‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 97 sur 138 · I., Fi'III, SeiDe, IS · texte numérisé non relu

I., Fi'III, SeiDe, IS

Journaux.

Courrier répitblicain du 20 pluviôse t w 49 pluviôse. Les ftHes décadaires, la dépanihêonisation des saints moderncSi la paix, les subsistances, puis quelques querelles particulières, toujours au nom du peuple et de la liberté, voilà à peu près ce qui dirige actuellement les esprits dans celte capitale. Marat, le trop célèbre Marat, est toujours au sommet du Capitole; mais il a à craindre que son cadavre, transporté sur la roche Tarpéïcnne, ne soit bientôt précipité avec fracas dans les eaux du Tibre. Des observateurs ont remarqué que, dans un café situé à Tangle formé par le boulevard et la rue du faubourg Montmartre, sont peints à fresque et de grandeur naturelle J.-J. Rousseau, Franklin, Voltaire, Helvétius et Pope. En face de ce dernier se trouve Marat, vêtu d'une espèce de carmagnole, couverte d'une toge romaine avec un grand pantalon. Sa tête est barbouillée de plâtre ; de sa main gauche il tient un imprimé ayant pour titre VAmi du peuple. Ce pamphlet-là est aussi barbouillé de plâtre. Il parait qu'il occupe dans ce café la place qu'y occupait Mirabeau. Ainsi le prétendu ami du peuple a chassé de cette maison Mirabeau, comme il Ta chassé du Panthéon. Ces deux hommes ne valaient peut-être pas mieux Tun que l'autre ; mais enfîn les saints vivent bien en paix dans le Panthéon du pape : pourquoi donc les nôtres sont-ils sans cesse expulsés de ce séjour céleste avec autant de pompe et d'empressement qu'on y avait chanté leur apothéose?... . » — Vedette du 20 pluviôse : « Le Comité de sûreté générale est instruit qu'il y a beaucoup de rassemblements des Jacobins, terroristes et autres, et on ne peut jamais les saisir. Les faubourgs Antoine et Marceau sont les lieux où sont les points de ralliement. Pour n'otre pas surpris, ils ont, de distance en distance, des espions qui se placent sur toutes les avenues qui aboutissent au point de ralliement ; dès que Tun voit arriver la force armée, il court avertir le second, celui-ci le troisième, et ainsi de suite jusqu'à l'endroit. La compagnie se sépare, et va se confondre avec les passants, en sorte qu'on n'a pas encore pu les prendre sur le fait. Ils font circuler plusieurs brochures, et ils répandent le bruit que, dans huit jours, les Jacobins seront plus triom))hants que jamais. »

Rapport du 20 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Le café des Canonnîers élail encore hier très agité ; un jeune homme y a lu un discours très énergique contre les Jacobins en général; il avait pour but : i« de demander à la Convention la punition des anciens membres du Comité de salut public ; â'» qu'elle rétablisse le décret qui dit que personne n'aura les honneurs du Panthéon que vingt ans après sa mort; 3° de

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463 RÉACTION THERMIDORIENNE [7 février 179U]

dépanthéoniser Harat, que Ton traite d'idole hideuse ; 4« enfin d'engager tous les citoyens à se réunir pour combattre les Jacobins et leur donner la mort, s'ils osaient faire éclater la guerre civile. Ce discours a été vivement applaudi ; on a arrêté qu'il serait imprimé et affiché.

On a rapporté que quelques-uns de ces jeunes gens avaient dit que la Convention n'avait pas besoin de mouchards, et qu'il fallait assommer tous ceux qui les avaient arrêtés à TAmbigu-Gomique. Le citoyen Rondonneau, administrateur du dépôt des lois, rue Nicaise n^332, a déclaré chez le commissaire de police que, le 14, sur les huit heures du soir, un rassemblement se porta près de sa boutique, que plusieurs personnes entrèrent et demandèrent qu'on leur livrât le buste de Marat, promettant de le remplacer par celui de J.-J. Rousseau, qu'après leur avoir fait quelques représentations sur la forme illégale de leur demande, pour éviter la suite qu'aurait pu produire sa résistance, il avait laissé un citoyen déplacer et emporter le buste de Marat.

Dans un groupe. Jardin national, le public paraissait irrité de la conduite de la jeunesse chez Audinot; on paraissait très étonné de ce que le peuple était resté aussi tranquille; on y disait que, tant qu'il y aurait deux partis à la Convention, le gouvernement trouverait toujours des entraves dans sa marche républicaine. On paraissait craindre que reffervescence de cette jeunesse n'entraînât des suites fâcheuses. On a remarqué dans ce groupe le ci-devant curé de Gentilly.

On a brûlé, au café des Canonniers, le journal intitulé Le Courrier cfc5 Armées *, parceque les journalistes racontaient ce qui avait eu lieu chez Audinot, en traitant la jeunesse de muscadins.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Favart la tranquillité a été un moment troublée par dix ou douze jeunes gens qui excitaient d'autres à pousser en disant : « Ce sont des Jacobins qui veulent toutes les places pour eux seuls I » Le public a crié : « A bas ! faites sortir ces agitateurs. » Un citoyen a menacé un de ces jeunes gens ; cependant la tranquillité s'est rétablie.

Au théâtre de la rue Feydeau... le public a demandé que Garât paraisse pour chanter le Béveil du Peuple, On a dit que tiarat n'y était pas ; Lebrun a paru et a chaqté

i. Sous*ce titre la Bibliothèque nationale ne possède (Le 2/2631) et M. Tourneiix n'a connu (B/6Z., t. II, n* 11,016) qu'une feuille in-4", qui parut du 2 brumaire an IV au 6 vendémiaire an V. On voit qu'en pluviôse an III, il y avait déjà un Courrier des armées, mais nous n'en avons pas retrouvé d'exemplaire.

[7 FJ^vRiER 1795] RÉACTION THERMmORIENNE 464

Commerce. Pain. — Tranquillité. Cependant quelques boulangers se plaignent de n'avoir pas assez de farine pour faire leur levain ; 'Agence des subsistances est prévenue de ces plaintes

Viande. — Moreau, Dumortier, Noblâtre et autres disent que la tranquillité a régné, que la distribution s'est faite avec ordre, et que presque tous les bouchers ont eu de la viande de reste.

L'on a été obligé de requérir la force armée pour rétablir Tordre & la porte d*un boucher au Marais. Le calme a été bientôt rétabli ; plusieurs citoyens n'ont point eu de viande.

Les halles étaient très bien approvisionnées ; beaucoup de légumes, racines, marée, fromages ; belle viande en quantité, ainsi que cochons.

Surveillance. — Aux tribunes de la Convention, sur la lecture d'une adresse d'une commune qui annonçait ne pas plus vouloir de bonnet rouge que de couronne, et sur les applaudissements dont cette adresse a été couverte, des femmes placées dans Tamphithéâtre, à gauche, se sont écriées : Ahf voilà le Palais-Royal/

On se permet de blâmer Tarrété du Comité de sûreté générale relativement au buste de Marat, et Ton dit que, les droits de Marat à la considération publique étant consacrés par un décret, ils ne peuvent être compromis, comme ils le sont, sans un autre décret.

Le café des Canonniers, Maison-Égalité, est dénoncé comme étant le centre où se forment les troubles qui agitent tous les spectacles. Au susdit café des Canonniers il a été lu hier un projet d'adresse à la Convention, dont l'impression a été arrêtée. L'objet de cette adresse est de demander la prompte punition des membres de l'ancien Comité de salut public, de remettre en vigueur le décret qui n'accorde que vingt ans après la mort les honneurs du Panthéon, et d'engager tous les citoyens de faire cause commune contre Marat.

Rue de Charonne, faubourg Antoine, un buste de Marat a été trouvé par une patrouille au coin d'une borne.

Les jeunes gens arrêtés au théâtre de l'Ambigu-Comique, et depuis élargis, se sont montrés aussitôt au café des Canonniers; chacun faisait trophée de ce qu'il avait fait; chaque détail était couvert d'ap* plaudissemenls.

Projet des citoyens de faubourg Antoine de se porter primidi prochain en masse à la Convention pour y porter et placer les bustes de Marat et de Le Peletier de chaque côté du président.

Barbarin, Pasïé.

(Arch. nat., F»«in, Seine, 15.)

465 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 février 4795]

Rapport du 21 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — L'esprit public est un peu moins agité que les jours précédents. Les conversations de presque tous les cafés et lieux publics avaient pour objet le décret qui suspend les honneurs rendus à Marat, et qui fixe le terme de dix années, après le décès, pour décerner les honneurs du Panthéon. Ce décret est approuvé unanimement.

D'autres s'entretenaient de la cherté excessive des marchandises et denrées de première nécessité, et traitaient les marchands de scélérats dont Tunique but était de soulever le peuple.

Au café des Canonniers, quelques-uns des jeunes gens qui avaient été la veille arrêtés au théâtre a Audinot faisaient un récit très désavantageux du traitement qu^ils avaient essuyé de la part de ceux qui les avaient arrêtés, et se vantaient de traiter tous ceux qu'ils reconnaîtraient pour y avoir contribué comme les Jacobins.

Un rapport annonce qu^hier, à l'assemblée générale de la section de Mon treuil, il s'est présenté une députation de la section des Quinze- Vingts, chargée d'apporter une pétition adoptée par cette section. Cette pétition concernait les bustes de Marat et de Le Peletier; on y disait qu'après avoir renversé ces bustes on en viendrait à la Convention nationale et à tous les patriotes ensuite. Cette pétition contenait, suivant le même rapport, la demande de la Constitution démocratique tout entière et des Droits de l'homme. Elle a été applaudie par une portion des citoyens qui voulait que le président mit aux voix l'adhésion sur le champ. D'autres citoyens ayant demandé la parole, il se fît un tumulte considérable, qui a duré jusqu'à la fin de la séance, qui a été levée à dix heures du soir. Les partisans de la pétition ont invectivé ceux qui avaient demandé la discussion préalable, et, quoique cette pétition n*eiit pas été adoptée, ils ont promis de se réunir à la section des Quinze- Vingts pour aller à la Convention nationale.

On lit dans un autre rapport que les jeunes gens se promettent d'aller ce soir au spectacle d'Audinot pour s'opposer à la représentation de la nouvelle pièce ; ils savent, disent-ils, que le théâtre sera investi delà force armée. D'après ce rapport, ces jeunes gens mena-

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