‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 83 sur 138 · HM · texte numérisé non relu

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d'autres ont perdu leur état par les circonstances, et ne peuvent vivre en ce moment. Plusieurs femmes étaient à la tête de ces groupes, où elles se répandaient en menaces

Surveillance, — Les cinq inspecteurs, OUivier, Pipelard, Baron, La Motte et Bergeret, qui hier matin ont fait un rapport sur des propos tenus contre des représentants du peuple, ont été demandés ce matin à la Commission ; ils ont été réprimandés de s'être bornés à un récit de ces propos et de n'avoir pas arrêté ces particuliers, qu'on a mis sur le champ à la surveillance.

Caillouet et Boucher annoncent qu'au café Richard, rue Honoré^ il y avait très peu de monde; un particulier, qui y est habitué, y est venu sur les sept heures du soir et a parlé de la Maison-Ëgalité. Il a dît que cet endroit était le lieu où la contre-Révolution était en per« manence ; que, si on détruisait les Sociétés populaires, autant valaitil brûler la Déclaration des droits de l'homme, qui en est la garantie ; que les petites filles du Jardin-Égalité, a-t-il ajouté, ne se trouveraient pas mal de Taugmentation accordée aux députés. Cet homme est mis à la plus grande surveillance.

Moura rend compte que des particuliers, formant rassemblement à la Maison-Ëgalité, ont dit qu'ils iraient aujourd'hui à la Convention pour chasser des tribunes les femmes qui approuvent et improuvent. La surveillance a été dirigée de manière à prévenir ces excès de violence.

Giraud rapporte qu'on disait aujourd'hui au Jardin-Ëgalité et à la Convention nationale qu'on allait taxer les habitants de Paris à une livre de pain par jour

HoRNiN, Alletz.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 15.)

Journaux.

Gazelle française du 26 nivôse : « Paris^ 25 nivôse. On a fait hier, au Palais-Égalité, un petit autodafé du journal du saint abbé Châles; quelques personnes voulaient qu'on ne fît pas tant d'honneur aux productions de cet athée, ci-devant saint, mais qu'il fut réservé pour... les latrines. On a joint à rimprimé de Tabbc Châles, le titre de Fécrit royaliste du professeur Delacroix (le Spectateur français), parce qu'on n'a pu se procurer l'ouvrage, qui a été saisi partout. »

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387 RÉACTION THERMIDORIENNE [14 janvier 4795]

Rapport du 26 nivôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Gendet rapporte que dans les groupes, au Jardin national, on parlait de boulangers. On (disait-on} Toulait les laisser faire ; le public serait bientôt obligé d'attendre à leurs portes. Camus annonce qu'il y a eu ce matin des rassemblements à la porte des boulangers tant du faubourg Germain que d'autres quartiers, et que ces boulangers, interrogés par les citoyens pourquoi ils ne cuisaient pas autant que de coutume^ répondaient qu'ils ne le pouvaient pas, parce qu'il ne leur était pas fourni du bois vert.

Suivant Naudet, il se répand un bruit qu'il doit arriver un coup terrible le jour que nos représentants ont consacré à la mémoire de la punition des Rois S que la cause du mal lui parait provenir de l'excès du prix des denrées, et qu'il est à craindre que les citoyens, livrés au désespoir, ne deviennent l'instrument aveugle de la fureur des méchants. Toute la machine parait ébranlée; il faut opposer une forte digue au torrent qui est sur le point de l'entraîner.

Au Jardin-Égalité les rassemblements ont été nombreux ; ils paraissent dirigés contre les terroristes; mais, à la faveur de cette opinion, il est à craindre que les malveillants ne profitent des événements pour se livrer à la fureur et agiter le peuple en tous sens.

Saint-Huruge, armé d'un gros bâton, se promenait hier dans les couloirs de la Convention ; il se vantait d'avoir fait la motion de fouetter les femmes.

On assure qu'il y a projet de demander ce soir aux spectacles la chute des bustes de Marat et de Le Peletier. La Commission a invité les commissaires de police à la surveillance de leurs arrondissements et a pris les mesures nécessaires. Pareil avis a été donné à la division de la surveillance, qui les a fait passer au Comité de sûreté générale, et au commandant temporaire. Un rapport, fait à l'instant par Rastel, annonce qu'aujourd'hui, dans les différents quartiers qu'il a parcourus, il a trouvé de grands rassemblements aux portes des

1. Ceat-à-dire le 21 janvier 1795, jour anniversaire de l'exécution de Louis XVI.

bouchers et des boulangers; que les citoyens ainsi rassemblés disaient : « Voilà donc encore une fois la queue de Robespierre et d'Hanriot qui recommence; » mais que, dans un cabaret, près le Plessis, il avait trouvé une trentaine d'ouvriers dans les meilleurs principes et ne reconnaissant que la Convention, qu'ils firent lecture d'un écrit non signé, portant en principe : « Soyez sages, justice nous sera rendue, la Convention est juste. »

Commerce, — Entre onze heures et midi, le pain a manqué chez plusieurs boulangers de la section de la Cité.

Les boutiques des boulangers, dit Treuel, sont remplies de monde attendant que le pain soit cuit; rue Denis, on a formé des queues. Le bruit court que le pain va manquer et qu'on sera réduit à une livre de pain par jour. On a pris des mesures pour calmer les inquiétudes et réprimer les malveillants

Suivant Moyron et Desbourdelles, au Port à l'Anglais le prix du bois et des voitures augmentent tous les jours. Dans plusieurs rues et groupes on murmurait de n'avoir pas trouvé de pain chez les boulangers; on craint du bruit pour demain, si les boulangers n*en fournissent pas aux citoyens

Semé rapporte que le public est très mécontent de voir le pain manquer chez quelques boulangers, et qu'il attribue cette disette aux corps constitués; les traiteurs sont prêts à fermer leurs boutiques, faute de bois et charbon.

La viande augmente tous les jours, et les bouchers disent que, BOUS peu de jours, on la paiera trois livres.

D'après le rapport de Fabre et Baron, aux environs des Halles et rue du Four-Germain, il y avait des rassemblements aux portes des boulangers, mais la force armée les a dissipés

Les Halles étaient passablement fournies en racines et légumes; il est arrivé dix voitures de marée et de beurre.

Surveillance. — Gruet dit que douze particuliers sont entrés au café de la Convention et ont insulté quatre citoyens qui étaient paisibles, en leur disant qu'ils étaient Jacobins et les menaçant de les assommer à coups de bâtons ; ils ont ajouté qu'ils avaient été incarcérés par cette Société, mais que son règne était passé. Les tribunes de la Convention ont été paisibles; mais, dans les groupes, les rassemblements aux portes des boulangers excitaient la fermentation. On accusait les autorités.

D'après les rapports des officiers de paix et inspecteurs, des attroupements se forment au Palais-Égalité; de là ils se répandent dans différents quartiers. Ils crient bien : Vive la Convention/ A bas

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les Jacobins ! Mais ils menacent ces derniers, qui, comme tous les citoyens, sont sous la protection de la loi, qui seule doit les faire arrêter et punir, s'il importe qu'ils le soient. En conséquence et pour faire cesser des attroupements dont la malveillance peut s'emparer, il a été écrit au Comité militaire et au Comité de sûreté générale. Hosteaux indique un autre projet de rassemblement au café de Chartres pour aujourd'hui 26; cet avis a été transmis au Comité révolutionnaire du I" arrondissement.

Il résulte du rapport de Descoîngs, officier de paix, qu'au café de Foy un orateur, qui fut fort applaudi, [a dit] qu'il ne fallait plus souffrir ces dénominations qui, comme Montagne, Marais et autres semblables, sont des talismans à l'aide desquels les factions trouvent le moyen de nous charmer.

Leclerc fait part des réflexions du peuple sur les danses projetées en réjouissance de la mort du tyran; ces danses ne sont blâmées qu'en raison des circonstances fâcheuses dans lesquelles on se trouve. Le même a entendu dans un cabaret tenir contre la Convention des propos, pour raison desquels il n'a pu rien faire, étant seul contre \

beaucoup de monde; il ajoute qu'il a été reconnu pour inspecteur et menacé.

Barbarin, Tqerouenne.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 15.)

Journaux.

Vedette du 27 nivôse : « Paris, du 26. Hier sur les six heures du soir, une grande fermentation régnait dans tous les cafés du Palais-Égalité. La séance de la Convention, la dénonciation de Benlabole contre un complot d'assassinat tramé envers les représentants les plus fidèles, étaient les causes de cette agitation. Enfin on sortit dans le jardin. Un jeune citoyen s'écria : « Mes amis, que ceux qui ont fait le dO août, qui ont brûlé les feuilles de VAmi du roi, se réunissent pour soutenir le 9 thermidor et la Convention et pour brûler les journaux infâmes des Châles, Audouin et Charles Duval. » Les applaudissements réitérés accueillent cette motion. On achète plusieurs exemplaires des feuilles de VAmi du peuple, du Journal Universel et du Journal des hommes libres et on les livre aux flammes aux cris de Vive la Conven-- <ion/ Plus de mille deux cents citoyens forment des rondes autour, et dansent la Carmagnole. Un des assistants s'écrie : « Prouvons aux terroristes que nous ne voulons pas plus de royauté que de jacobinisme! » Soudain il jette dans les flammes le Spectateur français de Delacroix. Cette scène tumultueuse attire la garde ; l'officier dit qu'il vient dissiper ce rassemblement ; on lui demande où est le décret qui défend de danser et de crier Vive la Convention ! « Si tu étais un bon patriote, lui dit un jeune homme, au lieu de troubler notre opération, tu danserais avec nous.» Aussitôt tous les citojens de la patrouille po-

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sent les armes et se mêlent dans les rondes. L'offîcicr se retira seul. Les danses et Tincendie terminées, on se sépara en criant : Vive la République ! Vive la Convention ! » — Courrier universel du 26 nivôse : n Du 23 nivôse. Nous avons été, ces jours-ci, à portée de faire quelques rapprochements qui peuvent être utiles au public. Dans le même temps, absolument le même tcmps^ des hommes parcouraient les cafés et des maisons particulières de quelques sections et pressaient les citoyens de signer deux pétitions, pour obtenir, Tune la liberté de l'ex-général Rossignol, et Tautre celle du nommé Chrétien, Tun des jurés assassins du tribunal de Robespierre. La première de ces pétitions a été effeclivcment revêtue de quelques signatures, et présentée à la Convention nationale, qui en a fait justice ; les porteurs de Tautrc ont été chassés à coups de pied dans le derrière, presque partout où ils se sont présentés. Pendant ces petites courses jacobites, une centaine de scélérats, gorgés de carnage, ivres du sang dont ils se sont abreuvés sous le règne de Robespierre, insultaient par des cris affreux k la Convention nationale et à certains signaux donnés par quelques-uns de ses membres. . . » — Voir aussi le Journal de Perlet du 27 nivôse.

Rapport du 27 mvose.

Esprit public. Tribunes de la Convention. — Ghaiou rapporte que les tribunes de la Convention étaient remplies, aux parties faisant amphithéâtre, d'ouvriers maçons et de femmes qui étaient habituellement aux Jacobins, qu'ils se désignaient [la] Montagne et indiquaient nominativement les députés qui les. . J, qu'il parait certain qu^une majorité de ces citoyens sont payés pour approuver ou improuver les travaux des représentants.

Le récit des «victoires a été applaudi par la majorité, ainsi que la réponse de Legendre à une proposition d'amnistie contre les membres inculpés par Le Gointre.

Cafés. — Au café de Ghartres un individu, inconnu aux habitués de ce café, a élevé la voix pour parler en faveur de Gollot d'IIerbois, Barère et autres; il fut désapprouvé de tout le monde ; on se mit à crier : t A bas le rejeton de Robespierre ! » et il fut obligé de se retirer, Ge particulier a été suivi ; il demeure rue Groix-des-Petits- Ghamps, n** 108, maison à porte cochère. Dans le même café, on est convenu, après de longues discussions, de faire construire pour la

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