Un mot illisible
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391 RÉACTION THERMEDORIELNNE [15 janvier 179d]
fête du â pluviôse un mannequin, représentant un Jacobin, pour être brûlé en place publique, et de suite faire une guerre à mort à tous les Jacobins, royalistes ou terroristes. Il fut fait ensuite la proposition de proscrire le bonnet rouge, pour en substituer un au trois couleurs, et on a été d'avis de décorer le bonnet de la liberté d'un ruban tricolore et de députer à tous les cafés, pour inviter les propriétaires desdits de ne plus recevoir de Jacobins et de décorer le bonnet rouge d'un ruban ; pareille invitation doit être faite aux directeurs des théâtres.
Les attroupements recommencent aux portes des boulangers ; les malveillants ne négligent aucun moyen de semer Talarme.
Commerce» — Manigot rend compte qu'il y avait beaucoup de monde assemblé à la porte d'un boulanger, rue Germain l'Auxerrois, n* 50; la force armée y est venu et a rétabli l'ordre. . . Baude, officier de paix, rapporte que dans différents quartiers de Paris, tels que le faubourg Marcel, les queues sont fréquentes aux portes des bou« langers, Ton se plaint beaucoup de la cherté des denrées et l'on s'attend qu'elles vont encore augmenter
D'après le rapport de Vassor et Chevalier, dans la section de l'Indivisibilité les queues étaient considérables aux portes de^ boulangers, mais les membres du comité de cette section ont annoncé au son du tambour que tous les citoyens aient à se tranquilliser sur les subsistances, et que tous citoyens qui feraient queue aux portes des boulangers seraient regardés comme mauvais citoyens ; d'après ce, chacun s'est retiré paisiblement. Suivant les mêmes inspecteurs, qui sont entrés dans un endroit où l'on donne à manger aux ouvriers, les esprits y étaient très échauffés : l'un disait qu'il lui tardait de se donner un coup de peigne ; l'autre qu'il n'y avait que quatre à cinq jours à attendre. « Sitôt que les ateliers seront fermés, disaientils, nous verrons si les ci-devant toucheront 36 livres pendant que les autres mourront de faim. » On surveille à cet égard
Surveillance. — Il résulte de plusieurs rapports du jour que le projet d'habiller, le jour d'anniversaire de Capet, un mannequin en Jacobin et de le soumettre à des allusions perfides est proposé et discuté à plusieurs endroits. Le Comité de sûreté générale est prévenu de ce projet.
Lespinio annonce que le citoyen Desrosiers, acteur au théâtre de la République, a été rencontré par des citoyens qui lui ont demandé combien font quinze et deux, et sur sa réponse qu'ils font dix-sept, ils ont répliqué : « C'est ce que nous demandons, » Le citoyen Desrosiers est en conséquence invité à se rendre demain à la conférence
de la division de la surveillance pour vérifier ces faits avec lui et se concerter ensuite sur les mesures pressantes que doivent exiger ces questions et réponses.
Du rapport d'OUivier et Baron il résulte qu'une citoyenne Aroux a tenu et repété, chez un boulanger, rue de la Tabletterie, et dans une autre boutique, les propos les plus décidément contre-révolutionnaires. Copie de ce rapport a été envoyée au Comité révolutionnaire de l'arrondissement pour prendre par lui les mesures que sa prudence lui suggérera.
Gautier a remarqué que la majeure partie des citoyens qui composent l'attroupement du ci-devant Palais-Ëgalité sont des jeunes gens sortis de prison, ou de la réquisition, ou quelques filous.
Sadous annonce que le Comité civil de la section du Muséum, d'après la délibération prise par la Commission de police, et qui lui a été adressée, a pris toutes les mesures convenables à l'efTet d'arrêter les auteurs de ces rassemblements nocturnes, que ces mesures doivent être prises ce soir pour se saisir des chefs dans le cas qu'ils se présentent au café Mannoury.
Suivant Hosteaux, aux cafés de Foy et de Chartres, des particuliers ont fait la motion de se porter au faubourg Antoine, et de représenter aux citoyens du faubourg les malheurs qui les menacent, de les inviter à cet effet à se joindre à eux ; ils avaient arrêté de s'y transporter le 27.
Trois particuliers, étant dans le foyer du Vaudeville, dirent au directeur de ce spectacle que, s'il était un honnête homme, il ôterait lui-même les bustes de Marat et de Le Peletier ; que, sur cette proposition, le directeur eut une discussion très vive, qui n'a cessée parce que deux inspecteurs sont parus comme intermédiaires et ont ramené le calme.
Dangouville rapporte que des citoyens se sont portés au café des Canonniers, ont fait la motion de changer le bonnet rouge en bonnet tricolore, et à l'instant ce bonnet a été couvert d'un ruban tricolore.
GOSSET, HORNIN.
(Arch. nat., F * ^ m, Seine, 15.)
Journaux.
Courrier républicain du 27 nivôse : « 26 nivôse. On a sans doulc entendu raconter à quelqu'un raventurc ou la fable de cette méchante femme qui tourmentait son mari avec tant d'opiniâtreté que, pour s'en débarrasser et la faire taire enfin, il la reloga au fond d'un puits. Eh bien ! la maudite femelle,
393 RÉACTION THERMIDORIENNE [15 janvier 1795]
ne pouvant plus faire entendre ses injures à ce pauvre mari, ni lui arracher les yeux tout à son aise, élevait les mains par dessus sa tête et faisait avec ses doigts une petite opération dégoûtante qui signifiait qu'il était un p.. eux. Eh bien ! les Jacobins font aujourd'hui à peu près le manège de cette femme ; n'osant plus parler, ils font des grimaces ; ils répandent dans les rues, dans les cafés, de petits papiers, de petits écrits où l'on voit leurs sottises ordinaires et force provocations à l'assassinat. On avait jeté hier, dans le café dit de Chartres, Maison-Égalité, une de ces odieuses affiches. La lecture n'en a pas été plus tôt faite que la fureur et Tindignation ont éclaté de toutes parts. Malheur à qui dans ce moment eût été reconnu pour un Jacobin du 9 thermidor! « Assommons-les, disaient plusieurs voix; nous n'exercerons qu'une juste vengeance ; nous répliquerons à la plus exécrable des provocations, nous délivrerons la patrie des plus barbares assassins. » Français, prenez garde qu'on ne se serve de votre propre fureur pour vous donner des fers. Ne trempez pas vos mains dans le sang de ces misérables ; mais ne cessez de réclamer, avec la plus courageuse énergie, justice des maux qu'ils ont faits. A la suite du mouvement dont nous venons de parler, une quantité considérable de personnes sont parties pour aller, disaient-elles, à la chasse aux Jacobins, comme autrefois on allait à la chasse aux loups dans les lies de l'Angleterre. Nous ne savons pas quel a été le résultat de cette chasse dangereuse ; nous savons seulement qu'on s'est porté dans plusieurs cafés, et notamment au café Payen, situé dans l'intérieur du Palais-National. Cette portion du peuple a invité les propriétaires de quelques autres cafés à faire disparaître de dessus leurs boutiques quelques enseignes qui y existaient encore, tels que le café de la Montagne ou des Montagnards, qui pouvaient, disait-on, leur servir encore de point de ralliement. On a promis d'avoir égard à cette invitation. On ne sait que trop quelles effroyables calamités peuvent suivre des vengeances individuelles ou publiques, môme lorsqu'elles sont les plus conformes aux lois de la nature. Les plaies qu'elles nous ont faites sont trop récentes pour qu'on puisse ne pas y faire la plus sérieuse attention. L'âne de Balaam, ou Vuniversel Audouin, vient de clore son journal, pour avoir le temps de braire avec plus d'énergie dans le sein de la Convention nationale. Ceux des citoyens, qui peuvent s'être abonnés au journal dudit Balaam, pourront venir prendre en son écurie ordinaire le prix de ce qui reste à courir de leur abonnement, si mieux ils n'aiment recevoir un autre journal que VUniversel ne nomme pas*. Charles Duval a déclaré aussi qu'il renonçait à la rédaction du Journal des Hommes libres, » — Messager du soir du 28 nivôse : « Paris, 27 nivôse. La jeunesse parisienne a juré l'anéantissement des Jacobins ; elle tiendra son serment ; les patriotes que la tyrannie avait disséminés, pour mieux les égorger, se rassemblent, se consultent, combinent les moyens d'exterminer les hommes de
1. En effet, dans son numéro 1874, du 25 nivôse an III, Audouin déclare cesser son journal, dans lequel, dit-il, il ne peut déposer sa pensée sans donner prise à la malveillance. « Je reporterai mon énergie à la Convention nationale, où une seule vérité émise produit plus de bien à la patrie que dix mille vérités éparses dans des journaux, vérités d'ailleurs représentées comme des cris de sédition et de factieux. •• Toutefois, Audouin fit reparaître son journal le 15 pluviôse suivant, après une interruption de vingt jours. Dans le numéro 1875, il déclare que ceux de ses abonnés qui n'ont pas retiré leur abonnement recevront vingt numéros au delà du terme de leur souscription.
sang. Avant-hier, une société de républicains s'est réunie chez le citoyen Février, restaurateur Palais-Egalité. Après un repas simple et frugal, au milieu des acclamations les plus touchantes, les toasts de la République et de la Convention ont été portés. On a ensuite juré respect à la Convention, guerre à mort aux Jacobins, aux hommes de sang, aux terroristes et à tous les vandales qui ont déshonoré notre révolution. Le salon où Ton était rassemblé se nommait le Salon de la Montagne» Cette dénomination d'une secte impie, qui a trop longtemps usurpé l'autorité nationale, il a été arrêté qu'elle disparaitrait, et, sur rinvitation de la société, le citoyen Février a consenti avec joie à la changer en celle de Salon des Amis de VhumanUé, Des couplets patriotiques ont ensuite été chantés, répétés, toujours avec cette expansion de gaieté franche qui caractérise le républicain. On a jeté quelques fleurs sur le cercueil ensanglanté des victimes immolées par les bourreaux aux ordres des comités d'assassinat public. Le vertueux Girey-Dupré, connu par des talents aimables, et Tun des rédacteurs du Patriote français^ moissonné à la fleur de son âge, a surtout excité les regrets de tous les assistants qui Tavaient connu, qui Tavaicnt aimé. Un citoyen a instruit la société que la mère de ce jeune républicain, qui est dans ce moment exposée aux plus extrêmes besoins, chez une nièce presque aussi pauvre qu'elle, cette mère infirme et âgée de soixanteseize ans, pleure chaque jour moins sa misère, que sur la perte du soutien et de Tomement de sa vieillesse. Aussitôt il a été résolu que tous les membres de la société concourraient à adoucir le sort de cette femme respectable, et que les secours qui lui seraient destinés, seraient remis à la citoyenne Brigitte Mathé, libraire, Maison-Égalité, sous les galeries de bois, vis-à-vis l'entrée du cirque ; nous invitons les personnes sensibles qui honorent le malheur à coopérer à cet acte de bienfaisance en adressant à cette citoyenne les secours qu'elles croiront devoir lui envoyer. La société s'est ensuite répandue dans les différents cafés du Palais-Égalité ; les Jacobins n'ont pas jugé à propos de passer la revue ; ils ^e sont esquivés et courent encore. Nous sommes enfin en présence des hommes de sang ; il n'y a qu'un cri contre eux : il faut en finir, il ne faut pas qu'il reste un de ces assassins sur la surface du territoire français. Nous les ménagerons; nous ont-ils ménagés? Nous ménageraient-ils, s'ils revenaient à se ressaisir des rénos du pouvoir ? Voilà comme s'explique partout l'opinion publique. Il importe à la tranquillité que la Convention fasse juger sans délai les chefs de cette faction cruelle, si elle ne veut pas que quelques imbéciles, dont il faut plaindre l'aveuglement, ne soient enveloppés dans une proscription trop évidemment méritée, qui pourrait devenir générale et dégénérée en barbarie. Tous les jours, Topinion publique se manifeste contre les Jacobins avec la plus grande énergie. Des rassemblements nombreux se portent dans les différents cafés qui portent les noms de Montagne, de d/ mat Invitation a été faite d'effacer toutes ces dénominations infâmes qui rappellent les souvenirs des crimes de nos anciens tyrans, de nos malheurs et de notre honte. Toutes les rues ont retenti des cris de Vive la justice! A bas les Jacobins! Les citoyens des fenêtres répétaient avec enthousiasme. Le député Lanoue *, ayant refusé de crier : A bas les Jacobins^ aurait infailliblement ressenti les elTcts de la colère du peuple, s'il n'avait promptement exhibé sa carte de député. Cette égide a paralysé les bras ven-