A LA JOURNÉE DU
Jownaux. — On assure, dit le Bien Informé^ que les hostilités ont commencé de la part de l'Empereur, — L'Observateur s'applique à démentir tous les bruits que les gazeliers de l'étranger font courir depuis quelque temps de la mort de Buonaparte et de Berthier, ainsi que de prétendus échecs survenus à l'armée d'Orient. — D'après la gazelle anglaise, que copie le Messager^ il paraîtrait qu'à Londres on a été extrêmement surpris de voir le roi de Naples, dont on ne connaît encore ni les alliés ni les moyens de défense, oser s'avancer le premier dans une carrière si périlleuse pour lui et s'exposer, ainsi que tout le monde croit, à être victime de son zèle. « Celte levée de boucliers, ajoute-t-on, tient au plan politique d'immoler ce prince, ou de forcer, par le tableau de cette nouvelle conquête, certaines puissances continentales à se déclarer. » — Cette dernière phrase a tout l'air d'un appel, et ne répond nullement à l'intention que semblait renfermer celle qui la précède. — On observe que, dans presque tous les feuilletons de journaux, il se trouve des annonces de draps ou marchandises de manufactures, que les prix sont désignés, mais sans indication de mesure des objets, de telle sorte qu'on ne peut voir si c'est l'aune ou le mètre. Ce prix cependant et le rapprochement qu'on en peut faire avec l'usage journalier tendent à faire croire qu'il n'est réellement question que de l'aune.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB» 89.)
MDLXYIII
Rapport du bureau central du 4 nivôse.
, ..Journaux. — Quiconque pénétrera au delà du voile du patriotisme dont le rédacteur du Courrier du Corps législatif couvre presque toujours ses assertions politiques ne pourra s'empêcher de le reconnaître souvent en opposition avec les principes républicains. Dans la feuille du 3, dont l'envoi a été tardif, l'arrestation de Vandernoot en Hollande est une occasion de remarquer que cet homme était connu
281 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 dkcembre 1798]
par son esprit de fureur et de jacobinisme. La manière d'annoncer que le général Berthier est en quarantaine à Marseille est tellement équivoque qu'elle tient de l'ironie ; le mot quarantaine d'ailleurs est en italiques. Il n'est pas sûr que ce ton d'ironie ne règne point dans l'article où il est question du bon accueil fait en Helvétie à Masséna, nommé par le journaliste enfant gâté de la victoire. Le Moniteur et d'autres disent : enfant chéi^i, et non pas : enfant gâté. Mais il est, dans la feuille du 4, un article de trois lignes plus remarquable, intitulé Commissions militaires. On annonce qu'elles viennent d'être abolies en Irlande. « Ainsi, ajoute le journaliste, partout la douceur esta l'ordre du jour : combien est belle cette émulation des gouvernements ! » Et c'est du gouvernement anglais que l'on ose faire ici une sorte d'éloge; c'est ce gouvernement odieux que l'on rapproche ainsi du gouvernement français. Viennent plus loin des considérations, peut-être peu convenables, sur l'avantage qui résulterait pour la France d'une union non interrompue avec la Porte. Un journal avait parlé hier d'hostilités commencées par l'Empereur; il se rétracte aujourd'hui; mais \e Messager des relations extérieures propage ce bruit, ou du moins l'appuie d'une sorte de probabilité. Cependant il juge, d'après l'opinion, que les puissances coalisées ne peuvent manquer de se repentir de vouloir combattre encore la République. Mais il est à noter que les réflexions faites dans ce sens commencent par cette phrase : « Parmi les divers partis qui divisent encore la France >5, etc. Le même Messager se charge aujourd'hui de reproduire les bruits qui circulent à Hambourg, Francfort et Vienne de l'accession prochaine d'une des principales cours de l'Allemagne à la coalition. «Les mêmes lettres, ajoute-t-il, parlent d'une entrevue entre l'Empereur et le roi de Prusse, à l'occasion de la revue des troupes russes et galiciennes.» On conçoit peu l'acharnement de ce journal à propager les bruits les plus mauvais, dont la source elle-même est reconnue très mauvaise. N'est-ce pas seconder les vues de nos ennemis, qui, tout porte à le croire, comptent sur la circulation de ces nouvelles dans l'intérieur de la République? Il est à remarquer qu'elles tendent toujours à persuader que la Prusse est sur le point de se coaliser et à donner avec perfidie le change sur les intentions de cette puissance et son intérêt à garder la plus fidèle neutralité.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB3 89.)
MDLXIX
Rapport du bureau central du 5 nivôse.
.,, Journaux, — Les feuilles aujourcriiui ne donnent lieu qu'à très peu d'observations; les discours tenus au parlement d'Angleterre remplissent la place. — La manière dont sont amenées, par le Courrier du Corps législatif, de très bonnes réflexions insérées dans des journaux patriotes sur Tinfluence que l'Angleterre a eue dans les hostilités commencées par le roi de Naples est assez équivoque; il croit devoir rappeler que Nelson laissa passer, par ordre de sa cour, la flotte chargée de l'expédition d'Egypte, afin de faire envisager celte expédition de la part des Français comme une déclaration de guerre d'autant plus outrageante qu elle est plus soudaine et plus gratuite. Il faut, pour modifier le sens de cette phrase, tout ce qu'on lit plus loin dans la même feuille d'avantageux au général Buonaparte. On lit dans le Publiciste que l'Orne et le Calvados sont encore une fois ravagés par des Chouans, qui marchent par handes de soixante et quatre-vingts. — Le même dit que, suivant quelques lettres particulières, Joubert, en se rendant au quartier général de Turin, aurait momentanément confié à Moreau le commandement du reste de l'armée d'Italie. — Le Flambeau annonçait que Pichegru a été vu à Londres dans la galerie de la Chambre des communes; il ajoute qu'on a remarqué qu'il sortit, dès que le ministre prit la parole.
Sallior.
(Arch. nat., BB » 89.)
Journaux.
Publiciste du 6 nivôse : « De Paris, o nivôse... Hier matin, vers cinq heures, on allait encore voler dans Paris une diligence, pendant que les voyageurs et le cocher déjeunaient dans un café. Déjà les courroies étaient coupées. Mais on s'en est aperçu à temps. Les voleurs, poursuivis, ont abandonné leurs paquets, mais n'ont pas été atteints... »
283 DIRECTOIRE EXÉCL'TIF [2o ukcembre 1798]
MDLXX •
o NIVOSE AN VII (25 DÉCEMBRE 1798).
Rapport du bureau ciîntral du G xivose.
.. .Événements. — ... Deux femmes mendiantes et malheureuses ont été trouvées raides de froid, l'une rue de Poitou, l'autre rue Louis-au-Marais. Des secours empressés leur ont été portés; la première a été rappelée à la vie sur-le-champ; l'autre, étant plus âgée, ayant besoin d'un traitement suivi, a été conduite à l'hospice
Journaux. — La Gazelle de France copie dans le Publicaleur de Nantes une ironie dirigée contre Raymond ; il paraît essentiel d'en rapporter ici les expressions : « Gare, gare, s"écrie-t-on, de deux voitures attelées de huit chevaux et escortées de deux gendarmes. — Le droit de passe, citoyens? demande le pauvre employé aux barrières. — Nous sommes exempts, ce sont des représentants. — Le postillon fait claquer son fouet; l'employé reste stupéfait, et la voiture disparaît à sa vue. — C'étaient en effet Raymond et son collègue qui viennent, dit-on, représenter la colonie, et qui n'ont pas encore eu le temps de méditer sur l'égalité; ils ont requis une garde, mais la municipalité n'a pas cru devoir accéder à cette demande; ils n'ont montré ni leurs passeports ni leurs pouvoirs. » — H y a dans cet article un véritable ton d'outrage à la représentation nationale ; d'abord ce mot : « Nous sommes exempts, ce sont des représentants », ensuite cet autre que Raymond et son collègue viennent représenter une colonie et qu'ils n'ont pas eu le temps de méditer sur l'égalité, décèlent évidemment cette intention. Aussi le Bulletin de l'Europe est-il le premier à copier cette inconséquente ironie. — Quelques phrases éparses dans le Courrier du Corps législatif méritent également une attention particulière. Par exemple, il commence ainsi son article de Politique intérieure : « Nous ne trouvons rien d'inquiétant; l'esprit public est mort avec les grandes passions qui troublent les États » — Plus loin, après avoir annoncé que Mangourit et xMéchin ont échappé aux Napolitains, il dit : « Assurément on commet bien des crimes, mais il faut convenir qu'on suppose bien davantage. » — Il copie les gazettes étrangères qui font battre, tailler en pièces un corps polonais qui protégeait la retraite des Français lors de l'évacuation de Rome. Enfin il cite complaisamment la Gazette d'Ofen, qui s'attache à faire l'énumération des troupes composant l'armée russe. — Le Pro-
pagateur dit qu'à Rasladt on assurait, le 29 frimaire, que, ce jour même, une quadruple alliance avait été signée entre Pétersbourg, Constantinople, Vienne et Londres. — Plusieurs journaux annoncent sommairement de nouveaux succès en Italie, à la rentrée des troupes
françaises dans Rome.
MDLXXl
Rapport du bureau central du 7 nivôse.
Evénements Observation. — Attendu la rigueur extrême de la
saison, un des administrateurs du Bureau central s'est transporté hier et aujourd'hui dans tous les ports pour s'assurer par lui-même des établissements placés sur la rivière et des bateaux chargés de marchandises qui pouvaient courir des dangers, et il a fait prendre les précautions nécessaires pour les mettre à l'abri de tous les événements, tant que le froid durera. Le Bureau central continuera de donner des soins particuliers à tout ce qui aura rapport au service de la navigation. — Le Bureau central a fait imprimer et donné ordre d'afficher son arrêté du 19 frimaire dernier, approuvé par le département le 24, qui fixe les jours de marché de cette commune et annule les précédents arrêtés sur le même objet
Journaux. — Il n'a été vu, dans les feuilles périodiques de ce jour, que l'article suivant du Surveillant qui méritât d'être noté particulièrement. « On répand, est-il dit, un bruit auquel nous ne pouvons ajouter aucune espèce de foi : on prétend que le général Joubert, ayant vu de mauvais œil les derniers changements opérés dans la République cisalpine par le commissaire Rivaud, a écrit au Directoire français pour s'en plaindre, et qu'il a en môme temps offert sa démission. On ajoute même qu'elle a été acceptée. Mais nous ne croyons pas plus l'un que l'autre. » Dans les Affiches et Annonces, le citoyen Barthélemot, confiseur, fait annoncer le plus grand débit de marchandises, ce qui donne lieu à rapprocher cet avis d'une époque de l'ancien calendrier où ces sortes d'objets accompagnaient des
souhaits de bonne année.
Lasalle.
(Arch. nat., BB » 89.)
285 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 dkcembre 1798]
Publicisledn 7 nivôse : « De Paris, le 6 nivôse... La citoyenne Buonaparte qui, pendant qu'on a eu des inquiétudes sur le sort de son époux, s'était condamnée à la retraite, reparaît dans les spectacles et les réunions publiques, depuis qu'on est entièrement rassuré... » — Moniteur universel du G nivôse : « Gravure. Bonaparte et Augereau à la tète des troupes, lors de la prise du pont d'Arcole. Cette estampe, large de 2i pouces sur 15 de haut, a, outre l'intérêt de la scène, celui de représenter lidèlement le lieu où elle se passa. L'esquisse du dessina été faite au moment de l'action. »
MDLXXII
Rapport du bureau central du 8 nivôse.
Journaux. — La Clef du Cabinet et une foule de journaux donnent, à l'article de Londres, l'annonce que, dans cette ville, le bruit court d'un projet de rapprochement entre la cour de Saint-James et celle de Madrid; qu'il est même des cafés où l'on assure déjà des bâtiments étrangers destinés pour la Vera-Cruz. — Si l'on en croit le Puhliciste, on a reçu à Madrid la nouvelle de la reddition du fort Mahon aux Anglais. — Le même annonce que les citoyens Méchin et Maugourit sont prisonniers des Napolitains, à Viterbe. — On ne peut s'empêcher de considérer comme une infraction indirecte à l'observation du calendrier républicain et comme un signe d'attachement aux usages de l'ancien régime, l'annonce insérée aujourd'hui dans les Affiches et Annonces de plusieurs confiseurs, qui rappellent au public le talent dont ils ont toujours donné des preuves à la même époque (il est évident que c'est avertir ouvertement le public de l'existence d'un 1" janvier). — On regrette de voir une annonce semblable dans le Journal de Paris.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB « 89.)
Journaux.
Publiciste dn 10 nivôse : « De Paris, le 9 nioôse... Le général Montesquiou est mort à Paris avant hier, d'une fièvre maligne. Ex-constituant, conquérant de la Savoie en 1792, aussi distingué par ses lumières que par ses
[28 DÉGEMiiRE 171)8] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 286
qualités morales, le désintéressement et Télévation de son caractère, il était du petit nombre de ces hommes rares qui réunissent plusieurs titres à la célébrité, les succès militaires, le talent d'écrire, l'étendue et la justesse de l'esprit, les connaissances en finances et dans les diverses parties de l'administration. Bon parent, bon ami, adoré de sa famille, peu d'hommes furent plus chers à tous ceux qui le connurent. Il n'avait que cinquante-sept ans, et rien n'annonçait cette lin prématurée... »
MDLXXIII
Rapport du bureau central du 9 nivôse.
. . .Journaux — Le Courrier de Paris, le Journal des Séances et le Postillon s'appliquent à publier (ces nouvelles paraissent à l'article Vienne) que les Napolitains sont fidèles à respecter le droit des gens à Livourne ; ils les font même si scrupuleux sur ce point, qu'ils rapportent que trois soldats napolitains passèrent aux verges pour avoir insulté à la cocarde tricolore, et que, pendant l'exécution, on a vu des sous-officiers napolitains frapper ceu.x de leurs soldats qui lâchaient faiblement leurs coups sur le patient. C'est faire bien humains et bien patriotes les sujets d'un roi qui laisse exercer en son nom les plus horribles cruautés. — Le Patriote du moins, en rapportant la même nouvelle, en fait sentir toute l'invraisemblance; les autres, différemment animés, la donnent nue et sans aucune réflexion. — On assure, dit le Flambeau, que Napper-Tandy a été mis en liberté par le Sénat de Hambourg, et qu'il revient en France. — Continuation dans les Affiches et le Journal de Paris d'annonces de débit de marchandises par des confiseurs ; le citoyen Duval, entre autres, rue des Lombards, s'annonce sous cette enseigne : Au grand vainqueur, ci~
devant grand monarque.
Lasalle, Lessore.
Rédacteur du H pluviôse : « Département de la .Seine. Le département, par son arrêté du 8 nivôse, a destitué le citoyen Grudé, instituteur particulier du Vil" arrondissement, pour ne s'être point conformé aux lois concernant l'inslruclion publique. »
287 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [30 dkcembre 1798Î
MDLXXIV
Journaux.
Moniteur universel du 10 nivôse : « La Seine est prise depuis celte nuit en deux endroits différents, du côté du Jardin des Plantes et vis-à-vis des- Invalides. » — « Le citoyen Mazuyer, professeur en médecine, a prédit que, cette année, l'hiver serait rigoureux ; il prétend avoir observé que tous les hivers rigoureux de nos climats arrivent du 4 au 5 et du 8 au 9 de l'ancien calendrier; ainsi il cite ceux de 1708 à 1709, de 1744 à 1745, de 1775 à 1776,^ de 1778 à 1779, de 1784 à 1785, de 1788 à 1789, de 1794 à 1795, et celui de 1798 à 1799 paraît justifier encore la prédiction du citoyen Mazuyer... )>^ — Moniteur universel du 12 nivôse : « Bureau central du canton de Paris. Au rédacteur. Paris, le 9 nivôse an VIL Les administrateurs du Bureau central donnent avis à leurs concitoyens d'un nouveau genre d'escroquerie. Des individus se présentent dans une maison, au moment où un des locataires est absent ; ils portent une boîte à son adresse et une lettre adressée à un autre locataire. Celte lettre invite celui à qui on la remet à recevoir la boîte et à donner au porteur une somme plus ou moins forte pour le prix des marchandises qu'elle contient. La boite ne renferme que des objets de nulle valeur. Déjà quelques citoyens ont été dupes de cette ruse, qu'il suffit de publier pour la déjouer. Lasalle. »
MDLXXV
Rapport du bureau central du H nivôse.
Observation. — D'après la circulaire adressée par le Bureau central, le 25 frimaire dernier, aux commissaires de police, concernant les nouvelles mesures de longueur, les commissaires des divisions du Muséum et Poissonnière ont transmis leurs rapports, desquels il résulte que, quoiqu'ils aient vu le mètre en évidence dans les boutiques des marchamls de leurs arrondissements respectifs, ceux de la division Poissonnière n'en vendent pas moins à l'aune, en ajoutant au mètre un sixième de plus et qu'ils font sur leurs comptoirs des points ou autres signes pour la longueur de l'aune, auxquels ils
mesurent leurs marchandises.
Lasalle, Lessork.
(Arch. nat., BB» 89.)
Journaux.
Moniteur universel du 11 nivôse: « Voici la réponse du citoyen
Lalande au citoyen Mazuyer, médecin : « Le citoyen Mazuyer a beau se moquer a de ceux qui raisonnent et qui calculent, ceux-ci ont quelquefois prise sur « ceux qui ne font qu'observer. Je lui propose de jeter les yeux sur le cata- « logue des grands hivers, dans \e Journal général de France, ']an\ier 1789; « dans le mémoire de M. Mons, imprimé à Gand, en 1792, il verra que les « années cinq et neuf des dizaines y ont peu de part. Ce sont les années 763, « 801, 1067, 1210, 1272, 1305, 1354, 1358, 1361, 1364,1420, 1460, 1480, 1493, « 1507, 1522, 1608, 1638, 1655, 1657, 1663, 1677, 1709, 1740, 1776, 1788. Au « reste le froid a été, le 6, de 14 degrés à l'observatoire du citoyen Messier, « mais cela n'a duré que quelques heures. ...»
MDLXXVI
Compte décadaire des opérations du bureau central du canton
DE paris du 1" au 10 NIVOSE AN VII.
. . .Mendiants dans les boutiques. — D'après une lettre du ministre de la police, annonçant que plusieurs marchands de Paris se plaignaient de ce que des mendiants, fort en état de travailler, se disant ruinés par la Révolution, s'introduisaient dans les boutiques, particulièrement dans celles où ils ne voient que des femmes qu'ils intimident, le Bureau central a chargé ses agents de surveiller avec soin les mendiants et de les arrêter en flagrant délit, ce dont il a informé le ministre. ....
Prisons. — Le commissaire du Directoire près le département de la Seine ayant demandé dans quelle situation d'esprit se trouvait l'ex-marquis de Mesnard, qui avait été écroué le 4 nivôse an V en la maison de santé du citoyen Beihomme, rue de Charonne, et s'il y avait lieu de suivre TafTaire de ce prévenu d'émigration, le Bureau central lui a observé que ce prévenu s'était évadé en l'an V [de la maison] du citoyen Beihomme, oîi il avait été placé en vertu d'un jugement du tribunal criminel pour cause d'insanie, et que le Département avait été informé dans le temps de son évasion.
Mœurs et opinion puhlique. Esprit public. — Il n'a été fait dans le cours de cette décade aucune remarque de nature à notifier [sic) un rapport sur l'opinion publique
Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Insultes aux mœurs. — Le Bureau central a ordonné une surveillance active :
•289 DIIIECTOIRE EXÉCLTIF [21 au 30 dkgembre 1798]
1° au Pâté des Italiens, sur des femmes publiques qui y sont logées et dont la conduite scandaleuse excite chaque jour de nouvelles plaintes ; 2° clans la rue Fiacre et celles adjacentes, dénoncées comme servant de rassemblement à des hommes pervers qui insultent aux mœurs et prennent de force les enfants qui passent dans ces rues.
Saisie de livres et estampes obscènes. — Des livres et estampes obsctl'ues ont été saisis par le commissaire de police de la division iluPont-Neuf, chez les citoyens Chenu et Pélissier, libraires au Palais- Égalité, lors (le l'exécution d'un mandat de perquisition décerné par le Bureau central, où les objets saisis sont déposés avec le procèsverbal.
exportation de journaux en Angleterre. — Le Bureau central a informé les administrateurs des messageries de la décision du ministre de la police pour qu'aucune (euille périodique française, destinée pour PAngleterre, ne sorte du territoire de la République, et les a invités à surveiller l'exécution de cette mesure.
Levée de scellés. — Il a fait exécuter un arrêté du Directoire exécutif du 2 nivôse, transmis par le nnnistre de la police, ordonnant la levée des scellés apposés sur les presses du citoyen iMoreau, imprimeur du journal intitulé Nouvelles de Paris.
Permission retirée au directeur d'un théâtre. — Par suite de différentes plaintes portées contre le citoyen Saint-Amand, directeur du théâtre des Victoires-Nationales, notamment de celle de l'adjudant de la 30« brigade, au sujet du renvoi et refus de payer la garde envoyée à ce théâtre, où il y a eu relâche nonobstant l'annonce de spectacle, le Bureau central a retiré au citoyen Saint-Amand la permission provisoire qu'il lui avait accordée
Salubrité et voie publique Illumination. — Malgré toute l'attention que les allumeurs ont mise à vouloir rallumer les réverbères à mesure qu'il s'éteignaient dans la nuit du 5 au 6, la gelée a empêché les mèches de brûler. Des précautions ont été prises, le lendemain, pour empêcher la gelée des huiles
Théâtre de la Cité. — Ayant été reconnu, d'après la visite ordonnée par le Bureau central, que les entrepreneurs du théâtre de la Cité n'avaient point pris les précautions qu'exige la sûreté publique en cas d'incendie, le directeur de ce théâtre a été invité à y faire établir, dans le délai de dix jours, une pompe et un corps de garde de pompiers. Les citoyens Moitié, architecte, Bralle, ingénieur hydraulique, et les deux commandants des pompiers, ont été invités à en suveiller la confection, et le commissaire de police a été chargé de rendre compte de ces mesures et de veiller à ce qu'il ne fût donné aucune Tome V. 19
[21 AU 30 DKCEMBRE 1798] DIHECTOIHE EXÉCUTIF 290
pièce à feu sur ce théâtre, jusqu'à ce qu'il eût été constaté qu'il ne présentait aucun danger.
Dissections. — En réponse à une lettre du ministre de la police, le Bureau central Ta informé des mesures prises pour assurer provisoirement aux professeurs d'anatomie avoués par lui la continuation de leurs leçons, l'obtention des sujets nécessaires. Il l'a pareillement informé des conditions qui leur sont imposées pour l'enlèvement des corps et la réintégration des débris, et il lui a observé qu'incessamment il lui soumettrait le plan général des mesures qu'il croit propres à assurer l'entière exécution de l'arrêté du Directoire sur cet objet.
Enlèvement de cadavres pour la dissection. — Il a autorisé le citoyen Larbaud, professeur d'anatomie, à enlever, dans le courant delà décade, quatre cadavres du cimetière Catherine. — Il a donné même autorisation aux citoyens Bichat et Bardu, officiers de santé, pour chacun trois cadavres. — Il a invité la commission des hospices civils à autoriser, s'il était possible, l'officiers en chef de l'hospice de l'Unité à faire délivrer au citoyen Clément, démonstrateur au Palais national des sciences et des arts, pavillon du Midi, deux cadavres par décade pour ses démonstrations
Travaux publics. Arbres de la Liberté. — Le Départenient ayant transmis un état double des arbres de la Liberté à remplacer, et l'inspecteur des boulevards ayant adressé le devis estimatif de la dépense qu'occasionnerait la plantation de nouveaux arbres de la Liberté et les conditions qu'il avait cru devoir faire à l'entrepreneur, le Bureau central a chargé le citoyen Duperon de faire faire cette plantation le 2 pluviôse, et a prévenu de cette mesure le Département et les douze municipalités, qu'il a invitées à donner à cette cérémonie toute la solennité qu'elle exige
Indemnité en faveur de la veuve d'un ouvrier mort à un service public. — Informé que le citoyen Bidaut, ouvrier à l'atelier des décharges publiques, est mort par accident en faisant son service, le Bureau central a, par un arrêté, accordé à la veuve de cet ouvrier, chargée de quatre enfants, une indemnité de loO francs, et a transmis cet arrêté au Département avec invitation de l'approuver
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB » 89.)
291 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [31 dkcembre 1798]
MDLXXYII
11 NIVOSE AN VU (31 DÉCEMBRE 1798). Rapport du bureau central du 12 nivôse.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — La série des observations faites jusqu'à ce jour sur l'opinion publique présente des résultats très avantageux. Les esprits, moins divisés de jour en jour, se rapprochent et se concilient. L'intérêt de la patrie devient beaucoup plus général. La joie que l'on a manifestée partout au récit des bonnes nouvelles, et le peu de confiance que l'on a donné à celles dont la source paraissait équivoque ou dont les conséquences étaient de nature à produire de fausses alarmes, ont donné la juste mesure des bonnes dispositions du public. La révolution du Piémont, la fuite de son roi en Sardaigne, la marche plus pacifique du congrès de Rastadt, l'imprudence du roi de Naples, sa perfidie, la cruauté de ses troupes, les succès de notre armée en Italie, la reprise de Rome, la dispersion des ennemis, la situation avantageuse des affaires de la République en Egypte, la conduite courageuse de la corvette la Bayonnaise, sont le sujet de tous les entretiens. Les cafés ont eu plus de monde que de coutume ; le royalisme n'y avait presque aucune influence ; toutes les conversations étaient animées de l'amour de l'ordre. La presque totalité des habitués témoignait dans ses opinions beaucoup d'attachement à la République et, dans ses conjectures, beaucoup d'espérances pour des triomphes nouveaux en cas de guerre, pour de grands avantages commerciaux, si la paix a lieu. Il n'est question que de la paix continentale; tant la haine est prononcée contre le gouvernement anglais. — Chacun s'est plu à citer le nombre et l'enthousiasme des conscrits. Le zèle avec lequel ils se sont montrés prêts à marcher contre l'ennemi rassure pleinement contre les événements d'une nouvelle campagne, s'il fallait l'entreprendre. Quelques partisans de l'ancien régime cherchent à inquiéter encore sur les derniers efforts des révoltés dans les départements réunis, mais le public sait à quoi s'en tenir à cet égard, et ne doute pas que ce feu de révolte, allumé par l'Angleterre, ne soit à la veille d'être entièrement éteint. — Les seules alarmes que l'on ait conçues naissent du brigandage exercé dans quelques départements de l'Ouest par des émigrés vomis sur les côtes et des assassins de grandes routes qui ont fait partie autrefois de rassemblements de Chouans.
Mœurs. — Le scandale de la prostitution diminue depuis quelque temps; les femmes, qui faisaient publiquement cet infâme métier dans des boutiques, au Jardin-Égalité, ont été contraintes de sortir ; le public a paru applaudir beaucoup à cette mesure.
Cultes. — Les cultes n'ont doimé lieu à aucune observation importante. Les commissaires de police sont exacts à dénoncer au commissaire du Directoire près le tribunal de police municipale les marchands ou détaillants qui, au mépris des lois et des institutions républicaines, ferment leurs boutiques les jours correspondants aux ci-devant dimanches et fêles, jours qui coïncident nécessairement avec ceux des marchés. — Les cérémonies décadaires ont attiré le 10 beaucoup de monde dans les temples ; il ne s'y est rien passé contre l'ordre et la décence.
Spectacles. — Parmi les nouveautés que la scène présente, on a remarqué deux ouvrages d'un intérêt majeur et susceptible de faire quelque impression sur l'opinion. L'un est la tragédie de Périandre\ donnée au théâtre de l'Odéon ; l'autre est celle cVOphis -, d(jnnée au théâtre de la République. — Dans la première, il a été sensible que dans le rôle d'Agatophile, personnage ennemi de la liberté, quoique destiné à faire ressortir davantage les rôles d'un caractère tout opposé, a été cependant traité avec tant d'art par l'auteur, qu'il fixe particulièrement l'intérêt des spectateurs. Le rôle de Périandre lui-même n'est pas produit sous le jour odieux qui lui convenait. Il est difficile que l'esprit public gagne à celte production, dont pourtant le plan prêtait assez naturellement aux élans du patriotisme. — Dans Ophis, on distingue ce sentiment pendant tout le cours de l'ouvrage ; il perce dans plusieurs situations importantes; de deux fils de roi, l'un, Tholus, a assassiné son père ; l'autre, Ophis, ne peut conserver la couronne qu'en prévenant par un fratricide Tholus, qui a déjà voulu l'empoisonner et qui médite un coup plus sûr. Les crimes qui servent de ciment au trône sont très caractérisés. Ophis, pour éviter la cruauté de Tholus, est caché dans le tombeau de ses ancêtres. Il naît de cet incident une suite de rétlexions philosophiques sur le néant du pouvoir suprême et de loules les grandeurs humaines ; les forfaits de Tholus, qui finit par se plonger un fer dans le sein, et ce qu'il faut de crimes pour obtenir ou conserver un sceptre, épouvantent Ophis : il abdique. — Il faut ajouter que la scène est en Egypte, aujourd'hui
\. Tragédie en cincf actes, par Luce de Lancival, représentée pour la première fois le 27 frimaire an YH.
2. Tragédie en cinq actes, par Lemercier, représentée pour la première fois le 2 nivùsc an VII.
293 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [31 dkcembre 1798J
conquête de la République, et que la disposition du premier décor, qui représente dans le lointain les fameuses pyramides, plus fameuses aujourd'hui par les triomphes de notre armée d'Orient, retrace les souvenirs les plus glorieux pour nos défenseurs, les plus avantageux à l'opinion. Le premier acte fait naître dans le même esprit plusieurs applications toujours très applaudies. Cette pièce, on n'hésite pas à l'observer, est patriotique. Ordinairement le royalisme se permet un léger murmure lors de ce vers où il est question de la mort du roi d'Egypte :
Elle ('lait nécessaire : elle est donc légitime.
Observatio7is sur le 12 nivôse. — Pendant ce jour, correspondant au premier de l'an de l'ancien calendrier, beaucoup de boutiques avaient un air d'a|»prêt, beaucoup de particuliers parurent plus soignés dans leur toilette ; des enfants, par leur importunilé, trahissaient le secret de leur famille; le plus grand nombre a manqué aux écoles. Dans certains calés, les garçons se sont permis d'offrir des cornets de confiseurs aux pratiques et aux habitués ; en un mot, l'œil le moins clairvoyant ne pouvait s'empêcher de reconnaître hier les traces d'un reste de fanatisme et des vieilles habitudes.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB » 89.)
Journaux.
Puhllcisle du 14 nivôse : c De Paris, le 12 nivôse On a célébré hier,
dans la chapelle protestante de Tambassade de Danemark, le baptême de deux enfants du consul de Danemark. L'un a été nommé par la citoyenne Grant et par l'ambassadeur; l'autre par le consul et l'épouse du consul de Prusse. Le ministre des relations extérieures a assisté à cette cérémonie, qui s'est terminée par un dîner et une fête brillante. ...» — Le Journal de Paris du 12 nivôse ])ublie un éloge de l'eu le général Montesquieu. — Moniteur universel du 12 nivôse: «Pfl/'<s, le // JuVôse. Piccini, à qui le gouvernement vient d'assurer un sort digne de ses talents et de ses principes, fut reçu hier au Conservatoire de musique, de la manière la jdus touchante, par les inspecteurs, commissaire, professeurs et élèves de ce précieux établissement. En descendant de voiture, il trouva dans la cour une musique d'instruments à vent; et, traversant la haie que formaient les jeunes musiciens, il fut conduit dans la salle où l'attendait un dîner de vingt couverts. Après le repas, qui fut très gai, il y eut un concert dans une grande pièce bien décorée, et tout autour de laquelle, au milieu des guirlandes artistement arrangées, on lisait les noms des plus fameux musiciens qui aient existé. Plusieurs députés, un membre du Directoire, beaucoup de gens de lettres et d'artistes assistèrent à ce concert, et les élèves s'y distinguèrent par des symphonies et des chants pleins de mélodie et de grâce »
[:j JANVIER 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 294
MDLXXVIII
Journal du Soir des frcrcs Chaignieau du 13 nivôse: a Paris, le 13 nivôse.
Le citoyen Daubanton, juge de paix, officier de police judiciaire de la
division du Pont-Neuf, a été écroué hier à la maison d'arrêt de la Force, en vertu d'un mandat d'arrêt décerné le 10 dudit mois, par l'accusateur public du département de la Seine, sous la prévention : 1^ d'attentat à la liberté individuelle; 2° d'extorsion de la signature d'un acte emportant obligation; 3° de deux vols de deniers par violence et envers des personnes dans l'intérieur d'une maison; 4° d'avoir trafiqué par argent ou promesse, du pouvoir qui lui était confié. — On a des nouvelles récentes des déportés de Cayenne; elles sont, dit-on, du 8 brumaire et portent qu'il ne reste plus que deux des ci-devant déportés qui y avaient été envoyés après le 18 fructidor. Six des autres sont morts
et huit se sont déjà enfuis, comme on l'a déjà annoncé » — PubiicAsLc du
17 nivôse : « De Paris, le 16 nivôse Louis François Maillart, ci-devant
député du département de la Somme, condamné à la déportation par la loi du 19 fructidor, est mort, le 13 de ce mois, d'un dépôt qui a crevé intérieurement. Il avait 49 ans. ...»
MDLXXIX
Rapport du bureau central du 45 nivôse.
. . .Jowmaux du ii nivôse. — Toujours même disposilion dans le Messager à copier les nouvelles de Londres qui peuvent faire croire que les Anglais chez eux nous le disputeraient en patriotisme ; on lit aujourd'hui qu'aux Indes Orientales, les principaux habitants de Bombay se sont empressés à l'envie de faire des dons gratuits au gouvernement anglais. — Le Courrier de Paris donne le même article. — On lit dans le Publicisle et dans le Courrier de Paris que quatre individus des États-Unis ont été arrêtés par ordre de la police et conduits au Temple. — Il est à remarquer que la manière dont le Publicisle annonce qu'il n'existe pas encore de détails officiels de la victoire de Championnet sur le roi de Naples, bien qu'elle soit annoncée officiellement, peut, dans l'esprit des malveillants, laisser
29d directoire EXÉCUTIF [^ janvier 1799]
des doutes sur ce grand événement. — La Clef du Cabinet observe l'impression que font sur les esprits, à Limoges, deux réunions dont les motifs sont très opposés : Tune est composée de commissaires du Directoire, qui s'assemblent dans le lieu des séances du Département pour s'occuper d'affaires d'administration ; l'autre est clandestine et composée de commissaires du Directoire exécutif, tous frappés de destitution. Elle présume que ces derniers ont député à Paris des individus trop connus par leur conduite. — Il répugne de voir la citoyenne AYiet se qualifier « académicienne » dans la Chrysalide.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB > 89.)
Autre rapport du même jour.
Journaux. — Les leuilles périodiques en général se maintiennent dans un assez bon esprit ; elles renferment très peu d'articles qui soient d"un intérêt majeur. — Le Publiciste, dans un bulletin de Rasladt, continue de donner de grandes espérances pour la paix ; mais, d'un autre côté, il s'arrête sur l'énuméralion des troupes russes, dont il trace la marche, soit sur la Bavière, soit vers le golfe Adriatique. Il entre aussi dans quelques détails des dispositions que la cour fait à Vienne pour aller passer en revue ces troupes russes dans le plus grand appareil. — La Gazelle historique copie dans le Journal de Liège un bulletin qui s'y trouve, comme rédigé par les partisans des brigands de la Belgique. Dans cette pièce emphatique, et que tout porte à croire très apocryphe, ces brigands sont présentés organisés en armée au nombre de cent mille, et il semblerait, à lire les détails ridicules des actions dans lesquelles elle a été engagée, qu'elle a repoussé plusieurs fois les colonnes républicaines. L'insertion d'une pareille pièce ne peut jamais tourner à l'avantage de l'opinion du journaliste, et a paru mériter une attention particulière. — On lit cette note dans la Chi^onique universelle : « Le bruit s'est répandu dans le Conseil que l'on est entré assez tôt à Naples pour se saisir des vaisseaux de transport et se mettre en possession de tout ce que l'Angleterre et la cour de Naples y avaient déposé. »
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB » 89.)
MDLXXX
Journaux.
Rédadciw du 18 nivôse : « Institut national, séance publique du 15 nivôse. Les citoyens Lacuée, Andrieux, Lefebvre-Gineau et Lassus ont rendu compte des travaux des trois classes de l'Institut national durant le trimestre. Andrieux a semé, dans son compte rendu, plusieurs traits enjoués qui ont été vivement applaudis, et l'a terminé par la promesse de l'arrivée prochaine à Paris des monuments qui com})Osent le muséum de Portici, près de Naples. Lcl'cbvre- Gincau a donné une notice des travaux de l'Institut du Caire. La classe de Littérature et Reaux-Arts avait proposé, pour sujet de l'un des prix que Tlnstitut devait décerner en l'an VII, la question suivante : « Rechercher les moyens de donner parmi nous une nouvelle activité à l'étude de la langue grecque et de la langue latine.» Elle a reçu plusieurs mémoires, dont aucun ne lui a paru mériter le prix. Cependant elle en a remarqué deux : 1" celui qui a pour épigraphe :
Exemplaria gr.vcn Nocttinia versale inanu,versatc diurna;
2" celui qui a pour épigraphe :
Labor imprubus oiiinia vincil.
La classe propose le même sujet pour l'an VIII. Le prix sera de H hectogrammes d'or frappés en médailles; il sera distribué dans la séance du 15 messidor de l'an VIII. Les ouvrages ne seront reçus que jusqu'au 1"'' germinal de la même année. Les savants de tous les pays, les memjjres et associés de l'Institut exceptés, sont admis à concourir. La même classe propose la question suivante : « Examiner ce que la langue l'rançaise a gagné en clarté et en élégance, et ce qu'elle peut avoir perdu en naïveté et en énergie, depuis Amyot jusqu'à nos jours. » Le prix sera d'une médaille d'or, du prix de .5 hectogrammes. 11 sera distribué dans la séance du lii germinal de l'an VIII. Les mémoires seront écrits en IVançais et remis avant le l*^"" nivôse. Le citoyen Palisot-Reauvois, associé de la classe des sciences mathémaliciues et physiques, a lu un mémoire sur les serpents en général, mais particulièrement sur les serpents à sonnettes que l'on trouve dans les États-Unis d'Amérique. On a entendu ensuite un mémoire du citoyen Peyre, architecte, sur les dangers d'incendie qui menacent la Ribliolhèque nationale. Le résultat de ce mémoire est, comme l'avait annoncé Andrieux, que toutes les précautions pour prévenir un si grand malheur ont été ])rises, toutes, hors une seule, savoir celle qui consisterait à transporter la bibliothèque dans un local plus sûr. Le citoyen Ducis a lu une épitre qu'il adresse à Legouvé, sur ce sujet : « On ne doit j)as mêler l'horrible et le gracieux dans les arts. » Plusieurs vers ont été applaudis, surtout celui-ci :
De bonnes actions sont de beaux vers de plus.
297 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [4 janvier 1799]
Les citoyens nnaclic el Tcssieronllu : le |)roinier, un essai sur les découvertes géographiques qui roslent à l'aire dans le grand Océan ; le second, des recherches sur la durée de la gestation, tant de la femme que des autres femelles animales. L'un des résultats de ce dernier mémoire est que, dans la femme, la gestation peut excéder neuf mois, et n'en peut pas excéder dix. Le citoyen Collin d'IIarleville termine la séance en récitant un très beau poème sur les Voyages de Mclpomène el de Thalie. C'est une histoire de la tragédie et do la comédie depuis Thespis jusqu'à nos jours. Le poète a obtenu et mérité beaucou|) d'applaudissements. Les vers que nous allons citer ne peuvent donner une idée de ce morceau, précieux surtout par l'ensemble, le meilleur sans contredit que Collin d'IIarleville ait encore lu à l'Institut national. Corneille avait fait de Melpomène une divinité ;
Mais le tendre Racine, en soupirant pour elle, La fit redevenir une simple mortelle...
Racine aimait trop lîien pour n'être pas aimé
C'est l'âme d'Euripide et la voix de 'Virgile.
Le poème est divisé en deux chants : le premier, en vers alexandrins, sur Melpomène ; le second, en vers de diverses mesures, sur Thalie. C'est dans ce dernier chant que le poète dit en parlant de Corneille :
Il eut encore le bonheur
De montrer Thalie à Molière.
Nous n'anticipons point par d'autres citations sur le plaisir qu'on aura à lire tout ce poème, qui sera bientôt imprimé. Il est vrai que Collin d'IIarleville l'a récité avec infiniment de grâce, de charme et de talent. Mais nous sommes persuadés que ceux qui l'ont entendu retrouveront à sa lecture tout le plaisir dont cette récitation semblait les enivrer. Il règne beaucoup de douceur et souvent de noblesse dans le premier chant ; le second est écrit avec un enjouement et une légèreté qui se soutiennent au milieu d'une multitude de détails purement historiques en eux-mêmes.» — Clef du Cabinet du 16 nivôse:
(i Paris, le 15 nivôse On nous mande de Courtenay qu'un enfant de
quatre ans dont le cri ordinaire était : Vive Bonaparle ! piqué de ce qu'une ))etite fille du même âge s'obstinait jjour le contrarier, à appeler ce héros chie-cn-culutte, monte dans la chambre de son père, atteint à l'aide de deux chaises un pistolet pendu à un clou, et, le cachant sous sa jupe, descend et demande à la petite fille si elle osera encore insulter au grand général; la jeune enfant se met à rire et répète le même mot : le petit garçon tire son pistolet de dessous son jupon, le présente à son amie obstinée, le coup part et va blesser la main de rim])rudente. Heureusement la blessure n'aura aucune suite fâcheuse »
[7 JANVIER 1799] DIRECÏOIHE EXÉCUTIF 298
MDLXXXI
17 NIVOSE AN YIl (6 JANVIER 1799).
Rapport du bureau central du 19 nivôse'.
...Journaux du 17 nivôse. — Les feuilles périodiques, depuis quelques jours, se maintiennent généralement dans un bon esprit; ce n'est plus qu'en les réfutant par des raisonnements sérieux que Ton produit quelques nouvelles publiées par les journaux allemands, nouvelles qui d'ailleurs ne peuvent avoir une grande influence sur l'opinion publique à raison de leurs contradictions; elles offrent en outre peu d'intérêt. — On est porté à noter comme blâmable l'article suivant, hasardé par le Télégraphe des Années : '.< Des personnes qui se disent très instruites annoncent l'arrivée d'un courrier, cette nuit, de Berlin, apportant la nouvelle d'une rupture prochaine ou du moins d'une indécision très alarmante de la part du cabinet prussien. » — Dans le cours du journal La Chrysalide, le théâtre de la République est fréquemment appelé le théâtre Richelieu.
Lasalle, Sallior, (Arch. nat., BB » 80.)
MDLXXXII
18 NIVOSE AN Vil (7 JANVIER 1799).
Rapport du bureau central du 19 nivôse.
. . .Jownaux du 18 nivôse. — Il n'est rien de changé dans la disposition des journaux. — On ne peut s'empêcher de reconnaître peu de patriotisme dans la peine que se donne le Courrier du Corps législatif de produire des couplets faits à l'occasion d'une fête de sainte Catherine; le journaliste a mal caché son jeu en les disant faits pour une citoyenne nommée Catherine, car on compare cette citoyenne à sa patronne. — Les réflexions qui commencent le Surveillant font penser que le journaliste soupçonne l'existence de quelques intrigues entre les anarchistes pour diriger à leur avantage les prochaines élec-
1. Bien que ce rapport se rapporte aux journaux du 17, il est daté du 19.
299 DIRECTOIRE EXÉCLTIF [7 janvikh 1799]
tions ; il appelle au surplus l'atlention du Directoire sur ces nouvelles menées, ou plutôt le dit à cet égard sur ses gardes et bien convaincu que, s'il y avait de mauvaises élections, il serait perdu avec le reste de la France. — On lit dans le Publkisle que la députation de l'Autriche a témoigné beaucoup d'opposition à une note qui terminait la réponse faite en dernier lieu aux ministres français; dans cette noie on les remerciait d'avoir soulagé la rive droite en faisant retirer une partie des troupes qui s'y trouvaient stationnées. — Les autres journaux n'offrent aucun intérêt particulier qui puisse motiver une observation particulière.
La SALLE, Sallior.
(Arch. nat., BB » 89.)
Extrait du registre des délibérations de l'administration centrale DU département de la Seine du 18 nivôse an YII.
L'administration centrale du Département, considérant que, pour régulariser la célébration des décadis dans le département de la Seine, il est indispensable de déterminer les dispositions qui devront être faites à ce sujet dans les lieux destinés à la réunion des citoyens, et l'ordre qui devra être suivi dans les cérémonies et actes prescrits par la loi du 13 fructidor dernier, relative à ces solennités ; ouï le commissaire du Directoire exécutif, arrête :
1. Conformément à l'article 4 de l'arrêté du Département, du deuxième jour complémentaire de l'an VI, les sectateurs des différents cultes sont tenus, les décadis, de faire enlever, aussitôt après l'heure fixée pour la cessation de leurs cérémonies, tous les signes des cultes qu'ils exercent, et de les voiler lorsqu'ils ne pourront être transportés.
2. Les édifices remis à l'usage des citoyens par la loi du 11 prairial an III porteront désormais le nom de temples, auquel sera ajouté, dans le canton de Paris, le nom particulier donné à chacun d'eux par l'arrêté du Département du 22 vendémiaire dernier. — L'administration centrale se réserve de donner, dans les cantons ruraux, des noms aux lieux de réunion qui n'en ont point encore.
3. Des fauteuils, en nombre égal à celui des officiers municipaux de l'arrondissement ou de canton, seront disposés sur une estrade au chevet desdits édifices. En avant, à la droite du président, il en sera placé un pour le commissaire du Directoire exécutif; et à la gauche, un pour le secrétaire greffier. Ils auront tous un bureau devant eux. Les fauteuils et bureaux seront de forme antique.
4. Il sera élevé, à droite de l'édifice, des gradins pour y placer les militaires de toutes armes et de tous grades qui ont servi la patrie avec dévouement et courage, et les citoyens qui auront rempli honorablement, pendant le temps fixé par la loi, les fonctions publiques où le peuple les aura appelés ; les uns et les autres seront invités par billet.
5. A gauche et en face, il sera élevé d'autres gradins pour les instituteurs des deux sexes, et leurs élèves au-dessus de dix ans.
6. Au bas des gradins, il sera placé' des sièges sur trois rangs ; le premier rang sera pour les citoyens qui devront se marier, et les deux autres pour les témoins.
7. De l'un et de l'autre côté, à la suite des gradins, il y aura un orchestre pour les chœurs et chants alternatifs qui devront être exécutés.
8. La morale d'un peuple libre étant tout entière dans ses lois, le tableau de la Déclaration des Droits et des Devoirs de l'homme et du citoyen sera attaché à un faisceau colossal élevé dans le fond des temples.
9. Il sera en outre placé, dans les endroits les plus convenables, des inscriptions prises textuellement dans les lois de la République, notamment dans celles qui ordonnent des récompenses pour la vertu, et des peines pour le crime.
10. H sera érigé à la loi un autel triangulaire. Sur les faces de Tautel seront désignées, par des figures allégoriques, les principales époques de la vie civile que constate la loi.
11. Les objets portatifs nécessaires à la célébration des fêtes décadaires seront déposés dans l'une des salles dépendantes du temple ; la clef de cette salle restera entre les mains des officiers municipaux.
12. Les bustes des honimes célèbres seront placés dans les temples, conformément à la lettre du ministre de l'intérieur du 20 fructidor an VI. Néanmoins, les administrations municipales ne pourront exposer aucun de ces bustes sans en prévenir l'administration centrale, et sans avoir son autorisation.
13. Les administrations municipales ne pourront également y faire chanter ou permettre de chanter aucun hymne, s'il n'a été préalablement examiné et approuvé par l'administration centrale.
14. Le ministre de l'intérieur sera invité à donner des ordres à l'administration du Conservatoire de musique, pour que les élèves des deux sexes, qui y sont formés gratuitement, soient répartis tous les décadis dans les temples, et ajoutent, par leur art, à l'intérêt de ces fêtes.
301 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 .ia.nvœu 1799]
15. Le commandant de la 17« division militaire sera pareillement invité à donner ordre aux ditlcreiils corps de musique de la garde nationale en activité, stationnée dans la place de Paris, de se rendre dans les temples les décadis, lorsque le service militaire n'y apportera aucun obstacle.
IG. Il sera commandé, chaque décadi, un détachement de garde nationale sédentaire, fourni par les trois brigades de chaque arrondissement. Ce détachement sera de vingt-cinq hommes, choisis préférablement dans la classe de seize à vingt ans. Ils porteront, au lieu d'armes, un bcàton entouré d'une branche d'ulivier, symbole de la paix qui doit régner dans les assemblées. Une partie de ce détachement sera placée près du tableau des Droits et des Devoirs de l'homme et du citoyen ; l'autre partie sera employée à maintenir l'onire et la tranquillité aux. portes, et à empêcher qu'elles ne soient (obstruées par la foule.
17. Pendant toute la durée de la célébration du décadi, le drapeau tricolore lloltera au dehors des temples au-dessus de la porte principale.
18. Les officiers municipaux seront rendus, chaque décadi à dix heures, dans la salle désignée en l'art. 11.
19. A onze heures très précises, les orgues se feront entendre, et les officiers municipaux, revêtus de leurs marques distinctives, se rendront aux places qui leur sont désignées par l'article 4.
20. Le président annoncera au peuple que, conformément à l'article l"''" de la loi du 13 fructidor, il va lui être donné lecture des lois et actes de l'autorité publique, adressés à l'administration pendant la décade précédente, et il sera sur-le-champ procédé à celte lecture.
21. L'administration municipale est autorisée à faire choix d'un
lecteur, si aucun de ses membres n'a la voix assez étendue pour se
faire entendre dans les temples.
22. Lorsque la lecture des lois et actes de l'autorité publique sera achevée, le président interrogera à son choix quelques-uns des élèves présents sur les articles de la Constitution et des lois qu'ils auront appris pendant la décade.
23. Après que les élèves auront été interrogés, il sera chanté un hymne ou exécuté une symphonie.
24. Le morceau de musique étant terminé, le président annoncera que, conformément à l'article 2 de la loi du 13 fructidor, il va être donné lecture du bulletin décadaire des affaires générales de la Repu-
blique '. Il sera procédé à celte leclure en la même forme qu'à celle des lois,
25. Cette seconde lecture sera suivie de musique et de chants.
26. Lorsqu'ils seront achevés, le président annoncera que, conformément à l'article 5 de la loi du 13 fructidor, il va être donné connaissance aux citoyens des naissances et décès, ainsi que des actes ou jugements portant reconnaissance d'enfants nés hors mariage, des actes d'adoption et de divorces qui ont eu lieu durant la décade.
27. Il sera donné, par le secrétaire greffier, connaissance desdits actes civils, nominativement et dans l'ordre indiqué par l'article 5 de la loi précitée.
28. Le ministre de la guerre sera invité à faire passer à l'administration centrale les noms des militaires nés dans le département de la Seine, qui seront morts dans les combats pour la défense de la patrie, afin qu'ils puissent être proclamés immédiatement après la publication des actes civils.
29. Cette publication sera faite au son de la trompette, par le président de l'administration municipale. Il désignera chaque militaire par son nom et par celui de son père et de sa mère. La proclamation sera suivie de fanfares.
30. Les noms des militaires désignés en l'article précédent seront
portés sur un registre particulier en la forme qui suit : Cit fils
de et de né dans le arrondissement du canton de
Paris, ou né à commune de ce canton, soldat dans la demibrigade d'infanterie, ou dans le régiment de cavalerie, est mort
le au combat, siège ou bataille de couvert de blessures
honorables.
31. Lesdits noms, tant ceux des militaires que ceux de leurs pères et mères, seront en outre gravés sur la pierre ou le marbre dans l'intérieur des temples.
32. Si, dans l'arrondissement ou canton, un cit03'en a exposé ses jours, pour arracher un ou plusieurs de ses semblables à un péril imminent, il sera invité à se trouver à la fête décadaire, et il recevra une couronne civique de la iuain du président de l'administration municipale. Cette couronne lui sera donnée au bruit des fanfares.
33. Après ces témoignages de reconnaissance dus au courage, le président annoncera qu'il va être procédé à la célébration des mariages, conformément à l'article 3 de la loi du 13 fructidor,
1. Il s'a^nt dn journal olliciel intitulé liulletin décadaire de la Républigi/e frau' çaise, qui parut du 1'' vendémiaire an VIT au 20 brumaire an Vlll. (Bibl. nat., Le 2/1000, 2 vol. in-8.)
303 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 janvier 1799]
34. Les orchestres ou Torgue préluderont à cette cérémonie par des accords doux et harmonieux.
35. Le secrétaire greffier appellera les futurs époux en suivant l'ordre alphabétique des noms. Ils se présenteront aveC leurs témoins à l'autel de la loi, sur lequel sera ouvert le registre des actes de mariage. Le président, debout, les unira au nom de la loi, conformément à l'article 6 de la section 4 du titre 4 de la loi du 20 septembre 1792, et ils signeront l'acte qui les concerne avec leurs témoins, conformément à l'article 8 de la même section.
36. Les mai'iages se feront de suite avec calme et décence, et sans être interrompus par la musique; lorsqu'ils seront tous terminés, le président prendra la parole ; il exhortera les époux à vivre dans la concorde et l'union et il invitera tous les citoyens à ne jamais oublier qu'ils sont égaux et frères. La fête sera terminée par une symphonie d'un mouvement vif et rapide, et propre à inspirer aux citoyens des sentiments généreux et fraternels.
37. Tout individu qui se permettra de détériorer et détruire les constructions faites dans les temples, en vertu du présent arrêté, sera poursuivi conformément à la loi du 6 juin 1793, rendue contre ceux qui dégradent les monuments des arts.
38. Ceux qui interrompront la célébration du décadi et des autres fêtes nationales seront poursuivis conformément aux articles o56 et 557 du code des délits et des peines.
39. Il sera dressé par les administrations municipales un procèsverbal de chaque fête décadaire, et copie en sera envoyée le jour suivant à l'administration centrale.
Articles particuliers aux cantons ruraux.
40. Les décadis seront annoncés avec le jour, au son de la caisse, dans toutes les communes du canton, et le drapeau tricolore sera suspendu jusqu'au soir à la tour des temples.
41. Les agents municipaux des communes se rendront, chaque décadi, au chef-lieu de leur canton, à neuf heures du matin.
42. S''ils en sont empêchés par quelque affaire urgente ou autre cause légitime, ils en préviendront leurs adjoints, qui seront tenus de les remplacer.
43. Les agents ou leurs adjoints se conformeront, avec exactitude, à ce qui leur est prescrit par l'article 5 de la loi du 13 fructidor, relativement aux actes civils qu'ils auront reçus dans leur commune pendant la décade.
44. Le commandant de bataillon de la garde nationale sédentaire de chaque canton commandera cinq hommes par compagnie pour se rendre au chef-lieu les jours de décadi. Ce détachement sera sous les ordres d'un capitaine. Les capitaines feront ce service à tour de rôle.
45. Les officiers municipaux, revêtus de leurs marques distinclives, partiront à dix heures précises de la maison commune, et se rendront au temple avec le détachement, au son de la caisse.
46. Les administrations municipales du canton inviteront les citoyens qui cultivent la musique à contribuer à l'agrément des fêtes décadaires.
47. Les instituteurs et institutrices qui, à raison de l'éloignement du chef-lieu ou de la difficulté des chemins ou de l'intempérie des saisons, ne pourront y conduire leurs élèves aux jours prescrits par la loi, seront tenus de les rassembler les mêmes jours dans le temple de leur commune.
48. L'adjoint municipal les y interrogera, en présence des anciens, sur les articles de la Constitution et des lois qu'ils auront appris pendant la décade. Si l'adjoint municipal est absent, il sera remplacé par le plus ancien de la commune. L'adjoint municipal ou son remplaçant dressera procès-verbal de cet examen, et il en enverra copie à l'administration municipale du canton pour faire partie de celui de la fête décadaire.
49. Les danses ne pourront avoir lieu qu'après que les cérémonies légales auront été terminées.
50. Pour préparer l'exécution de l'article 7 de la loi du 13 fructidor, les administrations municipales feront connaître à l'administration centrale les jeux et exercices gymniques qu'il conviendrait le plus d'établir dans leurs cantons respectifs, eu égard aux localités, aux goûts et usages des habitants.
51. Le présent arrêté sera imprimé et envoyé à toutes les administrations municipales du département de la Seine.
Signé : SAUZAy, président;
Picard, Trevilliers, Castrez, administrateurs. DuPiN, commissaire du Directoire exécutif. HouDEYER, secrétaire en chef.
{Tournai des Débats du 18 nivùsc an VII, u"" 234 et 255.)
305 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [9 janvier 1799]
Journaux.
Moniteur universel du 19 nivôse: ^i Paris, b^ 18 )îivôse I.ouis-
Corentin Royou, arrêté, il y a (Miviroii deux mois, comme compris dans la loi du 22 IVuclidor, et condamné à la déportation, a été conduit d'abord à Rochefort ; il a été depuis transféré au fort Saint-Martin, dans l'île de Ré, où il est maintenant.. . . »
MDLXXXIII
Journaux.
Publicisie du 21 nivôse : « De Paris, le 20 nivôse Un Anglais s'était
fort pressé de faire une tragédie sous le titre : Mort de Buonaparle. II attendait le plus grand succès de sa pièce à Londres. Il en aura été pour ses veilles et son temps perdu. Les dernières nouvelles de Constantinople ont fait
ajourner indéfiniment la première représentation de sa pièce » — Clef
du Cabinet du 21 nivôse U( Sur Bonaparte. On n"a pas oublié l'acharnement avec lequel les dénonciateurs s'attachèrent, il y a deux années, aux premiers succès du général français qui remplit la terre de son nom, dans un âge où César n'était connu à Rome que par l'excès de ses dettes et l'énormité de ses dérèglements. Et si Bonaparte, qui força depuis les rois au respect, l'envie au silence, et la postérité à l'admiration, fût mort à cette époque où sa gloire était encore enveloppée dans son génie, ne faudrait-il pas craindre que la réputation de ce républicain n'eût été ensevelie dans son tombeau"? La calomnie eût sans doute arraché les feuilles de ce laurier qui ombrageait ce jeune front ; et peut-être l'homme qui, en créant lui-même son nom et ses ressources, s'est rendu plus immortel qu'Alexandre, n'eût-ii pas trouvé un historien assez hardi pour le conduire à la postérité. Généreux Français ! Tu ne brûles pas Persépolis, et la gloire de Parménion ne te fait point ombrage ! Tu joins la modestie de Phocion et la justice d'Aristide à la continence de Scipion ; et si les mœurs de ton siècle, si la cause même de la liberté te l'orccnt à éloigner de ton camp cette simplicité dont brillait Épaminondas, tu jjortes toutes ses vertus dans ton âme ; et, plus que ce Thébain, tu es devenu l'orgueil et l'amour de la patrie! Tu honores le toit de Pindare, et tu rends hommage à la vieillesse; tu res|)ectes le malheur, et tu méprises la flatterie. Plus généreux que la fortune, tu dédaignes d'écraser les rois quand tu les as vaincus. Berthier jouit impunément de sa gloire ; il est à la fois ton rival et ton ami fidèle. Tes généraux, tes officiers, sont tous associés à ta célébrité; les soldats sont les compagnons encore plus que les instruments de tes exploits. Ton génie donne à l'armée française encore plus d'éclat que lu n'en reçois de sa valeur. Tu foules d'un pied superbe les Ktats despotiques, et les trônes s'évanouissent. Tu souris à la liberté et les nations entières lui sont rendues. Tu Tome V. 20
secondes le gouvernement français dans ses conceptions sublimes; tu le secondes dans ses généreux efforts pour consolider la paix et la liberté de l'Europe. Et comme si l'Europe n'était point assez vaste pour te contenir, tu reportes la philosojilue, les lois et les sciences, dans le berceau où elles ont pris naissance. Tu rends à l'Egypte ses secrets et ses arts, son ancienne richesse et son antique gloire. Tu lui restitues à la l'ois son histoire et sa renommée; tu lui rouvres les portes de l'Orient; tu élèves une nouvelle Carthage, destinée à être l'alliée fidèle de la nouvelle Rome. Sur cette même terre oii l'on vit une femme plus perfide que l'élément sur lequel elle força les triumvirs à combattre pour l'empire de l'univers, où Ton vit une reinecourtisane disputer la victoire au vainqueur, et essayer ses charmes jusque sur la gloire de César; sur ces mêmes rives qu'une nuit de tant de siècles couvrit après ces jours de gloire et do prospérité, tu fondes une colonie do héros et de savants réservés à délivrer l'Afrique et l'Asie du double joug de l'ignorance et du despotisme. Poursuis, jeune héros, tes hautes destinées. La nouvelle de ta mort a volé en Europe; elle s'y est répandue avec la rapidité de la lumière; car les ennemis de ta patrie ont eu recours à cette grande imposture pour tenter le génie de la République française, mais ils l'ont trouvé inébranlable même pour ce revers. Si un deuil aussi immense couvrait la République, ses magistrats suprêmes, ses généraux, ses soldats, ses citoyens, tous la défendraient avec une ardeur nouvelle, tous la vengeraient i)ar de nouveaux triomphes. Tel est, en eflet, le degré de gloire auquel tu es monté, ({ue tu es devenu le seul homme qui puisse voir ta mort avec indifférence. Tu habites, nous ne ])Ouvons nous le dissimuler, une terre fatale aux grands hommes : l'Afrique a vu périr Annibal et Pompée, Antoine et l^aton. Tes cendres reposeraient-elles donc en Egypte?... Non : une plus douce espérance nous est encore permise ; mais nous la cultivons avec l'inquiétude inséparable d'un souhait aussi précieux. Dieux protecteurs de la liberté! veillez sur des jours si souvent prodigués pour sa défense; forcez le courage de Bonaparte à craindre pour sa vie; rendez le jeune héros à la République française 1 ou, si tel est l'arrêt du sort, que le nouvel Achille doive être moissonné dans la fleur de ses ans, donnez du moins à la France un Homère
pour chanter ses exploits! » — Moinleur universel du 21 nivôse:
aParis,le20 nivôse A sept heures trois quarts précises du soir, le
thermomètre marquant près de huit degrés de froid au-dessous de la glace, l'astronome Jeaurat, doyen de l'Observatoire, et le citoyen Lecomte, gardemagasin à l'Observatoire, ont tout à coup été éblouis d'un éclair, répandant une forte lumière dans tout le ciel ; alors leurs veux étaient dirigés du côté du couchant; puis, jetant rapidement leurs regards du côté du Nord, ils ont aperçu au Nord-Est, et à la hauteur d'environ vingt degrés, comme une flamme rouge paraissant sortir comme d'un ballon devenu ])lus léger qu'un pareil volume d'air; puis, à cet instant, le météore a disparu en entier. La durée totale a pu être de dix secondes; enfin, les étoiles ont de nouveau brillé, et le temps était serein et sans nuage »
307 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [i^''" au IO.jaxvier 1790]
IMDLXXXIV
Comptï: décadaire des opérations du bureau central du canton DE Paris du -10 au 20 nivôse an VII.
...Prêtres condamnés à la déportation. — En accusant au comnaandant de la gendarmerie du département de la Seine la réception de l'état de roule des prêtres venant de la Belgique et (;n dépôt à Pélagie, le Bureau central lui a mandé que, cet état n'ayant pas besoin d'être visé par le ministre de la police, il le lui renvoyait, lui ajoutant que, quant aux autres prêtres consignés au dépôt du Bureau central et devant aussi être transférés à l'ile d'Oléron, il attendait l'arrêté du Directoire qui les concerne, et que le ministre doit envoyer pour leur faire continuer leur route. Depuis, il a fait conduire devant ce commandant huit prêtres venant de la ci-devant Belgique pour leur faire continuer la route jusqu'à leur destination
Prisons. Chauffeurs détenus à la Conciergerie. — Le Biu^eau central a informé l'administration centrale du Département qu'antérieurement à sa lettre du 8 nivôse, par laquelle elle se plaignait du mauvais état dans lequel se trouvaient les chauffeurs détenus à la Conciergerie, manquant de paille fraîche pour se coucher, il avait déjà été lui-même témoin de cet abus, et avait pris les mesures nécessaires pour le faire cesser, que ces mesures continuent de recevoir leur exécution, et que ces prévenus jouiront, jusqu'au moment de leur jugement, de toutes les facilités qui seront conciliables avec la sûreté dont ils doivent être environnés
Prêtres arrivant des déparlements réunis. — Trente prêtres condamnés à la déportation, arrivant des départements réunis, ont été déposés par la gendarmerie en la chambre du dépôt du Bureau central ; les gendarmes n'étaient porteurs d'aucun ordre, sinon d'une liste contenant les noms de ces prêtres. Le Bureau central, présumant qu'ils devaient être conduits à l'île d'Oléron, a demandé au ministre de la police l'arrêté du Directoire qui les concerne. Cet arrêté, du 14 brumaire, a été transmis, et le Bureau central a requis le capitaine de gendarmerie de faire extraire du dépôt ces prêtres, pour être conduits de brigade en brigade à l'île d'Oléron, en exécution dudit arrêté. Deux d'entre eux, nommés Louvrier et Pretoost, ont été transférés à l'infirmerie de la Grande-Force pour cause de maladie, ce dont le même capitaine a été prévenu
[l'^^ Al 10 JANVIER 1799] DIRECTOIUE EXECUTIF 308
Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Arbre de la Liberté mutilé. — Informé par le juge de paix et le commissaire de police fie la division de la Place Vendôme que, dans la nuit du 12 de ce mois, deux coups de sabre ont été portés à l'arbre de la Liberté planté devant la maison des Capucins, le Bureau central a recommandé à ce commissaire de prendre toutes les mesures propres à faire découvrir les auteurs de ce délit et les livrer à la sévérité des lois.
Maison d'cducalion. — Le ministre de la police ayant transmis une note indiquant le mauvais esprit d'une maison d'éducation, rue de la Clef, le Bureau central a chargé le commissaire de police de la division de surveiller cette maison et de transmettre tous les renseignements qu'il aura pu recueillir.
Tableau des Droits de l'Homme au Temple de la Concorde '. — Le commissaire de police de la division du Roule, en réponse aune lettre du Bureau central relative au tableau des Droits de l'Homme mis à l'écart, lors de la cérémonie des catholiques au temple de la Concorde, a annoncé avoir donné ordre de placer ce tableau d'une manière ostensible et plus respectueuse, observant qu'il serait à désirer qu'il fût plus grand.
Troubles par des militaires dans un bal. — Des hussards, dits de Chamborant, s'étant mal comportés dans le bal du citoyen Mignard, rue Antoine, la cavalerie du poste de la Grève les en a fait sortir; mais, au lieu de rentrer dans leur caserne, ces hussards se sont fait arrêter au poste de Birac, après onze heures du soir, et envoyer à l'État-Major. Leurs officiers ont été instruits de leur inconduite. Le Bureau central a fait fermer provisoirement ce bal, d'après un rapport constatant que ce citoyen Mignard a donné à danser un jour férié
de l'ancien calendrier
Salubrité et voie publique. Service extraordinaire. — Par un arrêté du 14 nivôse, le Bureau central a autorisé l'inspecteur général du nettoiement à mettre en activité cent quarante-quatre ouvriers extraordinaires et douze piqueurs pour casser et enlever les glaces et pour l'exécution des travaux nécessaires pour prévenir les accidents. Il a ordonné que ces ouvriers seraient préférablement choisis parmi ceux employés à l'entreprise du pavé. Les citoyens Biard et Destor ont été chargés de mettre aussi à la disposition du même inspecteur vingtquatre tombereaux garnis de leurs ustensiles pour l'enlèvement des glaces et leur transport dans les divers endroits qui ont été indiqués. Le Département a été prévenu de ces dispositions et invité à en