‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 122 sur 138 · CCLXVIII · texte numérisé non relu

CCLXVIII

i^ FLORÉAL AN III (20 AVRIL 1795).

Rapport du â floréal.

Esprit public. — Les rassemblements ont été très tumultueux hier l à la porte des boulangers et se sont prolongés jusqu'à la nuit. Les femmes y proféraient les injures et tous les propos les plus outrageants contre la Convention nationale et contre les commissaires des sections. Nombre d'entre elles se mirent en marche par la rue Honoré pour se rendre, tant au Comité de salut public qu*à l'Agence des subsistances, annonçant qu'elles ne voulaient pas recevoir le quarteron de pain qui leur était offert, qu'il leur en fallait au moins une demi-livre. Elles menaçaient, le long du chemin, celles qui paraissaient disposées à recevoir leur modique portion. Plusieurs de ces rassemblements ont insulté les patrouilles qui passaient', en traitant les citoyens de bétes^ et leur disant qu ils ne devaient pas monter la garde, puisqu'on ne leur procurait pas de pain. On rapporte qu'une femme, mère de trois enfants, a été étouffée à la porte d'un boulanger, rue aux Ours.

Sur la section du Nord, les femmes ont arrêté une voiture où étaient plusieurs sacs de pommes de terre, de farine et de pain à destination; sans respect pour les autorités constituées et la force armée, la voiture a été pillée ; le commissaire, dit-on, a manqué de perdre la vie.

Dans un groupe près la Convention, une citoyenne a ramassé un billet cacheté, timbré du mot Rouen : elle en demanda la lecture; ce billet était ainsi conçu : <c Peuple lâche de Paris, méfi«-toi; le télégraphe te trahit; dans peu de jours, tu n'auras pas de pain. » Cette citoyenne a été conduite au Comité de sûreté générsUe et déposée entre les mains du citoyen Gauthier, représentant du peuple.

L'ordre et la tranquillité ont régné dans les spectacles.

Commerce. Pain. — Suivant les rapports des inspecteurs, différents Comités de section ont mis sur les nouvelles cartes qu'ils ont

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délivrées autant de livres de pain que de bouches, tandis qu'on n*en donne qu'un quarteron. Cette carte, qui semblait promettre à chacun une plus forte ration, donne lieu à de violents murmures. Beaucoup de femmes s'obstinent à ne point changer de boulangers, parce que, disent-elles, leurs boulangers leur faisaient crédit pendant une décade et même pendant quinze jours, et qu'elles n'espèrent point trouver les mêmes facilités chez les boulangers dont elles ne sont pas connues.

Chez Robillard, marché Catherine, et chez plusieurs autres des sections de Bon-Conseil et du Finistère , il y a eu beaucoup de fermentation ; quantité de femmes ont refusé de recevoir leur quarteron de pain, en menaçant de battre celles qui l'accepteraient ; les boutiques de ces boulangers ont été fermées, et les commissaires distributeurs forcés par le public de se rendre à l'Agence des subsistances pour lui demander les causes de l'inégale répartition des farines, et pourquoi il y des sections où l'on distribue une demi-livre de pain, et d'autres où l'on n'en donne qu'un quarteron. Les esprits sont très échauSés parla disette. Néanmoins la distribution s'est faite sans aucuns événements inquiétants pour la tranquillité publique.

Un boulanger demeurant rue des Lyonnais, section de l'Observatoire, distribuait hier, sur les huit heures du soir, des pains entiers à des femmes de commissaires ou autres. Le public, s'apercevant de la fraude, a conduit ce boulanger au Comité civil. La Commission a écrit à ce Comité pour savoir quelle suite il a donnée à cette affaire.

Lefèvre a fait conduire chez le commissaire de police un particuUer de la section de l'Homme-Armé, qui, rue de la Loi, à la porte d'un boulanger engageait le public à se transporter à l'Agence des subsistances pour lui demander du pain, en disant que les faubourgs étaient prêts à marcher, et qu'il valait mieux être buveur de sang que d'être étouffeur ; plusieurs personnes ont déposé avoir entendu ce propos.

Viande et avUres comestibles. — La distribution de la viande s'est faite avec beaucoup d'ordre. Le changement des cartes a occasionné quelques difficultés, qui ont été arrangées par les commissaires

Les halles et marchés ont été assez bien approvisionnés ; la halle à la viande était fournie en belle qualité ; les pommes de terre arrivent en abondance, mais les répartitions sont très orageuses. Le peuple se plaint des regrattiers, qui vont au-devant de cette denrée pour l'accaparer et la revendre à des prix exorbitants.

Bois. — Dans différents ports et chantiers, les livraisons de bois et falourdes ont été très tranquilles.

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