CCLXXVIII
Rapport du 12 flo.iéal.
Esprit public. Groupes. — Les groupes n'ont pas été plus nombreux hier que les jours précédents. On s'y entretenait sans chaleur de Tinégalité de la répartition de la distribution du pain; les esprits paraissaient moins agités ; les femmes étaient plus calmes ; mais le mécontentement était toujours le même sur la cherté excessive des denrées, sur le discrédit des assignats, et, comme de coutume, les marchands n'ont point été ménagés dans les propos.
Cette analyse rapide ne nous dispense pas de faire l'énumération de quelques faits contenus dans les rapports de plusieurs inspecteurs. Le citoyen Dubout rend compte du désordre survenu hier dans la section du Bonnet-de-la-Liberté à l'occasion de la distribution des
farines. Le citoyen Mailly rapporte qu^hier un rouleau de papier à tapisser, sur lequel sont les emblèmes de la République, ne s^est vendu que 3 livres, quoique payé 12 livres, il y a trois mois. Le citoyen Mercier annonce qu'un boulanger de la rue d*Angivilliers, a écrit sur sa porte : « Au nom de la loi, tous citoyens et citoyennes ne doivent pas se trouver avant deux heures, relativement à la pénurie des subsistances. » Dans son rapport du il floréal, le citoyen Alamiou dit que, décadi dernier, à rassemblée générale de la section de l'Observatoire, le nommé Douville, rue Jacques, n^ 233, se plaignant du désarmement, monta à la tribune et entre autres choses dit : « Citoyens, si nous sommes désarmés, viendra un jour que nous le serons encore. » Ce propos a excité du mouvement dans TAssemblée ; on n^a pas voulu Fentendre davantage, et on Ta fait descendre de la tribune. Le même inspecteur, dans son rapport d'aujourd^hui, rend compte de quelques vers très coupables, trouvés affichés au Jardin national; en voici la teneur exacte :
Nation coupable et égarée, Aux plus cruels fléaux livrée, Veux-tu chasser de ton giron Et la famine et la misère ?
Rétablis le petit mitron Dans la boutique de son 'père.
Le même inspecteur egoute qu*il y en avait d^aulres; mais qu'il n*a pu se les procurer.
Cafés. — Il ne s'est tenu dans les cafés aucuns propos qui puissent altérer la tranquillité et le bon ordre public.
Spectacles. — On a joui du calme le plus parfait, excepté au Théâtre patriotique, où le Réveil du Peuple^ quoique demandé, n'a pu être chanté, parce que des citoyens s'y sont opposés en criant : Du pain^
du pain!
Courtois, Beurlibr.
(Arch. nat., F* « III, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier républicain du 13 floréal : « Du 42 floréaU Une partie de la farine destinée à Tapprovisionnement de la section du Bonnet-de-la-Liberté (Bonnet- Rouge) ayant été détournée, d'autres disent perdue, les femmes domiciliées dans l'arrondissement de cette section se sont portées le soir en très grand nombre à l'Agence générale des subsistances, où elles ont fait le plus grand bruit. Un autre bataillon de femmes a entouré le Comité civil de la section, a retenu les citoyens qui le composent en charte privée, et on a
695 RÉACTION THERMIDORIENNE fi« mai 4795]
commencé à craindre que ces femmes, que la faim et la mauvaise humeur rendaient peu raisonnables, ne leur fissent réellement un mauvais parti. L'alarme s'est bientôt répandue ; on a battu le rappel dans plusieurs sections. La Convention s'est rassemblée et a délibéré jusqu'à deux heures après minuit. La force armée s'est portée au lieu du rassemblement, qui a été bientôt dissipé. Quelques femmes des plus mutines ont été arrêtées, et tout ce grand fracas s'est évanoui en fumée. Aujourd'hui tout est parfaitement tranquille ; nous avons cependant remarqué un peu plus de précautions militaires autour de la Convention... »
Rapport du 13 floréal.
Esprit public. Groupes. — Les différents rapports de ce jour annoncent que les plaintes des femmes continuent toujours à la porte des boulangers sur la modique portion de pain qui leur est offerte, ^^
sur rinégalité dans la distribution, et qu^on y inculpait les commis- '
saires des sections, mais que ces murmures n'avaient pas préjudicié à la tranquillité publique. '
Dans les groupes du Jardin national, il y était question de l'objet '\
qui occupe aujourd'hui la Convention, concernant la centralisation des pouvoirs dans le Comité de salut public. Beaucoup de citoyens assuraient que, si cette mesure eût été adoptée, elle aurait infailliblement renouvelé le système d'oppression et de tyrannie. En conséquence, on a vivement applaudi à. l'énergie du représentant Louvet, qui s'y est opposé. Le décret rendu sur le rapport du citoyen Chénier* ^
a été également bien vu du public, en ce qui concerne les émigrés, le culte et le désarmement. Les esprits ont paru assez calmes. Une simple analyse prouvera ces diverses assertions : i^ du rapport des citoyens Ancelle, Dufresnoy et Le Roy jeune, il résulte qu'une femme assez âgée, qu'ils désignent comme tenant à la faction jacobite, mal accueillie dans différents groupes du Jardin national, à cause des propos très scandaleux qu'elle tenait contre les députés, a été arrêtée -
par eux et conduite au Comité de police de sûreté générale (sic), où
1. Il s'agit du décret du 12 floréal an III, qui ordonne le prompt jugement des émigrés trouvés sur le territoire de la France, l'expulsion des individus rentrés après déportation, et contient des mesures répressives de toute provocation à Tavilissement de l'Assemblée ou au retour de la royauté, etc. On trouvera le rapport de M.-J. Ghénier dans le Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 359.
ils ont fait leurs dépositions ; â^ du rapport du citoyen Compère, lequel après avoir énoncé les dires du public pour et contre les députés, termine son rapport en déclarant que, du côté des halles et marchés, les femmes disaient, les unes ironiquement, les autres avec assurance et sérieusement : « Prenons patience ; nous aurons un roi avant quinze jours : alors nous ne manquerons plus de pain »; et qu'elles avaient ajouté, en attendant, être très décidées à faire le plus mauvais parti à quiconque voudrait les troubler et les empêcher de causer ensemble sous prétexte de rassemblement.
Cafés. — Le même citoyen Compère dit que, dans les cafés des rues Honoré-du-Roule, et dans ceux du Jardin-Égalité, on s'entrete* nait de la proclamation faite par ordre de la Convention, qui inviteles citoyens à se prémunir contre les malveillants et agitateurs qui veulent se servir du prétexte des subsistances pour provoquer uneguerre civile, que beaucoup de citoyens présents avaientdit sur cela: c Les Comités de salut public et de sûreté générale veulent par ce moyen couvrir l'embarras où ils se trouvent. » Mais ils ont ajouté : i( Ce n'est plus qu'une mauvaise politique et un subterfuge dont personne n'est aujourd'hui la dupe. »
Spectacles. — Les rapports annoncent que les spectacles ont jour de la plus parfaite tranquillité
[Pain, viande, etc. — Toujours des murmures à propos des subsistances. J.
GOSSET, Pasté..
(Arch. nat., F» « III, Seine, 16.)
Journaux.
Républicain français du 13 floréal : « Pendant plusieurs jours de la décade dernière, quelques femmes, les mêmes sans doute qui, si longtemps ont accompagné jusqu'au lieu du supplice les victimes de l'ancien gouvernement, aux cris de Vive la guillotine! demandaient un roi pour leur donner du pain. Il parait que, provisoirement, elles n'en manquent pas, car elles ont refusé de prendre la portion qu'on leur délivrait, et se sont répandues dans divers quartiers, en menaçant toutes celles qui refuseraient d'imiter leur exemple. Les citoyens de Paris ne mettent point assez de zèle à réprimer cette canaille, applaudie par une autre qui, pour porter des vêtements plus propres» n'en a pas des sentiments plus nobles. Que tous les amis de la République, que tous les patriotes de 89 annoncent enfin, par leur contenance, aux restesdes factions, que leurs tentatives pour la réintégration de la tyrannie sont désormais inutiles. »
i3 FLORÉAL AN III (2 MAI 1795).
Rapport du 14 floréal.
Esprit public. Groupes. — Dans la journée d'hier, peu de murmures aux portes des boulangers, malgré la médiocre portion de pain distribuée aux citoyens. Dans les groupes des places, boulevards. Jardins national et Égalité, peu nombreux à cause du mauvais temps, où Ton conversait sur la pénurie des subsistances, on a remarqué que les citoyens étaient paisibles et patients ; les uns disaient : « Nos malheurs ne dureront pas longtemps encore » ; d'autres : « Il est temps que cela finisse ». L'on s*y entretenait aussi de la baisse des assignats, du prix exorbitant des denrées, dont le public, disait-on, commence à être bien fatigué. Plusieurs inspecteurs s'accordent entre eux sur cet objet, ainsi que sur le calme qui a régné hier dans Paris ; d'autres ajoutent que l'opinion publique se prononce très fortement contre Fouquier-Tinville et tous les agents de la tyrannie. Enfin les inspecteurs chargés de la police du Jardin national et de celui Ëgalité rapportent que la plupart des citoyens, en rendant hommage aux vues sages et à l'énergie des législateurs, ont beaucoup applaudi aux mesures vigoureuses prises contre les royalistes et les émigrés, et aux dispositions que la Convention parait annoncer de rendre les biens aux familles des victimes innocentes qui ont péri pendant le règne des décemvirs. Au surplus, nous nous empressons de donner connaissance d'un fait particulier qui nous a paru important. Les citoyens Charpentier et Ancelle disent que Ton se plaint déjà depuis quelque temps que la mendicité commence à reparaître dans Paris sous la forme la plus hideuse, ce qui est attesté par le citoyen Mailly.
Cafés. — Le citoyen Compère rapporte que, dans les cafés de la rue Honoré et près le Châtelet, les citoyens approuvaient beaucoup les proclamations faites parles ordres de la Convention, qu'elles y étaient jugées très nécessaires pour ramener les esprits égarés par les malveillants ; le même inspecteur dit que, dans les cafés vers le Pont- Neuf, on disait que nos armées étaient dans le plus mauvais état, et qu'il périssait mille hommes chaque jour. La cause en a été attri« buée, dit-il, aux fatigues d'une longue guerre, à la mauvaise nourriture, au peu de soins et à l'impéritie des officiers de santé.
Spectacles. — Tout y a été tranquille, excepté cependant au théâtre
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de la République, où Tagitation survenue entre les spectateurs, faute de s'entendre sur Tinstant où le Réveil du peuple devait être chanté^ n*a pas eu de suite.
Les officiers de paix dans leurs rapports confirment, sinon en totalité, au moins en majeure partie, les assertions des inspecteurs, et ils déclarent, comme fait particulier, qu'un colporteur qui vendait un livre revêtu d'estampes très obscènes a été conduit hier chez le commissaire de police.
Commerce. Pain. — Quatorze inspecteurs rapportent que l'augmentation de la ration du pain qui a eu lieu chez la majorité des boulangers a satisfait ceux qui Font reçue, mais malheureusement cette augmentation n'a pas été générale ; cette inégalité dans la distribution ne cesse de faire des mécontents
HORNIN, GOSSET.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)
Rapport du 15 floréal.
Esprit public. — Les citoyens, quoique mécontents de la faible portion de pain qui leur a été distribuée, ont été calihes aux portes des boulangers dans la journée d'hier.
Groupes. — Les groupes, quoique nombreux, étaient également tranquilles. Les citoyens s'y entretenaient néanmoins avec chagrin de la rareté du bois et du charbon, de la cherté effroyable des denrées de première nécessité, et du discrédit des assignats, provenant, disaient-ils, de la friponnerie des agioteurs, de la cupidité des marchands, et surtout des laboureurs, qui ne veulent plus vendre leurs grains et denrées qu'en espèces ; d'où Ton concluait que la disette n'était pas réelle. Beaucoup de citoyens attribuaient la cause de tous ces obstacles au bien public aux Commissions de subsistances. A Tappui de ces différentes assertions, nous allons citer quelques faits énoncés dans les rapports de plusieurs inspecteurs.
Le citoyen Leroy aîné dit que le public est certain que la pénurie actuelle ne provient pas du gouvernement, qu'on en accuse générale* ment les commissaires de subsistances, qui, après avoir fait mettre en réquisition les denrées et marchandises de toutes espèces, les font revendre à un prix énorme ; il ajoute que Ton dit même que les
marchands, pour se justifier du reproche qu'on leur fait journellement du prix excessif des marchandises, n'hésitent pas d'accuser la Commission des subsistances et en donnent pour preuve les affiches de ventes fréquentes de marchandises au plus offrant et dernier enchérisseur. Le citoyen Languiet dit que Ton rencontre de toute part des familles languissantes, et que le public se plaint que, dans les . environs de Paris, on arrête les voitures, qu'on prend le pain, les ceufs et le beurre que les citoyens de Paris peuvent se procurer par la voie de leurs parents et amis de la campagne.
Le citoyen Compère rapporte que, dans les groupes au bas du Pont- Neuf, sur le Pont au Change et du c6té des halles et marchés, le public se plaignait de n'avoir reçu que six onces de pain par tête, tandis que, par les proclamations, on annonçait que la distribution serait plus complète au moyen des arrivages nombreux des subsistances.
Cafés. — Le même citoyen Compère dit que, dans plusieurs cafés vers le Pont-Neuf et la rue Honoré, les citoyens se demandaient : « Mais que fait donc le gouvernement de tous les grains qui arrivent? » que plusieurs disaient : « On les garde en magasin pour nourrir les troupes qui viennent à Paris. Pour raison de quoi, ajoutait-on, on ne doit plus croire aux proclamations et aux rapports prononcés à la tribune, qui ne sont plus que des chimères et des discours à la Barère. » Dans les cafés de la Régence et dans ceux de la section du Contrat-Social, on accusait la Convention de tolérer si longtemps le prix immodéré de l'or et de Targent.
Spectacles. — Les spectacles n'ont présenté hier aucun fait particulier contre la tranquillité publique, si ce n'est le désordre occasionné au théâtre de la rue Feydeau, par l'entêtement d'un nommé FoUay, Irlandais, qui, s'étant opiniâtre à garder son chapeau sur la tête^ a été arrêté chez le commissaire de police, par ordre du représentant Sevestre, membre du Comité de sûreté générale.
Les ofHciers de paix, dans leurs rapports, rendent à peu près le même compte que les inspecteurs sur la situation de Paris dans la journée d'hier.
Commerce. Pain. — Les inspecteurs annoncent qu'on n'entend plus guère de murmures que sur l'inégalité de la distribution du pain; quelques citoyens n'en reçoivent qu'une très modique portion, tandis qu'on espérait de voir augmenter de jour en jour la ration de chacun. ••••
Barbarin, Beurlier,
[Arch.. nat., F * « III, Seine, 16.)
Rapport du 16 floréal.
Esprit public. — Le calme s'est maintenu hier à la porte des boulangers, et, aux murmures près, que quelques femmes se sont permis sur la faible portion de pain délivrée aux citoyens, la distribution s'est faite avec beaucoup d*ordre.
Groupes. — Dans la même journée, les groupes n'étaient pas nombreux, ni tumultueux ; les citoyens y parlaient entre eux tranquille* ment sur la pénurie des subsistances ; ils paraissent patients et paisibles. Tous les inspecteurs de police, dans leurs rapports de ce jour, s'accordent parfaitement entre eux pour annoncer que les inquiétudes du public sont plus fortes que jamais sur la perte frappante que les assignats éprouvent de jour en jour et sur la cherté effrayante des denrées et marchandises ; ils ajoutent qu'on en accuse publiquement les agioteurs, les laboureurs, les marchands ; enfin ils déclarent que, de toutes parts, on regarde comme inconcevable la durée aussi longue d'un pareil état, et qu'on appréhendait même, si ce fléau pesait plus longtemps sur la société, qu'il n'en résultât de plus grands malheurs, attendu que la classe nombreuse et indigente ne peut plus suffire à se procurer le strict nécessaire.
[Cafés, spectacles, subsistances. — Rien de bien notable.]
DuRET, Le Roy.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)
Rapport du 17 floréal.
Esprit public. — Hier, la distribution du pain a continué de se faire aux portes des boulangers assez tranquillement, quoique les femmes aient paru mécontentes de la faible portion qui a été distribuée.
Groupes, — Il résulte des différents rapports des inspecteurs que.
dans les groupes, la pénurie des subsistances était Tobjet de Tenlretien des citoyens; les uns y disaient : c Cette disette vraie ou fausse est bien fâcheuse. » D'autres exhortaient leurs 'frères au calme et à la patience; d'autres enfin se plaignaient de ce que Ton vendait publiquement du pain & dix livres la livre. Les inspecteurs ajoutent que toutes les voix se réunissaient pour témoigner leur mécontentement sur le discrédit énorme des assignats, sur l'augmentation rapide et journalière du prix de toutes choses; que le public attribuait tous ces fléaux au monopole afifreux des agioteurs, à la faiblesse du gouvernement, et encore aux manœuvres des Commissions des subsistances; les esprits, disent-ils, paraissaient vivement agités. Pour preuve de ces assertions, nous allons transmettre des faits particuliers cités par quelques inspecteurs.
Le citoyen Chalou dit que Ton fait courir le bruit que la récolle prochaine est déjà vendue sur pied, mais que des hommes sages se sont empressés de démentir une assertion aussi ridicule que fausse et alarmante. Le citoyen Dubout rapporte qu'hier, vers le soir, dans les groupes des ponts Neuf et au Change^ les citoyens étaient très échaufîés, et qu'après beaucoup de plaintes sur la cherté, on y disait que les fermiers et agioteurs étaient les vers rongeurs de la République, qu'il était temps que le gouvernement prît des mesures rigoureuses pour prévenir les grands malheurs qui menacent la société. Ce même inspecteur termine en déclarant que ces groupes étaient composés de gens de tout état, môme de militaires, et que tout ce qu'il a entendu approchait beaucoup de la sédition. Nous n'omettrons pas d'annoncer que plusieurs inspecteurs rapportent qu'immédiatement après la séance de la Convention, aux Jardins national et Égalité, on avait beaucoup applaudi aux rapport et projet de décret de Dubois-Crancé sur les finances, qu'on lui donnait généralement la préférence sur celui de Johannot *, et que l'on regardait les mesures qu'il a présentées comme très sages et les seules qui puissent donner du crédit aux assignats et faire baisser le prix des denrées.
Cafés. — On s'entretenait dans plusieurs cafés, que le citoyen Compère ne désigne pas, de l'affaire Fouquier-Tinville ; les opinions à cet égard étaient très partagées; quelques citoyens prétendaient que ce scélérat et tous ses complices devaient être condamnés à mort; d'autres soutenaient que la Convention en avait disposé autrement, laquelle avait donné des ordres pour qu'ils fussent seulement con-
1. Voir la séance de la Convention du 16 floréal an III dans le Moniteur^ réimpression, t. XXIV, p. 396.
RÉACTION THERMroORIENNE
damnés à la déportation, que cette mesure importait pour ne pas exposer Fouquier aux regards du public, auquel il ne manquerait pas de révéler beaucoup d*horreurs que le gouvernement avait intérêt de tenir secrètes.
Pain. — Vingt-un inspecteurs disent que^ si la distribution de pain se faisait également, si tous les citoyens recevaient une demilivre de pain, la tranquillité régnerait; on peut en juger par la satisfaction que ressentent ceux qui sont ainsi traités; ceux qui reçoivent une portion mpins forte murmurent, et d'autres prennent patience, dans Tespérance que cette pénurie ne se fera pas sentir longtemps. L'on impute cette inégalité à TinQdélité des commissaires et des boulangers. Un bruit tend à confirmer cette infidélité, à ce que dit Auvray ; les commissaires distributeurs chez le nommé Ja« cob, boulanger, Carré de la Porte-Denis, avaient dit au peuple qu'il n'y avait plus de pain» Ceux qui n'en avaient pas eu, furieux, ont foncé dans la boutique ; ils y ont trouvé plusieurs pains cachés et de la farine pour faire environ quarante pains. Au lieu de chercher à apaiser le peuple, la boulangère s'est permis de donner un souf* flet à un citoyen. Le commissaire a écrit au Comité civil et au commissaire de police de cette section pour leur demander compte de cette affaire
Surveillance. — Il résulte du rapport de Chabry qu'au Palais-Égalité, les inspecteurs de la Commission sont poursuivis avec acharnement ; il annonce que lui-même hier a été menacé d'être assassiné par 150 agioteurs, qui l'ont entouré et Pont obligé de prendre la fuite pour se soustraire à l'effet de leurs menaces; il a été poursuivi jusqu'auprès du corps de garde des Petits-Pères par le nommé Alexandre Spetec, capitaine de la il* compagnie du il* régiment de chasseurs. Le commissaire de police, chez lequel tous deux ont été conduits, n'a point reçu de déclaration, attendu qu'il ne s'est trouvé qu^un témoin. Alexandre Spetec, natif de Varsovie, est logé rue Neuve-des-Petits-
Champs, n* 1290
Le Roux, RouGHAs jeune.
(Arch. nat., F* «III, Seine, 16.)
Journaux.
Gazette française du 47 floréal : « De Paris, 4S floréal. Le prix de Tor et de l'argent va toujours croissant; et si, par suite de quelque ruse des agioteurs, il diminue dans un moment, bientôt il remonte au taux d'où il était descendu, et va encore plus loin. Celui des marchandises suit la môme progression ; on a seulement remarqué que, de tous les comestibles, les fromages seuls se sont
soutenus à un prix raisonnable. G*est, dit-on, la pénurie du pain qui occasionne cet étrange phénomène, parce que, pour manger du fromage, il faut du pain, et qu*on en mange beaucoup plus avec cet assaisonnement qu'avec tout autre. »