Voir plus haut, p
2. Il s'agit évidemment diin passage du Uruliis do Voltaire (acte I, scène 1 , qui fut souvent reproduit et arrangé pour la circonstance, pendant le cours de la Révolution, par exemple après la fuite à Varennes. Voir mon llistolie politique (le la Révolution française, p. 12"j. Voir aussi plus loin, p. 330.
[1d janvier 1790] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 316
Dans un article de liltéralure, sur le despotisme exercé dans la république des lettres, le journaliste s'emporte contre les disciples de Yoltaire, qu'il accuse de dénoncer souvent à l'autorité comme ennemis du gouvernement ceux qu'ils redoutent comme adversaires
d'opinion, et ceci, ajoute-t-il, est un peu plus sérieux et nous
entraînerait trop loin. Cette prudence du journaliste n'est pas une énigme. — Dans le Messager, l'article Allemagne fait sonner très haut l'appareil dans lequel a été laite la revue des troupes russes par l'Empereur, à Brunn. Citation d'une lettre de Berlin portant que l'accession de la députation de l'Empire à l'ultiinatuin français a causé à la cour une sensation désagréable. Même nouvelle d'une signification faite à la France d'un envoi fait par l'Empereur de trente-six mille auxiliaires au roi de Naples. — L'article suivant des Annales de la Bépuhliquc a paru très à remarquer par les inductions qu'il semble présenter à la malveillance : « Un coup de pistolet tiré avant-hier à sept heures du soir, dans le Luxembourg, a fait mettre en un instant toute la garde du Directoire sur pied. Mais la seule cause de cette alerte était l'étourderie d'un homme qui essayait des pistolets. »
Sallior, Lasalli:, Lessohe.
(Arch. nat., BB » 8!t.)
MDXC
Rapport du bureau central du même jour.
. . .Journaux du 26 nivôse. — L'activité avec laquelle le Publiciste s'empare des journaux allemands et la nature de ses correspondances lui donnent le moyen de dicter en quelque sorte à une foule d'autres journalistes. C'est de cette source en conséquence que sort ce tlux d'opinions qui sont tantôt pour la paix et tantôt pour la guerre d'une manière presque positive. Cette assertion, qui paraît dans un article Vienne, à la date du 12 nivôse, acquiert dans ce moment trop d'importance dans le public et a trop d'action sur l'opinion pour qu'on ne la produise pas ici dans les propres termes du journaliste : « Dès qu'on apprit ici (Vienne) la nouvelle de l'occupation du Piémont par les Français et la retraite du roi, l'Empereur fit convoquer un conseil extraordinaire, où assistèrent les ministres des principales puissances. Après la conférence, des courriers furent expédiés à leurs cours
317 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 janvier 1799]
respeclives ; les dépêches qu'ils portaient étaient, dit-on, toutes à la guerre. Sa Majesté est de retour ici de Brunn. » — Deux journaux donnent les mêmes nouvelles : ce sont : Messager des relations extérieures et VAmi de la Concorde ; le style seul est différent. — Quelques bruits tendent à faire croire que la Suède n'est pas éloignée de se liguer avec la Russie ; le Bulletin de CEurope accueille aujourd'hui cette conjecture. — Les autres journaux n'ont donné lieu à aucune observation essentielle.
Sallior, Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB* 8!1.)
Journaux.
Moniteur universel du 27 nivôse : « La police a donné des ordres,
depuis plusieurs jours, pour que les malheureux qui seraient trouvés dans les rues, abattus par le froid, fussent conduits chez le commissaire de police, pour y recevoir des secours conformes à leur état »
MDXCI
27 NlYOSE AN VII (10 JANVIER 1799).
Journaux.
Moniteur universel du 28 nivôse: « La Commission des inspecteurs
de police du Conseil des Anciens a arrêté, le 29 vendémiaire dernier, qu'il serait élevé dans le jardin des Tuileries un monument à la mémoire de J.-J. Rousseau. L'exécution en a été confiée au citoyen Masson, chargé de tout ce qui concerne la sculpture dans le palais et le jardin des Tuileries. Un groupe présentera à la fois quatre figures : celle de Rousseau, dans la situation animée d'un homme qui donne des leçons à l'adolescence, avec le vif désir de la faire pénétrer dans son cœur ; celle d'Emile, son jeune élève, l'écoutant avec l'attention la plus marquée; celle d'une mère assise, contemplant l'homme qui lui rappela les devoirsde la maternité; et celle d'un enfant quittant le sein maternel, et semblant s'unir à sa mère pour témoigner sa reconnaissance au philosophe. Ce groupe aura 2 mètres do hauteur, sur 1 mètre et 2/3 de largeur en tous sens. Il sera posé sur un piédestal, dont la corniche et la loge porteront des ornements d'architecture. Les bas-reliefs du piédestal contiendront aussi divers sujets. Sur la première face sera rappelé le Contrat social, par un contrat d'union juré par des hommes libres. La face à droite présentera trois figures qui rappelleront ses princij)es en législation générale, son triomphe à ^Académi^i de Dijon et son combat polémique avec d'AIcmbert. Sur la face à gauche, sera rex[)ression de la sensibilité maternelle ; ce sera Héloïsc reprenant ses sens et couvrant de baisers son enfant relire des
[17 JANVIER 1700] DIHECTOmE EXECUTIF 318
tlols qui allaient Tengloulir. La quatrième face o (Tri ra quatre figures: l'une présentera le Devin du village; l'autre représentera la musique; la troisième rappellera Pygmalion, et la ((uatrième le goût de J.-J. llousseau pour la botanique et pour tout ce qui nous rapproche de la nature. Ces bas-reliefs auront dans leur exécution un mètre et un tiers de largeur sur un mètre de hauteur. Sans doute on doit savoir gré à la Commission du Conseil des Anciens de l'intention qui lui a dicté son arrêté du 20 vendémiaire; mais l'exécution d'un monument à la mémoire d'un des hommes les plus illustres de notre pays ne méritait-elle pas les honneurs d'un concours ? Croit-on qu'en demandant les conceptions de plusieurs artistes sur le même sujet, on ne serait point parvenu à simplifier l'idée, avantage qu'on doit soigneusement rechercher dans les monuments qu'on expose aux yeux du peuple qui n'entend i)as toujours les allégories ? Croit-on qu'en excitant l'émulation de plusieurs talents, on n'aurait pas obtenu plus de perfection dans l'exécution? Le culte qu'on rend aux grands hommes est comme celui qu'on rend aux Dieux, une des plus consolantes prérogatives de l'humanité ; si nous ne pouvons participer de leur nature céleste, qu'on nous laisse au moins nous élever jusqu'à eux par la gratitude ; c'est un honorable droit qui appartient à tous les mortels. Pourquoi donc en priverait-on ceux de nos citoyens qui s'a|)prochent le i)lus des demidieux que nous vénérons, et dont le génie et le talent sont les plus propres à exprimer notre reconnaissance de la manière à la fois la plus digne de ces bienfaiteurs du genre humain, et la plus glorieuse pour nos aris?... »
MULXCII
Rapport du bureau central du 29 nivôse.
. . .Journaux du 2S nivôse. — Les journaux n'offrent, par leurs seules réflexions, aucun intérêt majeur; mais ils donnent des nouvelles plus ou moins importantes, dont il paraît essentiel d'informer l'autorité. — Il en est deux à remarquer dans le Publicisle, à l'article Vienne ; il présume que, d'après la nouvelle de la révolution du Piémont, ies troupes de l'Empereur pourraient bien ne plus se tenir dans l'état d'observation qu'elles ont gardé jusqu'à ce jour. Il annonce en outre l'entrée du général Sérurier à Lucques,à la tête de quatre cents cavaliers. — On lit dans le Messager des relations extérieures que, depuis la défaite des Napolitains, le gouvernement de Toscane, pour calmer les esprits un peu agités par cet événement, a fait répandre que la République française reconnaissait la peutralité de la Toscane, et venait de donner au grand-duc l'assurance de son désir pour le maintien de la bonne barmonie qui règne entre les deux puissances.
319 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [18 janviek 1790J
— Si l'on en croit les nouvelles que plusieurs journalistes disent avoir reçues de Strasbourg, beaucoup de princes de l'Empire se préparent à faire leur paix particulière avec la France et auraient même déjà dépêché des courriers à Paris. — On trouve dans le Bien Informé l'annonce de l'arrivée à Constantinople de trois vaisseaux de ligne russes, destinés à se joindre à la flotte combinée.. Cette flotte, est-il ajoyté, s'est emparée de Céphalonie. — Les nouvelles données par le même sur l'île de Malte portent que, sur la fin de brumaire, six frégates anglaises bloquaient l'Ile, et que les paysans maltais, au nombre de douze mille, commandés par des officiers anglais et napolitains, et bien pourvus d'artillerie et de munitions, investissaient le fort de La Valette. — Enfin on lit, à l'article Vienne, que le cabinet de Madrid a envoyé, vers le milieu de brumaire, un courrier à Londres pour offrir au cabinet britannique de traiter de la paix à de certaines conditions, et que le roi a même donné des ordres à l'amiral Massado d'arborer pavillon blanc dans le cas où il serait attaqué par les Anglais. — Le journaliste ajoute que, suivant d'autres avis, la paix serait déjà censée conclue entre l'Espagne et l'Angleterre.
Sallior, Lasalle.
(Arch. n.at., BB » 89.)
Journaux.
Moniteur universel du 29 nivôse : « Paris, le 28 iiicôse. Le célèbre tableau V Hydropiqne, peint par Gérard Dow, récemment arrivé de Turiu, est exposé dans le grand salon du Musée, où il sera vu les jours d'ouverlurc publique ))
MDXCIII
Pabliciste du l"'' pluviôse : « De Paris, le 30 nirôse M. Cabarrus est
arrivé hier à Paris ; il demeure avec la oitoycuno Tallien, sa fille; maison ne croit pas qu'il prolonge son séjour dans cette ville »
MDXCIV
Compte décadaihe des opérations du bureau central du canton DE Paris du 20 au 30 nivôse an VII.
.. .Salubrité et voie publique. Service extraordinaire. — Les circonstances ont nécessité l'emploi extraordinaire de deux" mille cinq cent cinquante ouvriers, compris les chefs conducteurs. Ils ont été occupés à casser les glaces dans un très grand nombre de rues. Cinq cent vingt et une voitures ont été mises en activité pour ce service extraordinaire, pendant les huit premiers jours seulement de cette décade. Elles ont enlevé deux mille neuf cent soixante-seize voies. Il n'y a pas eu de voitures pour le service de nuit
Dépôts de neiges et glaces. — Le directeur de Tlmprimerie de la République ayant informé le Bureau central que, vu l'urgence du service public, il avait été forcé de faire déposer dans la rue les glaces provenant des eaux qui roulent des laveries de cette imprimerie, l'inspecteur du nettoiement a reçu ordre d'y envoyer un tombereau pour enlever ces glaces. — Le directeur de l'Ecole de médecine ayant observé qu'il craignait que le dépôt des neiges et ordures formés sur la place de l'École n'y laissât, lors de la fonte des neiges, une grande quantité d'immondices, le Bureau central lui a répondu que ces résidus seront enlevés lors du dégel, leur transport n'ayant pu être effectué à la voirie, devenue inabordable par l'effet de la gelée; il lui a observé, à l'égard de la fermeture du passage de l'Ecole à l'hospice, qu'il venait de donner des ordres pour en rétablir la communication
Ouverture d'une salle de spectacle. — Informé que l'ouverture de la salle nouvelle, sous le titre de la Veillée, devait se faire le 22 nivôse, le Bureau central a pris les mesures de sûreté nécessaires pour l'intérieur de cette salle, et a fait les dispositions pour assurer le maintien du bon ordre à l'extérieur. , . .'.
Incendie du Cirque. — Il a informé le ministre et le Département qu'après avoir attentivement examiné les déclarations reçues par lo commissaire de police de la division Butte-des-Moulins, qui a recherché la cause de l'incendie du Cirque au jardin du Palais-Égalité, il paraît que cet événement désastreux a été l'effet de la malveillance, qu'en conséquence il a transmis ces déclarations au juge de paix de la division pour agir selon qu'il le croira convenable.
Théâtre de la Cité. — Informé par le commissaire de police,
321 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [9 au 19 janvier 1790]
division de la Cité, que le délai donné aux entrepreneurs du théâtre de la Cité pour faire exécuter les dispositions reconnues nécessaires en cas d'incendie est expiré, et que rien n'a été exécuté, malgré l'ordre notifié le 3 nivôse, le Bureau central a de nouveau invité les citoyens Bralle, Moitte et Le Doux à procéder à un dernier examen et à lui donner un rapport détaillé sur l'exécution ou l'inexécution
des mesures de sûreté prescrites pour ce théâtre
Épiciers droguistes. — Convaincu qu'il était nécessaire de prendre des mesures contre la cupidité et l'impéritie d'un grand nombre d'épiciers droguistes, le Bureau central a fait procéder, le !«■■ nivôse, en vertu des lois subsistantes et de son arrêté du 13 frimaire dernier, aune visite générale chez les épiciers droguistes de cette commune; cette visite a été faite par quarante-huit pharmaciens, assistés d'un commissaire de police. Cent quatre-vingts contraventions ont été constatées, et les procès-verbaux en ont été transmis au directeur du jury d'accusation, avec invitation de choisir un seul juge de paix pour instruire sur le tout, afin d'éviter les longueurs qu'entraînerait la distribution des procès-verbaux entre plusieurs officiers de police judiciaire. Le Bureau central a rendu compte au Département de l'exécution de ces mesures, et a soumis à son approbation une délibération du 17 nivôse, portant que les frais occasionnés par cette opération seront remboursés sur les fon Is de l'octroi municipal et de bienfaisance, attendu qu'elle a eu pour objet d'empêcher la distribution des drogues et médicaments nuisibles aux habitants de cette
commune
Saisie de plantes chez un herboriste. — Deux paquets d'herbes malfaisantes ont été saisies lors de la visite faite par les ordres du Bureau central chez le citoyen Villain, herboriste, dont il a été parlé dans le précédent compte. Ils ont été envoyés sous scellés, avec expédition du procès-verbal, au juge de paix de la division des Tuileries qui a été invité à donner à cette affaire toute la suite dont elle est
susceptible
Commerce et nagivation. Glaces en rivière. — Le Bureau central a continué de faire exécuter toutes les mesures de précaution possibles pour la conservation des bateaux, coches, usines et marchandises exposées sur la Seine. Il a donné des ordres à l'effet de tirer les bateaux engagés dans la glace sur la rive gauche de la Seine depuis l'estacade de l'île de la Fraternité jusqu'aux portes de l'Hôpital, de les arranger de la manière la plus convenable pour éviter les effets de la débâcle, de casser les glaces de cette rive pour rendre libre le chemin de la navigation, de décharger les denrées et marchandises TOMB V, 21
chargées sur les bateaux, ainsi qu'en divers endroits et particulièrement près le pont de la Tournelle, et de marquer du marteau de déchirage tous les bateaux qui seraient reconnus hors d'état de service. Il a aussi chargé les inspecteurs des ports des deux rives du bas de faire casser les glaces sur la rivière dans les bassins formés par le pont Michel, le Pont-Neuf et le Pont-National, dans tous les endroits par lesquels on pourrait se rendre sur la rivière, principalement où il avait été formé des chemins et où se vendaient {sic) les ordures, afin de prévenir les accidents ; il a recommandé l'exécution de tous les travaux sans discontinuation, même le décadi 30 nivôse
Coche et moulin en danger par les glaces. — Sur le rapport de l'inspecteur Monthulé, qu'un des coches de la haute Seine avait été emporté par les glaces, et que, le moulin du citoyen Gaignard avait couru les plus grands dangers, l'un des administrateurs du Bureau central s'est transporté sur les lieux, a fait ranger le moulin et remonter le coche
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Les observations faites dans les lieux de réunion n'ont point paru de nature à motiver un nouveau rapport sur l'opinion publique
Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Brochures contraires au gouvernement. — Le Bureau central a donné ordre de surveiller une imprimerie soupçonnée avoir sous presse un ouvrage contraire aux principes républicains et au gouvernement. Même surveillance a été ordonnée au sujet d'un écrit circulant clandestinement et ayant pour titre : Appel à la vérité, dans lequel le gouvernement est très maltraité.
Théâti'e des Victoires-Nationales. — Le Bureau central a permis aux entrepreneurs du théâtre des Victoires-Nationales de continuer leurs représentations, d'après leurs soumissions à prendre les mesures de précautions qui leur ont été prescrites.
Impôts sur les spectacles. — Il a adressé aux municipalités l'arrêté par lui pris pour activer la perception de l'impôt par les spectacles au profit des indigents, et a prévenu les entrepreneurs de spectacles de cette mesure. — Il a écrit à l'agent comptable de faire toutes les diligences nécessaires pour assurer la rentrée des sommes dues par le citoyen Ribié, directeur du théâtre d'Émulation et de Louvois, qui, depuis le 15, n'avait point versé dans les mains du commissaire de police de la division du Temple les cent francs qu'il s'était obligé de remettre chaque jour sur un arriéré de vingt-huit mille francs. — Le citoyen Sageret, receveur du théâtre de la République, [de] l'Odéon
323 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [janvier 1799]
et [de] Feydeau, ayant refusé à l'administration municipale du IP arrondissement de lui communiquer ses registres de recettes, le Bureau central a pris un arrêté pour prévenir de pareilles contraventions.
Observations des décadis et fêtes nationales. — Il a rappelé aux citoyens de Paris, par un avis imprimé et affiché, qu'en vertu de la loi concernant l'observation des décadis et fêtes nationales, les boutiques devaient être fermées le duodi 2 pluviôse. Cet avis a été transmis au commissaire de police avec invitation de surveiller l'exécution de la loi et de constater les contraventions.
Instituteurs. — La citoyenne Prout continuant à s'annoncer comme institutrice, quoique ayant annoncé tenir pension, le Bureau central a invité le Département à prendre contre les mesures convenables. . .
Bals publics et cabarets; lieux de rassemblement. — Il a de nouveau, par une circulaire, recommandé aux quarante-huit commissaires de police de tenir la main à l'exécution de l'arrêté du Directoire exécutif du 15 germinal dernier, qu'aucun bal public ne fût ouvert les jours de dimanches et fêtes de l'ancien calendrier, à moins qu'ils ne coïncidassent avec un décadi ou une fête nationale. — Il a ordonné au commissaire de police de la division du Finistère de surveiller particulièrement les bals et cabarets de la rue de l'Epée-de-Bois, et au commissaire de police de la division de la Butte-des-Moulins de surveiller la rue Basse-du-Rempart, dénoncées comme lieux de rassemblement de filles publiques et de militaires qui insultent aux mœurs. — Il a donné ordre de faire fermer le bal du citoyen Laforêt, d'après le rapport du commissaire de police de la division de l'Arsenal.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB ^ 89.)
MDXCV
Tableau analytique de la situation du département de la Seine,
PENDANT LE MOIS DE NIVOSE AN VII, PRÉSENTÉ AU MINISTRE DE l'iNTÉ- RIEUR PAR LE COMMISSAIRE DU POUVOIR EXÉCUTIF PRÈS l'aDMINISTRATION CENTRALE DUDIT DÉPARTEMENT.
Esprit public. — Mes observations ne m'ont présenté, dans le courant de ce mois, que des résultats avantageux sur la situation de l'opinion publique. Dans les cantons, j'ai vu parmi les administrateurs
zèle et désir du bien ; parmi les administrés, franchise républicaine et soumission aux lois. A Paris, j'ai vu dans les uns et dans les autres docilité aux ordres et intentions du gouvernement et égale obéissance à la loi. Quelle meilleure preuve que l'esprit public est aussi bon qu'il peut être dans des circonstances qui flattent l'orgueil et la gloire nationale, mais où cependant le commerce, les arts, l'industrie souffrent et ne se soutiennent que par l'espoir d'un bonheur que leur présagent la force et la puissance de la République ? C'est ce sentiment sans doute qui paraît rapprocher et concilier les esprits qui abjurent leurs divisions. L'intérêt de la patrie semble enfin les occuper d'une manière sensible. Les bonnes nouvelles ont été avidement recueillies et senties. La révolution du Piémont, la fuite du roi de Sardaigne, la reprise de Rome, les défaites multipliées du roi de Naples, notre situation avantageuse en Egypte, etc., ont converti bien des faibles. L'attachement à la République, qui faisait de si grandes choses, a éclaté d'une manière touchante, et les opinions, les conjectures, les espérances, tout était en faveur de la prospérité nationale assurée par la paix. Mais cette paix, on ne veut pas l'acheter parcelle avec les Anglais, contre le gouvernement desquels l'opinion générale se prononce avec éclat et annonce par là un véritable esprit national. Cependant, il ne faut pas se dissimuler que des ennemis irréconciliables espèrent encore et font de constants elForts pour altérer l'esprit public. Ici^ sous le prétexte d'humanité, ils insinuent aux ouvriers, quoique les vivres soient à bas prix, d'exiger des salaires exorbitants, qu'on ne peut leur continuer, et, par là, ces imprudents, sans pain et sans ouvrage, sont au premier acheteur. Là, ils s'apitoient sur le sort des rentiers, qu'ils plaignent plus amèrement que ceux-oi ne se plaignent eux-mêmes, afin d'aigrir les esprits contre le gouvernement. Tantôt, s'érigeant en publicistes, ils blâment notre opération en Egypte, qu'ils disent romanesque et contraire au droit des gens, ou qu'ils appellent (plus particulièrement encore) coup de politique pour éloigner un héros dangereux; ou bien enfin, cachés sous le voile honteux de lâche anonyme, ils distillent leur venin corrupteur dans d'infâmes libelles, multipliés et colportés avec profusion. Mais ce sont les croassements des corbeaux qui espèrent l'orage pour piotiter de ses désastres. Leurs vœux insensés seront toujours sans réalité, et tout doit faire penser à l'observateur que la fermeté et la force du gouvernement triompheront toujours des ennemis de la République. — On ne peut encore prévoir l'esprit qui dirigera les assemblées primaires.
Associations politiques. — La surveillance doit étendre un œil
32b DIRECTOIRE EXÉCUTIF [janvier 1799]
observateur sur toute association : c'est pour ce seul motif que je parlerai ici de deux sociétés qui existent au Palais national des sciences; l'une connue sous le nom de Société philotechnique, l'autre sous celui de Société libre. Elles sont calmes, décentes, et se renferment strictement dans les objets de littérature ; elles sont absolument étrangères à toute discussion politique. — La Société des Noirs, qui tenait ses séances chez le citoyen Lanthenas, depuis la mort de ce dernier se réunit dans un local que le ministre de la marine lui a donné. — Toutes les mesures sont prises pour surveiller les rassemblements ennemis de l'ordre et du gouvernement ; l'œil est fixé sur plusieurs éléments de ces réunions qui s'agitent, fermentent, se montrent et disparaissent tour à tour.
Journaux. — D'après les ordres du ministre de la police générale, j'ai pris des mesures pour empêcher les voitures libres de transporter aucuns journaux ou écrits périodiques, et pour soumettre toutes ces feuilles à une surveillance dont la nécessité se fait plus vivement sentir à l'approche des élections. Des nouvelles affligeantes copiées des gazettes mensongères de l'étranger, des tentatives pour apitoyer sur les déportés de fructidor, voilà ce que les journaux ont présenté de plus saillant, mais leur influence est bien déchue.
Spectacles. — Les spectacles sont toujours loin du bien qu'ils pourraient faire à la morale et à l'esprit public. La faute en est peut-être tout entière au défaut de patriotisme et à l'esprit de cupidité des entrepreneurs. Les littérateurs ont aussi peut-être quelques reproches à se faire. S'ils présentaient aux directeurs des spectacles des pièces républicaines, et seulement des pièces républicaines, le goût irrésistible, le besoin des nouveautés forceraient bien les entrepreneurs à les représenter, quand même elles ne seraient pas dans leurs principes. Le peuple, à qui il ne serait pas offert d'autres pièces, irait les voir, et les gens dits « du bel air » tôt ou tard y respireraient le sentiment du républicanisme. Ophis et Charles /X n'excitent-ils pas l'enthousiasme? Pour parvenir à déterminer les littérateurs à dévouer leur plume à la peinture des mœurs, des vertus républicaines, on pourrait établir un concours, comme il en existe pour les autres objets d'art. — Du reste, pendant ce mois, les spectacles n'ont été troublés par aucun événement, et ont présenté quelques nouvelles productions intéressantes.
Fêtes décadaires. — En général, les administrations municipales ont fait ce qui dépendait d'elles et de leurs moyens pour célébrer dignement les fêtes décadaires, et, malgré la rigueur de la saison, elles ont eu la satisfaction de voir assister à ces fêtes un nombre con-
[janvier 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 326
sidérable de citoyens des deux sexes. Un des puissants motifs qui ont contribué au succès de ces réunions est, il faut l'avouer, l'idée de faire réciter par des enfants différents morceaux instructifs ; il en résulte ensuite un excellent effet pour l'instruction ; cela entretient une émulation généreuse parmi les instituteurs, attire les parents, et leur procure des jouissances d'amour-propre qui tournent au bien public, à l'instruction de leurs enfants et à la formation de l'esprit républicain. C'est dans les cantons ruraux surtout que cette heureuse idée produit des résultats d'autant plus utiles que l'ignorance, entretenue par le despotisme, auquel elle était utile, semblait devoir être le lot des habitants de la campagne et perdait pour la patrie des citoyens qui l'auraient éclairée par leurs talents et leur génie, si l'éducation les avait fait germer et éclore. L'éducation nouvelle va réparer ces pertes. — L'administration du Département a pris, le 18 de ce mois, un arrêté dont on a tout lieu d'espérer le plus grand avantage pour ces fêtes décadaires, si les fonds permettent de l'exécuter conformément à son vœu.
Annuaire républicain. — La cupidité des marchands, un reste de préjugés, d'intérêts, d'habitudes de famille, ont dicté des souhaits, occasionné des visites, dites de nouvelle année. Si, au 1" vendémiaire, les fêtes nationales avaient inspiré le désir de ces relations aimables de famille à famille, d'amis à amis, le l^^ janvier serait totalement banni des coutumes françaises. Quoi qu'il en soit, l'annuaire est généralement observé, tant à Paris que dans les cantons ruraux. Les infractions sont très rares. L'exactitude que les administrations publiques et même particulières mettent à le suivre concourt à son succès parmi le peuple. Déjà même, on date du nouvel ère, sans aucunement y accoler l'ancien. L'annuaire républicain marche donc à grands pas vers un triomphe parfait
Cultes. — L'exercice du culte catholique a été paisible et la conduite de ses ministres décente ; mais qui oserait se fier à des apparenees perfides, au masque trompeur dont se couvre cette secte ennemie par principe de l'État républicain, qui ne l'associe pas à son gouvernement? Puisque la tolérance des cultes défend de bannir un culte qui cependant proscrit cette tolérance, il faut au moins s'efforcer de rendre nuls tous leurs moyens de séduction, et c'est à quoi les fonctionnaires zélés s'occupent avec succès. Déjà leur influence sur l'instruction, par la surveillance du jury, va disparaître ; déjà la cérémonie attachante du mariage leur échappe ; c'est pour leur enlever encore un lien dont ils enchaînaient les peuples que l'administration centrale a pris un arrêté concernant les sépul-
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tures*, auquel sans doute la philosophie a applaudi et qui a désolé le fanatisme, la superstition et les prêtres. — Il est un canton rural où la fureur du fanatisme semble s'être réfugiée ; le culte catholique y est fêté avec solennité. Je vais, profilant des dernières instructions du ministre de l'intérieur sur l'épuration des municipalités, provoquer la suspension de quelques agents municipaux de ce canton, qui donnent le mauvais exemple. — Les théophilanthropes existent encore, mais leur nombre ne s'accroît pas et leur existence est sans éclat.
Instruction publique. — L'activité prochaine des membres du jury qui doivent examiner les instituteurs et les institutrices qui exercent actuellement, ou voudraient exercer par la suite, favorisera, je l'espère, les progrès et l'amélioration rapide de l'instruction publique. Cette honorable et délicate fonction cessera d'être un métier. Le serrurier, le savetier, le maçon sans ouvrage et ignorants, qui avaient usurpé le droit de l'enseignement, retourneront aux instruments qui les nourrissent et les honorent. Ce jury bannira l'immoralité, l'incivisme et les préjugés qui voulaient corrompre les principes de la philosophie, base fondamentale de la République ; il surveillera le mode d'enseignement. Ce n'est pas que, généralement parlant, les instituteurs n'aient fait depuis quelque temps des progrès sensibles vers le bien. Il y a parmi eux des personnes qui joignent à des connaissances approfondies un mode bien choisi, qui enseignent avec zèle la morale et les principes républicains; mais le jury servira à rendre leur nombre plus considérable, à surveiller ceux sur lesquels planent quelques soupçons d'incivisme ou de faiblesse pour les préjugés des parents de leurs élèves, à empêcher enfin que les prêtres astucieux ne s'emparent de cette éducation pour corrompre la génération nouvelle, espoir de l'État. En résultat, l'instruction publique a fait depuis un an des progrès sensibles. Les administrationsy apportent une surveillance digne d'éloges, et le jury, qui a paru quelquefois trouver sa tâche pénible, va s'y livrer avec plus d'ardeur, ayant provoqué de l'administration centrale une nouvelle distribution de travail plus convenable à chacun de ses membres
Mœurs. — Pendant ce mois, le scandale de la prostitution a diminué ; le Palais -Égalité a été un peu épuré. Les mœurs sont néanmoins bien loin encore de la perfection nécessaire dans l'État républicain. On a compté quatre assassinats, trois noyés et six suicides à Paris, et quatre dans les cantons ruraux, qui depuis longtemps étaient exempts de cet esprit de vertige. Nos campagnes, qui devraient être Tasile des