Tome I
Surveillance... — Buffe observe que la plupart des ouvriers de la section de la République partent de Paris à cause de la disette du pain, et que le reste s*en ira la décade prochaine, s'il n*y a plus d'abondance.
Suivant le rapport de Perel, le citoyen Mannequin, commis au bureau de la guerre, a dit à un autre citoyen « qu'il y avait quatre partis pour mettre un roi sur le trône ; que ces quatre partis n'étaient pas d'accord entre eux ; que Fun voulait le petit Capet ; l'autre un fils du roi de Prusse ; celui-ci, le fils du roi d'Espagne, et enfin celuilà un fils du roi d'Angleterre ; que ces quatre partis voulaient diviser la France en quatre ».
Chez Dupuis, marchand de vin, près du Palais-Égalité, Pigache et Perel ont ramassé une carte aux trois couleurs, portant les mots :
Vive la Montagne !
Thérouenne, Le Roux.
(Ârch. nat., F < «III, Seine, 16.)
Journaux.
Messager du *oir du 3 floréal : « Paris, le 2 floréal. ...La journée d'hier a été très orageuse ; il parait qu'il est arrivé plusieurs voitures de farines aujourd'hui ; il est instant que les horreurs de la famine à laquelle nous sommes en proie cessent enfin ; car le désespoir, la maladie nous assiègent, et il y aurait tout à craindre d'une effervescence populaire, qui deviendrait peut-être générale* •• »
2 FLORÉAL AN III (2i AVRIL 1795).
Rapport du 3 floréal.
Esprit public. Groupes. — La cherté croissant journellement, et d'une heure A l'autre, de toutes les denrées et marchandises de première nécessité et la modique quantité de pain distribuée produisent toujours les mêmes agitations que les jours précédents. Les plaintes semblent être dirigées principalement sur Tinégalité de la distribution du pain, qui diffère dans chaque section et même chez chaque boulanger d*une même section. Dans quelques-unes, les citoyens ont trois quarterons ; dans d'autres, une demi-livre, et enfin d'autres ne distribuent qu*un quarteron. Le nouveau recensement des bouches pour-
675 RÉACTION THERMIDORIENNE [21 avril 1795J
rait faciliter une distribution plus égale; c'est ce que les citoyens paraissent désirer, et ce moyen pourrait rétablir le calme.
Les citoyens se plaignent aussi de ce que le gouvernement ne semble pas s'occuper de l'arrivage des bois et charbons ; ils craignent que les eaux, qui sont actuellement à la hauteur convenable pour ces arrivages, ne viennent à baisser et ne les laissent plus longtemps dans la disette de ces combustibles, auxquels les prix excessifs du commerce actuel ne leur permettent plus d'atteindre.
Cafés. — Dans les différents cafés, le rapport fait à la Convention de l'arrivée de l'ambassadeur du roi de Suède ' a paru donner de la satisfaction ; on a vu de même, avec plaisir, le décret qui traduit par devant le tribunal d'Angers les anciens membres du tribunal révolutionnaire de Nantes *.
Le retard de Tarrivée des farines chez plusieurs boulangers a causé aujourd'hui beaucoup de murmures. Les femmes à la Halle ont aussi «ausé quelques fermentations en arrétcmt les voitures de pommes de terre et se les faisant distribuer au prix qu'elles ont voulu fixer.
Spectacles *-« Au théâtre des Arts, dans l'intérieur, il y a eu une rixe entre un machiniste et un pâtissier faisant commerce de pain à 6 livres la livre. Le machiniste ayant voulu payer une demi-livre 50 sols, le pâtissier les refusa en tenant de mauvais propos. Des jeunes ^ens, dit-on, l'ayant frappé, il tira son couteau pour se défendre ; il fut arrêté et conduit au Comité de sâreté générale. ïous les autres théâtres ne présentent aucuns faits contre la tranquillité publique.
Commerce. Pain. — Il résulte des rapports qu'hier, différents commissaires distributeurs ont fait délivrer une demi-livre de pain â chacune des personnes, premières servies ; mais, sur la fin de la distribution, quantité de personnes n'ont pas été servies, notamment chez Robillard, boulanger, marché Catherine, qui a renvoyé sans pain trois cents de ses pratiques, tandis que ses confrères de la même section satisfont à peu près toutes les leurs. Il est inutile de dire à «ombien de murmures cette inégalité donne lieu. Les esprits sont très échauffés par la disette et par l'arrivée tardive des farines. Les inspecteurs n'ont néanmoins rien rencontré de contraire à la tranquillité publique.
Fortin rapporte que plusieurs garçons boulangers partent de Paris, et que d'autres se proposent d'en faire autant, et donnent pour raison
1. Voir le rapport fait par Siéyès, au nom du Comité de salut public, dans la séance de la Convention du 2 floréal an III. {Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 277, 278).