‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 3 sur 138 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

[28 JUILLET 1794] RÉACTION THERMIDORIENTS'E 2

dissements, les cris de: -4 bas le tyran/ de Vive la République ! \e?^ imprécations de toute espèce ont retenti de toutes parts le long du chemin. Le peuple se vengeait ainsi des éloges commandés par la terreur, ou des hommages usurpés par une longue hypocrisie.

Il était environ sept heures et demie, lorsque les traîtres sont arrives à la place de la Révolution. Gouthon a été exécuté le premier; Robespierre jeune ensuite; la tête du tyran est tombée Favant-dernière, et celle de Fleuriot Lescot la dernière. Elles ont été montrées au peuple, qui a fait retentir Tair des cris longtemps prolongés de Vive la Convention! Vive la République!

Ainsi a été découverte, déjouée et punie en moins de vingt-quatre heures la plus horrible conspiration qui a été tramée jusqu'à présent contre la liberté, celle dont le caractère a été le plus prononcé, les signes plus incontestables, les instruments mieux désignés; celle sur laquelle il n'a pas été possible, même aux plus incrédules, d'élever ni de conserver le plus léger doute, tant Taudace des chefs a été grande, tant leurs desseins étaient exécrables, tant l'ensemble des preuves a frappé tous les regards ; celle enfin qui, ces jours mêmes, devait élever sur les cadavres des fidèles représentants, et sur ceux de soixante mille républicains impatients du joug, un tjTan aussi affamé de vengeance, aussi altéré de sang que les Néron et les Galigula.

Journal des homnins libres de tous les pays du 13 ihorinidor :

Paris, 11 tîiermidor, — Le supplice d'un tyran est vraiment une fête pour le monde. Les Français en ont fait une fête décadaire, et la joie a prouvé hier combien avait été longue et forte l'oppression sous laquelle avaient gémi toutes les âmes, tous les cœurs, tous les esprits. Oui, la joie publique s'est développée hier dans toute sa plénitude et nous garantit à jamais la liberté. Ni le châtiment de Louis XVI, ni celui de sa femme et de tous les traîtres qui, depuis, ont subi le sort de la trahison, ni aucune fête, pas même celles des victoires, n'avaient eu autant de spectateurs, n'avaient inspiré une allégresse aussi sentie, aussi universelle, aussi expansive que le supplice de Robespierre, Gouthon, Saint- Jus t, etc.

Combien a dû être horrible pour eux (s'ils étaient encore susceptibles de quelque honte) le long passage du Palais de Justice à la place de la Révolution, en face d'un peuple immense applaudissant, criant sans cesse : Vive la République! Périssent les traîtres et les hypocrites parlant toujours de vertu, et ayant le crime dans le cœur!

3 RÉACTION THERMIDORIENNE [28 juillet l'^i

S'ils avaient pa voir dans le Jardin national tous les citoyens revt oant de leur supplice, se jetant dans les bras les uns des autre: «embrassant, se félicitant mutuellement d'être enfin délivrés d'u joDg odieux, s'écriant, répétant partout : « Enfin, nous somme libres, on n'empoisonnera plus nos pensées, nos intentions; no eirenrs ne seront plus transformées en crimes; l'intérieur de no ffléoages sera du moins un asile surcontre l'espionnage et la delà tion; la douce intimité, la fraternité, l'amitié et leurs charmes cor ^lateurs vont nous être rendus; le tyran n'est plus! » S'ils avaiei pu voir tout cela, dis-Je, ils auraient frémi de rage de s'ôtre si loui dément abusés en comptant sur un peuple pareil pour servir leui projets de domination et d'asservissement.

Non, la liberté ne peut périr; non, jamais un autre homme n'oser lenter de la détruire, parce que, je l'espère, les Français, bien averti pir cet utile et grand exemple, les Français proscriront enfin ceti manie d'encenser, d'idolâtrer les individus, qui a failli les perdre et ne souffriront pas qu'un autre homme, quel qu'il soit, se ser^ d'eai-mémes pour arriver ti ce degré de puissance, de popularité ( d'opinion toujours fatal à ceux qui y parviennent et à. ceux qui I coffrent.

Dés longtemps, amis, j'aurais pu vous montrer les fers que l'o vous préparait, les dangers qui vous menaçaient, la mort que l'o TOUS destinait. Mais cet astucieux usurpateur avait tellement fascin les yeux, combiné ses plans, ses opérations, il allait si sourdemeni si adroitement à son but, il s'était tellement couvert et entouré d ™ï propres suffrages que vous ne l'auriez pas cru vous-mêmes, si o: •003 l'avait dit. Vous auriez crié avec lui à la calomnie, à la conspi ration, et l'homme de bien n'eût obtenu d'autre fruit de cet avis qu la crainte de produire un déchirement, des divisions, des partis, e peut-être même de perdre votre estime.

Qaelle ressource donc restait-il au petit nombre de patriotes clair rayants, qui, depuis longtemps, avaient démêlé le caractère et le projets de ce nouveau Cromwell?

Olwerver sa marche, avoir sans cesse l'œil sur lui et sur sa con liaite, l'empêcher autant que possible de faire le mal, et, du reste, I laisser se démasquer lui-même ; car, je le répète, et vous devez e ciHivenir, il s'était entouré d'une telle réputation, il avait tellemen ^né vos yeux, qu'il n'y avait que lui qui pût vous les dessiller.

De temps en temps, l'on vous disait bien de prendre garde au dominateurs; mais que pouvait cet avertissement isolé sur de hommes habitués depuis cinq années à regarder leur Robespierr

comme infaillible, comme Tétre par excellence ? Non, citoyens, il fallait être lui-même pour vous dire ce qu'il était.

11 s'est enfin manifesté; vous avez vu sa conduite, son âme, ses projets dans toute leur hideuse difformité; les séances de la Convention ne vous ont encore appris qu'une partie de ses crimes.

Des rapports successifs vous révéleront le reste; vous saurez alors quels dangers vous avez courus; vous saurez que la journée d'hier avait été destinée au massacre de vos représentants, auxquels on avait eu grand soin de donner un costume, afin qu'il ne pût en échapper un seul; vous saurez... Mais la liberté, l'impérissable liberté, pouvait-elle succomber ? Non, il s'est enlacé lui-même dans ses propres pièges ; la justice nationale l'a immolé aux mânes de Bara et de Viala, qu'il voulait ensanglanter par regorgement de tous ceux qui, comme eux, se dévouent à la patrie.

0 mânes chéries, votre entrée au Panthéon a été retardée ; mais la mort d'un tyran est le plus bel honneur que vos frères aient pu vous rendre. Cfl. D. *.

Courrier républicain du 12 thermidor :

Du 11 thermidor. — Hier, vers sept heures et demie du soir, les vingt-deux conspirateurs sont arrivés au lieu du supplice, place de la Révolution, au milieu des cris unanimes et prolongés de Vive la République! Robespierre l'aîné avait la tête enveloppée d'un bonnet et ensanglantée d'un coup de pistolet qu'il s'était donné au moment qu'il s'est vu abandonné des traîtres que Hanriot lui avait ménagés. Celui-ci était aussi tout balafré au visage et blessé aux bras par la défense qu il avait opposée aux gendarmes chargés de Tarréter. Le seul Le Bas, ci-devant député, s'est tué. Les têtes de Robespierre, Hanriot, Dumas et de quelques autres ont été montrées au peuple, qui, pendant tout le cours du trajet de ces infâmes conspirateurs, depuis le Palais de Justice jusqu'à l'échafaud, leur a témoigné de la manière la plus énergique toute son indignation et toute son horreur.

Annales de la République française du 12 thermidor :

Ce fut hier soir *, à sept heures, qu'on exécuta Maximilien Robespierre, son frère, Çaint-Just, Couthon, Hanriot, Fleuriot, maire,

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