigent les plaintes qu'excite en tout genre l'impunité des agioteurs.

Compère rapporte qu'ayant parcouru divers endroits, et notamment le Pont-au-Ghange et Ja Place des Victoires, il avait entendu des femmes dire tout haut qu'elles éprouvaient par la faim et le besoin des mouvements de rage et de désespoir qui les porteraient infailliblement à faire un mauvais coup; que les espérances qu'on leur donnait étaient vaines, ou au moins trop tardives; qu'il était temps enfin de leur donner du pain.

Leroy, autre inspecteur, annonce que des femmes rassemblées dans la plaine Saint-Denis avaient arrêté une voiture chargée de pommes de terre ; le voiturier ayant annoncé l'intention de ne leur vendre qu'un sac, elles ont décidé de conduire ladite voiture sur le carreau de la Halle; mais, en passant par La Ghapelle, les habitants voulaient se la distribuer entre eux; cependant, Tofflcier de garde à la barrière, prévenu de cet événement, a fait conduire la voiture par les fusilliers chez le commissaire de police de la section Poissonnière, et ce dernier l'a renvoyée devant le commissaire de police de la section des Marchés pour être vendue, s'il y avait lieu, sur le carreau.

Dans quelques groupes, la liberté des cultes donnait lieu ^ dilTé-

rentes dissertations; Ton y remarquait, entre autres, les différentes influences que pouvait avoir dans les sociétés la diversité des opinions des prêtres sermentés ou insermentés, et les dangers qui peuvent dériver des principes perfides qu*ils pourraient insinuer dans les esprits faibles contre la liberté.

Le degré de fermentation parait en ce moment plus marqué que les jours précédents, mais les bons citoyens sont à leurs postes.

Spectacles, — Las spectacles, en général , ont été parfaitement tranquilles.

[Pain, viande, bois. — Rien de notable.]

Surveillance. — •.. Les détenus aux Hadelonnettes avaient commencé un trou pour s*évader, mais le concierge; prévenu à temps a fait constater le délit.

Dagomer rapporte que beaucoup de mères versaient des larmes en demandant du pain ou quelque aliment qui pût leur en tenir lieu. Il ajoute qu'un homme chargé de six enfants disait que, si cette disette durait encore longtemps, il jetterait ses enfants à Feau et s*y plongerait.

Dangouville, passant rue de TEchiquier, a vu deux femmes qui tenaient chacune une demi-livre de pain pour elle et leurs maris. Elles disaient : « Nous voudrions qu*il n'y en eût plus du tout, parce^ qu'alors nos lâches de maris seraient obligés d'en demander. »

Hier soir, sur le boulevard du Temple, Baude a été témoin de Févanouissement d'une femme qui tenait dans ses bras un enfant à la mamelle ; elle n'avait pas mangé de la journée ; des personnes l'ont reconnue et l'ont reconduite chez elle.

Au carré de la Porte-Martin, il y avait un grand rassemblement, où l'on professait les plaintes ordinaires sur la pénurie des subsistances.

Ce matin, une voiture de farine a été arrêtée au même endroit par différentes personnes qui disaient que les boulangers du quartier n'avaient pas de pain, et qu'il leur en fallait

Beurligr, Therouenne.

(Arch. nat., F«« III, Seine, 16.)

Journaux.

Vedette du 26 *germinal : « .. .La rareté du pain continue à se faire sentir à Paris ; la distribution du biscuit et du riz est cessée ; il y a des sections qui manquent tout à la fois de pain. Gela fait beaucoup de mécontents, et Ton assure qu'il y a déjà plusieurs personnes qui ont péri, faute d'aliments. Les ouvriers^ n'étant pas soutenus par une nourriture suffisante, quittent leurs

-tir 1

66i ftÉACTlON THERMIDORIENNE [45 avril 1795]

ateliers, et n'ont de courage à rien. Si ce terrible état continue, nous pourrons bien éprouver une révolution, qui sera d'autant plus cruelle que le besoin ne connaît point de mesure. » — Nouvelles politiques du 26 germinal : « Paris, 25 germinal. Les queues du matin et du soir sont toujours très nombreuses à Paris. Celles du matin, aux portes des boulangers, des bouchers et des épiciers, sont composées de citoyennes qui halettent après du pain, de la viande, de la chandelle. Celles du soir, aux portes de nos spectacles. Parmi ces dernières on remarque un changement notable dans le costume des citoyens qui les composent. Ce ne sont plus ces sans-culottes de profession, dont le civisme épouvantait les grâces ; ce sont des citoyens mis simplement, mais avec propreté. On remarque que le beau sexe, dont le patriotisme ne s'est jamais démenti, a exigé de la part de ses serviteurs le sacrifice des livrées de rindigence que le sans-culottisme avait endossées au grand détriment de cette galanterie et de cette urbanité qui distinguaient les Parisiens. Les femmes ont enfin reconnu que le patriotisme à Tair farouche n'était pas celui qui était ni le plus vrai, ni je plus aimable, et elles ont repris leur parure pour se montrer avec plus d'avantage dans les cercles et dans les spectacles. ^

26 GERMINAL AN lil (15 AVRIL 1795j.

Rapport du 27 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Partout, hier, des groupes nombreux ; les esprits étaient dans la plus grande fermentation par rapport aux subsistances et à la disette du pain ; on y entendait les propos les plus outrageants contre la Convention. Des femmes paraissaient poussées par le désespoir et, maudissant leur existence, disaient : « Donnez-nous du pain ou la mort; tuez-nous plutôt que de ilous faire languir! Youdrait-on nous forcer à demander un roi? Eh bieu; f , nous n^en voulons point. »

Les officiers de paix rapportent que, sur la place du Carrousel, on a entendu une femme dire à sa fille : « C'est ici que ton père a versé son sang le 10 août; eh bien I je te briserais la tête sur ce même pavé plutôt que de te voir mourir de faim ! » Plusieurs inspecteurs rapportent avoir vu d'autres femmes jurant contre la cocarde nationale, insulter celles qui en portaient, lés traiter d'aristocrates, dire qu'elles ne la portaient que par grimace et par crainte, et enfin engager toutes Içs autres à n'en plus porter et à la fouler aux pieds.

Dans les cafés, et surtout dans ceux de la Maison-Egalité, les entretiens roulaient sur Tétai de nos finances ; le rapport fait à la Conven-

tion ne parait pas rassurer les esprits * ; on est étonné, dit-on, de la proposition d'une nouvelle émission de trois milliards d'assignats, au moment où le nombre de ceux en circulation est effrayant, et lorsque, pour rétablir le crédit public, on doit s'occuper des moyens de Ten retirer. L'agiotage, qui n'oublie aucun moyen, a profité de l'effet que le projet du Comité des finances avait produit sur les esprits, pour faire hausser le prix de Tor ; on pense, dit-on, qu'il augmentera enc(»re.

Les maisons de jeu où l'arrêté du Comité de sûreté générale a été notifié continuent, malgré cet avertissement. Nous allons nous occuper de faire exécuter le règlement de police concernant lesdites maisons.

Spectacles, — Rien n'a troublé l'ordre des spectacles.

[Pain, viande, bois. Surveillance. — Toujours la même ^situation. Sur le boulevard du Temple, plusieurs personnes sont « tombées d'inanition ».]

Fauconnier, Duret.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 16.)

Journaux.

Messager du soir du 27 germinal : u Tous les soirs, à la nuit tombante, un grand nombre d'ouvriers et de femmes se réunissent à la Porte Martin, au bas de la rue des Arcis, sur les quais, sur la place de la Grève, et là, s'entretiennent de la misère commune, jettent les hauts cris sur la cherté des denrées et la rareté des subsistances, accusent les marchands de s'entendre avec le gouvernement et annoncent les projets les plus sinistres ; si quelques citoyens veulent élever la voix pour inspirer aux braves gens, que le malheur aigrit, du courage et de la confiance, aussitôt des hommes apostés, mais dont le langage ne s'accorde pas avec leur mise, repoussent leurs avis, les couvrent d'injures, les prennent à partie, comme s'ils étaient les auteurs de leurs maux, les traitent d'afîameurs payés par Pitt et Gobourg, d'endormeurs, d'espions gagés à 36 livres, etc. Ces attroupements, partiels et nombreux, annoncent une grande fermentation dans les esprits, et alarment une foule de bons citoyens, qui n'ignorent pas que, si le gouvernement et les républicains ne veillent, il ne faudra qu'une étincelle pour causer un vaste incendie dans cette cité remplie de matières combustibles. <( Vous voyez, disent les Jacobins à la » foule attroupée, comment les choses vont depuis que les sans culottes ne sont » plus en place. C'est le million doré qui règne aujourd'hui ; c'est pourquoi )» vous payez tout si cher. Pourquoi ont-ils fait émigrer nos blés ? La récolte » était superbe ; elle ne s'est faite qu'après le 9 thermidor; elle devait suffire

1. Dans la séance de la Convention du â6 germinal an III, Johannot, au nom des Comités de salut public, des finances et de législation, avait fait un rapport sur Tétat du crédit public et sur les moyens de restaurer les finances. [Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 228.)

663 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 avril 1795]

» pour nourrir la France pendant trois ans. Qu'est-ce qui avilit nos assignats, si » ce n*est ceux qui soutiennent Tagiotage? etc. » Tels sont à peu près les discours des habitués de ces groupes, où règne communément le plus dégoûtant jacobinisme. Les femmes surtout reprochent aux hommes leur lâcheté et les provoquent à se montrer enfin, s'ils ne veulent mourir de faim. Elles font successivement Ténumération de toutes les denrées, et comparent leur prix énorme avec ce qu'elles coûtaient lors du maximum. Les mêmes jérémiades ont lieu journellement aux Tuileries ; si une patrouille passe, les femmes l'insultent en disant : « Vous mangez donc du pain des députés et des musca- » dins ; vous avez donc le ventre plein ; donnez-nous du pain, et nous nous » retirerons ; dites à ceux qui vous envoient qu'ils nous donnent du pain ; c'est » du pain qu'il nous faut, et non des baïonnettes. . . »

Rapport ou 28 germinal.

Esprit public. Groupes et cafés. — Continuité de groupes dans tous les endroits publics, mêmes agitations; les rassemblements aux portes des boulangers s'accroissent par le retard dans la livraison des farines et durent une partie de la journée. Les plaintes et les murmures s'y font entendre autant sur la modique quantité de pain qu'on distribue que sur l'inégale répartition entre les différentes sections. Les citoyens de l'intérieur ne manquent pas d'observer avec aigreur que les sections des faubourgS; et notamment ceux Antoine et Marceau, sont mieux partagées et reçoivent, à quelque chose près, le contingent arrêté par le Comité de salut public.

Loignier, l'un de nos inspecteurs, rapporte qu'hier, dans le quartier des halles, les femmes arrachaient les cocardes à celles qui en portaient; les citoyennes paisibles sont incertaines sur le parti qu'elles doivent prendre ; elles en réfèrent à la Convention.

Dans les groupes voisins de la Convention, on s'entretenait d'une femme qui venait d'être arrêtée pour avoir, dans une tribune de la Convention, montré un quarteron de pain qu'elle venait de recevoir ; plusieurs trouvaient cette arrestation injuste.

Simon rapporte que les rassemblements les plus dangereux se tiennent aux Pont-au-Change et de la Raison, du côté du quai de Gèvre, depuis la fin du jour jusqu'à dix heures du soir, et qu'hier une femme y disait que ro:i patienterait jusqu'à la décade, mais que.

passé ce temps, il y avait un coup monté. Cet inspecteur est chargé de s msinuer dans ce groupe et de signaler la femme qui tient ces propos.

Les prêtres et leurs partisans cherchent à émouvoir les esprits; il va paraUre, le premier samedi de mai, un journal qui, sous le titre spécieux d'Ami de la religion et de la République ' , pourrait prêter des moyens à l'erreur et entraîner ainsi les têtes à se fanatiser. Le prospectus de ce journal est consigné dans les suppléments au n® 35 du Journal de Paris, en date du 27 germinal.

Le projet d*un nouveau plan de finances fait le sujet des conversations de différents cafés. Chacun se home à faire des vœux pour un meilleur ordre de choses.

Les abus de Tagiotage sur les marchandises de toute espèce ne discontinuent point. Leurs suites plongent la plus grande partie des citoyens dans la plus cruelle misère.

Tous les rapports annoncent que les spectacles ont joui de la plus grande tranquillité.

Commerce, Pain. — Des murmures, des plaintes et même des menaces, mais aucune voie de fait ni action contraire k la tranquillité^ tel est le résultat des rapports des inspecteurs, qui ont surveillé la distribution du pain ; un des principaux sujets de plaintes, c'est Tarrivée tardive des farines, qui force les citoyens à attendre jusqu'à quatre heures de l'après-midi. Dans la section de Bon-Conseil, plusieurs femmes ont déclaré que demain elles feront du tapage, si leur portion n'est pas plus forte.

Ouvray annonce que le peuple de la section de Bonne-Nouvelle accuse le Comité civil de cette section de s'entendre avec l'Agence des subsistances pour organiser la famine ; il dit qu'on se propose de tomber sur ce Comité, et que ceux qui tiennent ces propos menaçants disent qu'ils se moquent de mourir, puisque la famine est si grande.

Cascel et Guérin ont vu à la Porte Antoine une voiture de farines escortée par des dragons qui ne savaient où la conduire, ce qui a bientôt occasionné un rassemblement. Deux particuliers, qui n'étaient munis d'aucuns pouvoirs, se sont présentés ; l'un voulait que cette

1* U s'agit évidemment d'un journal dont le titre véritable et complet était : Annales de la religion ou Mémoires pour servir à l'histoire du XVIH^ siècle^ par une Société d'amis de la religion et de la patrie; Paris (2 mai 1795-novenibre 1803], 18 vol. in-8«. fiibl. nat , Le 3/10. C'était Torgane de Grégoire et du clergé ci-devant constitutionnel. Cf. mes Études et leçons sur la Révolution^ leconde série, p. 127.

665 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 avril 1795]

voilure allât d'un côté, et Tautre de Fautre. Cascel a invité le conduc-* leur de cette voiture à la conduire à sa destination. L'un de ces particuliers Fa pris au collet; Faffluence du monde les a empêchés de traduire ces deux individus par devant le commissaire de police, mais Fofûcier du poste a pris kurs noms. Cet officier est invité à se rendre à la Commission.

Viande et autres comestibles. — Tous les rapports annoncent que la tranquillité a régné à la porte des bouchers et qu'aucunes plaintes ne sont parvenues à la connaissance des inspecteurs.

Les halles et marchés ont été assez bien approvisionnés en légumes, beurre et œufs. La distribution des pommes de terre a été orageuse ; plusieurs citoyennes, qui y avaient excité du trouble^ ont été conduites chez le commissaire de police de la section des Marchés; on y a traduit aussi des marchands de pommes de terre qui les mesuraient avec un faux boisseau.

Au marché Martin et à la place Maubert on vend quantité de pois* sons morts et à moitié corrompus; la Commission a écrit au com*^ missaire de police de ces arrondissements pour qu'ils vérifient ces faits et les constatent.

Bois. — Dans différents ports et chantiers, la livraison du bois s'est faite avec ordre. Les inspecteurs ont remarqué que FAgence des subsistances délivre à chaque boulanger trois ou quatre bons d'une voie de bois par décade, tandis que plusieurs boulanger3 leur ont déclaré que cinq voies par mois leur suffiraient.

Surveillance. — Moura rapporte que, sur la section des Piques, quelques femmes juraient contre la Convention et disaient qu'il leur importait peu d'avoir un roi, pourvu qu'elles aient du pain; d'autres leur répondaient. « Ne voyez-vous pas qu'on cherche à nous faire mourir de faim pour nous forcer à demander l'ancien régime? »

Suivant Bernard, les cochers des voitures de place disaient hier entre eux que, si l'on voulait les faire mourir de faim, ils enverraient au diable la République.

Deux hommes chargés» se reposant sur le devant d'une maison, se sont mis à dire en voyant passer plusieurs jeunes gens : « Ils ont beau dire que 8 4/2 et 8 1/2 font 17, nous n'en aurons pas le démenti; la République ira en dépit d'eux et de ceux qui nous font manquer de pain. »

POTRELLE, DUGHAUFFOUR.

(Arch. nat, F * • 111, Seine, 16.)

Journaux.

Courrier républicain du 28 germinal : « Du 27 germinal. L'autorité a fait mettre les scellés sur les presses de Migneret, imprimeur de Touvrage périodique intitulé : V Accusateur public y par Richer-Serizy. On nous annonce que ces scellés ont été levés, mais qu'ils continuent d'être apposés sur le cabinet de l'auteur. . . »

Rapport du 29 gerional.

Esprit public. — L*esprit public est toujours dans la même agitation; elle se manifeste tantôt dans une section, tantôt dans une autre. La disette et Tinégalité des distributions de pain en sont toujours les principales causes ; les citoyennes des sections des Lombards et des Gravilliers^ trouvant la portion de pain qui leur était offerte trop modique et insuffisante, se sont retirées en murmurant et sans vouloir l'accepter ; dans d'autres sections, elles ont forcé les commissaires et les boulangers de les conduire à l'Agence des subsistances et au Comité de sûreté générale pour y exposer le sujet de leurs plaintes et découvrir, s'il était possible, la cause des maux dont elles sont affligées.

La suite de ces rassemblements provoque les murmures les plus outrageants contre le gouvernement. Ce qui se remarque assez ordinairement, c'est que ces différents orages ne durent que jusqu'après la distribution du pain; alors tous les citoyens espèrent un sort plus heureux le lendemain, rentrent dans le calme et prennent encore courage; mais ils ne peuvent voir tranquillement les magasins des commerçants regorger de toutes sortes de marchandises, auxquelles leur situation ne leur permet plus d'atteindre.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Favart, un piairticulier, accusé de terrorisme, a été obligé de sortir du parterre ; la tranquillité n'y a point été troublée. Le plus grand ordre a régné dans les autres spectacles.

[Pain, viande, charbon. — Quelques troubles au sujet du pain.]

Surveillance. — ...Suivant Baude, on répand le bruit que les habitants des campagnes tuent les citoyens de Paris qui sont envoyés pour protéger l'arrivage des subsistances.

667 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 avril 1795]

Rue des Moineaux, près des bouchers, des femmes ont trouvé hier matin une lettre portant ces mots : a Citoyens, prenez patience ; vous avez encore trois mois à souffrir, puis vous serez heureux, c'est-àdire vous aurez un roi et vous serez dans Tabondance. »

Un groupe de citoyens, de fort mauvaise humeur, s*était formé hier près d'un pâtissier sur le boulevard du Temple ; on était scandalisé de la quantité de pâtisseries étalées sur sa boutique ; ce groupe a été dissipé par la prudence du citoyen Simon, inspecteur. Les billards de ce- quartier sont ordinairement remplis de militaires

RouGHAS jeune, Hornin.

(Arch. nat., F * « m, Seine, 16.)

Journaux.

Courrier républicain du 30 germinal : a Du 29 germinal. Hier au théâtre de la Montansier, lorsque le public applaudissait par un assentiment unanime à ces vers du Réveil du peuple : « Ah I qu'ils périssent ces infâmes » etc., une voix, partie d*une des loges, a manifesté un sentiment tout contraire ; aussitôt le public s*est levé simultanément et a demandé à grands cris que Taudacieux Jacobin fût précipité de sa loge ; mais la garde s'en est emparé, et il a été conduit au corps-de-garde du Palais-Égalité et de là au Comité de sûreté générale. Cet homme, qui avait jeté un cri si audacieux au milieu d'une multitude indignée, était pâle et défait, lorsqu'il a traversé le jardin. Serait-il vrai que ces malheureux n'ont que l'audace du parlage et des poignards? » — Messager du soir du 30 germinal : « Paris, le 29 germinal. Pour rajeunir la légende bizarre que l'anarchiste Momoro contraignait, sous peine d'amende et de prison, les bons habitants de Paris de placarder sur leur portes, le département de Paris vient d'inviter les citoyens à substituer, dans ce long protocole, les mots: humanité, justice^ à ceux-ci: ou la mort,.. »

Rapport du 30 germinal.

Esprit public. — Toujours les mêmes murmures, inquiétudes et plaintes sur les subsistances. Les attroupements aux portes des boulangers^ ne discontinuent pas. Cependant Paris a offert, dans le courant de la journée d'hier, le tableau de la plus parfaite tranquillité, qui n'a été troublée que lorsque le bruit s'est répandu dans différentes sections qu'il venait d'être fait un rapport à la Convention,

par le Comité de sûreté générale, annonçant la découverte d*un complot affreux, tendant à piller les propriétés^ à attenter à la sûreté des personnes et de la représentation nationale ^ Chacun, à cette nouvelle, aussi surpris qu'effrayé, se demandait : « Où sont donc les rassemblements? où donc est le trouble? » Beaucoup de citoyens, quoiqu'ils n'aperçussent pas de danger, approuvaient les mesures d'ordre données pour se garantir des effets de la malveillance, et sitôt après que le rappel fut battu, la Cour nationale entière se trouva entourée d'une force armée considérable. *

Le décret d'organisation de la garde nationale parisienne n'est pas vu avec un intérêt égal par tous les citoyens; plusieurs craignent, dit-on, que les différences qui se trouveraient dans le choix des compagnies produisent quelques divisions dangereuses.

L*on ne peut que se répéter sur les abus de l'agiotage, dont la plupart des citoyens se trouvent être malheureusement victimes, et contre lesquels il est bien à désirer, dit-on, que le gouvernement prononce des peines rigoureuses.

Spectacles, — Au théâtre des Variétés, Maison-Égalité, à la fin du premier acte de la troisième pièce, Beaulieu, l'un des artistes, vint annoncer que Ton battait un rappel général et demanda s'il fallait continuer la pièce ou se rendre dans ses sections respectives ; tous les citoyens dirent qu'il fallait aller à sa section, et la toile fut baissée à l'instant.

Tous les théâtres ont joui de la plus parfaite tranquillité.

Commerce, Pain. — Les citoyens Pipelard, Gaillouet, etc., inspecteurs, annoncent que la distribution du pain s'est faite, chez la majeure partie des boulangers, avec tranquillité ; dans différentes sections le public a été obligé d'attendre jusqu'à quatre heures aprèsmidi pour avoir sa ration. Ce retard provient de ce que la farine arrive trop tard, ce qui occasionne des murmures. L'on se plaint de ce que la répartition du pain ne s'est pas faite également partout, attendu que quantité de personnes n'ont point été servies. Pipelard observe que le désordre est toujours très grand chez Robillard, marché Catherine, où le commissaire de police a été traité de coquin ; Ton a requis la force armée, qui ne sert à rien: la plupart de ceux qui la composent sont pris de vin ; il ajoute qu^il est impossible de citer les agitateurs, attendu qu'il faudrait les mettre tous du nombre. La

1. Ce rapport avait été fait à la Convention, le 29 germinal an III, par Rovère, au nom des Comités de sûreté générale et de salut public. A la suite de ce rapport le conventionnel Maribon-Montaut fut décrété d'arrestation. {Procès-verbal^ t. LIX,p. 285, et Moniteur , réimpression," t. XXIV, p. %9.} ~

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669 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 avril 1795]

nommée Délot, demém'ant rue et maison des Filles- Th<>mas, s'est permis de dire à la porte de son boulanger que, si sous quelques jours on ne lui donnait pas plus de pain, elle poignarderait tous les commissaires en les invectivant de mille sottises; elle a aussi dit que la sacrée République faisait mourir de faim.

Saint-Remy, inspecteur, dit que lecture a été faite d*une lettre anonyme en présence de tous les citoyens, qu'on a trouvée à la porte du nommé Dufraine, boucher, rue des Moineaux ; elle portait ces mots : « Citoyens, ne soyez pas étonnés^ si vous restez quatre jours sans pain et si vous éprouvez trois mois de disette ; ce temps passé, votre disette cessera, mais vous aurez un roi. »

Viande et autres comestibles, — Plantin, Le Hodey et autres annoncent que la tranquillité a régné aux portes des bouchers qu'ils ont surveillées ; ils observent que les marchés et halles étaient assez bien approvisionnés en toutes sortes de denrées; le beurre a diminué de \ 40 sols par livre ; il est arrivé 515 voitures de différentes denrées, ainsi que 5 de marée.

Bois, — Fabre, Chevalier et autres disent que la livraison des bois et falourdes s*est faite dans différents chantiers et ports avec beaucoup d'ordre. Les charretiers font contribuer les citoyens à leur gré.

Surveillance. — Dorival rencontre une femme ayant crié : Vive Louis XVII! et ayant [tenu] des propos contre la Convention, elle a été menée chez le commissaire de police de la section du Temple, qui Fa fait conduire à la Petite-Force.

Yanier. Jardin national, joie et applaudissements du peuple au décret qui met en arrestation le représentant Montaut.

Perel. Au Jardin-Égalité, sur le bruit que Ion voulait forcer les prisons et lâcher les détenus, plusieurs marchands ont fermé leurs boutiques.

Baude. Les rappels faits hier et ce matin dans les sections de Paris ont donné beaucoup d'inquiétude ; chacun en ignorait le sujet et raisonnait à sa manière sur ce qui pouvait en avoir été la cause.

Dagomer. Dans différents quartiers les citoyens proclamateurs de la loi relative à. l'organisation de la garde nationale ont été insultés, menacés, etc. Le membre qui la proclamait dans la section de Mutius Scœvola a été Si vexé qu'il n'a pu achever.

Jeanson. Des citoyennes de Tours, placées dans une tribune de la Convention, disaient que, dans leur commune et aux environs, on ne voulait plus recevoir d'assignats ; qu'une vache se payait 60 livres en argent et 1.800 en assignats.

Lemaire. Section de TUnité, des femmes et des hommes ne voulaient point recevoir un quarteron de pain par personne et se sont portés en masse au Comité civil pour faire marcher les membres de ce Comité et aller à TAgence des subsistances.

Bocquet, Section de 6on«-ConseiI, un particulier a crié à la porte d'un boulanger et à plusieurs reprises : « II nous faut un roi et des princes pour être heureux. » Ce particulier est signalé, et le mandat d'amener lancé contre lui.

Boyer rapporte que, pendant son service militaire, il a fait une patrouille à trois heures du matin, et que, lorsque quelque sentinelle criait : Qui vive ? il y en avait qui répondaient : Sans pain! tantôt Ventre creux f

Hannocque-Guérin, Champenois.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 1" floréal : « De Paris, le 30 germinal. Ce n'était point un mouvement populaire que préparaient les terroristes, mais c'était une conjuration qu'ils ourdissaient dans Fombrc ; aussi jamais Paris n'avait été si calme que dans la journée d'hier : les brigands méditaient au sein de la tranquillité publique leurs projets d'assassinats et de massacres clandestins. Rien n'égale Tétonnemcnt des Parisiens, lorsqu'ils ont entendu hier au soir battre le rappel, et qu'ils ont vu la Convention appeler autour d'elle les défenseurs de la patrie. Surpris, mais non intimidés, tous les citoyens ont volé aux armes; une force armée nombreuse était sous les armes à neuf heures; toute la nuit le service s*est fait avec beaucoup d'activité ; ce matin, les patrouilles parcouraient encore en grand nombre les/iivers quartiers de la capitale, et surtout ceux qui environnent le quartier des Tuileries. Le silence qui régnait dans les rues de Paris n'était troublé que par les gémissements et les clameurs des femmes rassemblées à la porte de boulangers. Les assemblées générales de sections se sont occupées aujourd'hui de l'organisation de la garde nationale et des moyens de défendre l'ordre public contre les attaques sans cesse renouvelées des apôtres du terrorisme. »

Rapport du 1" floréal.

Esprit public. — Les différents groupes des places et endroits publics paraissaient, comme les jours précédents, agités pour le pain

671 RÉACTION THERMIDORIMNE [19 avril 1795]

et les autres subsistances. Beaucoup de citoyens dans la classe ouvrière murmurent de ce qu*on leur a assigné d'autres boulangers que ceux chez lesquels ils avaient habitude de se fournir, et où ils avaient crédit pendant une décade ou deux, suivant leurs conventions. Us prétendent que ce mode les privera des moyens de se procurer du pain, qu'ils ne peuvent pas payer jour par jour. Fargues, l'un de nos inspecteurs, rapporte à cet égard que, rue des Prêcheurs, section des Marchés, les commissaires civils ont été menacés à cause de ce changement.

Beaucoup de citoyens, dit-on, témoignent leur mécontentement sur la nouvelle organisation de la garde nationale parisienne. Ils y croient remarquer une espèce d'inégalité par Timpossibilité où sera le plus grand nombre de supporter les dépenses de l'équipement dans un moment si critique par la pénurie des objets les plus nécessaires à la vie. Ils voient avec amertume qu'il n'y aurait que les citoyens riches qui auraient Thonneur de porter les armes, et qu'eux se trouveraient privés de le partager. Les jalousies, les haines, Tespritde parti enfin, peuvent en être la conséquence.

Les spectacles ne présentent point de faits particuliers contre la tranquillité publique.

Commerce. Pain, — Suivant plusieurs rapports, dans beaucoup de sections les distributions de pain ont été faites très tard, et les farines n'étaient arrivées qu'à huit heures du matin. On se plaint toujours \ de n'avoir qu'un quarteron de pain par personne. Malgré la modicité de celte ration, tout le monde n'a pas été servi. De violents murmures contre les autorités constituées et les commissaires distributeurs échappent toujours à ceux qui ne sont pas servis. La pénurie momentanée où nous nous trouvons fournit aux malveillants les moyens de soulever le peuple, mais leurs projets sont déjoués par les bons citoyens. On entend des femmes se désoler de ne pouvoir nourrir leurs enfants; d'autres disent qu'elles plongeront le couteau dans le ventre de ceux qui viendront chercher leurs maris pour monter la garde. Les inspecteurs n'ont d'ailleurs rencontré rien de contraire à la tranquillité publique.

[Viande et autres comestibles. — La distribution de la viande a été « légale et paisible », sauf quelques incidents.]

Surveillance. — Dans la section de l'Unité on a désarmé les anciens membres du Comité révolutionnaire gradés dans diflférentes compagnies et quelques citoyens suspects. Au Jardin-Ëgalité, un particulier qui invitait au pillage ches les marchands a excité beaucoup d'indignation ; il a été question de le jeter dans le bassin ; mais quelques

citoyens prudents s*y sont opposés et Font fait conduire au prochain

corps de garde

Thérouenne, Beurlier.

(Arch. nal., F * « III, Seine, 16.)

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