FÉVRIER
viôse. « Paris, le 48 pluviôse. ... On jouait hier, sur le théâtre d'Audinot, le Concert de la rue Feydeau, Plusieurs jeunes gens, qui étaient au spectacle, ont cru apercevoir dans la pièce des allusions peu favorables à la jeunesse de Paris. Ils se sont livrés à quelques murmures, et ces mouvements ont interrompu pendant quelque temps la pièce. Bientôt la force armée a rétabli le calme. Deux à trois cents jeunes gens ont été mis en état d'arrestation dans la salle des séances de la section des Gravilliers. Ce matin ils ont été renvoyés à leurs sections respectives, où, sur la réclamation de citovens connus, ils ont été rétablis dans leur domicile. » — Narrateur impartial du i9 pluviôse. « Paris 49 pluviôse. Avant-hier, on a trouvé le buste de Marat pendu à la porte d'un boucher, au coin de la rue de la Calande. Des enfants^ Tayant aperçu, l'ont mis en pièces à coups de pierres, au milieu des applaudissements de tous les passants. Une Jacobine, ayant voulu prendre fait et cause pour son cher Maraty a été huée et n*a échappé à la flagellation que par une prompte fuite. » — Ami du Peuple du 19 pluviôse : « Les patriotes commencent à se réveiller; les hommes du jour et leurs coryphées rentreront bientôt dans leurs boudoirs et dans leurs boutiques* Les sans-culottes d'une section de Paris ont brûlé ces jours derniers un libelle périodique qui annonçait avec emphase la proscription des amis du peuple et les outrages faits au patriotisme dans Teffigie de Marat. Ces messieurs se proposent encore d'exhumer les restes de l'Ami du peuple pour les traîner à la voirie. En défendant Marat, nous ne plaidons ni la cause de l'individu, ni celle de l'homme, qui a pu se tromper quelquefois. Mais l'intention de nos ennemis n'est pas de proscrire Marat pour ses opinions, mais Marat pour son influence révolutionnaire, mais Marat plaidant la cause du peuple et faisant voler le trône en éclats »
Rapport du 19 pluviôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Après la levée de la séance de la Convention, les groupes étaient peu nombreux; Ton s'y entretenait de la cherté des subsistances de tout genre, et Ton se plaignait que la Convention ne cherche point à remédier aux vexations de toutes espèces qu'éprouvent les consommateurs.
A la Maison-Égalité, Marceau rapporte que des citoyens, ayant tu circuler aux environs des patrouilles de cavalerie, disaient : « Est-ce que Ton aurait envie de cerner la Maison-Égalité? » et que plusieurs répondirent : « Cela m*est égal ; je serai content, si cela peut ramener la tranquillité, et si ce moyen peut faire découvrir les auteurs du trouble. »
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459 RÉACTION THERMIDORIENNE [6 février 1795]
Dufresnoy rapporte que beaucoup de citoyens blâmaient hautement la conduite des jeunes gens qui se rassemblent dans les cafés de la Maison-Égalité et provoquent par leurs insultes et leurs propos le trouble dans tous les lieux publics où ils se portent, et principalement dans les spectacles, sous le prétexte d'abattre les bustes de Marat et autres.
Charpentier rapporte que, sur les sept & huit heures du soir," il se forma au café des Canonniers, Maison-Ëgalité, un grand rassemblement occasionné par le rapport qui y fut fait, que le théâtre d'Audinot était cerné par la force armée. Plusieurs citoyens étaient d'avis d'aller au Comité de sûreté générale, afin d'empêcher la représentation de la pièce. Les citoyens paisibles voient avec peine croître ces désordres depuis quelques jours, mais ils espèrent que la Convention mettra fin à ces divisions et fera rentrer le tout dans Tordre.
Spectacles. — Au théâtre du Vaudeville, un billet a été jeté, dont on a demandé la lecture; un des artistes s'est présenté et a dit qu il ne pouvait être lu, contenant des principes contraires aux lois; le public a approuvé cette réponse.
Au théâtre des Arts, le public a été moins prudent; la lecture d'un papier jeté sur le théâtre n'ayant pas été faite, on a sifflé et murmuré du refus fait par l'artiste, quoiqu'il donnât pour motif que le papier avait été porté au Comité de sûreté générale, et qu'il n'en était pas revenu.
Le théâtre d'Audinot était celui où le désordre devait avoir lieu; aussi commenca-t-il, lorsqu'on voulut commencer la pièce, intitulée le Concert de la rue Feydeau. Comme on avait connaissance du trouble qui pourrait avoir lieu, par suite de celui de la veille, où l'on s'était permis de troubler la représentation de cette pièce, le directeur s'était précautionné de soumettre la pièce à la censure du Comité de sûreté générale, qui a écrit une lettre d'approbation, dont le commissaire de police fit la lecture. La majeure partie des citoyens applaudirent à la lettre du Comité de sûreté générale; mais, un instant après, une quantité de jeunes gens montèrent sur le théâtre, armés de bâtons, blâmèrent hautement la lettre en ce qu'elle ne désapprouvait pas la pièce, qui, suivant eux était immorale et même attentatoire au gouvernement et à la liberté ; un d'eux arracha la pièce des mains du souffleur; la pièce n'a pas pu être jouée; le trouble a fini, et l'on est parvenu à jouer la pantomime. La salle ayant été cernée par la force armée, plusieurs de ces perturbateurs furent arrêtés à la sortie du spectacle et furent conduits de suite au Comité révolutionnaire de la section. Les inspecteurs rapportent que
Tua de ceux que Ton avait arrêtés a tiré un coup de pistolet, qui^ heureusement, n*a porté sur personne.
Simon rapporte que Tun des principaux moteurs de ces troubles est Saint-Huruge, qu'il a vu s*entrelenir hier au café des Ganonnîers et encourager les jeunes gens à ne point souffrir que Ton jouât cette pièce ; il s'est vanté de faire donner une leçon à quelques-uns des membres du Comité de sûreté générale
Commmerce, Pain, — Bergeret dit que, dès six heures du matin, il y a eu des rassemblements aux portes des boulangers, sous prétexte d'avoir de la braise.
Bienvenu, Delahaye et autres rapportent que la tranquillité a régné; cependant quelques boulangers ont manqué de pain et n'ont pu satisfaire leurs pratiques
Viande et autres comestibles. — . . , Moreau dit que les commissaires désireraient que la Commission prit des mesures aQn d'empêcher les rassemblements aux portes des bouchers dès trois heures du matin.
La Motte et Pierre disent que, dès trois heures du matin, il y a des queues aux portes des bouchers. Bergeret rapporte que le public se plaint de ce que Tadministration ne donne pas autant de viande aux bouchers qu'à rordinaire, attendu que beaucoup de citoyens en sont privés.
Murât dit que les bouchers du Marché-Neuf cachent tous les jours de la viande derrière une toile ; beaucoup de foule à leur porte de grand matin ; plusieurs citoyens n'ont pas eu de viande
Dessault, officier de paix, dit qu'il est arrivé au carreau de la halle 8169 livres de beurre, 19,100 œufs, 533 douzaines de fromage de Neufchàtel. Le beurre se vend 4 livres la livre; les œufs, 22 livres le cent; le fromage de Neufchàtel, 4 livres 10 sols la douzaine; le bœuf et le veau, 2 livres 10 sols la livre.
Bois. — Le Hodey dit qu'au chantier de la Madeleine les esprits étaient échauffés en ce que le bois a manqué sur les onze heures ; on disait que cela était fait exprès pour faire souffrir le public.
Bocquoin et Baron disent que la garde a été forcée, mais que l'ordre a été bientôt rétabli et la vente a continué
Launay, Brunel, Guérin disent qu'au chantier du citoyen Desegoute la garde a été forcée, mais l'ordre a été bientôt rétabli
Chevalier dit que, sur la place Égalité, il y a beaucoup de voitures chargées de bois que Ton vend à un prix excessif ; il observe qu'elles gênent la voie publique.
Petit, Didier et Martin rapportent qu'il est arrivé, les 18 et 19,
HEACTION THEnHIDORlENNE [6 fi^vrieh 1795J
de difTérentes denrées pour l'approvisionnement des ehés, ainsi qae sept de marée.
•e. — Valus dit que, dans l'assemblée des Défenseurs des mme, séant aux Enfants de la Patrie, faubourg Antoine, le pétition destinée à être présentée à la Convention nalaqueile on demande s'il est permis de violer les proilevant les bustes de Marat ; ensuite il a été question du t de Rossignol ; la discussion a. été remise à la décade la séance a fini par des chants patriotiques et la pro- >usteB de Marat et Le Peletier; il a été fait invitation & citoyens de venir & cette assemblée. Il y aura une surséance prochaine en cet endroit.
a'on est venu dire au café des Canonniers qu'il y avait dans un café, rue de Chartres, qui avaient mal parlé membres de la Convention. On voulait se transporter auleur donner des coups de bâton ; on s'y est opposé ; on lait que le dénonciateur aille au Comité de sûreté gênéa rapport ; il est parti pour s'y rendre, et plusieurs ci- £compagné.
qu'il y avait beaucoup de foule au café des Canonniers; [u'il fallait écraser les Jacobins et les buveurs rie sang, ux qui ont distribué la feuille du Dernier coup de tocsin
que, dans ce même café, on disait que l'armée de Ghabrçaît, que, dans ce moment, elle pouvait être de nés, que ces nouvelles étaient sAres, qu'on les tenait I qui venaient du pays; d'autres ont soutenu que cela ne
porte que, dans un groupe relatif à l'arrestation de cermrs, vendant des feuilles, telles que ÏOrnbre de Marat, up de tocsin de Fréron, on disait que l'ont faisait la ons patriotes, que l'on n'arrêtait pas les écrits de ce
et d'autres f gueux, comme lui, qu'on n'a pas
s libelles que l'on a faits contre les Jacobins. . qu'hier, quatre heures de relevée, quatre particuliers chés d'un citoyen qui était dans un cabriolet, l'ont fait ic menace et lui disant, de la part des Jacobins, que dans 1 n'y aurait ni voitures, ni cabriolets ; cette scène s'est 3 Fontaines, près celle du Temple. Le citoyen attaqué a nr demain.
Hannocoue-Guemn, Paucoknieh.