‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 99 sur 254 · Voir t. IV, p · texte numérisé non relu

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25S DIRECTOIRE EXÉCUTIF [13 décembre 1798]

en fuite; sa femme est au Temple. On a trouvé dans sa boutique, véritable arsenal d'écrits fanatiques et séditieux, des brochures incendiaires qui ont déterminé la police à sévir contre ce marchand d'ordures. Ces messieurs vendraient la République, si on les laissait faire; et cependant la plupart d'entre eux, simples garçons imprimeurs avant la Révolution, et maintenant importants, maudissent la liberté qui les a tirés de la boue. Voilà les hommes : rampants dans l'adversité, insolents dans l'opulence. On supporterait ce dernier défaut; mais conspirer contre sa patrie, c'est le comble de l'infamie. »

MDLVII

Rapport du bureau central du 24 frimaire.

. . .Journaux. — La physionomie des journaux prend aujourd'hui un caractère alarmant, qui parait devoir réveiller l'attention particulière de l'autorité supérieure. L'ardeur avec laquelle une grande partie des feuilles saisit une nouvelle défavorable, l'aspect plus défavorable encore sous lequel d'autres produisent la même nouvelle, et la mauvaise conséquence qu'elles en tirent ne tournent aucunement à leur avantage. — Deux journaux, le Rédacteur et VAmi des Lois, s'attachent à voir et [à] démontrer jusqu'à quel point sont peu fondés les bruits de la mort de Buonaparte, que l'on s'efforce de répandre dans le public. Les conjectures qu'ils forment à ce sujet sont littéralement copiées par quelques journaux. — Le Bien Informé dit de plus qu'un courrier, que l'on croit expédié en Europe par l'ambassadeur d'Espagne à Constantinople, annonça que, dans une grande assemblée pour l'assiette de l'impôt, un arabe avait tué Buonaparte d'un coup de pistolet, en lui disant : « Depuis assez longtemps tu nous tyrannises. » — Il en est fort peu qui ne répèlent aujourd'hui, comme affirmé par le général Hédouville et le commissaire Raymond, que Toussaint Louverture n'avait voulu ni reconnaître ni recevoir ces deux commissaires, qu'il avait proclamé l'indépendance de la colonie, probablement de concert avec les Anglais et sous leur protection. — Le Bien Informé révoque en doute cette dernière assertion, et croit que Toussaint Louverture a seulement proclamé l'indépendance de la nation africaine {sic). — Ces bruits divers sont pour le Corps législatif nuQ occasion de dire qu'il faut en quelque sorte s'applaudir de voir la puissance de l'Angleterre s'accroître dans les colonies et y devenir exclusive, si cet accroissement doit être le pro-

noslic de leur (sic) perte dans ces climats, ainsi qu'il le fut dans l'Amérique septentrionale, et qu'il «faudrait que le gouvernement eût courage de ne jamais disputer aux Anglais cette suprématie, et que cet abandon fût le fruit d'un système suivi et non pas celui de la faiblesse. » — Le même journal, à travers quelques exagérations qu'il donne par plaisanterie, glisse néanmoins des bruits qui peuvent être fort dangereux ; on peut reconnaître cette tactique dans l'article suivant : « On parle à Vienne d'un voyage de l'Empereur en Silésie ; les politiques de cette ville, non moins pénétrants que les nôtres et tout aussi discrets, n'ont pas manqué de voir dans ce voyage une entrevue avec le roi de Prusse, un traité d'alliance offensive et défensive, une déclaration de guerre à la France, la prise de Paris, le couronnement de Louis XVlll, le règne d'Atrée. » Enfin le Courrier, immédiatement après l'article précédent, annonce l'ordre donné par le roi de Prusse de fortifier Magdebourg. Plus loin, il fait lire que Corfou est étroitement bloqué. — Les opinions émises par le Messag'er des retalions extérieures sur l'indépendance censée déclarée de la colonie de Saint-Domingue par Toussaint Louverture sont à observer particulièrement. Suivant le journaliste, cette indépendance avait été convenue entre Toussaint Louverture et les Anglais, d'après un plan qui existait depuis longtemps dans les bureaux de la marine à Londres; la récompense de cet appui de Londres est l'abandon absolu qui lui est fait du commerce de la colonie. La suprême autorité mise entre les mains d'un nègre, ajoute le Messager, dans une île peuplée de nègres, auxquels on s'efforce depuis longtemps de prouver que la terre qu'ils cultivent leur appartient, doit produire une grande révolution, non seulement à Saint-Domingue, mais dans toutes les Antilles. Ce dernier mot ne peut avoir été hasardé que dans une très mauvaise intention. — Il paraît, dit VAmi de la Concorde, que la , Porte a déclaré la guerre à la Hollande. — Au sujet des événements que l'on dit survenus à Saint-Domingue, le Pabliciste se borne à croire qu'à la vérité les nègres ne veulent reconnaître ni lois ni propriétaires, et que la partie où commande le général Higaud est la seule soumise à la République, mais il ne croit pas à la déclaration d'indépendance censée faite par Toussaint Louverture. — Le même journal dit qu'il est écrit de Milan que déjà le gouvernement et le commandant napolitain dans Rome sont bloqués par l'armée française. — Il est quelques bonnes nouvelles dans la G'izette de France. Elle annonce que la haine de la royauté commence à se manifester à Turin, que déjà Novare, Cherasco, Suze sont municipalités, que Turin doit l'être depuis le 18, que les troupes piémontaises mettent

257 DIRECTOIRE EXECUTIF [13 décembre 1798]

bas les armes et se rangent parmi les bataillons républicains, et que l'on parle d'une nouvelle victoire remportée sur les Napolitains. Ces deux derniers articles du Puhliclste et de la Gazelle de France sont les seuls qui paraissent dédommager des conjectures sinistres que les autres se complaisent à faire.

Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB* 89.)

Journaux.

Moniteur du 24 frimaire : « Paris, le 23 frimaire.... Nous apprenons que le Virgile français, Delille, est sur le point de revenir à Paris. Il ira prendre sa place à l'Institut, et doit recommencer son cours de belles-lettres au collège de France, dont il est professeur. Le citoyen Sélis, qui l'avait suppléé jusqu'ici, prendra ses fonctions de professeur de littérature à l'École centrale du Panthéon.... » — Moniteur du 26 frimaire : « Les conscrits du II* arrondissement municipal de Paris sont partis du chef-lieu de leur commune pour leur destination. Le citoyen Gauthier, président de l'Administration municipale, leur a adressé à ce sujet le discours suivant : «La patrie vous appelle, brave et intéressante jeunesse, et vous répondez à sa voix avec enthousiasme. La gloire vous présente la route que vous avez à suivre ; vous aurez toujours les yeux fixés sur vos drapeaux; et c'est par ces signes révérés que vous vaincrez. Au pont de Lodi, le vainqueur de l'Italie montre à nos intrépides soldats ces signes de ralliement et de victoire; tous les obstacles disparaissent; la valeur française, qui maîtrise la fortune, l'emporte; les ennemis sont consternés; les uns déposent leurs armes, les autres prennent la fuite. Vous aurez encore à les atteindre, ces ennemis; ce sont eux qui ont appris aux Français de poursuivre les fuyards. Vous allez briser les sceptres des rois ; vous allez fouler à vos pieds les couronnes avilieâ de ces tyrans de la terre, que des millions d'esclaves feignaient d'adorer dans la crainte d'être dévorés. Partez, jeunes amants de la patrie; le livre des destinées s'ouvre pour vous ; c'est la gloire elle-même qui inscrira vos noms sur ses registres immortels. Les grades, les honneurs militaires vous attendent; la vertu vous y conduira; vous serez aussi doux, aussi humains avec les peuples rendus par vous à la liberté que fiers et terribles envers nos ennemis, qui, cependant, deviendront l'objet de votre bienfaisance et de votre humanité, dès qu'ils seront vaincus. Souvenez-vous, chers amis, que la subordination, l'obéissance sont absolument nécessaires pour obtenir des victoires; celui-là ne sait point commander qui ne saitobéir. Ressouvenez-vous encore que l'ignominie, mille fois pire que la mort, poursuit et atteint les lâches, tandis que la patrie honore éternellement la valeur et l'intrépidité. Suivez, chers et aimables citoyens, l'inclination de vos cœurs vertueux, et jamais les conseils perfides des ennemis de la République. En votre absence, nos temples et les salles de nos conseils retentiront de vos éloges et de vos belles actions, et nous les répéterons avec l'enthousiasme de l'admiration et de l'amour. Recevez, brave jeunesse, recevez en partant nos tendres vœux; revenez bientôt au milieu de nous, le front ceint du laurier immortel, en présentant à notre chère patrie la palme la plus précieuse, l'olivier de la paix TcME V. n

après laquelle elle soupire, et qui sera le fruit glorieux de vos triomphes. Recevez tous, de la part de l'administration, dans la personne de vos frères d'armes, l'accolade fraternelle qu'elle vous offre comme un gage éternel de sa tendre amitié pour vous. Vive la République!» Ce discours a été entendu avec transport par les jeunes défenseurs de la patrie, pénétrés des sentiments qui y sont exprimés, et qu'ils avaient déjà gravés dans le cœur; ils y ont répondu par le cri unanime de Vive la République ! et périssent ses ennemis!»

Rapport du bureau central du 25 frimaire.

. . .Evénements. Incendie du Cirque. — Un incendie s'est manifesté aujourd'hui, vers les six heures du matin, dans le cirque du Palais- Egalité. Les secours les plus prompts y ont été portés par les pompiers, dont le courage et l'activité méritent toujours de nouveaux éloges. Un administrateur du Bureau central et le commissaire du Directoire près celte administration se sont transportés sur-le-champ au cirque; leur présence y a maintenu le bon ordre. Cependant l'incendie faisait des progrès. L'architecte du Bureau central, le citoyen Moitte, qui a montré dans cette circonstance autant de zèle que d'intelligence, ayant prévenu le citoyen Sallior du danger que couraient les grenadiers et les pompiers qui se trouvaient sur la plate-forme du cirque, cet administrateur les a invités à se retirer sur-le-champ. Les quatre pompiers, dont un avait pris le citoyen Sallior par la main, n'a3'^ant pas mis assez d'empressement à se retirer, sont tombés au moment où les colonnes de dessous s'écroulaient ; peu s'en est fallu que le citoyen Sallior n'éprouvât le même sort. Les pompes ont été dirigées sur eux ; ils ont été préservés des flammes, mais l'un d'eux a eu la cuisse cassée ; tous ont été retirés. On est parvenu à sauver une grande quantité d'eflTets mobiliers. On doit au zèle et à l'activité du citoyen Picquenard, commissaire du Directoire, la conservation de beaucoup d'objets d'art, tels que morceaux d'histoire naturelle, mécanique, etc. Son zèle l'ayant même porté trop loin, une poutre enflammée lui est tombée sur le pied. Personne, au reste, n'a perdu la vie. Le public a montré beaucoup d'intérêt et d'empressement à porter des secours. Peu de vols ont été commis. Le feu a continué sans danger pour les propriétés voisines. Les atlministra-

259 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 décembre 1798]

teurs du Bureau central s'y sont rendus tour à tour ; un d'eux, le citoyen Lasalle, doit passer la nuit. Les précautions de sûreté et de

surveillance ont été prises

Journaux. — Les feuilles de ce jour, toutes remplies d'articles ou détails officiels, n'ont donné lieu à aucune observation importante.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB ^ 8'J.)

Journaux.

Ami des Lois an 24 frimaire : « Yariétés. ...Le théâtre de l'Opéra-Bouffon va rouvrir au premier jour, la citoyenne Simonnet, dont rindisposition avait forcé d'en suspendre les représentations, étant parfaitement rétablie. Cet établissement, qui manquait aux amateurs des chefs-d'œuvre des compositeurs allemands et italiens, multipliera sans doute les réjouissances qu'ils désiraient, en faisant naître un utile sujet de rivalité et de comparaison entre la lyre étrangère et la lyre française. L'Opéra-Bouffon a fait une acquisition précieuse, en s'attachant Mme Goldem, fameuse cantatrice d'Allemagne »

Rapport du bureau central du 26 frimaire.

. . .Événements. Incendie du Cirque. — Le feu est éteint. Cependant des pompiers passeront encore cette nuit à surveiller. Il n'est point parvenu à la connaissance du Bureau central d'autres accidents que ceux annoncés dans son rapport d'hier. Les objets mobiliers échappés à cet incendie ont été remis à leurs propriétaires. Le bon ordre existe, et les précautions sont prises pour le maintenir. Le Bureau central ignore encore comment le feu a pris ; le commissaire de police de la division de la Butte-des-Moulins fait des informations à cet égard. L'administration centrale du département vient d'être invitée à donner des ordres pour faire continuer le déblaiement des décombres de cette propriété nationale

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Si la tranquillité était toujours la juste mesure de l'opinion, on n'aurait qu'un compte bien avantageux à rendre de cette dernière ; mais les plus exactes observations ont prouvé qu'elle n'était pas ce qu'il serait à désirer qu'elle fût effectivement. A la vérité, la plus forte masse des citoyens

[Vo DÉCEMBRE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 260

de tous étals tient sincèrement à l'ordre actuel des choses et montre de l'aversion pour toute autre sorte de gouvernement. A l'exception d'un certain nombre d'ambitieux, qui affectent de pousser l'amour de la liberté jusqu'au fanatisme, afin de provoquer un changement dont ils profitassent ensuite ; à l'exception d'une classe de royalistes déhontés, qui ne peuvent contenir la rage de n'avoir pas, à beaucoup près, en moyens ce qu'ils ont en prétention, tout veut la République dans cette vaste commune, et la veut avec les formes constitutionnelles de l'an III. Mais on ne peut dissimuler que les deux partis de mécontents que l'on vient de signaler ébranlent peu à peu la foi politique de cette masse précieuse ; ils n'ont point pardonné aux époques des 19 fructidor et 22 floréal ; zélateurs de l'anarchie et incorrigibles royalistes crient plus que jamais à la violation des principes. Ils ont aujourd'hui exactement le même langage, et ce mot de principes est l'arme commune dont ils se servent pour dévier l'opinion. Ils attiédissent insensiblement ce patriotisme sage et ferme, dont les progrès les alarment; ils veulent une subversion, et ne se donnent point la peine de dissimuler combien l'ordre actuel leur est insupportable. Sans doute, il n'échappe pas à ceux qui méditent l'opinion que ces individus, réunis maintenant pour fomenter des troubles, se disputeraient ensuite le fruit des succès qu'ils osent rêver. Mais ils savent aussi que les factieux ne calculent jamais les conséquences de leurs projets sanguinaires. C'est déjà un triomphe pour eux de voir jusqu'à quel point ils sont parvenus à semer dans les esprits d'assez vives inquiétudes. — Cependant, depuis la publicité des dernières nouvelles d'Italie, les espérances des agitateurs sont bien diminuées. Le détail des horreurs exercées sur les Français à l'instigation des cours de Sardaigne et de Sicile a réveillé en partie l'esprit public ; l'énergie républicaine est sur le point d'acquérir encore {sic) ; la perfidie des cours de Naples et de Piémont ajoute une nouvelle force à la haine des rois parjures. On voit passer des conscrits pleins d'enthousiasme et de gaieté. La méfiance se soutient dans les lieux de réunion sur lesjnouvelles, plus ou moins affligeantes, que répandent depuis quelque temps les gazettes étrangères. Quelques heureuses nouvelles circulent déjà sur le Piémont et les frontières de la République romaine. — On 'regrette que ces dernières observations, quelque favorables qu'elles puissent être, ne soient point de nature à tranquilliser sur celles qui constituent la première partie de ce rapport.

Spectacles. — Les spectacles généralement ne motivent aucune observation importante ; cependant on ne peut se dispenser de

261 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 décembre 1798]

remarquer qu'il se glisse toujours, parmi les habitués du théâtre du Vaudeville, des individus prompts à faire des applications défavorables aux institutions républicaines. D'un autre côté, on se plaît à rapporter que le chant des combats est toujours universellement applaudi aux théâtres de la République et des Arts

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB' 89.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 25 frimaire : « Paris, 26 frimaire. Le feu a pris ce matin, sept heures dans l'édifice appelé le Cirque, situé au milieu du Jardin-Égalité (ci-devant Palais-Royal). Malgré les prompts secours, à onze heures, la presque totalité de ce bâtiment était devenue la proie des flammes » — Journal du Soir des frères Chaignieau du 28 frimaire : « ...Le citoyen Sallior, membre du Bureau Central, a manqué de périr, victime de son zèle, dans l'incendie du Cirque, au Palais-Égalité. Le commissaire du Directoire y a été légèrement blessé. Le Cirque n'offre plus qu'une vaste ruine. L'échelle à incendie du citoyen Charles Desaudray y a brûlé »

MDLX

Rapport du bureau central du 27 frimaire.

. . . Journaux du 26 frimaire. — Le Publiciste et le Messager des relations extérieures, en annonçant que Carnot est occupé en ce moment à écrire l'histoire du Directoire de France, pendant le temps qu'il en élait membre, ne donneraient-ils pas à penser qu'ils sont dans le secret de la composition de cette histoire prétendue et commandée par l'Angleterre? — Le Messager, article Pétersbourg, dit de Paul I"^' ce qui suit : « L'occasion lui paraissait favorable; des revers multipliés semblaient annoncer que la victoire allait enfin abandonner le char de la liberté. » On cherche en vain quels revers ont obscurci la gloire des armées républicaines. — Le même, ainsi que celui des Annales de la République, annonce que le ministère britannique songe à opérer un versement de neuf mille hommes pour soutenir les rebelles des Pays-Bas. — Le Courrier du Corps législatif répète, d'après le Bien Informé, à la suite de l'annonce de l'amende prononcée

[il DÉCEMBRE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 262

contre un ménétrier, pour avoir fait danser les jeunes gens de la commune de Soussans un jour de quartidi, correspondant à la fête du ci-devant patron du lieu : « Quel est donc la loi qui empêche de danser les quartidi? Croit-on que toutes ces vexations soient propres à faire chérir la Répuhlique? » — Le Point du Jour, en parlant de la prétendue proclamation d'indépendance par Toussaint Louverture, dit : « Devenu général, de nègre qu'il était... » Il copie en cela le Courrier du Corps législatif. — Le Bulletin de l'Europe annonce que le roi de Sardaigne, retiré sur les hauteurs qui dominent Turin, avec les débris de son parti et une multitude de paysans fanatiques, disputerait encore les tronçons du sceptre qui lui échappe. — Le Courrier du Corps législatif, dans un article Finances, après avoir fait l'éloge de Pilt, et calculé ses ressources en ce genre, dit, article Courrier de Londres : « Rien n'est plus propre à donner à l'univers une grande idée de l'esprit, des ressources et de l'union de cette nation qu'un tel résultat, adopté unanimement par une assemblée de quinze cents négociants ; le Directoire doit avoir une confiance bien puissante pour espérer encore entamer une pareille nation. Ce que M. Pitt entreprend ou exécute pour faire la guerre aux Républiques, celles-ci sont obligées de l'essayer pour se soutenir. S'il faut de l'argent pour attaquer, il en faut pour se défendre. » Le journaliste n'a sûrement pas en vue de flatter l'opinion publique en s'appesantissant sur de

semblables réflexions

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB» 89.)

MDLXI 27 FRIMAIRE AN YII (17 DÉCEMBRE 1798).

Rapport du bureau central du même jour.

.. .Journaux du 37 frimaire. — Examen fait des feuilles périodiques, elles ont paru ne donner lieu à aucune observation essentielle. — 11 peut seulement être intéressant pour l'autorité de savoir que la Gazette officielle de Pétersbourg annonce, sous un article de Constantinople, ce qui suit, à la date du 22 vendémiaire : « Le 14 de ce mois, plusieurs navires marchands armés turcs, ayant à bord trois compagnies d'artillerie, avec un nombre convenable de pièces de campagne, partirent avec un vent favorable pour la Syrie, pour

263 DIRECTOIHE EXÉCUTIF [18 décembre 1798]

débarquer ces troupes à JafTa et à Beyrouth, d'où elles iront se

réunir aux forces de terre rassemblées sous la conduite du pacha de

Damas et prêtes à entrer en Egypte. » — Ces nouvelles officielles de Pétersbourg sont publiées par le Courrier de Paris.

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 27 frimaire : « Paris, le 27 frimaire. . ..On demande tous les jours, nous écrit l'astronome Lalande, si l'hiver sera rude, et Ton m'accuse d'avoir dit qu'il le serait, à raison d'une prétendue période de quatre cents ans, à laquelle je ne crois pas, mais la période de dix-huit ans est plus vraisemblable parce qu'elle dépend de la révolution des nœuds et de l'apogée de la lune, qui peut influer sur les saisons : or, celle-là nous annoncerait un hiver modéré comme celui de 1780, où le thermomètre ne descendit qu'une fois à huit degrés, et où il n'y eut qu'environ trente jours de gelée en tout et à différentes reprises »

MDLXII

Rapport du bureau central du 29 frimaire.

. . .Journaux du 28 frimaire. — Les feuilles continuent à donner les nouvelles déjà officiellement connues sur le congrès de Rastadt; elles en augurent toutes que la paix générale ne peut manquer d'être la conséquence des négociations au point où elles en sont. Aucune ne fait entrevoir que cette disposition à la paix puisse influer sur le sort réservé à la cour de Naples par les armées de la République. — Le Bie7i Informé, le Courrier de Paris et la Chronique universelle donnent le détail de la prise de l'île de Zante par les flottes combinées russe et ottomane, ainsi que de celles de Géphalonie, Ithaque, Sainte- Maure, etc. Ils disent que l'escadre se dirigea ensuite sur Corfou, où le général Chabot commande une garnison de mille deux cents hommes; qu'il y eut sommation faite à la garnison de se rendre, que l'on croit négative la réponse faite sur cette sommation, que l'île fut aussitôt bloquée. — Le rapport de Hood à l'amirauté d'Angleterre, article Londres, publié par la Chronique universelle, ferait croire qu'à l'époque du 5" jour complémentaire, il n'existait que mille

[18 DÉCEMBRE i798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 264

hommes de troupes françaises dans Alexandrie. — Le CourtHer du Corps législatif a so\n de remarquer qu'il se manifeste de fréquents incendies à Paris; il soupçonne les anarchistes d'en être les auteurs. « Les anarchistes, dit-il, sont le pouvoir exécutif des Anglais. » Le journaliste ne parle aucunement des royalistes, auxquels apparemment il suppose de meilleures intentions. — Le Point du Jour parle d'une lettre datée de Pise , qui porte que Buonaparte a conclu avec le Grand Seigneur un traité, par lequel on abandonne l'Egypte au général français, sous la condition qu'il gouvernera seul cette province, chère au cœur de Sa Hautesse. Ce peu de mots ne tendraitil pas à faire croire que le général Buonaparte veut se rendre indépendant? Et ne serait-ce pas uns adroite calomnie? — Les autres journaux ne donnent lieu à aucune observation importante.

Lasalle, Lessobe.

(Ârch. nat., BB»89.)

Journaux.

Clef du Cabinet du 29 brumaire : « Paris, 28 frimaire. ...Plusieurs journalistes ont publié la lettre par laquelle le citoyen Sageret, administrateur des théâtres de la République, de TOdcon et de Feydeau, propose aux membres du Corps législatif, en niasse collective, une entrée journalière à ces trois théâtres, moyennant loO francs par année pour chaque représentant, ou à chacun des représentants en particulier un abonnement aux trois théâtres, moyennant 50 francs pour trois mois. Si ces journalistes s'en étaient tenus là, ils n'auraient dit que la vérité, mais ils ont ajouté que les Conseils avaient nommé une commission pour faire un rapport sur les propositions du citoyen Sageret; la nouvelle n'est pas exacte, car la commission des inspecteurs a seulement ouvert un registre sur lequel viennent s'inscrire les députés qui veulent profiter des offres de l'administrateur. » — Journal du Soir des frères Ctiaignieau du 18 nivôse : « Département de la Seine. Arrêté du 28 frimaire. L'administration centrale, considérant que les sépultures particulières sont de droit naturel, qu'elles contribuent à attacher l'homme à son semblable, et à entretenir dans les cœurs toutes les affections douces et vertueuses, qu'elles fournissent aux artistes des occasions de déployer leur génie, arrête : 1" Tout citoyen qui voudra inhumer dans un terrain à lui appartenant le corps d'un parent, d'un ami, ou de toute autre personne, est tenue de le déclarer à son administration municipale et de désigner le lieu. S'il ne se présente dans le jour aucune opposition, l'administration l'autorisera à effectuer le transport. — 2° On ne pourra inhumer dans un terrain qui n'aura pas deux ares d'étendue, à moins qu'il ne soit isolé de toute habitation ou entouré d'un jardin. Si le terrain est isolé, il devra être clos de murs ou d'une haie vive avec fossé en dehors. — 3° La fosse où le corps sera déposé aura un mètre et demi de profondeur ; elle ne pourra être ouverte que dix ans après qu'il y aura été inhumé. — 4" Le propriétaire du terrain est invité à planter sur la

265 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [19 décembre 1798]

fosse un arbre étranger d'un produit utile, et qui, sous ce rapport, mérite d'être acclimaté. Ledit propriétaire pourra, s'il le juge convenable, appeler les arts à l'embellissement du lieu où il aura recueilli les restes de son parent ou de son ami; mais il soumettra préalablement son projeta l'administration centrale. Il lui est défendu de placer ou faire représenter, dans ledit lieu, des armoiries ou autres signes de féodalité. — 5° Tout individu qui se permettra des actes insultants (>nvers une sépulture particulière sera poursuivi, conformément à l'article 606 du code des délits et des peines. Tout individu qui aura enlevé un cadavre inhumé dans un terrain particulier, ou abattu les arbres plantés sur une sépulture, ou détérioré les monuments de l'art dont elle pourra être décorée, sera poursuivi conformément aux dispositions du code pénal relatives aux crimes et délits contre les propriétés. »

Rapport du bureau central du même jour.

. . .Journaux du 29 frimaire. — Le Publiciste présente, aujourd'hui du moins, un véritable intérêt, en ce qu'il ne contient qu'une suite de nouvelles toutes avantageuses à la République et favorables à l'opinion. Cependant il annonce que les troupes russes continuent à diriger leur marche vers l'Autriche italienne. — Le Messager des relations extérieures donne le texte de deux articles du traité par lequel Toussaint Louverture a consenti avec le général Maitland à établir l'indépendance de Saint-Domingue, sous la protection de l'Angleterre, qui ferait seule le commerce de cette colonie. — L'ordre donné par le ministre de la police à Cliarles Hesse de sortir du territoire de la République, comme étranger, est annoncé dans VAmi des Lois et dans le Journal du Soir. — Le Bulletin, qui relève fréquemment les nouvelles alarmantes, reproduit ici l'assurance donnée par un chef du corps des pompiers que, le 25 de ce mois, les pompiers et la troupe de ligne s'étaient portés jusqu'à sept fois en différents quartiers de Paris où le feu s'était manifesté. — La cupidité du rédacteur des journaux des Séances et du Postillon par Calais l'empêche toujours de considérer si son sommaire peut ou non produire un mauvais effet. On y lit aujourd'hui : « Ordre donné aux municipalités de faire des visites dans toutes les maisons », et le journaliste en reste là, sans annoncer que c'est pour dresser les rôles de la taxe de guerre sur les portes et fenêtres. En sorte que ce sommaire, celui de tous que les colporteurs crient avec le plus de hardiesse, lorsqu'ils

[19 DKCEMBRE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 266

croient pouvoir se soustraire à la surveillance, répand souvent l'alarme parmi les citoyens. Le propriétaire de ces journaux est mandé par l'administration pour primidi prochain. — La Gazette de France fait encore voyager Kosciuszko en Allemagne, et a soin de faire observer que cet ardent ami de la liberté de son pays n'a dû sa liberté qu'à un mouvement généreux de la part de l'Empereur. — Il paraît, sous le titre un peu maladroit de Chrysalide, un journal qui paraît évidemment faire suite au Phénix, naguère suspendu. Cette feuille en est à son troisième numéro. Le premier ne donne lieu à aucune réflexion. On n'a pas honte d'intituler, clans le second, un article Brigandage : il y est dit que la veuve du fameux Le Moine a manqué d'être assassinée par deux brigands et une mendiante, rue de Gléry ; dans le troisième, on lit encore : là rue de Richelieu, le théâtre Richelieu, le passage Saint-Guillaume, ce qui pourrait faire présumer que ses habitués tiennent aux opinions du journaliste. — Le Bien Informé et le Surveillant pensent que la" ville de Hambourg a remis à l'arbitrage du roi de Prusse l'affaire relative à Napper-Tandy. — La Gazette historique contient des raisonnements politiques très développés, dont, en résultat, le sens est que l'Anglais règne aussi souverainement à Lisbonne qu'à Londres, mais que l'on peut dire qu'il exerce la même domination sur l'Espagne , sur la Hollande et sur Hambourg. — Elle en trouve la preuve dans le blocus de Cadix, qu'elle dit n'être formé que par quatre vaisseaux et ne point arrêter de fréquentes relations entre les deux nations dans la quantité de vaisseaux danois ou américains qui sont reçus dans les ports de la Hollande et qui passent avec l'agrément des Anglais, auxquels, selon qu'elle le présume, ils appartiennent réellement, enfin dans l'accès que la ville de Hambourg accorde aux Anglais, et dans sa conduite relativement à l'arrestation de Napper-Tandy. — Les autres feuilles ne présentent point un intérêt public assez marqué pour devenir l'objet d'aucune remarque.

Patriote français du 30 frimaire : « Paris, le 29 frimaire. ...Le cidevant prince Charles Hesse, qui faisait beaucoup d'articles dans l'AjJii de la patrie el le Journal des hommes libres, a reçu ordre du ministre de la police de quitter, dans un court délai, en qualité d'étranger, le territoire de la République. 11 a répondu qu'il était devenu citoyen français ; qu'il serait sans aucune ressource au dehors, et il a demandé à être jugé. On ignore quel

267 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 décembre 1798]

parti a été pris à son égard, d'après ses observations » — Publiciste du

30 frimaire : « Paris, le 29 frimaire. ... Charles Hesse a décidément reru l'ordre de s'éloigner de 30 lieues de Paris »

MDLXIV .

Circulaire du ministre de l'intérieur aux administrations centrales

ET municipales DE DÉPARTEMENT.

Paris, 30 frimaire an VII.

Citoyens administrateurs, l'arrêté du Directoire exécutif du 3 de ce mois indique des mesures à prendre pour la célébration de l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français. Vous devez bien saisir l'esprit de cette solennité. Grave dans son objet, imposante dans ses détails, elle vous rappelle à vous-mêmes la religion des serments. En retraçant la peine due au parjure, c'est-à-dire au crime le plus vil et le plus odieux, elle doit jeter une salutaire épouvante dans l'âme de ceux qui seraient tentés de trahir la République. Comme citoyens français et comme fonctionnaires publics, notre existence civile, individuelle et politique est attachée à la Constitution.

En prêtant le serment de haine à la royauté et à l'anarchie, que leurs vengeances et leurs crimes se présentent aussitôt à votre pensée. Mesurez sur le calcul du passé l'étendue des malheurs que ce fléau rapporterait avec lui. Il sufïit, pour nourrir l'indignation qu'il doit exciter, d'ouvrir le livre de l'histoire. Orateurs, les couleurs du tableau sont dans les faits. Oui, l'histoire en dépose, les rois fondèrent en France leur autorité sur. l'outrage et la violence; ils la conservèrent par l'avilissement et la corruption. Ce plan de latj'rannie fut le même et se perpétua dans tous les siècles et sous tous les règnes. Parcourez seulement ceux qui furent le plus près de nous; c'est là que vous retrouverez les déplorables monuments et les éléments des malheurs dont les suites pèsent encore sur nous, et dont l'origine remonte à celle même de la monarchie. — La violence de tant d'excès semblait devoir en amener le terme: la marche des lumières, le développement de la raison et de la philosophie, le vœu de l'opinion, l'absence d'une Constitution, tout appelait en France une révolution inévitable. Les prodigalités d'une Cour corrompue creu-

sèrent l'abîme sous ses pas. — Ici se présente la longue chaîne des attentats du système de résistance, devenu alors un crime de lèsenation, système constamment développé par le prince et en son nom, contre l'ordre des choses dont il tenait sa nouvelle existence politique. Alors le peuple se souvint qu'il était législateur, et la République naquit. Qui est-ce gui embrasa l'Europe du feu de la guerre, coalisa ses chefs, et précipita les unes sur les autres toutes les nations? La royauté. Qui sema au milieu de nous les horribles divisions? La royauté. Oui, c'est elle qui suscita, aigrit la haine déplorable des partis, et secoua parmi les Français les torches empoisonnées et sanglantes de la discorde ! Oui, c'est elle qui a couvert les plaines de l'Ouest de cadavres et de ruines ! Oui, c'est elle qui, méditant des vengeances affreuses, appelle encore sur la patrie les poignards du fanatisme, le glaive de l'étranger, et les fureurs même de ses enfants égarés ! Déchirant dans sa pensée la France républicaine, la royauté a convoqué en auxiliaires tous les crimes.

L'anarchie ne doit pas vous inspirer moins d'horreur. L'anarchie, c'est l'insurrection contre les principes et les lois; c'est l'anarchie qui met les volontés particulières à la place de la volonté générale; c'est l'anarchie qui, pervertissant toutes les nations, corrompant les esprits et les cœurs, anéantit tout ordre, tout rapport, divise les magistrats et les citoyens ; c'est l'anarchie qui rompt tous les nœuds sociaux, qui empoisonne toutes les sources de la prospérité des États, détruit les germes de l'agriculture, éteint le flambeau du commerce, et brise les ressorts de la confiance. C'est alors qu'on voit grandir, dans le sein des troubles et des orages, les factions exterminatrices, qui, après avoir dévoré le corps politique, finissent par se dévorer elles-mêmes ; c'est alors que chacun tremble pour sa vie et ses propriétés ; c'est alors qu'il n'existe plus ni gouvernement, ni patrie, ni liberté.

Tels sont les écueils sur lesquels le vaisseau de l'État irait se briser, s'il sortait du port de la Constitution.

On a remarqué dès longtemps que tous les gouvernements tendent au despotisme ou à l'anarchie. Cette tendance est inévitable dans les pays où il n'existe point de pacte social solennellement convenu et accepté par le peuple; alors on est livré à l'arbitraire, et l'on flotte, tantôt vers le régime monarchique, où un seul homme est tout et la nation rien, tantôt vers l'anarchie, où quelques hommes audacieux sont tout et les lois ne sont rien. Dans cette double alternative, il n'y a plus de patrie; la nature humaine se soulève également contre ce double désordre, et le serment d'y résister doit être écrit dans tous les cœurs. — Ce serment a pour base la charte de la liberté ; ce n'est

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point pour des Français une promesse aveugle, une obligation incertaine, un engagement inconsidéré ; l'homme et le citoyen connaissent parmi nous leurs droits et leurs devoirs.

Jurez donc fidélité et attachement à la République et à la Constitution de Tan III. Elle contient, cette Constitution, les éléments du bonheur; elle vous offre celte double garantie de toute liberté sociale: la division des pouvoirs et le système représentatif; elle porte en elle-même les germes de son amélioration et doit recevoir avec le temps la perfection dont elle est susceptible. On l'a calomniée; mais ne blasphème-t-on pas tous les jours contre le sublime architecte des mondes? Et ne voit-on pas des systématiques chagrins accuser l'ordre admirable de l'univers, ou compter les taches du soleil?

Si vous n'avez pas encore joui de la plénitude de ses bienfaits, si vous n'avez pu vous reposer sous l'ombrage sacré de cet arbre lutélaire et en recueillir tous les fruits, n'en accusez que les ennemis - mêmes de cette Constitution, les fureurs du royalisme, la tourmente des factions, la lutte des réactions, et la conspiration constante de tous les partis contre l'ordre constitutionnel. En effet, le jour où cet ordre recevra son entier développement, le jour où tous les partis se courberont en silence devant lui, sera l'époque de la félicité publique.

Français, hâtez cette époque de gloire et de bonheur par une réconciliation générale et sincère, par l'oubli des torts mutuels, par la soumission aux lois et le respect pour leurs organes, par un retour universel aux principes d'ordre public et de morale particulière, par le sacrifice généreux des passions et des préjugés. — Orateurs, développez ces vérités dans vos discours; poètes, parez-les de fleurs, et faites ainsi servir votre art, trop longtemps frivole, à la morale et à la politique. Nouveaux Orphées, n'oubliez point que l'antiquité plaça dans les mêmes mains la lyre d'Apollon et le sceptre du législateur. Ne vous contentez point de porter à l'oreille de touchantes émotions; gravez au fond des cœurs des sentiments et des principes.

Administrateurs, imprimez à cette solennité, par tous les moyens qui seront en votre pouvoir, un caractère religieux; déployez les couleurs et les emblèmes de la liberté; relevez les bustes des philosophes et des martyrs du despotisme; faites porter devant vous les images de Brutus, de Guillaume Tell, de Sidney, de Voltaire et de Rousseau. Que le cortège des arts augmente l'impression de cette pompe austère !

Que les chants d'imprécation contre les parjures soient distribués aux spectateurs, et mêlés de refrains et de chœurs auxquels les citoyens présents puissent prendre part!

N'oubliez rien enfin de tout ce qui peut laisser dans l'âme des

citoyens un sentiment profond de leur dignité, et nourrir, avec la haine de la royauté et de l'anarchie, l'amour de la Constitution, le respect pour les lois et l'enthousiasme de la République. — Je vous recommande particulièrement la pompe touchante qui doit accompagner la plantation des arbres de la Liberté, et vous invite à prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer à cette plantation et l'éclat et la durée qu'elle a le droit d'attendre. Vous vous concerterez avec des agriculteurs de canton, et pour les choix des arbres, et pour les préparatifs et les soins qu'elle exige. Vous ne manquerez pas cette occasion d'inspirer de bonne heure aux enfants, même les plus jeunes, un respect nécessaire pour les plantations. Ce peut être un honneur et une récompense pour les élèves des écoles, instruits et vertueux, de tenir dans ce jour les rubans et les banderoles de l'arbre de la Liberté. Cet arbre doit aussi être multiplié; chaque commune doit avoir le sien suivant la loi; mais tous les établissements, que dis-je? toutes les maisons devraient avoir les leurs.

Je vous engage, citoyens, à faire imprimer cette lettre, avec les imprécations et l'invocation dont vous devez prescrire la formule pour cette fête, en exécution de l'arrêté du Directoire.

Salut et fraternité.

Le ministre de Vïntèriew\

François (de Neufchâteau).

{Rédacteiw du 9 nivôse an VII.)

Journaux.

Publicisle du 2 nivôse : « Paris, 1'^^ nivôse... Charles Panckoucke, si connu par son édition de V Encyclopédie et par une foule d'autres grandes entreprises littéraires, vient de mourir. Il est vivement regretté par les hommes de lettres dont il avait toujours su se concilier l'estime... »

MDLXV

Tableau analytique de la situation politique du département de la Seine pendant le mois de frimaire an VIT, adressé au ministre de l'intérieur par le commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale dudit département.

Esprit public. — Si l'on entend par esprit public la soumission du peuple aux lois et le zèle des magistrats pour les faire exécuter, j'ai

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déjà dit et je dois répéter encore que l'esprit public n'est pas éteint dans le département de la Seine. J'en puis donner pour preuve le départ des conscrits, qui s'est opéré sans murmures, et le payement des contributions, qui se soutient assez bien au milieu de la stagnation du commerce et du vil prix des grains qui ruine les propriétaires. Mais si, par esprit public, on entend cet élan généreux, ce sentiment profond d'amour de la patrie qui, dans les anciennes républiques, animait, exaltait les citoyens, qui leur faisait voir le bonbeur et la gloire dans les sacrifices que commandait cette patrie, qui les identifiait avec ses revers ou ses triomphes, il n'y a point d'esprit public dans le département de la Seine. D'où vient donc cette torpeur dans un État libre, où Ton ne connaît d'inégalité que celle des vertus et des talents, où chaque citoyen est appelé à l'administration et au gouvernement, soit par lui-même, soit par les magistrats et les législateurs qu'il a choisis, dans une République qui étonne l'univers par ses victoires? C'est qu'il n'y a point de crédit public, c'est qu'en France et surtout à Paris l'esprit public et les mœurs mêmes dépendent du crédit public. — La plupart des hommes, si ce n'est tous, mesurent leur attachement à tel ou tel gouvernement sur le plus ou moins de bien-être et de jouissances que ce gouvernement leur procure Or, une granrie partie de la population de Paris se compose d'individus qui ont autrefois placé leurs fonds sur l'Etat, c'est-à-dire de rentiers. Ces gens, qui sont ruinés, qui n'ont pas reçu une éducation assez industrieuse pour pouvoir aujourd'hui exercer aucun métier, ni assez libérale pour être sensibles aux droits que la Révolution leur a restitués, forment un foyer de mécontentement dont l'influence s'étend dans toutes les familles et fait une foule d'ennemis à la République. Qu'on paye les rentiers, c'est-à-dire que l'on rétablisse le crédit public : le concert de bénédictions qui s'élèvera de tant de réduits oii l'on n'entend aujourd'hui que plaintes et murmures suffira seul pour donner un grand essor à l'esprit public. . . Si le gouvernement ouvrait un emprunt, il est bien probable qu'il ne serait pas rempli, quel qu'en fût l'objet. Il le serait peut-être en Angleterre. D'où vient cette différence si fâcheuse pour notre esprit public? Elle vient du crédit public. — Et si la perte de ce crédit vient de ce que la nation a manqué à ses engagements, les particuliers se croient excusables de manquer aux leurs. Ainsi plus de honte à faire banqueroute, plus de moralité. Et si le Directoire exécutif, n'ayant pas à temps tous les moyens de finances qu'il sollicite, ne peut payer comptant les fournisseurs, ceux-ci se prévalent du manque de crédit pour exiger des prix exorbitants, même pour friponner. Autre source d'immoralité, qui se déborde sur

toutes les classes de la société. — Dans trois mois, les assemblées primaires donneront la juste mesure de l'esprit public. Les élections font déjà le sujet de tous les lieux de réunion, mais on n'y recueille encore que des idées générales. Des vœux pour que le résultat soit bon, et la définition de ce bon résultat reste dans la pensée des orateurs, — L'administration centrale s'occupe d'une nouvelle division des habitants de ce département en assemblées primaires; les trois années de la première étant écoulées.

Associations politiques. — Association royaliste. — Elle n'a aucun point de réunion apparent, mais elle est disséminée dans les spectacles, dans les cafés, dans les bals, dans les « bonnes sociétés ». — Association anarchiste. — Elle existe toujours, mais par portioncules; ce sont des soldats débandés qui semblent manquer de chefs; leur audace est sensiblement diminuée depuis l'installation du nouveau ministre de la police, et leurs cavernes sont désertes.

Journaux et spectacles. — Si les spectacles et les journaux ont, par leur institution, un but moral, ce que je ne crois pas, il est de fait au moins que dans ce département ils ne le remplissent pas au profit de la République. Les premiers toujours nous représentent les tableaux des vices et des ridicules anciens. Ils attaquent des préjugés qui n'existent plus; ils ridiculisent des sottises que nous ne devrions plus connaître et qu'ils perpétuent ; ils font l'éloge des sentiments qui ne sont plus ceux que commande l'État républicain. Les costumes y sont encore ceux de nos ennemis les plus implacables, des émigrés, de nos anciens tyrans. — Les journaux, moins audacieux depuis quelque temps, mais toujours perfides, cachent leur dard sous les fleurs de leur modération et de leur apparente impartialité. Ceux-ci affectent un républicanisme épuré, qui n'est que le voile de l'anarchie ; ceux-là une humanité précieuse, qui n'est que le mot d'ordre sanguinaire de la royauté. Enfin il en est trois ou quatre qui publient quelques bonnes idées qui germeraient bien sans eux, et il en est cinquante qui excitent des troubles, fomentent des divisions, nourrissent des préjugés qui sans eux n'existeraient plus depuis longtemps.

Fêtes décadaires. — Les fêtes décadaires, semblables aux jeunes fleurs que le froid décolore, souffrent beaucoup de la rigueur de la saison, qui éloigne les spectateurs et sert de prétevie aux fonctionnaires tièdes pour s'en absenter. Mais on peut présager qu'après l'hiver, et lorsqu'on pourra donner à ces fêtes un peu de pompe et de spectacle, elles continueront avec éclat. Les parents, qui dans le principe ne voulaient pas laisser aller leurs enfants à ces fêtes, y viennent maintenant eux-mêmes pour être témoins des exercices que l'on a

273 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 décembre 1798]

établis parmi les élèves de quelques écoles; et le goût des institutions républicaines pénètre insensiblement dans leurs cœurs à l'aide de la tendresse paternelle,

Anriuaire républicain. — Il est en usage et suivi très exactement dans toutes les administrations, tant publiques que particulières. Dans le très grand nombre des communes rurales on ne connaît presque plus les ci-devant dimanches. Dans Paris, les contrevenants, punis avec une exactitude rigoureuse de leur infraction à la célébration du décadi, ou de leur condescendance pour le dimanche, se rendent enfin et deviennent, d'abord par crainte, ensuite par habitude, le's partisans du décadi

Cultes. — Dans Paris, les prêtres catholiques sont toujours ardents et nombreux. Dans les cantons ruraux, bien des communes n'ont plus de ces ministres. Beaucoup de prêtres renoncent à leurs fonctions dans les communes qui ne les payent pas, ce qui contribue heureusement à leur départ. Il est encore prouvé d'ailleurs que le seul besoin de vivre maintient dans certains cantons des ministres du culte qui n'y croient guère. Si on employait ces derniers, on gagnerait des citoyens à la République et on en défanatiserait mille autres. — Les Ihéophilanthropes semblent disparaître. Ceux qui suivaient leurs assemblées par civisme préfèrent les fêtes décadaires. Ceux qui y allaient par curiosité n'y trouvent plus d'attrait. Et ceux qui les fréquentaient par principes reUgieux ont conçu des préventions contre le motif secret de ces réunions, préventions justifiées par quelques mauvais choix des orateurs théophilanthropes. Au reste, la différence des cultes n'a occasionné aucun trouble.

Instruction publique. — Les instituteurs des écoles primaires, ainsi que les principaux établissements de pensionnats et écoles particulières, se conduisent bien et se conforment assez exactement aux vœux du gouvernement, tant pour l'instruction que pour les mœurs républicaines. Déjà les chefs de ces maisons s'astreignent à prendre des collaborateurs instruits, et dont l'opinion soit celle des bons citoyens. Déjà les jeunes élèves ne sont plus conduits à la messe ou autres cérémonies religieuses; déjà enfin les livres élémentaires ont entièrement chassé les livres de la superstition dans la plupart des écoles. Il est vrai que les administrations municipales surveillent avec soin, que des visites régulières sont faites avec sévérité. On ne peut que louer le résultat heureux de leurs soins. Cependant tout n'est pas encore fait. Il existe encore beaucoup d'instituteurs et d'institutrices peu en état de l'être, tant par leur moralité que par leur capacité, parce que beaucoup d'instituteurs sont prêtres, beaucoup dinstitu- TOME V. 18

trices religieuses. Des exemples de sévérité arrêtent souvent la superstition de cette dernière classe. Deux écoles, dont les chefs, contre lesquels les plaintes les plus justes étaient sans cesse renouvelées, avaient refusé le serment voulu par la loi et annonçaient un fanatisme effronté et dangereux, ont été fermées. Deux autres, dirigées par des ex-religieuses, sont menacées, et, si rien n'efface le danger de leurs habitudes, elles seront également interdites. — Au reste, l'instruction marche à grands pas vers sa perfection. L'émulation renaît; les espèces d'examens publics et d'assauts de mémoire que font quelques jeunes élèves, tant dans Paris que dans les cantons ruraux, aux fêtes décadaires, contribuent singulièrement à leur avancement et à la conversion de leurs parents, qui ne peuvent s'empêcher d'éprouver une douce jouissance à voir leurs enfants mériter les applaudissements publics. Ainsi l'amour- propre commence la défaite des préjugés, en attendant que l'amour de la patrie purifie et perfectionne ces premières impulsions. Il est pourtant bien des parents, et surtout à la campagne, qui refusent opiniâtrement d'envoyer leurs enfants aux écoles primaires. Mais quand l'expérience les aura convaincus qu'on ne peut parvenir à rien sans l'instruction, et que les écoles primaires sont la porte unique des emplois et des honneurs,

l'intérêt les convertira

Approvisionnements et subsistances. — Les approvisionnements d'hiver sont abondants et les subsistances à bon marché. On craint la fraude des marchands de vins; cet empoisonnement mérite toute

la surveillance publique, qui s'en occupe

Observation. — Je termine par une observation sur la modicité du traitement des membres du Bureau central, traitement absolument insuffisant et hors de proportion avec le travail délicat et pénible dont ils sont chargés. Je regarde comme utile à la chose publique de l'augmenter.

Le commissaire du pouvoir exécutif près V administration centrale.

Du PIN.

(Arch. nat., ?»= m, Seine, 20.)

275 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [21 décembre 1798J

MDLXYI

Rapport du bureau central du 2 nivôse.

.. .Evénements. — ...II résulte d'un rapport des agents chargés de surveiller près les barrières et autour des murs de Paris, qu'il ne s'est trouvé, à chacune des trois barrières dites de la Croix-de-Belleville et de Ménilmontant, qu'un seul homme préposé à la recette du droit d'octroi, que la fraude s'exerce, soit par la force, soit par la ruse, et à l'insu de ces préposés, ainsi que sembleraient l'indiquer les déclarations des receveurs, notamment celle du nommé Jomberl, trouvé sans encre ni registre à la barrière de la Croix, et qui, sur l'observation à lui faite par les agents du Bureau central que des troupeaux, dont on pouvait reconnaître la trace, avaient passé tout

récemment, leur répondit qu'il l'ignorait, ne les ayant pas vus

Journaux du 1"^ nivôse. — La nature des objets qui motivent ce rapport exige que les journaux du 30 frimaire soient analysés avec ceux d'aujourd'hui. La manière dont ils envisagent la plupart du temps les nouvelles du dehors a paru mériter une attention particulière ; il sera facile de se convaincre du peu de circonspection des journalistes par l'énoncé des gazettes étrangères dans lesquelles ils puisent : ce sont presque toujours les journaux de Francfort, la Gazette impériale et les papiers ministériels de Londres. — C'est dans les feuilles allemandes que, le 30 frimaire, le Publiciste et le Bien Informé ont pris la nouvelle de trois cents têtes de prisonniers français à Prevesa envoyées à Constantinople; celle de la prise par les Anglais de trois vaisseaux qui transportaient des troupes de l'armée de Buonaparte à Toulon et du massacre des passagers de l'un de ces vaisseaux par les Candiotes. — C'est dans les mêmes feuilles qu'on a puisé des détails d'un assassinat de Berthier dans une émeute qui devait conduire l'Egypte à un soulèvement général contre les Français et par suite d'une insurrection au Caire, au milieu de laquelle les habitants de celte ville auraient massacré la garnison française. — On observe qu'en réfutant ces articles par des réflexions particulières, on ne peut se croire lavé du tort de les publier ; qu'ils n'en sont pas moins copiés ensuite dans d'autres journaux, commentés par les malveillants, que déjà le Bulletin de l'Europe et le Messager

des relations extérieures se sont emparés de ces nouvelles, sans même y ajouter de correctifs, en se bornant à mettre cette phrase en italiques: On attend la confirmation de ces nouvelles. Et ces nouvelles feraient croire aussi à une défaite du général Desaix par Murad-bey. — Dans le Patriote français, le citoyen Barbault - Royer s'élève contre la manière dont plusieurs journalistes ont rendu les derniers événements de Saint-Domingue, et de ce qu'en accueillant toutes les assertions de l'étranger qui viennent par la voie de Hambourg, on dirige contre Toussaint Louverture les traits les plus acérés. Il reconnaît, dans cette manœuvre, la tactique de l'Angleterre, et lui impute les préventions défavorables que l'on avait à l'avance disséminées dans la colonie contre Hédouville, qui bientôt fut obligé de se rembarquer. — Il pense que Toussaint Louverture ne pouvait point compter sur la considération qui lui est due après qu'un député des colonies a osé dire qu'il était digne de mort pour avoir fait évacuer les Anglais de tous les points de la colonie ; il ne doute pas que les noirs ne rentrent incessamment dans le devoir; « mais, ajoute-t-il, il convient que les hommes de couleur, appuis-nés des colonies, reprennent concurremment, dans la partie Nord, cette influence qui leur a fait conserver jusqu'ici les contrées du Sud; il convient que les auteurs de tant de calamités soient cités au tribunal qui vengera l'Amérique et le gouvernement. Il convient enfin que la députation coloniale, députation aussi injuste qu'inouïe, cède à la volonté de Saint Domingue, qui la désavoue, et que sa présence au Sénat ne puisse plus autoriser tous les malheurs qu'elle s'apprête encore à verser sur la plus belle contrée de l'Occident. — La Gazette de France copie des nouvelles de la colonie, à la date du 12 vendémiaire, dans The Courier; il en résulte qu'à celte époque la contradiction qui existait dans les opérations du commissaire Hédouville et du général Toussaint Louverture annonçait déjà le retour prochain du commissaire en France. — Le commissaire Hédouville, est-il dit, déclarait libres les noirs, ordonnait qu'ils continueraient leurs travaux, excluait de tout emploi les blancs qui avaient pris parti pour le gouvernement anglais ou qui avaient émigré. — Le général Toussaint Louverture avait proclamé une amnistie générale, ne faisait aucune distinction des émigrés, et liait les noirs aux travaux pour cinq ans par engagement avec les propriétaires. — La Chronique universelle à la date du l^"" nivôse, copie sur The Courier les mêmes conjectures, qui portent de plus que les Anglais n'ont évacué si paisiblement la colonie que parce qu'ils avaient déjà un traité secret conclu avec le général noir, traité au moyen duquel Saint-Domingue serait per-

277 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [21 dkcembke 1798]

due pour la France, et la Jamaïque à l'abri d'une attaque ainsi que du danger d'une insurrection. — Le Bulletin de l'Europe dit que Toussaint Louverture, dans sa proclamation, ne parle que de vénération pour le culte, de l'amour de Dieu, du respect pour les prêtres, etc. — Même phrase dans VEcho de la République. — L'article Pologne, du Publiciste, contient un tableau très avantageux du nombre et de la tenue des troupes russes qui filent du côté de l'Autriche. — Il peut être essentiel à l'autorité de connaître l'article suivant inséré dans le Courrier de Paris, 30 frimaire* : « C'est le 18, à deux beures, que notre télégraphe nous a donné l'avis suivant : « La « guerre de la grande nation contre les rois des Deux-Siciles et de

« Sardaigne,est » Il (le télégraphe) s'est arrêté à ce dernier mot;

une heure après, il a continué ainsi la phrase commencée : '< déclarée ft et a été autorisée par les deux Conseils législatifs de la République « française. Vive la République !» Nous avons conjecturé que le temps qui s'est écoulé entre ces deux membres de phrase est celui qu'il a fallu pour que le message du Directoire parvînt au Corps législatif et amenât la résolution qu'il a prise.» — Dans la Chrysalide, le théâtre de la République est toujours nommé théâtre Richelieu. Peut-être l'opinion du journaliste entre-t-elle pour quelque chose dans une réticence du même article, défavorable au cito3'en Dugazon. — Immoralité dans une chanson du Journal des Modes :

Je veux le placer à la bonne Et je gorge mon quinola;

ces deux mots en petites majuscules, ce qui annonce de l'afTectation. — Enfin, dans le Courrier du Corps législatif, manière un peu singulière d'annoncer un ouvrage que de dire : « Les bouleversements opérés sur le globe exigent des changements dans les ouvrages de géographie, etc. »

Lasalle, Salliok.

(Arch. nat., BB » 8'J.)

Journaux.

Clef du Cabinet du 2 nivôse : k Paris, le 1"' nivôse... Chaque jour on nous adresse des lettres remplies de faits qui prouvent que les prêtres s'attachent partout à détourner le peuple des institutions nationales; et comme la plupart de ces lettres sont signées par des fonctionnaires publics dignes d'estime, il est difficile de penser qu'elles partent d'une plume à laquelle on ne doit pas ajouter foi. Mais quand nous publierions une pareille correspondance,

1. La Bibl. nat. ne possède pas de numéro de ce journal pour cette époque.

f22 DÉCEMBRE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 278

apprendrions-nous quelque chose aux citoyens qui connaissent l'esprit des prêtres indignes de leurs ministère ? Et rappellerions-nous ceux-ci aux sentiments que l'amour de la jiatrie et l'évangile ne peuvent leur inspirer? Que les nombreux républicains qui nous écrivent nous pardonnent donc de ne pas insérer leurs épitres dans notre journal. Tout est dit sur un pareil sujet. Le seul remède qui reste contre la contagion sacerdotale, on ne le trouvera que dans la sage fermeté du Directoire exécutif, dans la conduite vigoureuse et légale des diil'érentcs administrations et surtout dans la prudence qui se souvient qu'il est des maux qu'on irrite en voulant les brusquer, que plus fait douceur que violence, qu'il faut punir non le ministre, mais le perturbateur. Bayle disait : « Le fanatisme est mille fois plus dangereux dans un État que l'athéisme. » Nous pensons assurément comme lui, car nous connaissons dos hommes qui sont assez malheureux pour être athées ; quel mal font-ils? Nous connaissons des hommes assez ignorants pour être fanatiques ; quel mal ne font-ils pas ? Mais il faut bien distinguer le ])rêtre de bonne foi qui, respectant les lois républicaines, prêche ce qu]il croit utile à ses auditeurs, du prêtre scélérat qui, sans croire lui-même à ce qu'il dit, veut prouver à des esprits hébétés que la soumission à la République et la possibilité du salut sont deux choses incompatibles. Prenez contre ce dernier toutes les mesures commandées par les circonstances : il ne sera jamais assez loin du pays qu'il veut bouleverser; protégez le premier contre les agitateurs aux yeux desquels un culte, mis comme les autres sous l'égide des lois, est un crime : vous aurez bien mérité de l'humanité. . . »

MDLXYII

Rapport du bureau central du même jour.

Journaux du 2 nivôse. — On croit important de renouveler ici l'Observation faite dans les précédents rapports sur la manière souvent dangereuse, et plus adroite que patriotique, dont le Couturier du Corps législatif Ira'ûe les nouvelles de l'extérieur; elles ne forment qu'un seul article dont les objets se lient par des conjectures la plupart du temps très hasardées. Aujourd'hui le journaliste, rapprochant l'arrestation de "SVelsmer, avec lequel il dit que le citoyen Siéyès était lié, et les mesures prises par le roi de Prusse pour la censure des écrits périodiques, des mécontentements que, suivant ce qu'il avance, le citoyen Siéyès éprouva dans le commencement de ses négociations et du renforcement de la ligue de neutralité, voudrait en faire conclure qu'il faut élever des doutes sur l'existence d'une parfaite harmonie entre le cabinet de Berlin et le gouvernement français. — Le Messager des relations extérieures se borne à croire,

279 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [22 décembre 1798]

d'après des renseignements qu'il reçoit par Hambourg, que le mécontentement commence à se manifester contre le roi parmi les militaires prussiens, parce qu'il aurait retiré une augmentation de paie. — Le citoyen Mercier, dans le Bien Informé, voudrait que les écoles devinssent des espèces de corps enseignants, dont les membres observeraient les uns envers les autres un ordre hiérarchique; il cite avec éloge les anciens oratoriens, doctrinaires et jésuites, chez lesquels le professeur de classe inférieure suivait ses écoliers dans les classes supérieures. — Cette opinion se trouve déjà copiée par le Bulletin de l'Europe. — Le PuhUciste annonce plus d'espérance pour la paix. — Le Point du Jour n'omet pas de copier cette assurance prétendue, donnée par un chef du corps des pompiers, que sept incendies s'étaient manifestés à la fois un même jour dans Paris. — La Gazette de France continue à copier les nouvelles de Londres qui présentent Toussaint Louverture sous un jour favorable . — Un article très détaillé, produit par VAmi des Lois, présente au contraire Toussaint Louverture comme très coupable, comme ayant conçu beaucoup de ressentiment de ce que le commissaire du gouvernement aurait annulé une capitulation déshonorante faite avec les Anglais par le général et en aurait terminé une beaucoup plus avantageuse. On trouve dans ce morceau l'énumération des honneurs que le général Toussaint Louverture se serait fait rendre par les Anglais, des présents qu'il aurait reçus au nom du roi d'Angleterre, des marques de prédilection qu'il aurait accordées aux émigrés, et de l'émeute qu'il aurait suscitée contre le commissaire du gouvernement, après le réembarquement duquel il aurait fait chanter le Te Deum. — Enfin on appelle particulièrement l'attention de l'autorité sur l'extrait d'une lettre de Hambourg, produit par Y Ami de la Concorde; il en résulte, comme chose à peu près positive, que le Danemark et la Suède se sont réunis à la Russie et à la Porte Ottomane, que toutes les lettres de Stockholm et de Copenhague confirment dans ces craintes et assurent que ces puissances sont entrées dans la coalition, et que l'on va même jusqu'à dire que la Prusse ne tardera pas à se déclarer. — Un article aussi singulier n'a pas besoin de commentaires. C'est une coalition de six puissances seulement que le journaliste veut laisser supposer.

La SALLE, Sallior.

(Arch. nat., BB»89.)

Rapport du Bureau central du 3 nivôse an VII, se rapportant

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