Voir plus haut, p
2. Le décret du 13 nivôse an III, article 6, permettait « aux citoyens qui ont du numéraire de l'exporter, à la charge d*en faire rentrer la contre-valeur en objets de première nécessité ».
Gruet dit qu'au café de la Convention la conversation roulait sur le petit Capet; Topimon était pour la déportation. Hier, au même café, les esprits étaient fort agités à l'occasion de la rentrée des émigrés ; on était très mécontent des membres de la Convention qui ont agité cette question ; on disait qu*il n*en fallait pas davantage pour discréditer les assignats
Commerce. — Losset et autres annoncent que , depuis que la viande est plus chère à la Halle, Taffluence est plus considérable à la porte des bouchers; on y murmure contre ces derniers, qui cachent pour leurs amis les plus beaux morceaux de viande, tandis que le malheureux a beaucoup de réjouissance, et contre les commissaires civils, qui ferment les yeux sur cet abus. Les citoyens des sections des Gravilliers, de la Réunion et autres n ont obtenu qu*une demi-livre de chandelle pour quarante jours; ceux qui ne peuvent
payer 3 livres une livre d'huile, et 5 ou 6 livres une livre de chandelle ne peuvent gagner leur vie dans ce moment où les jours sont courts. Le public demande à chaque instant les visites domiciliaires pour le bois, et dit que celui qu'on délivre dans les sections est distribué en majeure partie aux riches qui n'en ont pas besoin, tandis que la Convention Tavait destiné pour ceux qui n'ont pas le moyen de payer une voie de bois 80 livres.
Les 20 et 21, il est arrivé, pour Tapprovisionnement des Halles, 287 voitures de différentes denrées, et 22 de marée.
Surveillance. — Vannier a, dans la section des Amis-dela -Patrie, entendu lecture des crimes de son ancien Comité révolutionnaire, cette lecture a donné lieu à des troubles de peu de durée.
Le Comité civil de la section des Amis-de-la-Patrie a fait passer à la Commission un rapport du commandant du poste de la barrière Franciade sur un rassemblement de 40 à 50 hommes armés de bâtons, et deux armés de fusils à deux coups, allant à la Convention pour demander du pain, et disant qu'ils en passeraient d'autorité, s'ils n'avaient pas une réponse satisfaisante.
La Commission a fait part de ce fait au Comité de sûreté générale, au Comité militaire, au Département et au commandant de la force armée, et, depuis, a fait passer à ces autorités copie du rapport rassurant qui lui a été fait par Caillouet, inspecteur.
Souvis a rendu compte qu'au café Lavira, 27, rue des Célestins, un citoyen a chanté des chansons contre les autorités constituées ; il disait qu'à Paris le pain vaut trois livres la livre, et en province une livre, que nous étions f ; il a tenu plusieurs propos con-
377 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 janvier 1795]
traires à Tordre social, et a été conduit chez le commissaire de la section de TArsenal.
Suivant Labaubé, les assemblées des sections de Monlreuil et des Quinze-Vingts ont été paisibles. Dans celle des Quinze-Vingts, une pétition à la Convention nationale a été arrêtée : on doit demander la mise en jugement ou en liberté de Fex-général Rossignol ; la pétition sera portée par une députation, et non en masse.
A la section des Amis-de-la-Patrie, dit Tremet, la séance a été orageuse; le citoyen Lavigne a été dénoncé comme ayant dit que tout ce que la Convention nationale a fait depuis le 9 thermidor ne vaut rien, et que Carrier a été une victime; la Commission a dénoncé le citoyen Lavigne au Comité révolutionnaire de l'arrondissement, et Ta invité à faire ce qu'il conviendra, après les informations d'usage.
Plusieurs membres de Tex-Comité révolutionnaire ont aussi été dénoncés, entre autres les citoyens Siméon et Grandjean, qui ont été mis hors de rassemblée, qui a déclaré qu'ils avaient perdu sa confiance, qu'ils ne posséderaient aucune place, et qu*il en serait fait part aux Comités de gouvernement et aux dix-sept autres sections.
Noël Larcher, officier de paix, et Forest, inspecteur, ont remarqué hier 20, dans les tribunes de la Convention, deux partis bien pro* nonces : l'un, pour ce qu'on appelle la Montagne, l'autre pour ce qui n'est pas de la Montagne. En conséquence chacun applaudissait à Topinion qui caressait la sienne. Un citoyen ayant eu l'imprudence de crier : Vive la Montagne/ un autre a crié : Vive la Convention! observant que c'était le seul cri qui dût se faire entendre.
Suivant le rapport de Forest, dans le courant de cette décade le faubourg Antoine doit descendre à la Convention pour lui demander la diminution des denrées.
Le Roux, Alletz.
(Arch. nat., F*» III, Seine, 15.)
Journaux.
Courrier républicain du 22 nivôse : « Du 21 nivôse, ... Quinze personnes, dit-on, ont voulu assassiner Courtois jusqu'aux j)ortes du Comité de sûreté générale même * ; mais, comme ce député est aussi vigoureux de sa personne, qu'il s'est montré énergique dans son rapport, il a fait tête à ces lâches, qui ne savent que siffler et empoisonner. Cet attentat, qu'on devait supposer appuyé par quelque force cachée et prête à agir au premier coup de poignard, a nécessité un ordre des Comités de gouvernement, portant que les réserves
1. Cet incident eut lieu le 20 nivôse. Cf. la Gazette française du 21, la Vedette^ le Messager et le Journal de Perlet du 23 nivôse.
de la force armée seraient augmentées de cinquante hommes par chaque section, et qui feraient môme pendant le jour de nombreuses patrouilles d'observation. Hier, dans plusieurs sections, on s'est occupé d*un objet de la plus haute importance : il s'agit de présenter à la Convention nationale une pétition, pour lui demander de renouveler les commandants et officiers dô la force armée de celte grande ville, dont un très grand nombre encore ne doivent leur grade qu'à la présentation des Jacobins ou Cordcliers, à l'épuration de la Commune ou des Comités révolutionnaires. On sait que, si c'est à la direction sage, mais active, de la force publique que la liberté doit son existence et sa conservation, c'est par Taudace ou l'immobilité combinées des chefs de cette même force que les grands complots s'exécutent, que la terreur et la tyrannie se rétablissent, que les trônes se relèvent et se consolident. Sans doute que la Convention, lorsque les citoyens de Paris lui présenteront leur pétition, réfléchira sur ces vérités qu'il est difficile de détruire ; elle sentira aussi que la perpétuité du pouvoir, môme le plus légal, dans les mômes mains, imprime naturellement l'ambition et l'orgueil de ceux qui ont l'habitude d'en jouir, que Torgueil et l'ambition sont les auteurs immédiats du despotisme et de la tyrannie ; elle sentira avec tous les amis de la liberté que ces maximes-là ne sont pas plus républicaines que les lettres que Charles Duval fait faire pour remplir son Journal des hommes libres (des esclaves) et que les motions furibondes de Duhem à la Convention nationale. — Les Comités viennent d'arrêter et de prévenir les sections qu'il ne sera plus délivré qu'une demi-voie de bois pour chaque famille qui se fera inscrire ; mais au lieu de quinze personnes seulement qui pouvaient être ser\'ies par jour, il y en aura trente-deux. Par ce moyen, on pourvoit aux besoins d'une plus grande quantité de personnes, en attendant que la rivière soit navigable. » — Nouvelles politiques du 27 : Les sections arrêtent de présenter une pétition à la Convention pour épurer les administrations où dominent les agents do Robespierre.
21 NIVOSE AN m (10 JANVIER 1795).
Rapport du 22 nivôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — L'opinion publique est toujours à peu près la môme. Le peuple se plaint amèrement de la cherté excessive des denrées, dont la progression, à diverses reprises, chaque jour prive un grand nombre de ses besoins les plus urgents. Les rapports de la disette des départements font craindre les plus grands troubles ; on présume qu'elle ne provient que de la malveillance, ou d'une mauvaise administration.
Au café qui fait l'encoignure de la rue du Mail, un citoyen tâchait de répandre la consolation et exhortait ses concitoyens à la patience,
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379 RÉACTION THERMIDORIENNE [10 janvier 1795]
leur annonçant que leurs maux étaient sur le point de finir, qu'ils ne pouvaient durer plus de deux mois, et que, le froid venant à cesser, ils en ressentiraient les heureux effets, les denrées et tous les objets nécessaires à la vie arrivant plus facilement; que les pouvoirs constitués étaient bien composés, et que la machine marcherait
Commerce. — . . .Le Hodey et Chevalier ont surveillé la sortie du pain à la barrière de Fontarabie, faubourg Antoine ; ils ont remarqué plusieurs femmes ayant leurs jupons très gros ; ils en ont prévenu Tofficier du poste, qui leur a dit que la surveillance était exacte, que cependant il ne pouvait se permettre de fouiller sous les jupons ; ce citoyen leur a dit aussi que la garde était très exposée, que des femmes avaient menacé de leurs maris, si on les empêchait de sortir du pain, que les citoyens de garde étaient traités de coquins, et quUl y a quelques jours un coup de fusil avait été tiré sur la sentinelle.
Loctave a entendu dire près de la Convention nationale qu'à la barrière de Chaillot on avait passé beaucoup de pain, que les porteurs de ces pains avaient dit qu'ils avaient faim, et que, si on ne voulait pas les laisser passer, demain ils reviendraient en plus grand nombre chercher leur subsistance.
La Motte et autres disent qu'à la Gare le bois se vend 30 livres la voie; les voitures coûtent depuis 20 jusqu'à 30 livres ; les garçons de chantier et les charretiers font la loi aux citoyens et les font contribuer à leur gré. Ils ont vu, près du marché Jean, un voiturier offrant son bois à vendre à plusieurs citoyens : il Fa cédé au plus offrant. Cet agiotage, qui est commun aux distributions de bois, augmente encore la difficulté que le public a de s'en procurer.
Auprès de la Convention, les esprits étaient agités. Les ouvriers qui travaillent aux armes appréhendent la suppression de la section d'armes, vu que l'ouvrage manquera bientôt, et qu'ils ne sauront que
devenir On cite un cordonnier» demeurant rue de Lille, qui fait
des souliers pour six livres en argent et trente livres en assignats. . •
Dans les marchés, dit Losset, drfférents ouvriers parlaient d'une insurrection et se disaient l'un à l'autre que, si elle arrivait, on tomberait sur les auteurs du renchérissement des marchandises en respectant leurs propriétés. Le public est très inquiet de la non valeur des assignats. Le bruit court que plusieurs épiciers vendent du sucre à trois quarts de moins, quand on leur offre de payer en argent.
La Halle à la viande était très bien fournie ; elle se vend 35 à 38 sols ; il y avait beaucoup de porc frais, au prix de 45 à 50 sols la livre. La Halle aux légumes était peu approvisionnée ; il y est arrivé beaucoup de marée.
Surveillance. — Gruet rend compte que beaucoup de citoyens sont mécontents du décret concernant les ouvriers émigrés. Le bruit court qu*il y a trois envoyés de Hollande pour demander une suspension d'armes pendant six mois
Il résulte des différents rapports que les citoyens des environs menacent les postes des barrières de Paris de venir en force pour se procurer du pain. Le commissaire de police de la section du Faubourg-du-Nord a su du commandant du poste que des hommes, la plupart demeurant à huit lieues de Paris, ont dit qu'ils viendraient en nombre suffisant, qu'ils emporteraient du pain, et que le poste aura chaud.
Boyer est entré dans un café sur le port au blé,n® 20; il a demandé une bouteille de cidre; le maître du café a répondu qu'il n*en vendait pas, quMl n'avait que du vin, de la bière, qu'il suivait l'ancien régime, et qu'il se foutait de Marat ; par suite de conversation, il a ajouté que la monnaie était rare^ mais que l'argent qui sortait de la Monnaie sur les trois à quatre heures du matin n'était pas rare pour tout le monde, que Ton faisait accroire qu'on envoyait cet argent en Suisse pour avoir des bœufs, mais oui bah, que nous serions toujours trompés, et que nous n'en verrions rien. Une femme qui entra dans le café dit : « Nous ne serons jamais bien jusqu'à ce que l'on ait été à la Convention leur mettre le pistolet sur la gorge et les renvoyer. » Le maître de ce café est mandé pour demain; on saura le nom de la citoyenne qui a aussi tenu des propos, et alors on la fera venir.
Bocquet-Dëstournelles, Duchauffour.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 15.)
22 NIVOSE AN III (li JANVIER 1795).
Rapport ou 23 nivôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Après la séance de la Convention, l'entretien dans les différents groupes roulait sur l'apostrophe d'un membre de la Convention aux tribunes * ; plusieurs en murmuraient.
1. Voir, dans le Moniteur, réimpression, t. XXIII, p. 191, le compte rendu de la séance de la Convention du 2â nivôse an III, et l'apostrophe d'André Dumont aux tribunes.
RÉACTION THERMIDORIENNE [11 janvier 1795]
La disette fait un des principaux sujets des conversations. Les inquiétudes sur les suites de l'égoïsme de tous les marchands, qui ne mettent plus de bornes à leur cupidité, et qui ne laissent point entrevoir quel en sera Je terme, causent les plus vives alarmes.
Pour augmenter les craintes, des malveillants font circuler aux portes des charcutiers et bouchers que bientôt les cartes ne serviront plus, que Ton sera obligé de payer la viande et les denrées qui se distribuent d'après les cartes suivant le caprice et la volonté des marchands, qui ne seront plus assujettis à aucunes lois.
Bans les faubourgs, Tesprit public est bon ; il souffre, mais avec patience, et espère tout de la vigilance de la Convention nationale. . .
Bergeret, La Motte et autres se sont transportés à la Convention ; il y avait, dans les groupes, deux partis : Tun pour, Tautre contre le décret concernant la rentrée en France des ouvriers et cultivateurs émigrés. Les esprits étaient fort échauffés. Dans la rue Denis, près de la Halle, il s'est formé plusieurs attroupements, où on disait que, si nous étions dans la misère, c'était la faute de nos représentants, qui préféraient leurs intérêts personnels à celui du peuple.
Commerce. — ... Didier annonce qu'à la Gare le bois se vend 36 livres 10 sols la voie; encore y a-t-il un quart de perte à cause de la glace qui couvre les bûches. Les voitures coûtent 30 livres par voie.
Duroux a vu, au même endroit, beaucoup de monde ; la disette excitait des mécontements; dans un attroupement, on disait qu*il fallait absolument que la police fit faire des visites domiciliaires, qu'on trouverait du bois et du charbon en quantité. Les fruitières vendent le charbon trois livres le boisseau
Losset rend compte que, dans la rue Jacques, trois boulangers n'avaient plus de pain à onze heures. Murmures dans le voisinage ; on recherche les causes de ce manque de pain
La Halle aux racines et légumes a été mieux fournie que ces jours derniers. Celle à la viande était bien approvisionnée ; il y avait environ 70 cochons.
Surveillance, — Renaud, Henoc et autres annoncent que douze citoyens de la première réquisition, dénoncés par la police militaire, ont été conduits à cette police.
Monteils rapporte que neuf citoyens de la première réquisition ont été arrêtés et conduits à la police militaire ; ils ont reçu ordre de se rendre au poste à eux indiqué.
RoucHAS jeune, Alletz.
(Arch. nat., F » « III, Seine, 15.)
Journaux.
Courrier républicain du 23 nivôse : « Du 22 nivôse. Il vient de paraître un nouveau mémoire apologétique de l'ancien Comité de salut public, sous la dénomination de Réponse de J,'N,BiHaud, représentant du peuple, à Laurent Jji Cointre, représentant du peuple, à Paris, chez Vatar, rue de VUniversitcK » — Suit une réfutation sommaire de ce mémoire. Voir aussi le même journal, numéro du 24 nivôse an III.
Rapport du 24 nivôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Les motions les plus chaudes ont eu lieu dans les groupes ; la cherté des marchandises, portée à Texcès, aigrit dans ce moment tous les esprits; ce ne sont plus des marchands, ce sont, dit-on, des brigands qui sont coalisés contre nous ; mais ce brigandage doit avoir un terme, puisqu*il plonge dans Fablme ceux qui ne peuvent se procurer leurs besoins.
Marceau, Saint-Remy, Fargues et autres rapportent que le décret rendu hier, concernant l'augmentation du traitement des députés *, échauffe toutes les têtes et excite les plus grands murmures ; Ton ne peut concevoir que les intérêts du peuple soient subordonnés à ceux particulières de nos représentants, et que, dans Tinstant où la classe des citoyens dont Tâge ou FinOlrmité ne leur permettent pas d'accroître leurs moyens d'existence supportent {sic) une retenue du cinquième sur de modiques revenus et sont victimes des vexations des marchands et ouvriers pour tout ce qui est nécessaire à la vie, les représentants du peuple, loin d'adoucir leurs maux en s'occupant du bien public, cherchent à les augmenter par un décret dont les suites semblent être la protection accordée aux vexations des marchands de tous genres, et qui ne tend qu'à propager le discrédit des assignats, en reconnaissant publiquement qu'ils ne peuvent plus faire la balance monétaire.
Commerce. — Suivant Losset, dans le faubourg Marcel, les queues