‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 62 sur 138 · Bibl. nat., Lb 41/1212, m · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Lb 41/1212, m

2. A notre connaissance, aucun fait ne confirme cette assertion.

pour étancher la soif ardente qui les dévore, celui de la représentation nationale elle-même.

Le fameux Raisson, arrêté depuis quelques jours, par ordre du Comité de sûreté générale, a déjà imploré, mais en vain, dans la prison où il est détenu, Tassistance des citoyens de sa section. Ces braves patriotes, qui se souviennent de toutes les persécutions que ce Jacobin du 9 thermidor leur a fait éprouver, et qui ont juré de maintenir de tout leur pouvoir le règne de la justice, n'ont eu aucun égard aux réclamations qu'il leur a adressées.

SPECTAaES DU 30 BRUMAIRE.

Théâtre des Arts. — La Réunion du 40 août ou V Inauguration de la République française, sans-culottide en cinq actes.

Opéra-Comique. — L'Intérieur d'un Ménage républicain; Raoul de Créquy ou Bathilde et Eloi, opéra-comique en trois actes.

Feydeau. — La Famille indigente ; Paul et Virginie.

Théâtre de la République. — La Femme jalouse, com. en cinq acles ; Cange (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que la veille).

Théâtre de l'Égalité. — Le Misanthrope ; les Epreuves.

Lyrique. — Héléna ou les Bandits des Pyrénées, opéra ; les Deux frères, opéra.

Gaité. — Cange; V Ecole de la Bienfaisance; le Serpent magicien; le Pardon imprévu.

Ambigu-Comique. — Le Devin du village ; le Commissiontiaire de Saint- Lazare ; la Forêt noire.

Vaudeville. — L'Héroïne de Mithier ; Colombine Mannequin; les Plaisirs de l'Hospitalité.

Cité- Variétés. — Les Deux grenadiers, com.; l'Enrôlement supposé^ com. ; les Royalistes de la Vendée, pantomime.

Rapport du 2 frikaire.

L'opinion publique est bien prononcée contre Carrier et les Jacobins; quelques citoyens ont voulu prendre la défense de ce représentant, mais le public les a arrêtés et conduits au Comité de sûreté générale. On attend avec la plus vive impatience le résultat de la séance du jour.

Mêmes plaintes et méme$: murmures sur la difficulté et la cherté

RÉACTION THERMIDORIENNE [21 novembre 179*]

} tous les comestibles et autres marchandises. Lee citerai, témoignent beaucoup d'inquiétudes sur les sub- { ilemandent que des mesures très promptes poienl prises eur existence. La fraude des marchands est si grande, sur les allumettes, dont on fait tremper les bouts dans lyé et à demi-sec pour ne pas employer du soufre, qui

Gravitliers, chez un traiteur, un particulier, nommé L les propos les plus infâmes contre la représentation i été saisi par deux inspecteurs, qui l'ont conduit avec

au Comité révolutionnaire du 6' arrondissement, qui re dans une maison d'arrêt.

>rte que les ouvriers supprimés de la manufacture de kbbaye Germain étaient rassemblés chez un marchand enolt, qu'ils paraissaient très mécontents de leur supmaçaient d'une prochaine vengeance ceux qui ne sont des Jacobins ; ils faisaient un éloge outré de cette Soient de Carrier, qu'ils préconisaient ; ils parlaient de la 'ec peu de décence.

les Madelonnettes avait fait un trou de quatorze pouces ur huit de profondeur et 'quatre de hauteur ; il devait

pouces de carré, mais la surveillance a déjoué ce pro-

ïaucoup de confusion et de querelles sur les ports et iers; la surveillance des inspecteurs et la force armée le suffire pour arrêter et la fraude des marchands et les

ui se glissent dans les queues

t marchés sont très bien approvisionnés. Il y est arrioitures de beurre, d'ceufs et de marée.

Le Roux, Therouenne.

ioir du 3 frimaire :

■ frimaire, — Nous jouissons ici de la plus parfaite tranà la salutaire activité des Comités de gouvernement; le complot se sont évanouis ; on n'égorge plus un sourd incu de conspiration; la guillotine a les bras croisés, et,

si elle reprend ses oscillations, ce sera pour serrer de près maître Carrier et compagnie.

Les grâces et les ris, que la terreur avait mis en fuite, sont de retour à Paris ; nos jolies femmes en perruques blondes sont adorables, ma parole d'honneur; les concerts, tant publics que de société^ sont délicieux. Garât (qu*il ne faut pas confondre avec Garât le commissaire) est FApollon du jour; c'est Orphée qui suspend le cours des fleuves par les accents mélodieux d'une voix enchante* resse. Tout prend ici une forme nouvelle; le nom de Comité révolutionnaire ne fait plus frissonner; un brigand en bonnet rouge n'a plus droit de vie ou de mort sur l'individu qui lui déplaît ; les cris funèbres des familiers ou familières de Robespierre ne se font plus entendre à l'oreille Tatiguée ; l'accent rauque et lugubre des agents de l'autorité a fait place à des formes plus attrayantes ; les premiers commis sont même un peu moins insolents. Voilà la métamorphose que nos mœurs ont subie depuis la chute du tyran; les hommes de sang, les Billaud, les Collot et la bande enragée appellent ce revirement d'opinion la contre-révolution.

Courrier républicain du 2 frimaire :

Du l»' frimaire. — Hier dans toutes les sections, la population de cette grande ville a témoigné par un assentiment unanime, et par des applaudissements réitérés, sa satisfaction de voir enfin les tyrans accablés, les brigands livrés à la justice ou renvoyés dans leurs forêts. Aujourd'hui la Convention nationale recevra des citoyens de Paris des témoignages de leur reconnaissance, sur la fermeture de la Société mère, de cette mère louve, à qui tous les louveteaux répandus sur le territoire de la République rapportaient chaque jour les restes sanglants des Français qu'ils avaient dévorés. La Convention sera sincèrement félicitée d'avoir mis la justice, non pas à l'ordre du jour^ suivant l'expression dérisoire du paralytique Couthon; mais en permanence, parce que son règne doit être éternel.

La section des Amis de la patrie a désavoué l'adresse qui a causé tant de scandale à la Convention nationale, et que quelques Jacobins lui avaient surprise. Celle de la Montagne, trompée par les mêmes manœuvres, a manifesté les mêmes sentiments. Loin de se plaindre de l'arrestation de ses prétendus commissaires par la section des Gardes-Françaises, elle a félicité cette section de cet acte énergique par une députation vraiment populaire qu'elle lui a envoyée hier.

Raisson, de la prison où il est détenu, a déjà imploré l'assistance des citoyens de sa section qu'il a si cruellement persécutés. A Tas-

RÉACTION. THERMIDORIENNE [21 novembre 1794]

semblée générale de cette section, on a lu les réclamations du ci-devant employé de monseigneur le prince de Gondé, auxquelles on n*a eu aucun égard.

Tel est le caractère des intrigants et des persécuteurs de Tespèce humaine; quand ils sont les maîtres, ils sont barbares et atroces; quand ils sont tombés, ils son^ humbles et lâches : c'est le loup pris dans un piège qui tremble devant un mouton.

Journal de Perlet du 3 frimaire :

Le plus grand calme continue de régner dans Paris. Une foule immense remplissait hier et avant-hier les tribunes et les environs de la Convention.

Un sentiment presque unanime d'indignation éclatait partout contre Carrier. Mais lorsqu'il a paru, lorsqu'il a parlé de sa défense dans la Convention, lorsqu'il a traversé la foule pour se rendre chez lui, personne ne Ta insulté.

Le peuple voyait dans ce moment, en lui, non plus. un monstre couvert de sang et de crimes, mais un accusé qui cherchait à se justifier, et qu'il fallait entendre jusqu'à ce qu'il eût été convaincu.

Le respect pour le malheur, et la pitié pour celui môme qui ne l'avait jamais connue, semblaient comprimer l'horreur que sa présence excitait dans toutes les âmes.

Les Comités du gouvernement ont paru craindre que les malveillants ne cherchassent à amener des troubles.

Des corps de réserve étaient placés dans plusieurs postes ; des patrouilles nombreuses parcouraient les rues et les lieux publics. Mais il n'y a eu d'autres mouvements, d'autres cris dans tous les groupes, comme dans toutes les sections, que ceux qui attestaient la plus entière confiance dans la Convention nationale, et la reconnaissance la plus vive pour les mesures qu'elle a prises contre les perturbateurs du repos public.

Spectacles du 1^' fbimaire.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — L* Amant statue^ com. ; Nina ou la Folle par amour, com. ; Cange.

Feydbau. — Les Vrais Sans-Culottes ; V Officier de fortune.

Théâtre de la République. — L Honnête criminel^ drame en cinq actes ; la Perruque Blonde.

Théâtre de l'Ega-lité. — Tu et toi ou la Parfaite égalité, com. ; Alisbelle ou les Crimes de la Féodalité, opéra.

Lybique. — Michel Cervantes ; Congé.

Gaité. — Cange; le Triomphe de V Amour conjugal; Il était temps ou V Heureuse découverte ; le Pari imprudent,

Ambigu-Comique. — Les Débuis ; le Menuisier de Vierzon ; Dorothée.

Vaudeville. — Arlequin Cruello; le Retour à Bruxelles; les Marchandes de la Halle,

Cité- Variétés. — La IVuit aux aventures, com. ; la Caverne, pantomime.

Vr.

Rapport du 3 frimaire.

Le public paraU très satisfait des mesures qu*a prises la Convention à regard de Carrier; mais des gens inquiets communiquent une crainte déplacée que le courrier chargé d'apporter les pièces originales ne soit arrêté en revenant. Ils répandent des doutes sur les mesures sages de la Convention.

Il paraît depuis quelques jours, un nouveau journal, inlituié/ouma/ des Rieurs ou le Démocrite français, signé A. Martainville, de Timprimerie de Pain, passage Honoré*. Le premier numéro est un persiflage continuel contre plusieurs membres de la Convention et contre la Convention elle-même, qui y est traitée avec indécence ; on y tourne en ridicule un arrêté du Comité de sûreté générale, signé Mathieu et Monmayou, qui défend la lecture de couplets que Martaînville avait jetés ces jours derniers sur le Théâtre de la République • ; on est à la suite de cet objet.

La cherté des marchandises de toute espèce fait porter les murmures du peuple à leur comble; on désirerait que la Convention, par une mesure sage, mit un frein à la cupidité des marchands de toutes les classes. Ces propos sont de tous les groupes, et cependant on est tranquille et le peuple souffre avec patience.

Gallé, inspecteur, rapporte qu'on a des doutes sur l'esprit de rassemblée populaire de la section du Bonnet-Rouge, qui se tient dans une des salles des ci-devant Prémontrés. On assure qu'un élève [sic]

1. Il y a ici une erreur, à moins qull n'y ait eu une double édition de ce journal. En effet, l'exemplaire qu'en possède la Bibliothèque nationale (Le 2/853, 12 numéros in-8*) fut imprimé « à Paris, chez Vachot, imprimeur, rue de la Loi, ci-devant Richelieu, n» 989, près du Théâtre ».

2. C'étaient des couplets pour célébrer la fermeture du Qub des Jacobins. On en trouvera le texte dans le Journal des Rieurs, n»l,p. 6.

267 RÉACTION THERMIDORIENNE [22 novembre 1794]

du ci-devant Comité révolutionnaire de cette section est président de cette Société. Cette surveillance est remise à Simon, qui va s'occuper de connaître Tesprit de cette Société, pour en rendre un compte exact.

Les blanchisseuses de la section du Finistère se sont transportées en masse chez le commissaire de police et au Comité civil de cette section pour demander qu'on leur reprenne la soude de mauvaise qualité qui leur a été vendue par un marchand rue Honoré, section de rOratoire, à raison de 1 1. 8 s. la livre. Cette demande a été sur le champ renvoyée par devant le commissaire de police de ladite section.

La Société des Quinze-Vingts a été peu nombreuse ; on y a lu deux adresses à faire à la Convention; la seconde a été adoptée. Il s'agit, dans cette adresse, de la liberté de Trouville et Tissot, qu'on demande; le petit nombre de signatures a déterminé l'Assemblée à continuer la séance au 6.

Il y a eu cette nuit un rassemblement d'environ mille personnes aux ports au charbon. Niquiile, officier de paix, et les inspecteurs s'y sont transportés et y ont passé la nuit. Ils sont parvenus à dissiper les attroupements et à rétablir Tordre, en faisant conduire au corps de garde celles des femmes qui étaient les plus mutines et qui se réfugiaient dans les allées. Telles peines qu'ils aient prises, le rassemblement, encore plus nombreux, a recommencé à quatre heures du matin sans pouvoir le dissiper. La force armée parait se rebuter et dit : « Qu'on mette du charbon dans les ports ». Dans le cours de cette surveillance, quelques femmes mutines ont été mises au violon, mais on a invité les commandants de poste à les relaxer à huit heures du matin.

Hier, pendant la distribution du charbon, différentes contestations se sont élevées ; l'ordre même y a été troublé, mais tout a été ramené à la tranquillité tant par les remontrances que par un peu de sévérité

GossET, Bocqcjet-Dbstourneues.

(Ârch. nat, F > • III, Seine, 14.)

Journaux.

Courrier universel ou VEcho de Paris du 3 frimaire :

Paris^ 2 frimaire. — Des malveillants cherchent à répandre le bruit ridicule que quatre instituteurs ont été donnés au petit Capet. Leur but ne peut être que de jeter de la défaveur sur le Comité de su-

reté générale, qui chaque jour acquiert de nouveaux titres à la reconnaissance des bons citoyens. Le fait est que ce Comité» voulant prendre toutes les mesures qu*exigeait la prudence pour éviter la corruption dans laquelle pourraient être entraînés les gardiens de cet enfant, a arrêté que sa garde serait confiée à trois citoyens. Deux sont plus spécialement chargés de sa personne; la destination du troisième est de surveiller les deux premiers. Leurs fonctions ne doivent durer que vingt-quatre heures; ils sont remplacés par trois autres qui, comme les précédents, ne peuvent exercer cette même surveillance qu'après une année révolue.

Au milieu du tourbillon qui nous enveloppe, doit-il paraître étonnant que d'insensés aristocrates osent parfois abuser du retour de la justice et de la liberté, pour donner Tessor à des sentiments que la crainte leur faisait dissimuler? Mais Tœil du Comité de sûreté générale est continuellement Oxé sur eux. Dernièrement, dans un café, un jeune garçon, pris de vin, s'est avisé de crier Vive le roi! Des gendarmes étaient présents; ils applaudirent. Des recherches sévères, mais infructueuses, ont été faites pour découvrir les auteurs du délit. Comme le propriétaire du café paraissait coupable de négligence, soit en ne s'opposant point à ce qui se passait dans sa mai* son, soit en n'avertissant pas, il a été arrêté, ainsi que sa femme et son garçon.

Vedette ou Gazette du Jour du 3 frimaire :

Quelques jours avant la révolution du 9 thermidor, une jeune veuve de 22 ans, condamnée à mort, les cheveux coupés, les mains liées derrière le dos, était montée sur la charelte et allait partir avec d'autres pour le lieu de son supplice. Un jeune homme qu'elle inté* resse lui dit tout bas : Dites que vous êtes enceinte. Elle le regarde, le fixe et saisit ces mots comme un trait de lumière. Au moment où elle doit périr, elle déclare à l'exécuteur du jugement, qu'elle est enceinte. « Que ne Tavez-vous dit plus tôt? » lui répond-t-il. « Mais, enfin, je le suis ». Il fallait bien la reconduire à la Conciergerie pour vérifier le fait. La révolution du 9 thermidor est arrivée ; son affaire examinée, elle n'était que riche ; elle a obtenu sa liberté, et vient de sortir de prison. Depuis ce moment, elle va tous les jours aux spectacles, dans les lieux publics, dans le même costume qu'elle avait dans la charette, les cheveux coupés, portant les mains derrière le dos ; elle cherche partout son bienfaiteur, c'est ainsi qu'elle nomme le donneur de l'heureux conseil, prête à l'épouser, dit-elle, s'il est bien né, ou disposée à lui faire toutes sortes de biens, si elle ne peut

i69 RÉACTION THERMIDORIENNE [22 novembre 1794]

lai convenir ; heureuse si elle peut une fois, au moins une seule fois, lui témoigner sa reconnaissance.

Courrier républicain ,du 3 frimaire :

Du 2 frimaire. — De fortes réserves d'hommes armés sont répandues dans les environs du Palais national, du Palais-Égalité, et dans tous les lieux où les malveillants pourraient chercher à exciter quelque tumulte ; déjà leurs patrouilles se distribuent de temps à autre dans les rues, dans les deux jardins, et circulent sans cesse; au moyen de cette précaution, il règne un calme parfait, et nous n'avons à craindre aucune commotion pendant tout le temps que durera Taffaire dont la Convention s'occupe maintenant.

Carrier, du lieu de sa détention, avait fait passer ses moyens de défense à plusieurs sections, avec invitation à ses partisans de leur donner tout le développement dont leur amitié pour lui pourrait les rendre capables. Déjà, à la section de l'Unité, une douzaine de ces citoyens avaient, au commencement de la séance, fait arrêter que la défense serait lue, et s'étaient réservé la parole pour des observations subséquentes; mais, l'assemblée étant devenue plus nombreuse, quelqu'un a observé que, la Convention s'étant saisie de cette affaire, il n'appartenait pas aux sections de s^en mêler. La défense n'a pas été lue.

Le Club dit électoral vient d'être privé de la faculté de se réunir dans la salle de la section du Muséum Cette section lui a retiré la permission qu'elle lui avait accordée à cet effet.

Nouvelles politiques nationales et étrangères du 2 frimaire :

De Paris, le 2 frimaire, — La décade qui vient de s'écouler a été bien favorable à l'accroissement du bon esprit public, de cet esprit d'union et de sagesse qui fait la véritable force du gouvernement, en ralliant autour de lui la puissance de toutes les volontés. La suppression des autorités rivales de celle de la Convention nationale avait excité un mouvement convulsif parmi les agents de ces autorités inconstitutionnelles ; ils perdaient en un instant leur crédit, leur influence, leurs places, les moyens de satisfaire leurs vengeances particulières et leur cupidité générale. Ils se rendirent en foule, décadi dernier, aux sections, où ils essayèrent de rallumer le flambeau de la division que la Convention venait d'éteindre dans leurs propres mains. Dans quelques-unes, ces agitateurs obtinrent des succès douteux et qui les flrent trembler sur les événements du décadi suivant.

• -Vi

lis furent justes pour la première fois, en concevant ces craintes. La masse des bons citoyens se porta hier dans les sections; tous les arrêtés pris dans les assemblées précédentes, et qui tendaient à donner des espérances aux agitateurs, furent rapportés; et, partout, on vota des remerciements à la Convention pour Ténergie avec laquelle elle avait rassemblé dans sa main tous les pouvoirs que le peuple français ri*avait délégués qu*à elle seule.

Les bons citoyens depuis hier se rapprochent, se félicitent de ce triomphe remporté avec tënt de sagesse sur Tesprit désorganisateur de tant de factions qui s'étaient arrachées jusqu'ici, au milieu d'un torrent de sang, les infâmes profits de vingt tyrannies différentes. Déjà les bénédictions des départements voisins se joignent aux acclamations des sections de Paris, pour concentrer dans la Convention nationale le grand ouvrage de la félicité générale.

Spectacles du 2 frimaire.

Théâtre des Arts. — Tphigénie en Tauride ; le Chant du Départ (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que le 30 brumaire).

Opéra-Goxique. — Cange ; V Amoureux de quinze ans ou le Double anniversaire (Au lieu de cette dernière pièce, les Petites Affiches indiquent Zémire et Azoï^).

Feydkau. — Relâche.

Théâtre de la République. — Le Sourd ou V Auberge pleine; la Surprise de V Amour,

Théâtre de l'Égalité. — Le Commissionnaire , pièce nouvelle en deux actes, première représentation ; Mahomet, Irag.

Lyrique. — Relâche (Les Petites Affiches indiquent : Cange; Geneviève).

Gaité. — Les Fausses infidélités ; Colombine invisible ; Crispin médecin ; le Départ des Patriotes (Les Petites Affiches indiquent le môme spectacle que la veille).

Ambigu-Comique. — Le Nid d* Oiseaux ; le Commissionnaire de Saint- Lazare ; les Prisonniers patriotes.

Vaudeville. — Arlequin Huila; Christophe Dubois; le Faucon,

Cité- Variétés. — VOrphelin, com. ; les Royalistes de la Vendée.

Rapport du 4 frimaire.

Toute rattention des citoyens était flxée hier sur Carrier ; chacun attendait avec patience la décision de la Convention sur cette affaire ;

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rt\ RÉACTION THERMIDORIENNE [23 novembre 1794]

les groupes^ quoique nombreux, étaient paisibles; chacun y discutait, mais avec beaucoup de tranquillilé. Au moment que Taccusation a été décidée, le public n*a pu s'empêcher de manifester sa joie par de TÎfs applaudissements, qui ont été réitérés jusqu'à trois fois.

Paris n*a pas cessé de jouir du plus grand calme dans toute la journée et pendant la nuit ; le transférement de Carrier a été fait à deux heures du matin avec la plus grande tranquillité.

Cordebar et Robin jeune, inspecteurs, rapportent qu'ils ont entendu des murmures de la part de quelques citoyens qui disaient que, non seulement les canonniers allaient quitter Paris, mais encore qu'on faisait déménager les citoyens qui habitent les anciennes barrières.

Une citoyenne, se disputant avec chaleur, et voulant soutenir que Carrier était innocent, a été conduite au bureau de police du Comité de sûreté générale de la Convention nationale.

La Commission administrative de police a fait dissiper, avec toutes les peines possibles, les différentes queues qui pouvaient se former cette nuit aux ports au charbon, et, si elle y est parvenue, c'est qu'elle a été secondée par la force armée

Le chef de l'atelier aux armes portatives, rue de l'Université, a dit que les ouvriers de Tatelier de Jemmapes et ceux du Bonnet-Rouge étaient venus engager ces ouvriers, au nombre de trois cent trente environ, à les accompagner pour une pétition qu'ils se proposaient de faire à la Convention. Ceux-ci prirent l'avis du citoyen Julien, leur chef, qui les en détourna par des motifs de sagesse et de prudence. La pétition n'a pas été faite. . . .

Le rapport général des inspecteurs est que le trouble ne cesse de régner dans les différents ports aux charbons, malgré leurs précautions et la prévoyance active de la cavalerie.

Les halles sont bien approvisionnées ; beaucoup de viande très belle, mais très chère.

Le Roux, Hornin.

(Arch. nat., F » < III, Seine, 14.)

Journaux.

Petite Feuille de Paris du 4 frimaire :

Les Jacobins du 9 thermidor s'étaient réfugiés dans le Club électoral, où ils renouvelaient leurs motions séditieuses. La section du Muséum, qui leur avait prêté jusqu'ici la salle de ses séances, vient de leur enjoindre de n'y plus remettre les pieds. On prétend qu'ils

[•23 NOVEMBRE 4794] RÉACTION THEKMIDOKIENNE 272

vont se rassembler ailleurs ; mais ce qui doit tranquilliser les bons citoyens, c'est que le peuple est bien décidément prononcé contre tous les séditieux ; il a été trop longtemps la dupe de Tambition de tous les partis : il ne veut plus reconnaître aujourd'hui d'autre point de ralliement que la Convention nationale.

Dans toutes les sections on demande Tépuration des autorités constituées et la répression des nombreux abus qui se commettent dans tous les bureaux, garnis pour la plupart de commis placés par Robespierre.

Il n'est plus douteux qu'on veut le règne des talents et des vertus. On applaudit généralement à la mise en liberté des soîxante-onzé députés détenus. On ne sait pas encore quand se fera le rapport sur la fameuse protestation qu'on leur reproche; mais le caractère d'impartialité que montre la Convention nationale depuis l'heureuse révolution du 9 thermidor ne permet pas de soupçonner qu'il puisse leur être défavorable.

Parmi les nombreux pamphlets qui inondent cette cité, on en trouve quelques-uns qui ne sont pas dans les véritables principes; mais ce qui doit consoler les bons citoyens, c'est que non seulement ils deviennent l'objet du mépris du peuple, mais encore attirent à leurs auteurs certaines petites mesures de sûreté qui ne sont pas engageantes pour ceux qui voudraient les imiter.

Spectacles du 3 frimaire.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — Les Détenus ou Cange ; V Amoureux de quinze ans* (Les Petites Affiches indiquenl : Cange ; le Franc breton ; V Enfance de J.-J. Rousseau).

Feydeau. — Le Club des Sans-Soucis ; les Visitandines.

Théâtre de la République. — Timoléon ; les Etourdis,

Théâtre de l'Égalité. — Mahomet; le Commissionnaire.

Lyrique. — Floi^a ; Cange.

Gaité. — U Ecole de Bienfaisance; Cange; le Pardon imprévu; Arlequin au tombeau.

Ambigu-Comique. — Mazet; le 42 Thermidor ; les Houlans.

Vaudeville. — Arlequin tailleur ; le Divorce; les Plaisirs de l'Hospitalité.

Cité-Variétés. — Le Cousin de tout le Monde; Ricco ; première représentation du NeZy opéra.

273 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 novembre 1794]

Journaux.

Nouvelles politiques, nationales et étrangères du 4 frimaire :

De PariSy le 4 frimaire, — Le plus grand calme continue de régner dans Paris ; s'il y existe des malveillants, ils doivent bien se tenir pour avertis qu'ils sont surveillés très exactement et par le gouvernement et par les citoyens qui se sont ralliés à la Convention nationale, c'est-à-dire par la totalité du peuple de cette commune.

L'affaire Carrier a attiré ces jours derniers une foule incroyable aux séances de la Convention, et les citoyens qui n'ont pu pénétrer dans les tribunes se sont rassemblés en groupes dans tous les environs de la salle, dont la force armée occupait les avenues. Là, on discutait avec le calme du sang-froid l'événement du jour ; là, on attendait avec patience le résultat de chaque séance. Nul esprit de parti n'aigrissait la discussion, et on paraissait seulement étonné de ce que le prévenu eût adressé une circulaire aux 48 sections pour les prier de lire son mémoire justificatif. En d'autres temps, une foule d'agitateurs aurait pu obtenir que cette lecture fût faite; aujourd'hui la prière de Carrier a été rejetée dans toutes les assemblées primaires; on y a décidé que, la Convention étant saisie de cette affaire, les sections devaient s'abstenir de s'en occuper. Une remarque impartiale à faire, c'est que le peuple, rendu aux sentiments de justice et d'humanité que la Convention a mis à l'ordre du jour, ne s'est permis une seule insulte contre le prévenu, tandis qu'il se rendait aux séances.

Spectacles du 4 frimaire.

Théâtre des Arts. — Orphée et Eui^ydice ; le ballet de Télémaque. Opbra-Gomique. — Renaud d'Ast; Stratonice; la Fêle américaine, ballet. Feyoeau. — Les Deux ermites ; Rose et Aurèle ; VAm^ur filial, ÎHéATRE DE LA RÉPUBUQUE. — Le Misant hrope ; la Perruque blonde. Th1\trk de l'Égalité. — Nanine ; le Médecin malgré lui. Lyrique. — Héléna ; Cange,

Gaité. — Cange; le Nouveau calendrier; le Palriotisme au village; le Barbier (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que la veille]. ToMx L 18

Ambigu-Comique. — La Gamelle ; le CommUsionnawe de Saint-Lazare ; le Maréchal des Logis.

Vaudeville. — Arlequin Joseph; le Sourd guéri; le Noble roturier. CiTÉ-VARiÉTés. — Le Nez, opéra ; Joconde, op. ; les MoniagnardSy pant.

Spectacles du 5 frimaire.

Théâtre des Arts. — Relftche.

OpiRA-CoMiQUE. ^ LAmourexAX de quinze ans ou le Double anniversaire; les Détenus ou Cange.

Feydbau, — Paul et Virginie ; la Famille indigente.

Théâtre de la République. — Fénelon, trag. ; les Originaux, corn.

Théâtre de l*Égalité. — Les Horaces, trâg, ; le Commissionnaire.

Lyrique. — Relâche.

Gaité. — L'Hôtellerie républicaine ; Congé ; le Pardon imprévu de la Nièce malheureuse ; le Fiû adoptif. (Au lieu de cette dernière pièce, les Petites Affiches indiquent Arlequin au tombeau).

Ambigu-Comique. — Le Sorcier ; au Retour; le Masque de fer.

Vaudeville. — La Ckigeure inutile; les Marchandes de la Halle ; Christophe Dubois.

Cité- Variétés. — - U Adoption villageoise, op. ; les Dangers des liaisons, com. ; la Caverne , pant.

Rapport du 7 friuaire.

Tous les rapports particuliers des inspecteurs annoncent que les plaintes du peuple ne font qu'augmenter sur les subsistances. On commence à éprouver quelque difficulté pour avoir du pain chez certains boulangers. Les marchands de toutes les classes ne mettent aucune borne à leur cupidité. Le peuple dit tout haut que tous ces inconvénients proviennent de l'ignorance ou la mauvaise foi des personnes chargées des approvisionnements de Paris.

On s'occupait dans quelques groupes du départ des canonniers; quelques personnes faisaient à ce sujet des conjectures inquiétantes,

275 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 novembre i794J

mais qui ont été détruites à Tinstant par la majorité des citoyens, [disant] qu'ils s'en rapportaient à la Convention, qui, toujours juste, mettrait à la place des canonniers actuels des citoyens d'un patriotisme épuré....

On dit dans le public qu'on enlève dans Paris des marchandises et des denrées de toute espèce, dans Fintention de mettre la disette, que des marchandises, reçues de Bordeaux, Strasbourg ou autres communes commerçantes, sont rachetées ici par des agioteurs pour être rapportées dans les lieux d'où elles sont tirées ; que l'on continue de faire sortir le pain par les barrières ; qu'il faut absolument mettre fin à cet abus.

On a été continuellement occupé cette nuit à renvoyer les citoyens qui venaient aux différents ports au charbon ; mais, vers les quatre heures, l'affluence du monde était si nombreuse, quMl a été impossible d'empêcher les queues; il n'est cependant pas arrivé d'accident.

Beurlter, Pastb.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 14.)

Journaux.

Gazette française du 7 frimaire :

De Paris^ le 6 frimaire. — Il n'y a rien de bien remarquable dans celte ville ; on y est parfaitement tranquille. Les amis de Carrier l'ont totalement abandonné. Il ne s'élève pas une seule réclamation en sa faveur. L'opinion publique continue à se diriger avec la plus grande force contre ceux qu'on signale commcayant suivi la même carrière.

On raconte une anecdote assez remarquable sur l'arrestation du député d'Aurillac. Quelques jours avant la discussion de son affaire, il donnait à diner chez lui à vingt-cinq de ses amis. Les quatre gendarmes préposés à sa garde, craignant qu'il ne prit envie à ces personnes de l'enlever, et ne se jugeant pas assez forts pour s'y opposer, firent donner avis au Comité de surèté générale du nombre des convives rassemblés chez Carrier, et de leurs craintes sur les intentions qu'ils pourraient avoir. Pour rassurer les quatre gendarmes, le Comité de sûreté générale renforça la garde de Carrier d'autant d'autres gendarmes qu'il y avait de convives réunis chez lui. On dit que cette mesure de précaution n'a pas égayé le diner.

Abréviateur universel du 7 frimaire :

Spectacles. — Lettre d'un franc républicain à /'abréviateur uni-

YERSEL. — Il nous plcut à verse des Canges^ mon cher concitoyen. Au théâtre de TËgalité, section de Marat, on joue le Commissionnaire ou Cange ; au théâtre de TOpéra-Comique national, rue Favart, on joue les Détenus ou Cange , le commissionnaire de Saint -Lazare; au théâtre Lyrique des Amis de la Patrie, ci-devant Louvois, on joue Cange^ fait historique; au théâtre de la Gatté, du citoyen Nicolet, on joue Cange^ etc., etc. Quand les Délassements-Comiques auront assez donné Atrée, Pierre le Cruel j VHomme au Spleen, et autres ouvrages aussi gais, ils s'empresseront de jouer Cange sérieusement.

Croyez-vous que ce soit honorer la vertu d'une manière digne d'elle et de nous, que de la jouer jusque sur les tréteaux ?

Je ne dirai point, avec un journaliste, que « ce sujet a électrisé tous les auteurs », parce que des auteurs électrisés ne font pas de meilleures pièces , parce que Corneille, Racine, Molière, Boileau, tous nos bons juges du vrai génie dramatique et littéraire, auraient souri de pitié, s*ils avaient pu être témoins d'un abus pareil à celui que nous faisons des mots éleclriser^ électrique^ électricité^ en littérature, en morale et en politique. Je me borne à quelques demandes.

Ces diverses formes données à une même action n*aUèrent-elles pas la tradition de la simple vérité, que toutes dénaturent, pour l'arranger en scènes? Tant d'empressement à offrir au peuple, à tant par tète, une action vertueuse, comme piquante, remarquable, curieuse, rare, n'aurait-il point deux effets anti-moraux, celui d'affaiblir l'impression de Texemple si multiplié, si vanté, réduit à du babil, à des fictions, et d'unir ou peut-être même de subordonner le succès de l'honnête et du bon au succès variable du talent du comédien, du chanteur ?

Pourquoi, chez une nation qu'on veut régénérer, louer ou peindre la vertu pratique par les moyens destinés jadis, à distraire de leur ennui des milliers d'oisifs blasés? Qu'ont de commun et d'analogue entre eux le véritable caractère républicain et l'Opéra -Comique, un honnête commissionnaire, le mérite de Thomme probe et bienfaisant, et l'art frivole de tourner un couplet?. ... Je relis ici la lettre de Rousseau sur les spectacles, et je ne sais plus que vous inviter à la relire : vous y trouverez tout ce qui manque à la mienne. Dans Tétat où nous sommes, Jean-Jacques nous en dit mille fois plus qu'avant sa mort. Salut et fraternité. Votre concitoyen : P. R.

Spectacles du 6 frimaire.

Théâtre des Arts. — Renaud, op.; Denis le tyran, op. Opéra-Comique. — Le Déserteur ; Stratonice.

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277 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 novembre 1794] J

Fetdeau. — Roméo et Juliette ; les Vrais Sans-Culottes, ^

Théâtre db la République. — L'Intrigue épistolaire, corn. ; la Perruque 'i

blonde, com.

THéATKB DE l'Ég.u.ité. — Relâchc.

Lyrique. — Héléna ; Cange ; la Ruse villageoise,

Gaité, — L'Ecole de la Bienfaisance ; l'Aiistocrate démasqué par la Corne de la Vérité; Contentement passe richesse ; le Prétendu (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que le 3 frimaire).

Axbigu-Gomique. — L'Etape ; le 12 ThermUlor ; la Forêt noire.

Vaudeville. — Les Chouans de Vitré; les Plaisirs de l'Hospitalité; les Vieux élégants*

Cité- Variétés. — Arlequin imprimeur; le Renouvellement du Bail; les Royalistes de la Vendée, pan t.

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