‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 128 sur 138 · CCLXXVII · texte numérisé non relu

CCLXXVII

Rapport du il floréal.

Esprit public. Groupes et rassemblements. — H résulte des différents rapports que la majeure partie des inspecteurs ont présentés que la situation de Paris est infiniment plus tranquille. L'augmentation de pain dans la distribution a produit ce calme; mais ce qui a fixé particulièrement l'attention des citoyens, et ce qui a donné lieu aux

entreliens, c*est toujours la cupidité des marchands et des agioteurs, ainsi que la progression continuelle des denrées et marchandises. Beaucoup de citoyens parvient encore de l'arrivée des troupes réglées à Paris, et on a témoigné de Tétonnement, du mécontentement même de ce que les soldats dont elles sont composées ne portent point de cocardes tricolores ; enfin les motifs du séjour de ces troupea ont donné lieu à quelques inquiétudes, semées par les malveillants, que les hons patriotes se sont empressés de détruire en rendant hommage à la pureté des intentions des législateurs. Quelques rapports font mention que, dans plusieurs sections, Tinégalité dans la répartition du pain avait aussi excité quelques murmures. Tel a été hier Tesprit public de Paris. Après ce tableau général, nous présenterons quelques détails particuliers, extraits du rapport de plusieurs inspecteurs. Le citoyen Bouillon termine le sien en disant que plusieurs citoyens pensent que la Convention ne s'entoure de troupes réglées que pour favoriser les vues secrètes qu'elle médite. Le citoyen Mailly rend compte d\me petite rixe survenue au Jardin national à Foccasion des femmes qu'on n'a pas voulu y laisser entrer sans cocardes. Le citoyen Dubout, en rendant compte succinctement de ce fait, ajoute que, partout où il a passé, l'esprit public était très bon. Il va même jusqu'à dire qu'il voit que les dix-neuf vingtièmes des citoyens sont disposés à soutenir la République au péril de leur vie. Les inspecteurs qui ont rendu compte des séances des sections où ils ont assisté rapportent que tout s'y est passé avec ordre et décence.

Cafés. — Aux cafés et dans le Jardin-Égalité, des malveillants, diton, cherchent à égarer les citoyens; ils font malicieusement circuler le bruit que la moitié de la Convention veut un roi, et l'autre la République. Ils ajoutent môme que l'on ne fait la paix avec l'Espagne qu'aux conditions du rétablissement de la royauté. Ces propos sont spécialement attribués aux agioteurs.

Spectacles. — Il n'y a eu hier de contraire à la tranquillité publique et au bon ordre dans les spectacles que les deux faits qui suivent : !• Au théâtre de l'Opéra national, à l'occasion d'un coup de sifflet parti du milieu du parterre au dernier couplet du Réveil du Peuple^ adressé aux représentants du peuple, on n'a pu distinguer la personne; de toute part on a crié : A bas I Cette légère interruption n'a pas eu de suite. 2<> Au théâtre de la Gaîté, où, après la première pièce, le lîéveil du Peuple^ qui avait été demandé, n'a pu être chanté, parce que plusieurs voix du parterre s'y sont opposées.... .

BaRBARIN, CnAMPENOIS.

(Arch. nat., F«eIII, Seine, 16.)

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693 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 avril 1795]

Journaux.

Gazelle française du 12 floréal : « Paris, H floréaL Paris est toujours dans la même situation ; les femmes y font retentir la ville de leurs clameurs; les hommes supportent leur destinée avec plus de patience. On a levé depuis hier la consigne portant qu'on ne pourrait entrer dans Paris sans exhiber sa carte ou son passeport. A voir le luxe étalé hier dans les promenades publiques, on n'eût pas cru être chez un peuple réduit à quelques onces de pain^ et payant une aune de toile 150 livres. » — Messager du soir du 11 floréal : « Paris, 40 ftoréaL Hier et aujourd'hui, la ration de pain des citoyens a été augmentée; aussi Içs murmures ont fait place à de plus douces espérances. Depuis la disette, le peuple a remarqué dans les différentes distributions qui ont eu lieu, soit de chandelle, de cartes de viande ou de pain, que les hommes qu'on lui avait peints, à cause de leur aisance ou de leur éducation, comme ses plus cruels ennemis, n'avaient ni la dureté barbare, ni l'insolence féroce des manants qui prétendaient être la fleijr des patriotes ; il trouve au contraire dans les premiers des amis sensibles et compatissants, qui s'attendrissent sur les maux de leurs semblables, et s'empressent de verser sur les plaies qu'ils ne peuvent fermer le baume de la consolation. Plusieurs commissaires ont eu la douce satisfaction de voir que, malgré l'espèce d'odieux que les malveillants avaient voulu jeter sur eux, leurs concitoyens, charmés de leur juste impartialité et de leur tendre humanité, ont été réclamer aux Comités civils et de bienfaisance réunis la continuation de leurs pouvoirs. Le véritable moyen qu'il convient aux honnêtes gens d'employer pour rendre inutiles tous les complots des scélérats, c'est de se faire autant estimer et aimer du peuple que ces monstres en sont méprisés et abhorrés. »

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