‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 71 sur 138 · Il manque le nom du troisième comité · texte numérisé non relu

Il manque le nom du troisième comité

[i6 DÉCEMBRE 1794] REACTION THERMIDORIENNE 320

secours ; plusieurs autres femmes se sont trouvées mal dans la

foule

Les Halles étaient moins approvisionnées qu'à Tordinaire ; la Halle à la viande moins fournie

Surveillance. — Bouillon et Moreau rapportent qu1l s'est commis différents vols de portefeuilles et de montres lors de Texécution de Carrier; la foule était si grande qu'il a été impossible d'en connaître

les auteurs

RoucoAS jeune, Alletz.

(Arch. nat., F* «^IIÏ, Seine, 14.)

Journaux.

Courrier républicain du 27 frimaire :

Du 26 frimaire. — Carrier est mort; sa tête est tombée en place de Grève à quatre heures dix minutes, en présence d'une foule innombrable, qui a applaudi au juste supplice de ce destructeur de l'espèce humaine. Il a montré sur la route une sorte de fermeté; il regardait fixement le peuple, qui lui prodiguait des épithètes qui ne devaient pas le consoler de sa mort ; il a présenté d'assez bonne grâce sa main à l'exécuteur et est monté sur le théâtre de la mort avec vivacité.

Deux de ses complices seulement ont partagé son sort: Pinard et Grandmaison. Le premier était mourant au pied de Téchafaud; Grandmaison pleurait, mais ne paraissait pas manquer de courage. Les autres accusés, quoique convaincus de plusieurs délits portés dans l'acte d'accusation, ont été acquittés sur la question intentionnelle, et mis en liberté.

Journal de Perlel du 28 frimaire :

C'est sur la place de Grève que Carrier, Pinard, commissaire du Comité révolutionnaire de Nantes, et Grandmaison, membre du même Comité, ont été exécutés avant-hier. Leur supplice avait attiré une foule prodigieuse, qui leur témoignait par ses cris l'horreur qu'avaient inspirée tant d'outrages faits par eux à la nature et à l'hnmanilé.

Carrier a entendu lire son arrêt, sans paraître plus abattu qu'à l'ordinaire. Il voulait adresser la parole à l'auditoire.

Le président lui a observé qu'il n'avait à parler que sur l'application de la peine. H s'est écrié, sans convaincre personne, qu'il mourait innocent. Il est monté à l'échafaud avec assez de courage.

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n\ RÉACTION THERMIDORIENNE [H décembre 1794]

SPECTACXES DU 26 FRIMAIRE.

Th/iatre des Arts. — Castor et Pollux^ opéra on cinq actes, prem. rcprés.

Opéra-Comique. — L'Intérieur d'un ménage républicain ; la Soubrette; Azémia.

Feydeau. — Relâche.

Théâtre de la République. — Charles et Caroline, coin. ; la Perruque blonde y corn.

Théâtre de l'Égalité. — L'Avare ; les Deux billets y com.

Lyrique. — Laure et Zulmé ; le Bon père.

Gaité. — Catxge ; Nostradamus ; le Cocher supposé ; V Hospitalier ou le Repas interrompu JLq9, Petites Affiches indiquent : la Caverne enchantée; V Heureuse découverte; V Enrôlement du bûcheron; V Hospitalier),

Ambigu-Comique. — Au Retour; le Menuisier de Yierzon; les Héros français; Dorothée.

Vaudeville. — Le Sourd guéri; le Mensonge généreux; Arlequin Joseph.

Cité-Variétés. — Spectacle demandé : le Petit Orphée ; le ballet des Montagnards.

Rapport du 28 frimaire.

Esprit public. Spectacles. — L'opinion publique se soutient toujours dans le sens de la Révolulion. Sapho, drame lyrique, joué au théâtre des Amis de la patrie, a du succès ; les prêtres y sont peints avec leurs vices, particulièrement fanatisant le peuple. L'indignation contre eux s'est manifestée, et les applaudissements ont accompagné leur punition. — Au théâtre de la rue Feydeau, le public voulait faire ouvrir les loges louées, sous le prétexte de l'égalité ; on est parvenu à y rétablir le calme ; mais au théâtre des Arts, qui est propriété nationale, on réclame plus fortement contre la location des loges, en disant que c'est une violation du principe de Tégalité, et qu'il n'y a pas de motifs pour autoriser cette distinction des places, ni accorder cette faveur à ceux qui veulent se les assurer d'avance en les payant plus cher.

Cafés. — Hier, vers huit heures du soir, au café des Canonnicrs, Maison-Égalité, Goullin, nantais, acquitté par le Tribunal révolutionnaire*, a été reconnu, vu de mauvais œil et misa la porte par le

l.Cf. Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire, t. VI, p. 47, 51. Tome I. 21

public, qui Ta traité d'homme de sang, etc., et en disant que, s'il avait été acquitté par le Tribunal révolutionnaire, il ne Tétait pas dans Topinion publique. Les esprits étaient fort échauffés à cette occasion, et tout le monde disait qu'il ne voulait jamais se trouver avec un pareil monstre. La surveillance est parvenue cependant à rappeler les esprits au respect dû aux jugements émanés des autorités constituées ; on a fini par crier unanimement : Vive la République! Vive la Convention nationale !

Groupes. — Ils étaient hier peu nombreux ; on s'y entretenait du décret relatif aux députés mis hors la loi, et on applaudissait aux mesures prises par la Convention nationale à cet égard ^

Commerce. — ...Les Halles, en général, ont été bien garnies, les

répartitions calmes et actives La Halle à la viande était mieux

approvisionnée, mais la viande renchérit

(Arch. nat., F » « III, Seine, 14.)

Journaux.

Guzette française du 29 frimaire :

De Paris^ le 28 frimaire, — Nous Tavions prévu, Tindignalion publique a réprouve l'inconcevable jugement qui a mis en liberté et acquitté de toute accusation des hommes convaincus d'assassinats et de tous les délits que l'humaine perversité pouvait concevoir*.

Quelques-uns de ces prétendus innocents ont osé, après avoir dîné chez, le restaurateur Méot, se présenter dans un des cafés du Palais-Ëgalité ; ils en ont été chassés par les huées et les signes d'horreur les moins équivoques.

Dans tous les lieux publics, tout le monde a attaqué ce jugement, et personne ne Ta défendu. Un juré seul a voulu se charger de cette tâche difficile et a été atterré par la force de la raison, et contraint de dire que, s'il eût siégé dans celte affaire, il eût condamné Goullin et ses pareils.

Spectacles du 27 frimaire.

TllKATHE DES ArTS. — Rclclchc.

1. Le 27 frimaire An III, la Convention refusa de rappeler dans son sein les députés qui avaient été frappés, soit par le décret de mise hors la loi du 28 juillet 1793, soit par le décret d'accusation du 3 octobre suivant, entre autres Lanjuinais, Defermon, Isnard, Louvet, Doulcet, et défendit, d'autre part, aux tribunaux de les poursuivre. Cf. Monileur, réimpression, t. XXV, p. 770.

'1. U s'agit des complices de Carrier.

323 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 dkcembre 1794]

Opéra-Comique. — Ulnténeur d'un ménage républicain; V Amant statue, coni. en un acte ; le» Détenues ou Cange, opéra-comique en un acte.

Feydeau. — La Papesse Jeanne , com. en un acte ; Elisa ou le Voyage au Mont-Bernard, op. en deux actes.

Théâtre de la République. — Timoléon, trag. ; la Jeune hôtesse, com. en trois actes.

Théâtre de l'Égalité. — Relâche.

Lyrique. — Sapho, trag. en trois actes.

Gaité. — L'Hôtellerie républicaine ou VEcole de la Bienfaisance, pièce patr. ; V Hospitalier ou le Repas interrompu; le Médecin m/ilgré lui; V Amant au tombeau (Les Petites Affiches indiquent le môme spectacle que la veille).

A»bigu-Comique. — Les Mariages assortis; Pauline et Justin; le Devin du village.

Vaudeville. — Nice; Arlequin Huila ; le Noble roturier.

Cité- Variétés. — Les Mœurs ou le Divorce, com. ; le Projet de fortune, op. ; les Royalistes de la Vendée.

Rapport du 29 frimaire.

Esprit public. Spectacles. — Il ne s'y est rien passé hier contre le bon ordre, la tranquillité ni l'opinion publique, qui est toujours bien prononcée. Quelques femmes sans cocarde ont été arrêtées et conduites chez le commissaire de police.

Groupes et Cafés. — L'allégresse s'y est manifestée avec transport en apprenant les mesures prises par la Convention relativement aux Nantais acquittés par le Tribunal révolutionnaire ^ et notamment au café des Ganonniers, Maison-Ëgalité. Le public a montré la ferme résolution de ne plus souffrir dMiommes de sang. Les anciens membres du Comité de salut public sont aussi Tobjet des conversations ; les rapports annoncent que le public ne sera satisfait que lorsque les lois se seront appesanties sur eux.

Commerce. — . . . Baron, La Motte et Berret annoncent qu'au port au charbon de la Toumelle, la tranquillité a régné toute la matinée, mais que,raprès-midi,le public a foncé avec violence, malgré la cava-

i. C'est le décret du 22 frimaire an III qui ren,voie aux Comités réunis de législation et de sûreté générale le jugement porté par le Tribunal révolutionnaire de Paris, le 26, déclarant Goullin, Chaux et autres convaincus d'actes arbitraires «

[19 DKCEMBRE 1794] RÉACTION THERMIDORIENNE 324

lerie, la réserve ne s'étant pas rendue assez tôt à son poste ; on a profité de ce moment pour occasionner du trouble toute la soirée

Boutiques et places bien garnies; les légumes et racines plus chers

que de coutume

Surveillance. — ... Gîraud rapporte que Ion se plaint de ce que Ton ne fait pas jeter des plâtras sur la glace qui couvre le pavé des ponts, quais et places.

Bocquet-Destournelles, Alletz.

(Arch. nat., F * « IIÏ. Seine, U.)

Spectacles du 28 frimaire.

Thkatre des Arts. — Castor et PoUux, op. en cinq actes.

Opkra-Comiql'e. — La Servante justifiée ; la Soubrette ou VÉtui de harpe ; yina ou la Folle par amour.

Feydeau. — Elisa ou le Voyage au Mont-Bernard.

Théâtre de la République. — Le Misanthrope; la Perruque Blonde.

Théâtre de l'Égalité. — Relûcho.

Lyrique. — Au plus Brave la plus Belle ; Michel Cervantes*

Gaité. — La Corne de la Vérité; V Hospitalier ou le Repas interrompu; Vénus pèlerine; les Deux Arlequins, pant.

Ambigu-Comique. — Les Sœurs du pot ; les Houlam; le Masque de fer.

Vaudeville. — La Bonne aubaine ; les Marchandes de la Halle ; la Fête de VEgalitp.

Cité- Variétés. — VOtT)helin, corn. ; le Petit Orphée, opéra.

Rapport du 30 frimaire.

Esprit public. Spectacles. — L'événement le plus frappant qui se soit passé hier aux spectacles est le trouble arrivé au théâtre du Vaudeville, qui, en général, est rempli d'antipatriotes et de femmes publiques, sans compter les filous qui se trouvent partout. Pendant le spectacle, plusieurs voix parties de plusieurs rangs des loges ont crié : Au feu ! Chacun à l'instant a cherché à se sauver, ce qui a occasionné des malheurs ; des femmes ont été jetées par terre, tant dans les corridors que dans les escaliers, et nombre d'elles ont été

325 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 dkcembre 1794]

volées. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine que le calme s'est rétabli en annonçant au public que le cri : Au feu! n*élait qu'une ruse de filous.

La surveillance a arrêté un des auteurs du trouble, qui a été désigné par le public ; il a été conduit chez le commissaire de police avec une femme publique, sa compagne. Plusieurs personnes ont entendu différents particuliers qui disaient en se sauvant : « Nous avons manqué notre coup. »

L'homme et la femme qui avaient été arrêtés ont été interrogés, et procès-verbal dressé ; mais, cette nuit, l'homme s'est évadé du corps de garde de la rue Nicaise, où il avait été consigné ; la femme est restée, et l'affaire se suit par le commissaire de police.

Dans les autres spectacles, le bon ordre y a régné, sauf quelques querelles particulières, que la surveillance a apaisées.

Cafés, — Hier, dans plusieurs cafés, le public, content des mesures prises par la Convention nationale, buvait à la santé de la Convention, en criant : A bas les Jacobins et tous les coquins! Vioent les honnêtes gens!

Soulès, qui avait défendu Goullin, a été chassé d'un café pour ce seul motif.

Commerce. — ... Dupuy et autres disent que le sel s'enlève de toute part en grande quantité. Ils ont vu un fiacre (n® 91, P. U.) dans lequel un particulier a mis deux sacs de sel. Une autre voiture a déchargé environ 2000 livres pesant de sel chez un potier de terre, demeurant rue Aumaire, n° 20

Beurlier, Bogquet-Dëstoijhnelles.

(Arch. nat., F * <= III, Seine, 14.)

Spectacles du 29 frimaire.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — Renaud (VAst, corn, en deux actes ; Paul et Virginie, coin, en trois actes.

Feydeau. — Concert.

Théâtre de la République. — La Coquette corrigée; la Perruque blonde.

Théâtre de l Égalité. — La Yeuve de Malabar, trag. ; le divert. des ^iègres.

Lyrique. — Relâche.

Gaité. — V Hospitalier ; le Quiproquo; VAmant amour; le Débarquement (Les Petites Affiches indiquent le môme spectacle que la veille).

Ambigu-Comique. — La Maréchal des Logis ; Pauline et Justin ; les Oies du frère Philippe.

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[20 DÉCEMBRE 1794] RÉACTION THERMmORIENNE 326

Vaudeville. — Les Plaisirs de V Hospitalité ; la Fille-soldat ; Piron avec ses amis.

Cité- Variétés. — Le Mari coupable; le Plan d'Opéra ; Midas au Par^ nasse, opéra ; le ballet des Auvergnats»

Rapport du !•' nivôse.

Esprit public. — Hier dans les groupes, les cafés et les spectacles, tout s'est passé tranquillement ; en général, on se félicite beaucoup des bons effets qu'a produits dans la Vendée le décret d'amnistie.

Commerce. — ...Bienvenu dit que, sur la berge de la Râpée, le public a fait vendre de force un bateau de bois neuf appartenant au citoyen Mousseau l'aîné ; les citoyens ont été eux-mêmes chercher les membrures. ••••

Le long de la berge des Tuileries, il y a environ vingt trains de bois qu'on craint de ne pouvoir retirer à cause des glaces

Fauconnier, Delahaye.

Spectacles du 30 frimaire.

Théâtre des Arts. — Renaud, op. en trois actes ; le ballet de Télêniaque,

Opéra-Comique. — La Soubrette; Philippe et Georgette; la Prise de Toulon.

Feydeau. — Roméo et Juliette ; la Famille indigente.

Théâtre de la République. — Le Tartuffe ; le Sourd, com.

Théâtre de l'Égalité. — Philoctète, trag. ; le Distrait, com.

Lyrique. — Zélia, op. ; Au plus Brave la plus Belle, op.

Gaité. — L'Hôtellerie républicaine; les Amours de Nicodème, avec ballet; V Hospitalier ; V Amant au tombeau. (Les Petites Affiches indiquent: V Enrôlement; Nostradamus, panl.)

Ambigu-Comique. — Pauline et Justin ; les Pnsonniers patriotes; Amour et Valeur ou la Gamelle.

Vaudeville. — Les Vieux élégants; Christophe Dubois ; Colombine mannequin, spectacle demandé.

Cité- Variétés. — Guerre ouverte, com. ; les Royalistes de la Vendée, pantomime.

327 RÉACTION THERMIDORIENNE (21 décembre 1794]

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