Tome I
Rapport du 5 pluviôse.
Esprit public. Groupes et cafés, — Les conversations de tous les endroits publics roulent sur la rigueur de la saison et sa longue durée, la pénurie du bois et de toutes les marchandises de première nécessité; on y dit que les citoyens peu aisés ne peuvent plus se rien procurer, et ceux plus fortunés, n'ayant pu s'approvisionner dans le temps où la saison le leur permettait, par la servitude des bons dont il fallait être pourvu, manquent, ainsi que les autres, de leurs plus pressants besoins.
La calamité est à son dernier période ; la classe du commerce profite seule de la disette, pour cumuler ses richesses et ruiner ses concitoyens.
Loignier rapporte que, dans divers cafés, on annonce toujours le désir de voir poursuivre jusqu'à leur dernier repaire tous ceux qui ont contribué au système de terreur, ainsi que de voir finir le jugement de Fouquier-Tinville et des autres complices de Robespierre.
L'augmentation du traitement des fonctionnaires publics, décrétée hier par la Convention nationale', fait désirer qu^elle s'occupe du sort malheureux des petits rentiers.
Spectacles, — Gendet rapporte qu'au théâtre de la République, avant la levée du rideau, un citoyen a insulté l'officier de garde et la citoyenne qui ouvre l'orchestre, qui, l'un et l'autre, s'opposaient à ce que ce citoyen se promène sur le théâtre, où il prétendait que le public avait le droit d'aller, ainsi que partout où il lui plaisait, qu'ayant invité ledit citoyen de vouloir bien se retirer, il avait continué d'être malhonnête, ce qui obligea de lui demander sa carte; alors il fit voir une carte de secrétaire du Comité de sûreté générale au nom de Berton, secrétaire, demeurant rue du Sentier, section de Brutus.
Au théâtre des Arts, le public a demandé les couplets qui avaient été lus la veille ; le citoyen Chéron s'est présenté pour les chanter et quelques citoyens ont demandé Lays. Un des artistes a répondu qu'il était malade. On répondit : « A la bonne heure, il les chantera lapre-