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Rapport du 20 floréal.
Esprit public. — Dans la journée d'hier, la distribution du pain s'est faite assez facilement, et la tranquillité publique s'est soutenue. Les inspecteurs de police annoncent néanmoins que les inquiétudes et les agitations sont toujours les mêmes sur la pénurie des subsistances; que, dans les rues, les groupes et les places, les citoyens y sont toujours très occupés de cet objet, ainsi que de la cherté de toutes choses et du discrédit des assignats ; qu'ils voient sans cesse de mauvais œil la hardiesse des agioteurs, la cupidité des marchands et la mauvaise administration des Commissions de subsis-
709 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 mai 1795]
tances. Suivant quelques rapports, il parait constant que les malintentionnés sont toujours aux aguets pour effrayer les gens crédules et les esprits faibles et exciter le peuple à l'insurrection ; mais, ajoute-t-on, les bons citoyens qui les surveillent rendent, de leur côté, les services les plus signalés en préchant Tobéissance aux lois et la confîance que Ton doit prendre dans les mesures vigoureuses de la Convention, toujours occupée du bonheur général. Ces bons esprits, dît*on encore, ne peuvent qu'éclairer le peuple, l'aider à distinguer ses ennemis, et lui faire apercevoir leur perfldie, ce qui a eu lieu hier à l'occasion de Tarrivée de 80,000 hommes, dont le faux bruit a été aussitôt démenti que répandu.
Au Jardin national, le public s'y entretenait très paisiblement du projet présenté à la Convention de retirer de la circulation une grande quantité d'assignats, à la charge par le gouvernement d'en payer les intérêts aux porteurs ; cette mesure a été très applaudie; on la regardait même comme l'unique moyen peut-être de donner une valeur réelle aux assignats restants, et de diminuer le prix des denrées, et de rétablir la confiance.
Les agents ont remarqué que, dans la foule des agioteurs du Palais-Egaliléy il s'y mêle un grand nombre de gens mal vêtus et sous l'aspect le plus hideux, qui vendent des effets et autres objets sans doute volés.
Caféi, — Les entretiens des citoyens sur les événements présents y ont été très paisibles.
Spectacles. — Le public n'y a été troublé par aucun événement ; le bon ordre et la tranquillité y ont régné hier.
Pour terminer cette analyse, nous dirons que le citoyen Compère, inspecteur, est le seul qui ait rapporté que, dans les faubourgs Montmartre, Denis et Martin, il y avait entendu dire que le peuple se lèverait en masse ces jours-ci, et que, dans la rue de La Harpe, une femme qui colportait des journaux avait donné beaucoup d'inquiétude aux citoyens à l'occasion de la motion faite par le député Raffron de diminuer la valeur des assignats *, qu'elle publiait comme un décret rendu.
Commerce. Pain. — Vingt-trois inspecteurs rapportent que la diminution du pain depuis quelques jours fait accroître les murmures et
1. Dans la séance de la Convention du 18 floréal, Raffron demanda « qu a compter du 30 floréal les assignats commençassent à diminuer de 1 pour 100 ». De violents murmures Tinterrompirent, et la Convention tout entière se leva pour protester contre toute mesure, qui tendrait à discréditer les assignats. [Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 408.)
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exaspère tous les esprits ; tous s'écrient qu'on ne peut vivre avec trois onces de pain, et encore d'une très mauvaise qualité. Malgré cette réduction, beaucoup de citoyens en sont privés ; les mères de famille, les femmes enceintes sont pénétrées d*affliction et tombent de faiblesse ; Ton se plaint aussi de ce qu'on distribue le pain trop tard. Lassiot ajoute que chez Robillard, boulanger, Marché Catherine» il y a eu un grand désordre, vu qu'on n'a pas suivi Tordre des numéros ; ce boulanger, continue-t-il, se permet de faire sortir des pains ainsi que de la braise de chez lui par ses garçons au moment de la distribution ; plusieurs personnes, désignées dans son rapport, attesteront ces faits. Il a été écrit à cet égard au commissaire, pour qu'il instruise cette affaire et en rende compte.
Pipelard déclare que le commissaire de police de la section de llndivisibilité a fait arracher un placard, rue Louis-au-Marais, portant ces mots : ^1 la Convention: si dans trois jours Von ne donne pas plus de pain^ Paris sera réduit en cendres
Bocquet-Destournelles, Le Roux.
(Arch. nat., F » « III, Seine, 16.)
Rapport du Si floréal.
Esprit public. — Si les inspecteurs, dans leurs rapports de ce jour, annoncent que la tranquillité n'a pas été troublée hier à Paris et qu'aux portes des boulangers la distribution s'est faite avec ordre, ils ne dissimulent pas en même temps que les esprits ont été vivement agités relativement à la pénurie des subsistances, que le public a paru très mécontent de la faible portion de pain, de sa mauvaise qualité, et de rirrégularité dans les répartitions ; que les femmes pleuraient amèrement et disaient qu'elles ne pouvaient plus vivre, ni faire subsister leurs enfants. Ils déclarent encore que, dans les rues, on rencontre beaucoup de personnes qui tombent de défaillance et d'inanition, et que, dans les groupes, qui partout étaient forts nombreux, les citoyens s'y entretenaient avec vivacité et inquiétude sur le manque de pain et de riz, sur le prix excessif de toutes choses, et sur le discrédit des assignats^ ce qui, ajoutent-ils, échauffait beaucoup les tètes
contre les agioteurs, les marchands, les agences, et contre le gouvernement lui-même, que Ton paraissait fort peu ménager, et dont on regardait toutes les promesses comme des chimères. Enfîn, ils ne cèlent pas que tous les fléaux réunis annoncent une fermentation sourde, dont les malveillants ne manqueront pas de profiter pour égarer le peuple et le porter k des mouvements dangereux, qu il devient très urgent de prévenir.
[Il circule des bruits de guerre civile prochaine, d'émeute, de pillage. Il y a des tentatives de suicide. |
Courtois^ Bocquet-Destournelles.
(Arch. nat., F*« III, Seine, 16.)
Journaux.
Gazelle française du 21 floréal : « De Paris, le 20 floréal. Le prix des denrées augmente encore tous les jours, dans une progression remarquable. La viande s'est vendue aujourd'hui jusqu'à 6 francs la livre, et le pain jusqu'à 12 francs. Hier soir, les louis valaient 360 livres. La plupart des boutiques des marchands sont dégarnies, faute de pouvoir remplacer celles des marchandises qu'ils ont vendues. Cette position effrayante, jointe à la pénurie des subsistances, sollicite bien vivement un plan de fînances. Tant qu'on n'aura pas pris un parti sur la masse des assignats, qui pèse si vivement sur le peuple, et que la nation ne connaîtra pas le genre de gouvernement qu'on veut lui donner, la confiance ira toujours en décroissant, et les besoins de la plus respectable portion du peuple iront en augmentant. • . »