‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 103 sur 254 · Voir plus liant, p. 26i · texte numérisé non relu

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[janvier 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 328

vertus domestiques, ont été souillées par un plus grand forfait : une

mère adultère a immolé son enfant A Paris, autre scandale. Un

commissaire de police, un instituteur, ont abusé de jeunes filles impubères confiées à leurs soins !. . . . Ensuite, les jeux affreux, trop . encouragés. Ils causent des ruines que l'on veut réparer par tous les moyens. Ils multiplient les dissensions affligeantes et scandaleuses dans les familles, parmi les époux que le libertinage a unis et que le libertinage désunit ; ils entretiennent l'aversion pour le travail parmi la jeunesse, qu'ils corrompent, et qu'ils réduisent à ne vivre que de rapines. Cette dernière classe est malheureusement nombreuse, et, pour en purger la société, il serait utile sans doute de suivre l'exemple que vient de donner une république voisine, née par la nôtre : c'est d'expulser de l'État ceux qui ne peuvent pas justifier de leurs moyens d'existence

Établis sèment s de bienfaisance. — Les Comités de bienfaisance méritent des éloges pour le zèle et le dévouement qu'ils ont déployés à secourir les malheureux et à distribuer des secours pénibles, tant en nature qu'en argent. Plusieurs familles ont été sauvées du désespoir et de la mort par leur active distribution. — On se plaint de l'absence des foyers publics élevés par l'ancien gouvernement dans les hivers; mais les secours distribués aux véritables indigents valent bien, je pense, la distribution de quelques fagots, faite à quelques vagabonds oisifs. — Dans les cantons ruraux, il s'est formé quelques établissements de bienfaisance ; mais la plupart, sans consistance, ne se soutiennent que par des quêtes, dont le produit paraît insuffisant pour le nombre des indigents. — Je ne dois pas passer sous silence un trait particulier de bienfaisance qu'il serait à désirer de voir renouveler souvent. Un habitant de Franciade, nommé Benoît, marchand meunier, depuis le commencement de l'hiver nourrit grand nombre de familles malheureuses. Gloire au citoyen Benoît 1

Appt^ovisionnement et subsistances. — Malgré la rigueur de la saison, les approvisionnements de bois et de charbon ont suffi, et n'ont éprouvé aucun renchérissement. Les subsistances sont toujours abondantes et à un prix modique ; mais toute la récolte des végétaux a été gelée et semble perdue, ce qui est un malheur pour les cantons ruraux, dont cette récolte était une partie de revenu.

Agriculture. — Je n'ai pu encore obtenir les états de récolte année commune^ que désire le ministre. Les habitants des campagnes voient toujours dans ces sortes de demandes un but fiscal, et mes collègues ont beaucoup de peine à leur faire comprendre les véritables intentions du gouvernement. — Le bas prix des grains, joint à l'augmen-

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talion du prix de la main-d'œuvre, désespère et ruine les cultivateurs. Presque tous exposent qu'ils sont hors d'état de payer leurs contributions et offrent du blé au lieu d'argent. — Quelque abondantes qu'aient été les dernières récoltes, leur produit n'a pourtant pas été si extraordinaire qu'on puisse raisonnablement lui attribuer ce bas prix du grain ; même, si l'on en croit des rapports, l'abondance est loin d'être générale. On assure qu'à Brest, à Bordeaux et autres grandes communes du Midi, le pain est à 25 centimes la livre. La cause en est : 1" dans la difficulté des communications et la cherté des transports, occasionnées par l'emploi de presque tous les chevaux aux services des armées, obstacle qui empêche le grain de prendre son niveau et de se répandre sur tous les points de la République ; 2° ne pourrait-on pas aussi l'attribuer aux acquisitions considérables de terres et de meubles précieux, auxquelles les fermiers ont employé tous leurs capitaux depuis quelques années, capitaux qui auparavant les mettaient à portée de conserver le blé de leurs granges et d'attendre une vente plus avantageuse ? Ce qui contribue encore à rendre plus pénible leur situation, c'est que les comestibles, même le pain, sont loin de suivre Tavilissement du blé. Le pain, comparé au prix du blé, est du double plus cher qu'autrefois. Ces gains énormes que font les boulangers prouvent cette vérité, qui peut-être n'est pas encore bonne à dire, qu'une taxe d'un liard par livre de pain, accompagnée de la remise en vigueur des anciens règlements de police sur le prix de cette denrée, et dans les mêmes proportions qu'autrefois avec celui du blé, mettrait la France en état de se passer de tous les autres impôts vexatoires, de faire tête à toute l'Europe, et en même temps ferait diminuer sensiblement le prix

du pain

Émigrés. — Cette partie est conduite avec un patriotisme sévère.

Concours des autorités. — A l'exception d'un peu de jalousie d'attributions qui se manifeste de temps en temps entre le Département et le Bureau central, et surtout de la part de cette dernière autorité, tous les fonctionnaires publics concourent avec assez d'union et de zèle à l'exécution des lois.

DUPIN

(Arch. nat., F » ' m, Seine, 20.)

MDXCVI

Rapport du bureau central du même jour.

? Jour anniversaire de la mort du tyran; les bureaux étaient fermés, et aucun rapport n'a été fait.

Journaux.

Rédacteur du 3 pluviôse : (< Directoire exécutif. Procès-verbal de l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français, célébré à Paris, dans le Temple de la Victoire, le 2 pluviôse an VII. L'an VII"^ de la République une et indivisible, le 2 pluviôse, en exécution des lois des 18 floréal an II et 23 nivôse an IV, et de l'arrêté du Directoire exécutif du 3 frimaire dernier, portant que l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français sera célébré aujourd'hui dans toute la République, et conformément aux dispositions du programme arrêté, le 2 nivôse aussi dernier, par le ministre de l'intérieur, d'après les ordres du Directoire exécutif, concernant le cérémonial et l'ordre à observer dans la célébration de cette cérémonie dans la commune de Paris, une salve d'artillerie avait annoncé, à sept heures du matin, l'anniversaire du jour où la Convention nationale ordonna la punition d'un roi parjure. A neuf heures, les commandants des troupes stationnées à Paris les avaient rassemblées sur les principales places. Là, tous les militaires sous les armes avaient renouvelé le serment de haine à la royauté et à l'anarchie, et d'attachement à la République et à la Constitution de l'an III. Les pièces d'artillerie attachées aux différents corps avaient scellé, par des salves réitérées, ce serment des guerriers républicains. Les troupes étaient ensuite venues se ranger dans les rues adjacentes au temple de la Victoire, où les citoyens s'étaient portés en foule pour assister à la cérémonie pour laquelle cet édifice avait été choisi. Par les soins du ministre île l'intérieur, le temple de la Victoire avait été orné d'une manière analogue au grand objet de cette institution. Les décorations en étaient augustes et portaient un caractère imposant et sévère. Le frontispice était paré de trophées guerriers et des couleurs nationales. Au-dessus de la principale porte, se lisaient en gros caractères les inscriptions suivantes :

AU 2 PLUVIOSE, JOUR d'eFFROI POUR LES TRAITRES ET LES PARJURES.

Et plus bas ces vers :

Si dans la République il se trouvait un traître Qui regrettât les rois et qui voulût un maître, Que le perfide meure au milieu des tourments!

(Voltaire, Brutus.)

Dans le centre du temple s'élevait un autel qui soutenait le livre de la Constitution. Autour de l'autel, sur des trépieds antiques, brûlaient des parfums.

331 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [21 janvier 1799]

Au fond de la nef avait été construit un vaste amphithéâtre que décoraient les statues de la République, de la Liberté et de l'Égalité, et des trophées militaires. Dans la partie supérieure étaient placés sur une estrade cinq fauteuils pour le Directoire exécutif, et un siège ])0ur le secrétaire général. Ceux des ministres de la République et des nieml)res du Corps dii)lomalique étaient placés de droite et de gauche de l'estrade. De chaque côté de l'autel s'élevaient d'autres amphithéâtres destinés à recevoir les juges du tribunal de cassation, l'Institut national et les corps constitués qui siègent dans la commune de Paris. Au-dessus de ces amphithéâtres et on face, ainsi que sur chacun des piliers, on lisait les deux inscriptions placées sur le frontispice du temple. Les membres des administrations et tribunaux, qui avaient été convoqués par les ministres, se réunissent, revêtus de leurs costumes, dans le temple de la Victoire, et se placent sur les amphithéâtres latéraux dans l'ordre suivant. [Suit l'énumération des Corps constitués et administrations.] A onze heures, le Directoire exécutif, escorté de sa garde à pied et à cheval, précédé de ses huissiers et messagers d'État, et accompagné des États-Majors de la 17« division militaire et de la place de Paris, des ambassadeurs et ministres des Ré|)ubliques alliées, des ministres de la République et du secrétaire général, sort du lieu de ses séances, et se rend au temple delà Victoire. Le cortège entre par la principale porte ; les troupes forment une haie que le Directoire traverse pour aller prendre séance. Tout le cortège ayant ensuite pris place, le Conservatoire de musique, qui occupait une vaste tribune élevée derrière le Directoire, exécute une symphonie et V Hymne à la patrie. La dernière strophe, contenant une invocation à la Liberté, est entendue avec une émotion religieuse; les membres du Directoire et tous les assistants, debout et découverts, l'écoutent dans un profond recueillement. Le citoyen [La] Révellière-Lépeaux, membre du Directoire exécutif, prend la parole et prononce le discours suivant'.... Ce discours achevé, le président du Directoire exécutif prononce le serment républicain ordonné par la loi du 24 nivôse an V, en ces termes: « Je jure haine à la royauté et à l'anarchie ; je jure attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an III. » Les autres membres du Directoire exécutif, le secrétaire général, les ministres, tous les membres des autorités constituées, tous les fonctionnaires publics civils et militaires, les citoyens présents, les défenseurs de la patrie répètent: Je le jure. Les voûtes retentissent de ce serment sacré et des cris réitérés de Vive la République! qui le suivent. Le Directoire exécutif, accompagné du secrétaire général et des ministres, descend de l'amphithéâtre et s'avance en silence vers l'autel de la patrie. Le président du Directoire y dépose l'acte du serment signé par tous les membres du Directoire et le secrétaire général. Alors le Conservatoire exécute l'hymne du 21 janvier, par le citoyen Lebrun, de l'Institut national des sciences et arts, musique du citoyen Berton, du Conservatoire, dont suivent les paroles :

Les flammes de l'Etna sur ses laves antiques Ne cessent de verser des flots plus dévorants ; Des monstres couronnés les fureurs despotiques Ne cessent d'ajouter aux forfaits des tyrans.

1. Nous ne reproduisons pas ce discours, qu'on trouvera dans le même numéro du Rédacteur.

S'il en est qui veuillent un maître, De rois en rois dans l'univers Qu'ils aillent mendier des fers; Ces Français, ces Français sont indignes de l'être ; De rois en rois dans l'univers Qu'ils aillent mendier des fers.

0 France ! La vois-tu, cette horrible furie, De ta reine barbare impitoyable sœur ?

La vois-tu d'une main au carnage aguerrie, Allumer le tonnerre à l'aigle ravisseur • ?

S'il en est, etc.

Lille, un dieu vengera ta cendre et ton injure; Tes débris enflammés accuseront Louis.

La bombe, en t'écrasant, le déclarait parjure : Thémis dut l'immoler à ses peuples trahis.

S'il en est, etc.

Rien n'absout les tyrans; quand un roi fut rebelle. Toujours la nation put dicter son trépas ; La voix d'un peuple entier n'est jamais criminelle, Et nous le sommes tous, si Louis ne l'est pas.

S'il en est, etc.

0 que Vienne aux Français fit un présent funeste ! Toi qui de la discorde allumas le flambeau. Reine que nous donna la colère céleste. Que la foudre n'a-t-elle embrasé ton berceau ?

S'il en est, etc.

Combien ce couple heureux eût épargné de crimes ! Ivre de notre sang, désastreuse beauté.

Femme horrible ! Tu meurs après tant de victimes : Le glaive expie enfin ta lâche cruauté.

S'il en est, etc.

Et Philippe * vivait en dépit de la foudre, Artisan insensé de crimes superflus !

Ton peuple, ton sénat, ton dieu vient de s'absoudre. France ! la hache tombe et Philippe n'est plus.

S'il en est, etc.

Sur leurs restes sanglants la monarchie expire. Siècles de servitude, un jour brise vos fers ! Au sceptre usurpateur succède un juste empire. République, tu nais pour venger l'univers.

S'il en est, etc.

1. L'Aigle d'Autriche. Christine de Saxe mit le feu aux premières bouches» qui foudroyaient Lille. Et Louis, qui la faisait assiéger, nous pressait de l'aller défendre. (Note du Rédacteur.)

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