‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 94 sur 138 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

12 PLUVIOSE AN ill (31 JANVIER 1795).

Rapport du 13 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés, — Tous les cafés et endroits publics ont été tranquilles toute la journée d'hier jusqu'au soir. Les citoyens s'entretenaient paisiblement des calamités que nous éprouyons, tant par la rigueur de la saison que par Tavarice du commerce en général ; la misère, disaient-ils, est à son comble ; il n'est plus possible de se procurer aucuns comestibles ; tout est porté à un prix si exorbitant que personne ne peut y atteindre, et, pour surcroît de calamités, le pain, dernière ressource contre la disette, devient, par la malveillance, difficile à se procurer, et expose quantité de citoyens à mourir de faim. Ces moyens sont appuyés par les boulangers, qui, au lieu de rassurer les citoyens sur leurs inquiétudes, les propagent en publiant qu'on diminue la quantité de farine qu'on avait habitude de leur fournir.

Au café de Chartres les motions contre les terroristes et buveurs de sang, sont à Tordre du jour.

Spectacles,'^' Au théâtre de la rue Feydeau, dans un entr'acte, un grand bruit s'est élevé ; les cris redoublés : A bas MaratI se sont fait entendre; aussitôt cinq à six jeunes gens profitèrent de l'ouverture de la loge au-dessus du buste de Marat pour le jeter en bas. Le commissaire de police s'est présenté à l'instant et leur a enjoint de respecter la loi ; mais il n*a reçu pour réponse que de nouveaux cris : A bas MaratI On avait jeté sur le théâtre des vers dont le commis* saire n'a point permis la lecture.

Au théâtre de la République, pendant la dernière pièce, on a jeté un billet sur la scène ; un acteur, après l'avoir ouvert, a annoncé qu'il n'était point signé et qu'on ne pouvait en donner lecture; le public s'est retiré sans insister ....

Commerce. — Chevalier se plaint du désordre qui règne dans les

chantiers où l'on délivre du bois appartenant à la République

En second lieu les voitures manquent, ce qui entrave encore la distribution. Cet inspecteur pense qu'il serait urgent de désigner quatre dépôts, chacun pour douze sections, et un commissaire de ces douze sections présiderait aux distributions. Bienvenu et Delahaye se sont

RÉACTION THERMIDORIENNE [31 janvier 1795]

transportés chez les boulangers des sections du Temple et des Graviilîers. Us ont vu que la plupart de ceux de la section des Gravilliers n'avaient pas assez de pain pour fournir les citoyens dont les cartes sont à leurs noms, parce que depuis trois jours on leur a donné à tous un sac de farine de moins ; il y avait beaucoup de monde à leurs portes. Ceux de la section du Temple ont eu de même un sac de farine de moins, mais ils n*ont pas manqué de pain, attendu qu'ils avaient des farines d'avance

Pipelard rapporte que la distribution du pain s'est faite avec beaucoup de rumeur chez les boulangers des sections des Droits de rhomme et de l'Indivisibilité. Ils se plaignent de ne recevoir que les deux tiers de farine nécessaire à leur consommation ; ils ont néanmoins fait une fournée de plus avec la farine qu'ils avaient en avance. Ils disent qu'ils ne pourront tenir, si on ne leur envoie pas la quantité ordinaire de farine

Chez les boulangers du faubourg Montmartre, dit Moulnier, la distribution s'est faite sans foule, mais tous réclament le sac de farine qu'on leur a donné de moins et disent qu'autrement il leur sera impossible de contenter leurs pratiques.

Pierre s'est transporté chez les boulangers des sections de Montreuil et de Popincourt ; il a vu plusieurs citoyens qui n'ont pu avoir de pain, d'autres qui n'en ont eu qu'un, quoique leurs cartes en portassent trois. Les garçons boulangers ne veulent pas se faire inscrire; ils disent qu'ils quitteront plutôt que de prendre des livres; ils disent aussi qu'ils ne gagnent pas assez pour payer leurs gardes.

. Loctave rapporte que ce matin il y a eu plus de foule qu'à l'ordiiiaire à la porte des boulangers des sections des Droits de l'homme et des Tuileries, parce que ces boulangers ont dit aux citoyens qu'on leur donnait moins de farine que de coutume

Il résulte du rapport de Vassor que le désordre a régné au chantier de la Madeleine et à celui de la rue Miroménil ; le plus fort y fait la loi ; on s'y bat pour avoir des voitures ; les conducteurs ne sont pas maîtres de leurs charettes ; on envoie promener le commissaire, et l'on se permet de dire que les autorités constituées ne sont composées que de fripons, sans que la force armée y puisse rien faire.

Il est arrivé les 12 et 13 courant, pour l'approvisionnement des halles et marchés, 394 voitures de différentes denrées et 12 de marée

Le beurre se vend 3 livres 10 sols la livre ; les œufs, 173 livres le mille; la viande, 38 à 45 sols ; le porc frais, 2 livres 10 sols et 3 livres la livre.

• Surveillance. — Petithenry annonce que le buste de Marat a été renversé et cassé dans le spectacle de Louvois ; il rend compte des plaintes de la part des spectateurs qui disaient que ce ne pouvaient être que des royalistes qui se soient livrés à ces excès, qu'il fallait actuellement se soutenir plus que jamais.

Doucet rapporte qu'au café des Ganonniers il a été lu une adresse à présenter à la Convention nationale pour disculper la jeunesse française inculpée par un représentant; on a dit ensuite qu'il ne fallait pas présenter cette adresse, mais la faire imprimer et l'envoyer à toutes les sections.

Dans les cabarets des sections des Sans-Culottes et du Finistère Doucet a entendu des ouvriers qui se plaignent de n'avoir pas d'ouvrage

Bouillon rend compte qu'au café des Ganonniers un particulier a été arrêté comme buveur de sang et Jacobin et traduit au Comité de sûreté générale.

Suivant le rapport d'Hosteaux, il parait qu'il existe le projet de faire disparaître demain le buste de Marat de tous les lieux où il se trouve.

Conjointement avec le maire et les officiers municipaux de Mont* martre, Monteils et Girardot ont fait perquisition dans tous les ateliers et manufactures pour découvrir les canonniers qui pourraient s'y trouver, on n'en a trouvé aucun.

ROUCOAS, DUCHAUFFOUR.

(Arch. hat., F » « m^ Seine, 15.)

Courrier républicain du 14 pluviôse : « i3 pluviôse. . • . Hier, l'effigie de Maral a été violemment insultée au théâtre de la rue Feydeau'; elle a été précipitée de dessus de la scène et mise en pièces. La représentation du ci-devant ami du peuple a eu le même sort dans quelques cafés du Palais-Égalité, et l'on commence à craindre que bientôt, dans toute cette ville, il n'en reste plus que la mémoire. » — Messager du soir du 15 pluviôse : « Paris f 43 pluviôse. . . . Hier soir, dans la rue aux Ours, un Jacobin passant devant une niche, où l'idole de Marat a remplacé celle de la Vierge Marie, surprit un citoyen dans une posture qui n'était rien moins que suppliante; mais comme il faisait très noir, il s'y méprit et dit au malhonnête camarade : « Ce n'est pas à (( genoux qu'il faut adorer Marat, c'est en prêchant sa sublime morale ; il a de- « mandé quatre cent mille têtes, nous n'en avons encore eu que deux cent cin- (c quante mille, reste à cent cinquante qu'il nous faut; c'est en les faisant tom- <( ber que nous apaiserons ses mânes et honorerons sa mémoire. — Tu te trom- « pes, reprend le modéré, sans se déconcerter, je ne suis point à genoux ;

RÉACTION THERMroORIENNE [!•' fkvrier 1795]

(( j'offre, il est vrai, une holocauste au grand Marat: la vapeur du sang le flat- <c terait peut-être davantage que celle que tu vois s'élever vers ta divinité ; au « reste, puisque tu parais Tun de ses ministres, tu peux prendre ta part du sa- « orifice.» Il dit, se relève et disparaît. » — « Hier, au théâtre Feydeau, le buste de Marat, brisé la veille, a reparu sur son piédestal. On a crié encore : A bas rhamme aux quatre cent mille têtes! Des applaudissements universels se sont fait entendre et ce cri a été répété unanimement par toutes les bouches. Au théâtre du Vaudeville, le dieu a été déniché au milieu des plus vifs applaudissements; le directeur Ta fait remplacer parle buste du sensible J.-J. Rousseau. Au théâtre de la République, on a lu tout haut le Journal du soir ; le public a témoigné son indignation, lorsqu'il a entendu l'entorse donnée par Laignclot à la vérité, en disant que c'étaient quelques jeunes gens égarés par des terroristes ou des royalistes qui avaient renversé le buste de Marat. Pour prouver au gouvernement, à la Convention, à la France et à l'Europe entière que ce n'est pas seulement à quelques individus, mais à tout le public que ce monstre est en exécration, une voix a demandé que le buste de cet apôtre sanguinaire de la guillotine, du pillage et de la terreur, fût de nouvcîiu brisé ; cette exécution a eu lieu au milieu des plus vifs applaudissements et des cris mille fois répétés : Vive la République! Vivent la justice, Vhumanité! Vive la Connenti07i nationale! » — Abréviateur universel du 17 pluviôse : « Paris, le 46 pluviôse» On jouait, le 12, le Tartuffe, au théâtre auquel on a si bizarrerement donné le nom exclusif de Théâtre de la République, comme s'il lui appartenait plus que les autres [sic] ; mais l'inconséquence méconnaît et compromet tous les principes. Des vers contre le jacobinisme, le terrorismCy le cannibalisme, ont plu sur la scène, ont été lus et couverts d'applaudissements ; puis le parterre a demandé que Marat fût chassé de la salle, où il n'avait pas, disait-on payé son abonnement, jeu de mots réchauffé qui aurait maintenu Marat dans le droit d'assister aux représentations gratis. Quelques, voix y ajoutaient la motion de jeter Marat, VAmi du peuple^ dans l'égout de Montmartre. Une citoyenne opinait pour qu'on ne ménageât point l'effigie de ceux qui avaient demandé des milliers de tôtcs ; un citoyen dit que de pareilles motions pouvaient cacher le venin le plus dangereux de l'aristocratie ; tout se borna à des vers. »

Rapport du 14 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Après la séance de la Convention, dans les cafés et lieux publics on s'entretient avec enthousiasme des nouveaux succès remportés en Hollande, ainsi que des avantages que cette conquête doit procurer à la République.

Les agitateurs continuent à parcourir les différents cafés et à insi-

nuer la conlinuation du trouble dans les spectacles ; ils se croient à 1 abri de loute$^ recherches sur ce que la Convention a passé à Tordre du jour sur les événements qui ont eu lieu au spectacle de la rue Feydeau ; aussi se sont-ils portés hier dans différents spectacles où ils ont exécuté leurs projets.

Leroy aine rapporte que, dans les endroits publics où se rassemblent les citoyens paisibles, le vœu général est de ne pas souffrir le terrorisme se rétablir, mais ils ne pensent pas que ce soit par de nouveaux désordres que ce système terrible puisse disparaître : ils craignent au contraire que ces divers mouvements ne favorisent un parti qui pourrait sur le débris heureusement terrassé.

Bouillon rapporte que le vœu des jeunes gens qui se rassemblent dans les cafés de la Maison-Égalité est de faire disparaître le monument placé sur le Garousel, ainsi que le colosse élevé sur la place des Invalides ; plusieurs, dit-on, blâment hautement Tobligation imposée aux citoyens de garder ce monument, qu'ils appellent une pagode.

Spectacles. — Les billets jetés sur les différents théâtres et le renversement du buste de Haraty ont causé beaucoup de trouble. Simon rapporte que le particulier qui a renversé celui du théâtre Favart a été, après cette action, complimenté par un essaim de jeunes gens munis de bâtons qu'ils nomment juges de paix, qu'ils lui ont promis protection ; ce particulier, ainsi accompagné, s'est rendu au café de Chartres, où il a été perdu de vue dans la foule. • Commerce. — Moura a vu une queue considérable à la porte du citoyen Chatran, boulanger, rue du Petit-Carreau; il est entré chez ce boulanger et lui a demandé s'il manquait de pain. Le citoyen Chatran a répondu, devant le commissaire civil, qu'on lui avait donné ua sac de 325 livres de moins qu'à l'ordinaire, mais qu'il espérait qu'on le lui restituerait aujourd'hui, sans quoi il ne pourrait contenter ses pratiques.

Brunel s'est transporté au chantier du citoyen Déségouttes, rue Amelot; la vente des falourdes n'a commencé qu'à dix heures et demie; le public a témoigné beaucoup d'impatience de la lenteur qu'on met à cette distribution. Cet inspecteur craint que la foule des citoyens ne rende difficile le maintien du bon ordre; il a écrit à ce sujet au Comité de salut public, de sûreté générale et militaire

A la porte du citoyen Blanc, boulanger, grande rue Antoine,

n^ 32, il y avait un rassemblement considérable ; beaucoup d'autres boulangers, qui ont cuit comme à l'ordinaire, n'ont pu, malgré cela servir toutes leurs pratiques. Le citoyen Taboin, boulanger, rue de Charonne, n* 2S, réclame le sac qu'on lui a donné de moins, sinon,

\ n ^-ï -v-v— - V. ,"-— •- w-v^r -;. ---T.' •7-^;tt- r. ♦.-^-'"T, -çnii^-Tv^f'jPi

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dit-il, il ne pourra fournir du pain aux citoyens dont les cartes portent son nom.

Ollivier a trouvé beaucoup de monde à la porte des boulangers de la section des Lombards et des Marchés et notamment chez la citoyenne Monin, rue Troussevache, et chez le citoyen Teinturier, rue de la Vieille-Monnaie ; la majeure partie de ces boulangers se plaignent de ne pas recevoir leur farine comme de coutume ; le public murmure contre' les marchands de vin, aubergistes et traiteurs qui prennent jusqu'à quinze pains, tandis que des mères de famille n'en ont pas

Bienvenu et Delahaye se sont transportés chez les boulangers des sections du Temple et des Gravilliers, où le pain manque toujours ; cette disette excite des murmures contre TAgence des subsistances.

La citoyenne Piedguit, boulangère, rue du Temple, n'a délivré à sa dernière fournée que la moitié du pain revenant à chaque citoyen ; d'autres n'en ont pas eu du tout. Cette boulangère a eu un déficit de 220 livres de pain; tous les boulangers, en général, disent qu'on leur donne un sac de farine de moins qu à l'ordinaire. Il est à craindre que demain il n'y ait du tumulte chez eux, car des pères de famille qui n'ont pu avoir de pain ont menacé de piller les boulangers

Surveillance. — Doucet rapporte qu'au café des Canonniers, il a été dit que, partout où se trouverait le buste de Marat, il fallait lui cracher au nez. La proposition de demander que Marat soit mis hors du Panthéon y a été faite et applaudie.

Balham rapporte qu'aux tribunes de la Convention plus de dix personnes disaient que les aristocrates ne seraient point tranquilles qu'ils n'eussent fait disparaître le buste de Marat de partout et même de la Convention nationale et du Panthéon.

Yamès rapporte qu'aux tribunes de la Convention on a manifesté de l'indignation de l'insulte faite au buste de Marat et qu'on a applaudi à l'ordre de le remettre en place. . .

Moreau et autres annoncent que le buste de Marat a été renversé et brisé dans les cafés de la Maison-Ëgalilé ; on a proposé de se porter à la place du Carrousel pour détruire le monument élevé à Marat, mais cette proposition n'a pas eu de suite.

Bocquet-Destournexles, RoucnAs.

(Arch. nat., F « ^ ni, Seine, 15.)

Journaux.

Courrier républicain du 15 pluviôse : « U pluviôse. ...On n'a pas voulu

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voir reparaître hier les bustes de Marat sur la scène de nos divers théâtres. A celui du Vaudeville, la toile était à peine levée qu'on a crié : A bas Marat y à bas le père des buveurs de sang! Cependant on a laissé jouer la pièce ; mais h peine a-t-elle été terminée qu'on a jeté divers couplets sur le théâtre, en demandant qu'ils fussent chantés par l'un des acteurs. L'officier de police a paru et a obsen'é qu'il ne pouvait pas permettre que les couplets fussent chantés, parce qu'ils étaient injurieux à la mémoire de Marat, qui avait été consacrée par la Convention, et enfin que le Comité de sûreté générale venait de faire relever le buste de ce député qu'on avait renversé au tliéàtre de la nie Feydeau. Ces obser\'ations n*ont pas été goûtées par le public. On a répondu à l'officier que ce qu'il disait n'était pas possible, et les cris A bas Marat loni recommencé avec plus de violence qu'auparavant. Un jeune homme a franchi l'orchestre et a brisé d'un coup de canne la tôte du buste, dont le reste a roulé sous les jupons d'une femme qui d*un coup de pied a précipité la figure à bas du théâtre ; on a crié : Vire la République ! Vive la Convention nationale ! A bas les mangeurs d'hommes ! Les couplets ont ensuite été chantés ; mais pour prouver qu'on n*en voulait qu'à Marat, on a demandé que la statue du vertueux, du sensible Rousseau fût substituée à celle du soi-disant ami da peuple. Le directeur a fait observer que la figure de Jean-Jacques avait besoin de réparation ; mais on n'a pas voulu l'entendre. Des citoyens sont allés chercher la ligure. Un autre a brûlé du papier sur la place qu'occupait celle de Marat, pour la purifier, disait-il, avant d'y placer le citoyen de Genève ; enfin Rousseau a paru sur la scène. « Nous substituons, ont dit ceux qui rapportaient, à riiomme de sang, le véritable ami de la nature et de l'humanité.» Et les api)laudissement8, les cris de Vive la République ! Vive la Convention nationale ! se sont fait entendre dans toutes les parties de la salle. Au théâtre de la République, on a aussi demandé la culbute de Marat. Le vœu a été universel, et Marat a été précipité de dessus la scène à l'unanimité, sans qu'il se soit élevé une seule réclamation en sa faveur, et toujours aux mômes cris de Vire la République! Vive la Convention nationale! Ce que faisait la jeunesse française dans les spectacles, de petits enfants l'avaient exécuté pendant le jour dans les rues de Paris. Dans le quartier Montmartre, on a vu ces enfants porter en procession de petites figures de Marat que leur avaient sans doute données leurs mères, et les jeter dans l'égout en disant : « Voilà ton Panthéon. » On a trouvé cette nuit un buste de Marat pendu sur un ruisseau de sang à la porte d'un apothicaire de la rue des Lombards, et membre de l'ancien comité révolutionnaire de la section. » — Abréviaieur universel du 47 pluviôse: «Le 43, à peine la toile était-elle levée au tliéàtre du Vaudeville, que la salle a retenti des cris A bas Marat ! à bas le père des buveurs de sang ! Nouveaux couplets jetés sur la scène. On veut qu'ils soient chantés. L'officier de police objecte qu'ils sont injurieux à la mémoire de Marat consacrée par la Convention nationale, et que le Comité de sûreté générale venait de faire relever le buste de ce député qu'on avait renversé au théâtre de la rue Feydeau. Cela n'est pas possible ^ lui répondent les mêmes voix, et mille A bas Marat! plus violents que jamais. Enfin un coup de canne brise la tôte de Marat; le buste mutilé roule sous les jupons d'une modérée qui, d'un coup de pied, précipite la triste figure à bas du théâtre, et l'on crie : Vive la République ! Vive la Convention ! A bas les mangeurs d'hommes ! Après avoir brûlé du papier sur la place qu'occupait Marat en plâtre, acte purifica-

REACTION THERMIDORIENNE [2 fkvhieh 1795

t combien l'homnic inoral est csscnlicllcmcnt un l'ire cérèmoyens ont substitua le buslc de Jean-Jacques Rousseau à celui ni du peuple, el les mômes cris ont recommencé. Au Ihéatre t dit de la République, la culbulc de Marat a élé, le mémo jour, unanime ; et ce que faisaient les jeunes gens de tous les âges des spectacles, avait éti cxéculÉ dans les rues de Paris par des ifants qui onl porté do petites figures de Marat et les ont jetées Montmartre en disant : Voilà ton Panthéon!»

RArPORT DU 15 PLUVIOSE.

ic. Groupe» et cafés. — Nombre de cafés sont toujours luvemenls se sont portés hier au café Payen. Jardin nae de Marat a été enlevé el porté au Jardin-Egalité, ofi il

)orte que, sous les galeries de la Maison-Egalité, trente runes gens de difTérents &ges se tenant par dessous Inant avec eux nombre de citoyens et disant que ceux rnt pas les suivre étaient des Jacobins, se portèrent au s l'intention d'y démolir le monument de Marat. La conctionnaires leur en a imposé ; deux de ces perturbateurs i et conduits au Comité de sûreté général. Le ci-devant ean a été reconnu pour être à la tète de cet attroupeint, dit-oD, que ces mouvements ne dégénèrent en une ereuse.

lorte que, passant par la place de Grève, il a entendu is se promettre d'assommer quelques centaines de ces

torte que les garçons restaurateurs de la Malson-Égat que jamais il ne s'était fait autant de dépenses qu'il enant par tous les jeunes gens et les agioteurs, qui dénent 50 livres par tète pour dîner.

— Au théâtre de la rue Favart on a crié à plusieurs as Châtier! Quelqu'un avait préparé la chute de ce été attaché à la corde du rideau, de sorte qu'il se et par sa chute a manqué de blesser plusieurs per-

A celui de la rue Feydeau, le buste qui avait été replacé a de nouveau été renversé ; un billet ayant été jeté, et les acteurs, d'après les demandes réitérées de quelques-uns des spectateurs, ayant annoncé qu'ils ne pouvaient en donner lecture qu'après la censure du commissaire, ont été sifïlés, et, pour faire cesser ces demandes, ils en ont fait la lecture.

A celui des Arts, la représentation n'a été troublée qu'après la première pièce pour demander lecture de différents papiers jetés sur le théâtre, lesquels ont été ouverts et contenaient des couplets qui ont été chantés. Mais au foyer, le particulier qui se vantait d'avoir jeté le buste de Marat aux Italiens, se promenait un fouet à la main et attendait un renfort pour renverser le buste. Aussitôt une centaine de jeunes gens se portèrent au foyer, renversèrent le buste et le jetèrent au feu. Niquille et Descoings, officiers dç paix^ rapportent avoir entendu ces mêmes jeunes gens dire que, si quelqu'un voulait s'opposer à leurs volontés, ils lui répondraient à coups de bâlon.

Au théâtre de Nicolet une voix s'est fait entendre et a dit en demandant lecture d^un billet : Lisez le billet ou à bas la cocarde I ,

Commerce. — La Motte rapporte que, dans les sections de Brutus et de Bonne -Nouvelle, les rassemblements ont eu lieu aux portes des boulangers dès six heures du matin; la crainte de ne pouvoir se procurer du pain, selon lui, en est la cause

Ollivier dit qu'aux portes des boulangers de la section des Lombards les mêmes rassemblements ont eu lieu, que la majeure partie des boulangers de celte section et ceux de la section des Marchés ont manqué de pain, notamment la citoyenne Monin, boulangère, rue Trousse-Vache^ qui, par cette raison, n'a pu satisfaire soixante de ses pratiques, qui se sont proposés de s'y rendre demain avant le jour. Cet inspecteur les a tranquillisés en leur assurant qu'ils ne manqueraient pas de pain.

Bienvenu et Delahaye se sont transportés chez les boulangers des sections des Gravilliers et du Temple; dans celle des Gravilliers, la distribution a été très orageuse et beaucoup de citoyens ont manqué de pain.

La citoyenne Picdguit, boulangère, rue du Temple, a aussi manqué de deux cent quarante livres de pain, quoiqu'elle ait fait des réductions aux citoyens porteurs de cartes. Elle fera demain une fournée de moins, faute de farine, il en est de môme de presque tous les boulangers, le peuple est mécontent de celte disette.

Plusieurs inspecteurs s'accor lent à dire qu'il y a eu des rassemblements chez les boulangers de différentes sections et que plusieurs de

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U7 RÉACTION THERMIDORIENNE [2 février 4793]

ces boulangers n'onl pu contenter toutes leurs pratiques ; Pipelàrd dit que le désordre a été épouvantable chez le citoyen Goyer, boulanger, Marché-Catherine; on s*arrachait le pain des mains. La ci* toyenne Peraud, boulangère, rue Anloine, avait caché des pains et des petits pains dans un panier à côté de son four. Cette citoyenne est mandée.

Le 14 et 15 pluviôse il est arrivé pour Tapprovisionnement des halles 407 voitures de différentes denrées, et 9 de marée.

Surveillance, — Simon rapporte que Saint-Huruge a dit hier au café des Canonniers qu*il se souvenait encore de la danse dit loup et qu'il l'exercerait tout le temps de la Révolution, qu'il ne s'amuserait pas à casser des têtes de plâtre, mais qu^il se réservait pour frapper, quand il faudra, sur tout autre chose. Dans ce même café, on invitait les citoyens à se rendre décadi prochain dans leurs sections respectives pour faire disparaître le buste de Marat.

Plusieurs inspecteurs rendent compte d'un nombreux rassemblement de gens bien vêtus qui a eu lieu hier, Maison -Egalité; des hommes d'un âge mûr disaient aux jeunes gens : // faut tout casser et nous porter tous partout. On s*est transporté dans phjsieurs boutiques dans Tintention de briser Je buste de Marat ; il n*y a point eu de dégâts. Au même moment, d'autres citoyens sont venus dans les galeries avec le buste de Marat, qu'ils venaient d'enlever au café de la Convention. Ils l'ont brisé et ont fait la motion d*aller le jeter dans l'égout Montmartre, ce qui n a pas eu lieu. Un cri s*est fait entendre : Allons au Carrousel ! et on est parti à l'instant Arrivés au tombeau de Marat, un de ces particuliers a désarmé le 1 actionnaire, mais il a été atteint par la force armée et des inspecteurs qui sont accourus ; cet homme, avec un autre qui avait voulu forcer Ja garde, a été conduit au Comité de sûreté générale.

HoHNiN, Bosquet-Destournellës.

(Arch. nat., F»eIII, Seine, lo.)

Courrier républicain du 16 pluviôse : « 13 pluviôse. Dans certains endroits, la barbarie moderne a voulu remplacer les chefs-d'œuvre par dos productions grotesques et ridicules, qui font reculer les arts de plusieurs siècles. La capitale surtout offre dc^à plusieurs de ces embryons, conçus dans le délire d'une imagination extravagante. De ce nombre est une statue de je ne sais quelle divinité moderne, dont on a enrichi la place qui fait face aux Invalides. Ceux qui connaissent les attributs de ces sortes de monuments, assurent que celui-ci représente le Génie de la France terrassant l'hydre

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du fédéralisme. Quel que soit l'objet de Tartistc qui la conçu, on ajoute qu'on vient enfin de s'apercevoir que de tels monstres déshonorent nos arts et qu'on se dispose à abattre celui-ci Il y a eu, hier au soir, quelques mouvements dans les spectacles, au Palais-Égalité et dans quelques autres lieux, dont Marat a été le prétexte et la cause. Au théâtre de la rue Feydeau, le public, se fondant sur le décret d'ordre du jour de la Convention pour tout ce qui est relatif au ci-devant ami du peuple, a méconnu l'arrêté du Comité de sûreté générale, qui avait ordonné le replacement du buste sur la scène. A peine la toile a-t-elle été levée qu'on a crié : A bas Marat ! A bas Marat ! Quelqu'un voulut rappeler l'arrêt du Comité, mais on a argué du décret d'ordre du jour de la Convention. « Au surplus, a-t-on ajouté, que Laignelot vienne ici : il verra si le vœu du peuple est bien prononcé, et si c'est une machine que les malveillants mettent en mouvement».... Après avoir mis en pièces l'un de ces bustes au théâtre de la rue Feydeau, on en traînait un autre la corde au col, dans le Jardin-Égalité, qu'on a fait ensuite voler en éclats à coups de cannes et à coups de pieds. Des enfants se sont saisis de ces débris et disaient aux passants : « Voulez-vous du Marat ? voilà un petit morceau de Marat. » On s'est ensuite porté à l'espèce de Mausolée élevé en l'honneur de Marat sur la place du Carrousel dans l'intention de l'abattre. Cependant, comme il y a encore une sentinelle dans cet endroit, qui avait sa consigne, on l'a respectée, et le monument n'a pas été attaqué. Trois ou quatre Jacobins, mécontents du traitement qu'on faisait subir au royaliste Marat, se sont permis de dire que ceux qui agissaient ainsi étaient des muscadins, des aristocrates, des royalistes, etc., et qu'ils leur passeraient leurs sabres au travers du corps. Ces propos lâchés, ils se sont retirés dans un café aux environs du Palais- Égalité, mais ce café a bientôt été cerné. La garde est survenue; on a désarmé les quatre Jacobins qui, au milieu d'une nombreuse escorte, ont été conduits au Comité de sûreté générale. Néanmoins le Comité, craignant les suites de ces agitations, a donné avis au public, par une affiche qui a paru ce matin, que des ennemis de l'intérieur pourraient bien profiter de ces manœuvres, provoquées peut-être dans de bonnes intentions, pour calomnier les Français, faire croire qu'ils n'ont point de gouvernement, comme Pitt le publie en Angleterre, w Déjà, dit le Comité, à la suite de vos attroupements, on provoque, on conseille le pillage des marchands. » Au surplus, cette affiche contient des conseils très sages, et paraît faite dans le meilleur esprit. Il serait bien bizarre qu'en dépanthéonisant celui qui a conseillé le pillage, le peuplo se livrât au pillage ; mais rien ne peut étonner dans le siècle où nous vivons. Cette classe du peuple, si utile et si facile à tromper, a enfin ouvert les yeux ; elle ne voit plus qu'avec horreur les scélérats qui ont voulu déshonorer le nom français. Les forts du Port au blé travaillaient il y a trois jours au pont de la Tournelle pour dégager des bateaux maltraités par la débâcle des glaces. Le représentant qui surveillait cette opération voit un homme travaillant seul à l'écart des autres, il s'informe pourquoi il n'est pas avec ses camarades. Alors on l'instruit que c'est un malheureux qui a fait le bourreau dans les journées afi'reuses de septembre, et que, par cette raison, on ne veut pas travailler avec lui.» — Journal de Perlet du 16 pluviôse. Proclamation du Comité de sûreté générale, en date du 14 pluviôse : « Depuis quelques jours, des mouvements qui se manifestent dans Paris donnent des inquiétudes, et paraissent menacer les jouissances privées. Est-ce donc au moment où l'Eu-

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449 RÉACTION THERMIDORIENNE [3 février 1795J

rope étonnée admire les succès des phalanges invincibles de la République, est-ce au moment où le ministère anglais ose accuser la France de manquer de gouvernement, que les ennemis de Tintérieur ou le zèle indiscret de quelques citoyens parviendraient à légitimer cette imputation perfide? Le complot de vous armer les uns contre les autres existe. Déjà on vous accuse d'être des provocateurs de guerre civile. Déjà le cri infâme de pillage s'est fait entendre à la suite de vos rassemblements. La malveillance et les scélérats sont prêts à vous imputer lou^ les crimes qu'ils méditent de commettre à la faveur des troubles. Réfléchissez, citoyens, et rentrez dans l'ordre. Epargnez aux Comités des actes de sévérité que la résistance aux lois et l'outrage fait aux principes rendraient nécessaires. Ils ont indiqué la forme des réclamations que vous avez à faire à la Convention nationale. Adressez-vous à elle avec confiance. Elle a juré de maintenir la justice, et son serment ne sera pas vain. »

Esprit public. Groupes et cafés. — Dans les cafés de la Maison Egalité Taffluence de jeunes gens est toujours considérable; ils s'y agitent en tout sens; leur projet actuel est de se rendre dans les plus grands cafés de Paris pour faire la chasse à tous ceux qu'ils désignent Jacobins. Les différents papiers qui se jettent sur les théâtres sont apportés au préalable au café des Canonniers pour y passer à la censure.

Les mouvements relatifs aux bustes de Marat, dont il parait qu'on ne veut laisser exister aucune trace, donnent de l'inquiétude aux citoyens paisibles ; on craint qu'ils ne servent de prétexte et ne couvrent quelques desseins dont les suites pourraient être funestes.

La cherté excessive des denrées et sa progression journalière effraient tous les citoyens; ils ne peuvent plus prévoir quel en sera le terme ; la classe indigente et celle dont les revenus sont bornés ne trouvent plus aucun moyen de se procurer leurs besoins essentiels.

Spectacles. — Au théâtre Feydeau, on a jeté divers papiers ; on en a lu un, dont les principes paraissent très dangereux, et qui est un appel au meurtre contre les terroristes pour venger les mânes des victimes innocentes égorgées par leur cruelle faction.

Au théâtre de Louvois, le buste de Marat a été renversé ; on a apporté sur le théâtre un réchaud, dans lequel on a brûlé de Tome 1. 29

Fencens, pour purifier l'endroit où ce buste est tombé ; il a été remplacé par celui de Rousseau.

Il en a été de même au théâtre de la Cité ; celui qui parait chargé de cette mission se nomme Martainville * ; il a la réputation d'avoir abattu le buste de Marat dans différents théâtres.

Commerce. — Plusieurs rapports annoncent qu'il y a eu des queues aux portes de différents boulangers, que la distribution cependant s'est faite avec calme, que presque tous ont reçu leur contingent de farine. Plusieurs boulangers des sections de Montreuil et de Popincourt et le citoyen Grandelanlry, boulanger rue des Gravilliers, sont

les seuls qui se soient plaints d'avoir reçu un sac de moins

La Motte rapporte que le peuple se plaint et murmure beaucoup contre les marchands, qui augmentent tous les jours le prix des denrées de première nécessité.

Les halles sont bien fournies *en viande, porc frais, mais très peu en légumes; le peu de pommes de terre qui s'y trouve s'y vend six livres le boisseau.

Surveillance. — Suivant le rapport de Henet, inspecteur, au café des Canonniers un particulier est entré tenant le buste de Marat et criant: A Cégout Montmartre/ Fiu^ieurs de ceux qui étaient dans le café ont craché sur ce buste, qui a été porté à Tégout de Montmartre, où il a été cassé, ainsi que d'autres qui avaient été enlevés, l'un rue des Vieux-Augustins, n« 19, les autres dans des cafés où le buste de Ghalier a été aussi cassé.

Les mêmes, suivant le rapport de Royer, se sont portés rue aux Ours, au coin de celle de Salle-au-Comte, pour y renverser le même buste ; ils ont d'abord été repoussés par la garde de la section Ron- Conseil, réunie à celle de la section des Lombards; tout a paru se calmer d'abord, mais il résulte du rapport de Royer que ce buste a été cassé, ainsi que ceux de quelques cafés environnants.

Chez Lacroix, au café des Grands-Hommes, porte Montmartre, environ quarante jeunes gens ont couvert d'une feuille de papier la figure de Marat, qui se trouvait sur le papier qui tapisse ce café.

Au théâtre de Lazary, boulevard du Temple, le buste a été retiré et remplacé par celui de J.-J. Rousseau. Au café des Canonniers, suivant le rapport de Simon, il a été proposé de soumettre aux assemblées des sections les dernières intentions des jeunes gens sur les bustes de Marat et d'attendre ensuite la marche que prendra le gou-

1. Alphonse -Louis-Dieiidonné Martainville, auteur dramatique et pamphlétaire (1776-1830).

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vernement, pour que les jeunes gens ne soient pas regardés comme des perturbateurs.

Hannocque-Guérin, Potrelle.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 15.)

Journaux.

Messager du soir du 17 pluviôse : « Paris 46 pluviôse. Les patrouilles étaient très fréquentes hier soir, les réserves doublées, et les Comités avaient donné pour consigne de dissiper les attroupements et d'arrêter ceux qui troubleraient la tranquillité publique. On s'entretenait assez tranquillement, dans divers cafés du Jardin-Égalité, de Tarrôté du Comité de sûreté générale dont nous avons parlé hier*. Un ex-Jacobin avait été mis à la porte pour avoir voulu insinuer que le Comité de sûreté générale accusait dans cet arrêté les anti-maralistes de provoquer au pillage, et chacun faisait Téloge de la sagesse du Comité, qui avait voulu s'assurer de l'opinion générale sur le monstre dont on a si longtemps ensanglanté nos autels. Tout à coup on vient annoncer que les titans, qui ne sont pas encore tous écrasés sous les débris de la Montagne que leur orgueil criminel avait élevée pour usurper l'autorité du peuple et régner en tyrans sur la France, avaient voulu se précipiter sur un représentant pour l'assassiner; un seul cri s'est fait entendre : «Nous avons juré de faire à la Convention un rempart de notre corps ; la vie de Legendre est menacée : allons remplir nos serments. » Plus de six cents citoyens se sont trouvés réunis à Tinstant; mais, à leur arrivée, les troubles avaient cessé, et aucun représentant n'était en danger; alors ces citoyens se sont dissipés. Sur leur route, ils ont acheté des bustes de J.-J. Rousseau, et dans plusieurs cafés ont substitué le véritable ami du peuple au crapuleux valet de d'Orléans ; dans d'autres, n'ayant plus de bustes de J.-J., qui ont triplé de prix, tandis que deux bustes de Marat se donnent pour un monneron, ils ont offert aux propriétaires de leur rembourser le prix que leur avait coûté la figure hideuse de cet apôtre de l'anarchie. ' La plupart des limonadiers étaient trop contents d'être débarrassés d'un hôte aussi dégoûtant pour ne pas accepter la proposition; ils se sont même conduits avec une fraternité dont nous ne pouvons faire un trop juste éloge. Arrivés à régout Montmartre, qui va reprendre le nom d'égout Montmarat, on a brisé 1 les bustes, qu'on a traînés dans la boue, et on les a précipités avec les autres immondices jacobites. On avait, avec de la peinture rouge, coloré la bouche affreuse de notre mangeur d'hommes, en sorte qu'il avait l'air d'un scptem- i briseur regorgeant le sang qu'il avait bu. Plusieurs citoyens ont proposé alors i de se rendre au coin de la rue aux Ours, faire une petite station })atriotique j à la niche où jadis brûlaient des cierges, en l'honneur de la Vierge Marie, • i que Marat a remplacée; sur la route on a fait une nouvelle recrue de figure de plâtre ; au coin des rues Bon-Conseil et Denis, se trouve un café qui fut longtemps le repaire des Chouans de la section Bon-Conseil ; c'était le rendez-vous favori de Tinfàmc Pereira et de la clique infernale ; son digne associé, le Jacobin Bonhomme, qui, le 9 thermidor, allait sonder l'opinion publique et soutenait que les Jacobins étaient les seuls patriotes par excellence, ce vil

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