‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 73 sur 138 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

Rapport du 6 nivôse.

Esprit public, ^ Le peuple témoigne de plus en plus son mécontentement et ses craintes sur Taugmentation progressive du prix des denrées et combustibles de première nécessité. Les riches se consolent aisément de la cherté, en espérant qu'à, quelque prix que ce soit, ils se procureront les choses nécessaires ; mais ceux dont la fortune ne peut atteindre à la cherté excessive murmurent et taxent le commerce d*avidité.

Tout au surplus a été tranquille. Rien de nouveau dans les spectacles.

Commerce. — Loctave et autres se sont rendus à six heures trois quarts au raccueillage ; la plupart des citoyens étaient sans numéros, ce qui a occasionné une petite pumeur ; mais, à Taide de la force armée, les inspecteurs sont parvenus à rétablir le calme.

Les citoyens se sont portés en foule vers trois bateaux de bois neuf qui sont près le pont National; les inspecteurs se sont opposés à ce que Ton sortit le bois des bateaux en Tabsence du propriétaire; alors les citoyens ont député quatre d'entre eux vers TAgence des subsistances, qui sur le champ a donné un ordre pour que le marchand fasse débarder son bois, et le vendre au public. Malgré cet ordre, le commis du marchand n'a pas voulu vendre ni écouter les représentations des inspecteurs. Ces derniers ont requis le commissaire de police de la section des Tuileries, qui a dressé procès-verbal du refus de vendre.

Bergeret et autres annoncent qu'il n*y a point de charbon au port de la Tournelle et bientôt plus & la vieille place aux Veaux, qu'il n'y a presque plus de bois dans les chantiers ni sur les berges, et point d'espérance d'arrivages, attendu que la rivière n'est plus commerçante. Suivant les mêmes inspecteurs; à la vieille place aux Veaux on se porte à des excès violents. Le prix du bois se fait en cachette ; il en résulte que l'indigent ne peut en approcher. Les tètes sont très échauffées ; le public crie contre l'Agence des subsistances et demande du bois et du charbon.

Suivant Duroux, inspecteur, les citoyens sont très mécontents des marchands de bois, et se plaignent que le gouvernement n'ait pas

RÉACTION THERMroORIENXE [25 décembre IIU]

m sur ces marchands, qu'ils accusent d'être cause de oas éprouvons.

3 s'est transporté sur le port Bernard, où le citoyen â8 et 30 livres la voie de bois flotté retirée de la glace dans la membrure, où il y avait autant de glace que

res ont surveillé la berge de la Râpée, où un seul mardu bois neuT. D'après le rapport de ces inspecteurs, metteut toujours les citoyens à contribution ; un char* lit à un citoyen 20 livres pour conduire une voie de intier,- ce citoyen cherchait à se procurer une i^oiture ché, mais le même charretier a empêché ses camaler h moins de 18 livres. Les inspecteurs ont traduit ce aat le commissaire de police, qui a dressé procèsconduite qui avait excité l'indignation du public, remet annoncent qu'au port au blé le bois se vend e,et les charretiers ne veulent pas marchera moins de ie.

Barbakin, L.-J. Babille.

F ' • III, Seine, 15.)

Spectacles du 3 mvosE.

,RT3. — Relâche.

E. — Philippe el Georges, corn.; les Détenue ou Camje,

le Toulon.

'Usa ou Voyage au Monl-Bernard.

. RÉFLBLiguE. — Ciiic'tnnatus, trag., première représenlalion ;

Égalité. — BnUus, trag.; les Épreuves, com. '.

apho, trag.

Fil» adoplif; l'Heureuse découverte; Cange; l'Amant au

IB. — Même spectacle que la veille.

- Les Plaisirs de l'kospUalUé ; la Fille-Soldat; les Maritale,

. — Les Dragons et les Bénédictines ; les Dragons en canifœurs ou le Divorce,

ernièrc représentation que donna le théâtre de l'Ëgalitë, exon. Cette annonce ne s'accorde pai avec l'assertion de MM. Po- Odion, hUloire adminiitraltve, etc. t, I, p. 3*7), qui disent que la itation eut lieu le 33 décembre 179t. Les comËdiens du théâtre gagèrent au tbéâtre de la rue Feydeau. Le thé&tre de l'ÉgaliiË ne spectacle et ne rouvrit qu'en 1797, sous le nom d'Od^on,

[26 DÉCEMBRE 1794] RÉACTIO>i THERMIDORIENNE 340

Rapport du 7 nivôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les subsistances sont toujours l'objet des conversations. Certaines personnes annoncent qu*on va cesser la distribution de pain et de viande suivant l'ordre établi dans les sections, ce qui cause de l'inquiétude sur ces deux objets de première et indispensable nécessité.

Papiers, — Il doit paraître incessamment un pamphlet ayant pour titre : Nous mourons de faim^ nous mourons de froid, et un appel contre les marchands. La Commission a avisé aux moyens d'arrêter ce pamphlet, avant qu'il paraisse, et elle en rendra compte.

Maisons de jeu, ^ Les officiers de paix rapportent que, pendant quatre jours de suite, on a joué le trente-un, maison de Londres, rue de la Loi, et que ce jeu est suspendu d'hier; ils assurent qu'on joue ailleurs, et que l'impunité des joueurs et des gens qui suivent ces sociétés dangereuses et immorales ferait croire qu'ils trouvent un appui et des ressources qui leur font braver toute surveillance. La Commission a donné les ordres nécessaires pour découvrir ces nou- Teaux repaires de brigandage.

Spectacles. — Le commerce des billets s^est fait hier avec beaucoup d'activité à la porte du théâtre des Arts ; on a arrêté sept de ces marchands, qui ont été conduits au Comité de police. L'administration du théâtre a montré du zèle et de la bonne volonté dans cette circonstance. Tout au surplus s'est passé tranquillement.

Commerce. — Yontschritz et autres annoncent qu'il y a eu une grande affluence au port au charbon de la vieille place aux Veaux, qu'un reste de bateau a été distribué au milieu du trouble, et qu'il n'y a plus de charbon à ce port.

Launay et autres se louent de la tranquillité qui a régné à l'Ile Louviers; il s'est vendu, moyenliant soixante livres la voie, du superbe bois de frêne, sous le nom de bois de travail

Le bois de travail que l'on met de côté est enlevé nuitamment pour la consommation des citoyens qui veulent bien satisfaire la cupidité des marchands; il résulte de cet abus que les ouvriers qui ont besoin de ce bois pour leur état ne peuvent en obtenir

341 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 décembre 4794]

Le public donne dix livres à un débardeur pour tirer de Teau une voie de bois; comme les charretiers, ils font la loi aux citoyens.

Murât a vu sur le quai de la Grève les citoyens rassemblés auprès du bois qui venait d'être débardé et qui était destiné aux administrations ; le public a député vers FAgence des subsistances pour ob- " ^ tenir d'elle la délivrance de ce bois ; l'Agence y a consenti ; les citoyens ont formé des listes, et le bon ordre n'a pas été troublé.

Il est arrivé, le 6 et le 7, pour les approvisionnements des Halles

232 voitures de différentes denrées. . . Le même jour il est arivé sur le '-^^

carreau de la Halle 2^300 livres de beurre, 20,500 œufs, 50 douzaines i

de fromages. 1

La Halle aux légumes était peu approvisionnée; celle à la viande : ;

Tétait assez bien. Le bœuf se vend 34 sols, et le mouton 26 sols la { .7,

livre; les œufs, 108 sols le quarteron ; le beurre 3 livres 8 sols la livre* '■']

Surveillance. — Il a été trouvé aujourd'hui 7, à la porte du citoyen j

Beuvard, marchand de vin au coin du quai Pelletier, par un com- 'i

missaire du Comité révolutionnaire, séant section des Arcies, un pla- . ^

card conçu en ces termes : « Peuple, tes fers sont rivés ; si tu n'y fais ''i

pas attention, tu tombes dans l'abîme ; les ennemis de l'intérieur f

traitent avec ceux de l'extérieur; tes bijoux les plus précieux sont ^

emballés pour aller chez ton ennemi ; méfîe-toi : il est temps. » i

Procès-verbal a été dressé à cet égard, et des ordres ont été -:

donnés. ";

Les officiers de paix et inspecteurs de police rapportent qu'en face

du Jardin des plantes le public traverse la rivière, prise dans cet en- J"

droit; ils ont voulu s'y opposer de crainte d'accident; mais ils n'ont 'j pu y contenir la multitude. La Commission a écrit au commandant

temporaire de la force armée et au commissaire de police de la sec- ^

tion des Sans-Culottes, et les ordres sont donnés pour empêcher :

les glissades dans les places, sur les bords de la rivière et sur les {

fossés

Diancourt rapporte que le public voit d'un œil inquiet les Marseillais arriver journellement à Paris. î

Barbarin, Toerouenne. j

(Arch. liai., F * < lïl, Seine, 15.) l

Spectacles du 6 nivose. ]

Théâtre des Arts. — Castor et Pollux, op. en cinq actes. )

OpéRA-CoMiQUE. — Les Dettes, com. ; Guillaume Tell, drame lyrique. . j

Fkydeau. — La Famille indigente; les Visitandines. %

Kf

Théâtre de la République. — L'École des frères; la Perruque blonde. Lyrique. — Loiserolles ou VHéroisme paternel ; les Petits cammission' naires ; Au plus Brave la plus Belle.

Gaitk. — Le Consentement forcé; les Fausses infidélités; le Commis^ sionnaire de Saint-Lazare ; le Serpent magicien. (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que la veille.)

Ambigu-Comique. — Les Mariages assortis; le Malentendu; V Héroïne américaine, (Les Petites Affiches indiquent le môme spectacle que Tavantveille.) Vaudeville. — Le Nègre aubergiste ; le Faucon ; Arlequin Joseph, Cité-Variétés. — Guerre ouverte, corn.; les Royalistes de la Vendée,

Rapport du 8 nivôse.

Esprit public. Convention, — Hier, à la Convenlion, les tribunes et les couloirs étaient remplis de monde qui attendait le rapport sur les députés S qui étaient satisfaits que Ton donne aux prévenus tous les moyens de défense. L'on espère qu'après la discussion de cette affaire, la Convention s'occupera sans relâche du bien public.

Groupes et Cafés. — Dans la Maison-Égalité et dans le Jardin national, Ton s^entretenait paisiblement du rapport du Comité de salut public contre Barère, Collot d'Herbois, Billaud-Yarenne et Yadier *. Le public assimile ces quatre représentants à Robespierre et à Carrier. Cependant Ton désire qu'ils puissent se justifier des inculpations qui leur sont faites.

Dans un groupe, près la Convention, quelques individus paraissaient regretter la suppression du régime tyrannique de Robespierre, et donnaient pour prétexte de leurs propos les abus que produit l'insatiabilité des marchands et des accapareurs ; mais l'improbation du public contre ces terroristes les a fait disparaître.

1. Dans cette séaDce du 7 nivôse an III, la Convention ordonna la nomination d'une commission de 21 membres pour faire un rapport sur les faits imputés aux représentants du peuple Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Barère et Vadler, et autorisa ces représentants à faire imprimer leurs mémoires aux frais de la République. Sur les débats auxquels donna lieu ce décret, voir le Moniteur^ réimpression, t. XXllI, p. 11.

2. Il s*agit du rapport de Merlin (de Douai), qui amena le vote du décret dont il vient d'être question, et qu'on trouvera au môme endroit du Moniteur.

--rr^.

343 RÉACTION THERMIDORIENNE [27 décembre 1794]

Le mécontentement sur le prix excessif de toutes les denrées et de toutes les choses nécessaires à la vie est à son comble; la classe indigente donne de Tinquiétude aux citoyens paisibles sur les suites de cette cherté excessive.

Les discussions qui s'élèvent à la Convention nationale donnent de Tinquiétude aux honnêtes gens, qui craignent qu'elles ne deviennent funestes à la chose publique.

Au café de Chartres on a remarqué avec regret que ceux qui applaudissaient le plus à la dénonciation des cinq députés * avaient été par état ou par vengeance les ennemis de la liberté.

Spectacles. — Rien n'a présenté dans cette partie de surveillance aucun objet qui dût être rapporté ; le calme et la tranquillité y ont régné.

Note tirée du Courrier républicain dudit jour 8 nivôse :

« L'incendie de la riche bibliothèque de Saint-Germain n'a pas rendu notre administration plus sage pour la conservation des monuments précieux de cette nature.

« On sait, ou on ne sait pas, qu'on a établi, pour le service de Fadminislration des finances, une très grande quantité de bureaux dans la maison de la Bourse, ci-devant compagnie des Indes ; ces bureaux sont garnis de poêles tellement échauffés que le mur qui sépare cette maison de la Bibliothèque nationale est toujours brûlant.

« On dit même, mais nous [ne] pouvons certifier ce fait, que les tuyaux de ces poêles communiquent d'un établissement à l'autre. On espère que le Comité de salut public, qui a la grande main sur tout ce qui peut intéresser la France, et qui n'est plus un Comité d'abrutissement, ordonnera que les commis que Cambon a placés dans le voisinage de la Bibliothèque iront se chauffer ailleurs. »

Commerce. — Losset et autres se sont rendus à six heures du matin au port vis-à-vis l'Arsenal ; à l'aide de la gendarmerie à cheval, ils ont maintenu l'ordre, jusqu'à deux heures de l'après-midi, à la distribution d'une petite barquette contenant environ cinq cents voies de charbon. Les mêmes se sont [rendus] au chantier du port de la Râpée ; le citoj'^en Chevalier y vendait son bois 70 livres la voie, et n'en avait pas qui voulait. Les inspecteurs annoncent qu'ils ne peuvent rien dire, vu que les ouvriers du port les menacent de tomber sur eux, s'ils veulent raisonner. Les ordres sont donnés pour suivre ceux qui se comporteraient mal

Suivant Semé et autres, le monopole des débardeurs du Gros-

i. C'est-à-dire à la dénonciation contre les anciens membres des Comités.

Caillou et de la Grenouillère est porté à son comble; ils reçoivent de toute main des billets de 5 et 10 livres, en promettant plus de bois qu'il n'y en a à délivrer. Le même abus a lieu de la part des garçons de chantiers, et les marchands se prêtent à ces vols manifestes

Chevalier et autres disent qu*ii s'est délivré beaucoup de bois au bas du pont des Tuileries, que la journée a été très orageuse, et qu'ils étaient plusieurs obligés d'avoir recours à la force armée.

.... En général, ajoutent les mêmes inspecteurs, le peuple est très mécontent; il crie beaucoup contre nous et contre les autorités constituées.

Les halles et marchés ont été assez bien fournis ; les ventes ont été calmes, mais à des prix exorbitants. La halle à la viande était fournie [comme] à l'ordinaire ; la viande se vend 34 et 38 sols la livre ; le porc frais, de 40 à 45 sols ; le beurre, 3 livres iO sols à 3 livres 15 sols ; les œufs, 5 livres 10 sols le quarteron ; les pommes de terre, de 50 sols à 3 livres iO sols : il en arrive très peu.

Bienvenu et Delahaye annoncent que la disette du bois a occasionné beaucoup de tumulte à la Râpée. Le public se plaint que toutes les administrations n'en manquent pas ; on dit qu'il faut faire une visite chez elles ; on accuse aussi l'Agence des subsistances de donner des réquisitions à des amis tandis que le peuple manque.

Surveillance. — Dagomer a observé qu'il existe à Paris beaucoup de jeunes gens sous plusieurs uniformes qui courent les cafés, les bals et les spectacles.

GOSSET^ BoCOUET-DfiSTOURNELLËS.

Journaux.

Abréviateur universel du 8 nivôse :

Concerts publics. — Lettre à VAbrévialeur universel. — A mon tour aussi j^abrégerai, cher concitoyen ; c'est aujourd'hui Tunique moyen de traiter assez de tout. Polyscope vient d'écrire une lettre sur un fameux concert, avec cette épigraphe chagrine : Cavea stult-torum tnundus *• Voici la substance de ce qu'y dit Polyscope.

Il en revient, il étouffe ; on croit qu'il va parler de musique : c'est de mœurs. Mille voitures interrompent les idées que lui suggèrent les doux noms de probité^ à' humanité^ de vertu. Elles le conduisent aux

1. Nous ne connaissons pas cet opuscule. Il n'en existe pas à la Bibliothèque nationale avec ce nom d'auteur et sur cet objet.

RÉACTIOxN THERMIDORIENNE [27 décembre 1794]

portes d*un théâtre où un bataillon de jeunes gens attend des billets à la queue. Des agioteurs de billets facilitent son entrée. Ses yeux et ses oreilles sont frappés de minauderies et de propos de muscadins et de muscadines, La volonté suprême du peuple galant du parterre signiGe aux hommes de céder les places du devant aux femmes couvertes de luxe, de rubans, de diamants, déclare que la galanterie française est à V ordre du jour; et Ton applaudit aux perruques à serpenteauxy aux larges chapeaux ; aux pierreries, etc.

Polyscope est flatté que plusieurs citoyennes ont suivi le conseil qu'il leur avait donné de s'habiller à la grecque ; mais il préfère les chaînes d'pr aux diamants. Une femme lui dit qu'elle a payé cent francs à sa modiste pour un chapeau, à condition que sa modiste n'en délivrât à personne un pareil avant Fheure du concert; et le mari de cette étrange républicaine apprend en confidence â Polyscope que la belle se ruine pour s'enlaidir, qu'on va à la queue à la porte de la modiste^ comme à la porte des épiciers, et qu'en bénévole époux il a diné avec un plat de lentilles, leur servante y ayant perdu la matinée pour avoir le bonnet ou chapeau que devait porter sa maîtresse.

De plats calembourgs, de fades quolibets, des dentelles, des équipages dorés, des cochers chamarrés d'or, des poupées en habits d'hommes, des voitures arrêtées dès le matin, à quatre livres par heure, pour arriver le soir au concert, une ariette payée â un prix qui sufflrait à la subsistance annuelle de toute une famille, le chanteur Garât objet de plus d'admiration et d'engouement qu'on n'en aurait pour un héros, le font s'écrier — « Et nous sommes républicains! » — Sa réponse un peu crue est : — « Oui, mais comme les Romains sous Auguste. » Son recours est dans les hommes de lettres, qu'il invite à livrer ces abus au fouet du ridicule. Pénétré de la même indignation, le Républicain français^ n® 756, se rappelle « les fortunes qui se sont élevées sous les Comités révolutionnaires » et craint de faire une satire. Salut et fraternité. Votre concitoyen, L. N. *.

1. Il faut aussi rapporter à cette journée du 7 nivôse an III un arrôté des Comités de saiut public et de sûreté générale sur la distribution du bois à brûler dans Paris [Journal de Perlet du 15 nivôse, p. 279). Les citoyens devaient se présenter au Comité civil de leur section, qui les inscrivait dans la proportion d'une voie de bois pour deux mois, par chaque ménage composé de quatre individus. — Le même journal, p. 280, rapporte un arrêté sans date du Comité de sûreté générale, portant « que les administrations de district, les agents nationaux près desdites administrations, et le Comité révolutionnaire sont tenus, sous leur responsabilité, de s'opposer à tout rassemblement fanatique ou royaliste, de faire arrêter tous orateurs et acteurs principaux de ces rassemblements, comme aussi d'en donner connaissance à llnstant au Comité de sûreté générale. »

Spectacles du 7 nivôse.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comioue. — Azémia, coin, en trois actes; la Dot, com. en trois actes.

Feydeau. — Même spectacle que la veille.

Théâtre de la République. — Timoléon ; les Étourdis.

Lyrique. — Sapho.

Gaité. — Le Consentement forcé; V Hospitalier; la Caverne enchantée ; Contentement passe richesse.

Ambigu-Comique. — Les DébiUs ; la Gamelle ; le Devin du village.

Vaudeville. — Arlequin Pygmalion; la Lettre, première représentation ; V Auberge isolée.

Cité-Variétés. — Le Danger des liaisons, com. ; le Ban ermite, opéra ; la Caverne, pantomime.

8 NIVOSE AN m (28 DÉCEMBRE 1794).

Rapport du 9 nivose.

Esprit public. Groupes et Cafés. — Dans le Jardin national, après la levée de la séance de la Convention, les citoyens qui en sortaient étaient très satisfaits de la dénonciation faite d'un libelle contre-révolutionnaire dont le style royaliste ne tendait qu'à nous remettre dans l'esclavage, et de la juste sévérité de la Convention en livrant Fauteur à la justice nationale '.

Dans les cafés de la Maison-Égalité et [dans] celui de Chartres, l'on parlait très ironiquement du triomphe que cela procurait aux dénonciateurs ; Ton blâmait les mesures prises à Tégard de Tauteur, en ajoutant qu'on ne pouvait faire un crime à un homme d'émettre son opinion, ni au libraire de l'imprimer.

Au café de la République, dans une conversation relative au gouvernement, un citoyen faisait l'éloge de celui actuel et regrettait qu'on se fût privé, par une rigueur qu'il traitait de barbarie, d'une quantité de citoyens qui, par leurs lumières, auraient pu être utiles à la

4. En effet, dans la séance du 8 nivôse an III, la Convention ordonna des poursuites contre Jacques- Vincent Delacroix, auteur du Spectateur français pendant le (jouvemement révolutionnaire {Bibl. nat., La 32/100^). Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, Delacroix fut acquitté (Wallon, Uist, du Trib. rév.y t. VI, p. 65 à 67).

347 RÉACTION THERMIDORIENNE [28 décembre 1794]

patrie ; plusieurs y applaudirent, mais d'autres repartirent que les hommes étaient toujours hommes, et tout aussi malhonnêtes gens dans un temps que dans un autre, que tous les gouvernements éprouvèrent les mêmes secousses, que chacun d*eux avait sa puissance, sa splendeur et son déclin, et que la France était dans une position dont elle ne se relèverait pas facilement.

Dans un groupe. Ton s'entretenait de Fégoïsme des marchands qui, par leur rapacité, ne cherchent qu*à discréditer les assignats et exposent les indigents à manquer de tout.

Spectacles. — Tout s'est passé dans cette partie de notre surveillance dans la plus grande tranquillité.

Commerce. — D'après le rapport de Baron et autres, il n'y a plus de bois dans les chantiers, et, dans deux ou trois joiirs, il n'y en aura plus sur les berges. Cette disette fait des mécontents ; le public en accuse l'Agence des subsistances ; on a entendu dire qu'on saurait faire voir la ^souveraineté du peuple, quand il en sera temps, et se venger de ceux qui sont chargés de pourvoir à ses besoins. Des ordres sont donnés pour surveiller ceux qui veulent se faire euxmêmes une prétendue justice.

Yassor et autres annoncent qu'au raccueillage, cinq membrures ont été employés toute la journée ; la vente a été considérable ; il y a eu beaucoup de bruit entre des citoyens porteurs de bons des Comités civils pour une demi-voie de bois, et les citoyens qui avaient retenu des numéros ; ces derniers se .sont opposés à ce que les premiers fussent servis.

Le garçon chargé de Tapprovisionnemenl du théâtre du Vaudeville a occasionné une émeute dans tout le port en voulant se faire corder sans numéro ; les inspecteurs n'ont pu le faire arrêter.

Suivant Semé et Genêt, il n'y aura plus de bois au port de la Grenouillère, du Gros-Caillou et des Théatins. Le monopole et l'escroquerie s'exercent sur le peu de bois restant Le public est très

inquiet de cette disette ; il se tient des propos contre les administrations.

Il est arrivé, le 8 et le 9 nivôse, pour l'approvisionnement des halles et marchés, 285 voitures de différentes denrées et 13 de marées. La halle aux légumes était moins approvisionnée que de coutume ; celle v à la viande était bien fournie. Le beurre se vend 3 livres 5 sols.

Surveillance. — Dorival dénonce deux gendarmes qui, hier, au spectacle de Nicolet, ont méconnu les pouvoirs des autorités constituées et ont môme tenu des propos ironiques sur le ruban tricolore. Le commissaire de police instruit cette affaire.

Les rapports des inspecteurs concernant la surveillance de sûreté sont assez satisfaisants ; on a toujours beaucoup de peine à empêcher les citoyens de se promener sur la glace. • .

Enclos du Temple, n^ 75, une femme a été trouvée étendue dans sa chambre, raide de froid ; Ton a employé tous les soins possibles pour

la ramener à la vie

Therouenne, Champenois.

(Arch. nat., F ««III, Seine, 15.)

Spectacles du 8 nivose.

Théâtre des Arts. — La Réunion du 40 août ou V Inauguration de la République française.

Opéra-Comique. — La Bonne mère; le Déserteur.

Feydeau. — Les Pommiers et le Moulin, op. en un acte, première représentation ; les Deux ermites; le Club des Sans-Soucis.

Théâtre de la République. — V École des frères; la Jeune hôtesse.

Lyrique. — Loiserolles; les Petits commissionnaires ; le Bon père.

Gaité. — Spectacle au profit des femmes, mères et enfants de nos braves citoyens qui sont aux frontières : Vénus pèlerine ; le Cocher supposé; Il était temps; le Nécromancien», (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que la veille.)

Ambigu-Comique. — Le Maire de village; le iÈ Thermidor; la Manie des perruques; les Oies de Philippe»

Vaudeville. — Colombine mannequin: Christophe Dubois; Piron avec ses amis.

Cité-Variétés. -^ La Mère rivale, com. ; le Divorce ou le Juge de paix, com. ; le Petit Orphée, opéra.

Rapport du iO nivose.

Esprit public. — La tranquillité publique n'a pas été troublée, mais cependant le mécontentement s'accroît tous les jours par la disette du bois, du charbon et le prix incalculable des charretiers, qui prennent jusqu'à 20 et 26 livres pour conduire une voie. Ce mécontentement fait que les agents de la police sont insultés, et quelquefois maltraités, quand ils veulent établir Tordre.

L'on faisait circuler que, pour mettre un frein à la cupidité des charretiers, la Commission des charrois allait mettre sur chaque

.Trk-3»-yrw"

349 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 décembre 1794]

port deux cents voitures pour mener le bois à un prix médiocre.

£q exigeant jusqu'à 20 sols pour une voie d*eau, les porteurs d'eau i augmentent le mécontentement.

Les ouvriers et citoyens qui ont des places modiques ne peuvent plus atteindre aux besoins de la vie ; il en est de même pour ceux qui, ne pouvant plus travailler, vivent d'un revenu borné, sur lequel on leur retient un cinquième.

Le discrédit des assignats s'accroit au point que, quand on se plaint de la cherté excessive des marchandises, les marchands offrent de les vendre à un cinquième moins cher, si on veut les payer en argent.

A la sortie delà séance de la Convention, le public s'entretenait de |

la levée du séquestre des biens des étrangers, à Fexception de la y.

banque de Saint-Charles *. Il pense que cette mesure est peut-être pré- • |

maturée en ce que l'étranger profitera de cette liberté de commerce avec nous, pour emporter ce qui peut rester encore d'or et d'argent et dont il n'avait pu disposer.

Spectacles. — Les rapports sur cette surveillance ne présentent J

rien de particulier, tout ayant été assez tranquille, hors l'agiotage des billets à des prix exorbitants au concert de la rue Feydeau, et une rixe survenue au théâtre du Vaudeville entre le caissier et un citoyen. Cette rixe n'a point eu de suite. Ce spectacle est toujours J

garni de filles publiques et de militaires. j

Commerce. — Massard, officier de paix, a parcouru hier matin les barrières de Versailles et du faubourg Germain ; les habitants des campagnes qui apportent à Paris des denrées veulent, en retour, emporter du pain ; mais la force armée observe la consigne; le pain qui passe est jeté par*dessus les murs du côté de l'eau ; il y a même des

pécheurs qui passent du pain pour les habitants des campagnes,

mais les glaces en ce moment empêchent cette manœuvre.

Vontschritz et autres disent qu'à la Râpée et tout le long de l'eau il n'y a pas beaucoup de bois ; les charretiers prennent pour en conduire une voie 16 et 18 livres. Le public murmure de cette cherté et '\ de cette disette. ^

Suivant Bosquin, à l'Ile Louviers, les charretiers se mettent en ^\

queue; le premier de cette file exige vingt-cinq livres et ne permet pas qu'un autre marche avant lui. Au port au Plâtre, plusieurs coupons de trains sont au bord de la berge ; l'inspecteur en a demandé les motifs à plusieurs débardeurs, qui ont répondu que les

!. Sur cette qaestionf voir le Moniteur, réimpression, t. XXIII, p. 87 à 90.

r29 DKCEMBRE 1794] RÉACTION THERMIDORIENNE 350

marchands aimaient mieux abandonner leur bois que de payer les frais de débardage.

Hier, veille de décade, les balles ont été assez bien fournies, les répartitions se sont faites avec calme, mais à très haut prix. La halle était fournie en gros bestiaux et en cochons, le tout vendu à des prix exorbitants*

Barbarin, Hornin.

[Arch. nat., F > « III, Seine, 15.)

Journaux.

Vedette ou Gazette du jour du 10 nivôse :

Depuis quelque temps, il se donne sur le théâtre de la rue Feydeau des concerts auxquels tous les virtuoses dans tous les genres de musique, se réunissent. Garât surtout, TOrphée de nos jours, y brille d'une manière supérieure. L*affluence y est extrême ; tout ce qu'on appelle muscadins et muscadines, autrefois les élégants et les élégantes, s'y montre. Gambon voit cela de mauvais œil ; il les a dénoncés indirectement à la Convention, «c C'est là, dit-il, que se rendent les aristocrates gangrenés, qui, pour discréditer nos assignats, donnent 600 livres à un fiacre pour une course ; c'est là que se montre cette femme qu^on peut appeler la nouvelle Antoinette. >» — « C'est la Cabarrus, s'est-on écrié. Espagnole de naissance et de sentiments sans doute. » — « C'est là, dit-il, qu'on poignarde les républicains par l'opinion publique préparée dans les boudoirs < . » Cette dénonciation n'a pas eu plus de suite, et hier on n'en a pas moins donné un concert charmant.

Journal de Perlet du 12 nivôse :

La belle tragédie de VirginiCy du citoyen La Harpe, a enfin été donnée nonidi sur le théâtre de la République. Elle avait attiré une afQuence prodigieuse, et a eu le plus brillant succès. Il n'est pas d'ouvrage plus propre à alimenter l'horreur contre toute espèce de tyrannie.

Spectacles du 9 nivose.

Théâtre des Arts. — Relâche.

Opéra-Comique. — Le Convalescent de qualité, com. en deux actes ; Zémire et Azor, comédie- ballet.

1. Voir le discours de Cambon du 8 nivôse an III, dans le Moniteur, réimpreasion, t. XXllI, p. 81, 82.

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351 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 décembre 1794] ^

ji Feydeau. — Concert. ;>

Théâtre de la République. — Virginie^ trag. ; le Rendez-Vous^ com. i?

Lyrique. — Sapho, ^ j

Gaité. — L'Hôtellerie républicaine; le Triomphe de l'amour conjugal; Crispin médecin; le Pari imprudent. (Les Petites Affiches indiquent le même spectacle que le 7 nivôse.) 4j

Ambigu-Comique. — Même spectacle que la veille.

Vaudeville. — Arlequin Huila; la Lettre; le Poste évacué.

Cité- Variétés. — Relâche.

10 NIVOSE AN III (30 DÉCEMBRE i794j.

Rapport du 11 nivôse.

Esprit public. — La cherlé des marchandises et denrées excite -j

toujours les murmures du peuple ; il se plaint de ce que les marchandises discréditent les assignats en vendant leurs marchandises en numéraire beaucoup au-dessous de ce qu'ils les font payer en j

assignats*

Les malveillants augmentent encore ce discrédit en faisant circuler 'j.

des bruits de paix, dont les conditions principales seraient une amnistie générale, la permission aux émigrés de rentrer en France, la restitution de leurs biens, la révision des procès de Tancien Tribunal révolutionnaire, la restitution des confiscations. Tous ces bruits répandus avec astuce jettent dans les esprits une inquiétude continuelle sur le sort des assignats, et engagent les capitalistes à réaliser leurs fonds en marchandises à quelque prix que ce soit.

Un officier de paix a entendu dire ce matin, au café de la Régence, par une blanchisseuse demeurant à Auteuil, que sept personnes, traversant hier les glaced de la Seine près Longchamps, ont été englouties avec le pain qu^elles apportaient à leurs familles, que dans ces cantons des malheureux passent quelquefois des jours sans pain. Cette dernière circonstance doit d'autant plus fixer l'attention du gouvernement que cette disette, si elle existe, pourrait servir de prétexte aux rassemblements qui se sont déjà formés à quelques barrières et occasionner des commotions que les malveillants préparent sans doute dans ce moment.

Le théâtre de la rue Feydeau est celui où la location des loges et l'agiotage des billets causent le plus de trouble ; la Commission pro-

posera incessamment les moyens qu'elle croit propre à faire cesser ces inconvénients.

Commerce. — - Kerchoves et Berger se sont transportés hier au chantier du citoyen Fernet, rue Contrescarpe ; la distribution du bois pour les boulangers s'y est faite avec tranquillité. Les inspecteurs se sont aperçus que plusieurs boulangers revendent leurs bois à des fruitières et à des traiteurs. Il ne reste dans ce chantier que trente voies de bois de chêne. Yassor et autres annoncent qu'il ne reste au port de raccueillage que trente à quarante voies de bois. L'ordre y a été troublé plusieurs fois.

D'après le rapport de Losset et autres, les citoyens sont mis à contribution d'une manière révoltante par les débardeurs et les charretiers du port de la Grenouillère. On oblige un citoyen de payer quatre livres pour faire enlever son bois de la membrure et le porter sur le bord du pavé. Les inspecteurs ont beau observer à ces hommes cupides qu'il est de toute impossibilité que l'indigent puisse y suffire: ils n'ont aucun égard à leurs observations.

Kerchoves et Berger se sont transportés ce matin aux chantiers de la porte Antoine. Ils ont vu dans celui du citoyen Musseau, Au Cheval BlanCj environ cinquante voies de bois propre à la cuisson du pain. Plusieurs charretiers ont dit à ces inspecteurs qu'hier décadi toute la journée, il avait été vendu de ce bois à des citoyens qui ne sont pas boulangers.

Le 10 et le il courant, il est arrivé, pour l'approvisionnement des halles et marchés, trois cent soixante-huit voitures de différentes denrées, et quinze de marée

Le beurre se vend 3 livres 10 sols la livre; les œufs, 20 livres le ! cent; les fromages de Brie, depuis 9 livres jusqu'à 11 ; la viande, 35 à 36 sols. Le 10, il est arrivé peu de légumes. La halle à la viande était fournie comme à l'ordinaire.

POTRELLE, ROUGUAS.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 15.)

Journaux.

Journal des hommes libres de tous les pays du 1 1 nivôse :

Paris. — Dans le numéro d'hier, on a vu que l'auteur anti-républicain du Spectateur français ^ ne rougit pas de provoquer hautement le rétablissement de la royauté, et de calomnier le peuple en

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