‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 82 sur 138 · Bibl. nat., Lb 41/1444, In · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Lb 41/1444, In

2. C'est le décret du 23 nivôse an III, qui portait à 36 livres par jour Tindemnité des représentants du peuple.

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étaient fort longues à la porte des bouchers ; la plupart des citoyennes n'ont point eu de viande ; les charcutiers ont vendu le porc salé 4 livres; le peuple murmure beaucoup dans ce quartier

Desbourdelles et Moyron disent qu'à la Gare le bois s^est vendu 35 à 40 livres la voie, sans y comprendre les frais de berge ; les charretiers exigent 45 et 50 livres pour le transport d'une voie de bois.

On craint que les campagnes, qui manquent de pain, ne fassent une descente à Paris

Les Halles étaient très bien approvisionnées ; il y est arrivé huit voitures de marée et beaucoup de fromage. La Halle à la viande était

bien fournie En général les Halles se désorganisent tous les

jours. La viande se vend 36 à 40 sols, le porc 45 à 48 sols en gros, et en détail 52 sols, la livre

Surveillance. — La Motte, Pipelard, Bergeret, Baron et autres se sont transportés à la Convention ; le public était très mécontent du décret relatif à l'augmentation du traitement des députés ; on dit qu'il est abominable, qu'ils cherchent leurs intérêts personnels de préférence à l'intérêt général; qu'ils ne sont bons que pour aller dîner avec deux ou trois femmes rue des Bons-Enfants, dépenser trois et quatre cents livres ; on dit aussi que la plupart des députés sont mariés avec des femmes d'émigrés, et que leurs bourses sont toujours remplies d'or et d'argent. En général le peuple murmure beaucoup ; il y a toujours deux partis ; on dit enfin que l'aristocratie domina beaucoup plus que jamais sur les patriotes

Il résulte du rapport de Pilfer que les inquiétudes sur les subsistances se répandent avec affectation dans les faubourg ; on dit qu'à la fin des cartes on ne délivrera plus aux citoyens qu'une demi-livre de pain. On va tâcher de découvrir les auteurs de ces bruits.

Les rapports de plusieurs inspecteurs et officiers de paix annoncent des murmures sur le décret relatif à l'augmentation du traitement des députés ; d'autres annoncent qu'il y a à cet égard diversité d'opinions : les uns regardent le décret comme impolitique et disent qu'il est injuste de commencer par doubler les plus forts traitements ; d'autres, que la nation, qui a accordé 215,000,000 au tyran, peut traiter convenablement ses représentants, et que 36 livres aujourd'hui ne valent pas 12 livres d'autrefois.

Un citoyen qui, dans les groupes, blâmait avec force le décret a été arrêté et conduit au Comité de sûreté générale.

Dans son rapport sur les sections du Panthéon et de la cité, Langlade annonce beaucoup d^inquiétude sur la déportation de la famille Capet et sur l'exportation des métaux d'or et d'argent.

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Les mêmes inquiétudes, suivant Angoille, se propagent dans les sections de la Halle*au-Blé et de la Cité.

RoucnAS jeune, Ducdauffour.

(Arch. nat., F » « IIÏ, Seine, 15.)

Journaux.

Vedette du 24 nivôse : « Les communes des environs de Paris paraissent supporter avec beaucoup d'impatience que la capitale se trouve approvisionnée de pain et d'en manquer absolument. On avait toléré, pendant quelque temps, de leur en laisser emporter, mais on vient de renouveler les défenses d'en laisser sortir, en sorte qu'on fouille en sortant les hommes et les femmes, et si on leur trouve sur eux plus d'une livre de pain, on le leur enlève. Les patrouilles sont très fortes aux barrières pour empocher d'entrer ou de sortir en masse. — La fétc de l'anniversaire du supplice de Capet va se faire très solennellement. La circonstance de la présence des députés de la Hollande, qu'on tâchera de retenir jusqu'à ce moment, leur donnera sans doute la certitude de l'assentiment général sur cet événement, et l'opinion qu'ils en emporteront peut influer beaucoup sur la suite des événements. » — Le Messager du soir du 25 nivôse se plaint de l'audace des Jacobins : on a osé crier : Vive la Montagne! au sein de la représentation nationale. •— Le Rf'*puhlicain français du 24 se plaint que, dans les tribunes de la Convention, cinquante femmes jacobines troublent les délibérations, menacent avec impunité. — Le Journal de Perlet du 22 nivôse avait publié à ce sujet un arrêté du Comité de sûreté générale du 10 nivôse « pour faire surveiller les malveillants qui se glissent dans les tribunes de la Convention, faire arrêter tous ceux qui tiendraient des propos tendant au rétablissement de la royauté et du terrorisme ». Voir aussi, sur ce sujet, le même journal, n® du 26 nivôse.

Rapport du 25 nivôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Le décret qui porte à 36 livres par jour le traitement des représentants du peuple occasionne toujours la plus grande fermentation. Les murmures à cet égard sont à leur comble, et on accuse hautement les membres de la Convention de ne penser qu'à leurs intérêts particuliers, et du tout à ceux du peuple, qui souflFre depuis si longtemps, et surtout dans les départements, où la livre de pain se paie plus de 10 sols.

La fermentation n'est pas moins forte contre le reste des Jacobins;

38o REACTION THERMIDORIENNE [13 janvier 1794]

il n'est pas moins question que de les exterminer, ainsi que le porte Tinvitation aux jeunes gens, insérée dans le n» 59 de VOrateur du peuple.

Il était impossible hier d'arrêter le cours de la fermentation qui a éclaté au Jardin-Ëgalité. On y a brûlé le journal de Châles. On y a prêché l'insurrection et formé le projet de se rendre aujourd'hui à la Convention, d'y fouetter les femmes des tribunes. Ce sont les habitués au café des Canonniers, ci-devant Chartres, érigé maintenant en club, qui se sont conduits ainsi. On en a suivi quelques-uns, mais la foule était si grande qu'on les a perdus de vue.

La surveillance a été très active partout, et le résultat est que les esprits sont dans la plus grande agitation. A cela s'est joint la crainte de manquer de pain, répandue avec soin par les malveillants. L'afQuence des gens de la campagne qui manquent de pain augmente tous les jours; ils forcent les boulangers de Paris à leur délivrer du pain ; un de ces derniers a reçu un coup de bâton de la part d'un homme de la campagne à qui il avait refusé du pain

Le citoyen Didier rapporte que le décret qui accorde une indemnité de 36 livres par jour à chaque député a occasionné une très grande agitation à la Convention nationale, et a excité un mécontentement qui s'est manifesté dans les groupes qui se sont formés après la séance. Il ajoute que le refus d'entendre un député disposé à parler contre ce décret a fort indisposé ceux qui en ont été témoins.

Le citoyen Gruet dit qu'aux tribunes de la Convention, le décret a fait beaucoup de mécontents ; il ajoute qu'il y a entendu dire : « Qu'ils nous fassent de bonnes lois plutôt que de s'occuper d'eux-mêmes, et nous ferons un rempart de notre corps pour les défendre. »

Commerce. — .. .Gruet rapporte que, dans diflférents marchés, il a entendu plusieurs citoyens manifester leurs inquiétudes sur la disette des denrées de première nécessité et sur leur prix exorbitant.

Les mêmes rapportent qu'un boulanger, rue des Deux-Portes- Sauveur, s'est refusé de donner du pain au public, en disant que le bois est trop cher, qu'il n'en avait pas pour cuire. Chez un autre boulanger, le public était en foule dans sa boutique; chacun emportait deux pains à la fois; les femmes de campagne en passent

beaucoup dans leurs jupons et leurs voitures

Suivant Losset, depuis la ci-devant paroisse jusqu'au champ des Capucins, les boulangers n'avaient plus de pain à onze heures du matin.

Dans différents groupes au Jardin national, on murmurait contre la cherté des denrées, vu que plusieurs ouvriers sont sans ouvrage ;

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