Tome V
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abandonne ce style indigne d'une feuille périodique. Ce qu'on lit dans plusieurs autres journaux ajoute à cette opinion et semble aujourd'hui présenter un contraste frappant avec la rédaction de ce début du Juif errant. Il est, entre autres, dans le Rédacteur, les idées les plus judicieuses sur la censure des écrits et la surveillance des ouvrages qui portent la corruption dans les mœurs ; la publicité de ces sortes d'ouvrages est considérée, à juste titre, comme un délit politique qui provoque toute la sévérité des autorités ; on y fait entendre qu'elles-mêmes sont intéressées à porter un œil sévère sur ces grands écarts de l'imagination, puisque l'immoralité, si on ne lui opposait de fortes digues, amènerait bientôt la destruction de l'ordre social. — A l'appui de ces réilexions, on citera l'aventure que rapporte le Flambeau, et qui consiste dans le refus qu'une jeune personne fait de la main d'un homme qui avait composé des romans licencieux, en lui disant qu'elle ne pouvait épouser un homme auteur de productions immorales dont sa mère lui avait interdit la lecture. L'importance de ces derniers articles et le bien qu'ils opéreraient nécessairement font regretter qu'ils n'aient encore d'autre publicité que celle des journaux.
Sallior, Lessore.
(Arch. nat., BB » 89.)
Journaux.
Clef du Cabinet du 17 pluviôse : « Paris, le 16 pluviôse. .. La cérémonie consacrée à la Piété filiale eut lieu hier dans le temple do la Reconnaissance, et toutes les âmes y ont vu avec attendrissement ce jeune Lorquct, qui, à l'âge de huit ans, sut, au milieu de la détresse la plus profonde, en vendant ses cheveux, secourir sa mère infortunée prête à descendre dans le tombeau. Le citoyen Dubroca prononça un discours à cette occasion. Il est déjà imprimé et on le trouve chez Désessarts, libraire, rue du Tliéàtre-Franrais, no 9. Prix, 20 centimes pour Paris, 2.j pour les départements »
MDCIX
IG PLUVIOSE AN YII (4 FÉVKÏER 1799.)
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaiqnieau, du IG pluviôse: a Paris, le i6 pluviôse. . . Le citoyen Allais, architecte, vient de mettre au jour ses idées sur les ci-devant églises destinées par la loi à servir de réunion pour les fêtes décadaires. Suivant lui, le parti le plus avantageux i)Our le Trésor jtuhlic
355 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 iihrtiEK 1799]
serait de faire vendre les églises que des considérations valables n'obligeraient pas de conserver. Le produit de cette vente donnerait les moyens, plus que sui'fisants, d'élever à leur place des temples bien conçus dans leur plan, et dont l'architecture élégante et simple, revêtue des charmes des autres arts, offrirait un spectacle nouveau et des lieux de réunion dont l'heureuse disposition seule serait un attrait pour les citoyens. Le spectacle de la belle nature, comme des arts qui l'imitent, élève l'âme, ennoblit les sentiments et attache riiomme aux lieux qui l'ont vu naître. L'édification des temples décadaires aurait lieu par degrés. Paris en donnerait l'exemple; les i)lans reconnus les meilleurs seraient copiés ou imités dans les départements. 11 ne s'agit ici ni de lourdes masses, ni de tours, ni de dômes; les temples antiques, au moins quant à leur simplicité et à leurs belles proportions, nous présentent des modèles à suivre, saut l'usage auquel les nôtres sont destinés >»
MDGX
il PLUVIOSE AN VII (o FÉVRIER 179!)).
Rapport du bureau central du 18 pluviôse.
. . .Journaux du 17. — Il ne résulte de l'examen fait aujourd'hui •des feuilles périodiques qu'une seule réflexion qui soit de nature à ■être soumise à l'autorité : c'est que la Clef du Cabinet contient une sorte de réclamation contre l'arrestation du ci-devant évêque de Saint- Papoul, détenu au Temple depuis un mois, ou plutôt, en reconnaissant que ce ci-devant évêque s'est laissé entraîner à des démarches de fanatisme avant le 18 fructidor, le rédacteur croit devoir se permettre d'engager le gouvernement à considérer que cet individu s'est, depuis l'époque ci-dessus, conduit très sagement dans la municipalité qu'il s'était choisie pour retraite.
Sallior, Lasalle.
(Arch. nat., BB » 89.)
MDCXI
Rapport présenté au Directoire exécutif par le ministre
de l'intérieur '.
[11 pluviôse an VII].
Les différends qui se sont élevés entre le citoyen Sageret et les
1. Ce rapport est précédé de cette lettre : « Paris. 9 pluviôse un VII. Le Dircc-
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artistes français menacent en ce moment le théâtre de la République d'une dissolution prochaine et l'art dramatique de sa ruine. Aussitôt que j'ai été informé des premiers faits, j'ai avisé aux moyens de prévenir cette dissolution. J'ai entendu tour à tour le citoyen Sageret et les commissaires des artistes. Mais, au moment où je croyais pouvoir les concilier, j'ai vu qu'il n'y avait point de conciliation à espérer. Au moment oîx j'ai cru devoir inviter de la manière la plus pressante les comédiens à continuer de jouer et à rester unis, j'ai appris que les principaux acteurs de ce théâtre, tels que les citoyens Talma et Mole et les citoyennes Contât et Vanhove, ayant obtenu, m'a-t-on dit, du citoyen Sageret lui-même des congés, étaient déjà partis ou prêts à partir. Les circonstances ont été jusqu'à présent tellement mobiles, qu'il a été presque impossible de prendre même provisoirement un parti. Je vais tracer succinctement l'historique de leur querelle. Dans un mémoire que m'a adressé le citoyen Sageret le 20 nivôse, il m'expose que, divers accidents imprévus et nommément la suspension momentanée des payements de la Caisse des comptes courants ayant dérangé les projets qu'il avait formés pour se procurer des fonds, il se voyait obligé d'avoir recours, pour diminuer sa dépense, à des réductions de traitement sur plusieurs artistes qui, prenant pour bases de leurs prétentions les honoraires accordés à quelques principaux acteurs, avaient exigé de l'administration des appointements exorbitants. Ce projet de réduction, ayant été communiqué aux artistes d'une manière un peu tranchante (car le citoyen Sageret leur donnait l'option, ou de l'accepter dans les vingt-quatre heures, ou de se retirer du théâtre de la République), a excité, parmi la société, une émotion d'autant plus vive que la réduction proposée portait sur l'arriéré même de leurs appointements. Peu de jours après, les artistes m'ont adressé un mémoire par lequel ils se plaignent avec amertume des procédés arbitraires du citoyen Sageret envers eux, et particulièrement de la légèreté avec laquelle il se permet de briser, de son autorité privée, les engagements contractés par lui; déclarent qu'ils vont porter leurs plaintes devant les tribunaux; mais, comme les voies judiciaires sont toujours lentes, ils demandent que le gouvernement intervienne dans leurs débats et protège l'art dramatique. Le 29 nivôse, voyant que son plan de réduction a trop fortement révolté les artistes, le citoyen Sageret y
luire oxéculif un niinislre de l'intérieur. Le Directoire exécutil' vous invite, citoyen ministre, à lui faire un rapport flans le plus bref délai possible, sur le théâtre de la République. Treimiaud, J.-M. Uicvki.i.ikhk-Lki'kaux. Mkiu.in. » (Arcli. nat., AFni, 572.)
357 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 ikvrier 1799J
renonce, et leur fait d'autres propositions; il consent à ce que les recettes du 1"'^ pluviôse soient uniquement consacrées à l'acquittement des dépenses du théâtre, renonçant à tout droit quelconque sur la totalité de ces recettes, à l'exception de l'abonnement du Corps législatif, ou d'une somme de 450 francs par jour, s'il convient aux artistes de faire cesser cet abonnement, toute réserve étant destinée à l'acquittement des créances particulières du citoyen Sageret relatives au théâtre. Il sera en outre nommé par les artistes quatre commissaires aux recettes, etc., etc. Ces propositions ont été accueillies par les artistes avec plus d'animosité encore que les précédentes. Dans un mémoire qu'ils m'ont remis le 3 pluviôse : t< Le résultat le plus clair d'un tel arrangement, disent-ils, serait une pension de 54,000 francs pour le citoyen Sageret, et une véritable banqueroute pour nous. De semblables conditions sont injustes, illusoires, compliquées de travaux et de soins, en un mot inexécutables. » Ils prétendent que le citoyen Sageret, après avoir vidé la caisse du théâtre, on ne sait comment, n'a nul droit de prélever encore sur cette caisse une pension de 54,000 francs ; qu'eux au contraire ont celui de se faire payer, dès à présent, en totalité et sur tous les biens du citoyen Sageret, des sommes qu'il leur doit ; que d'ailleurs les produits de l'entreprise, telle qu'elle est aujourd'hui, si l'on en peut croire les recettes patentes de cette saison même, ne suffiraient pas pour la compensation des charges; que les artistes, occupés de leurs affaires privées et de leurs études, n'ont point de soins à donner à l'intendance du patrimoine du citoyen Sageret ; que cet arrangement, fût-il acceptable, serait une pomme de discorde jetée dans leur société, en ce que, n'ayant plus de régulateur, on y verrait bientôt naître une foule de prétentions opposées, de jalousies, de critiques, qui ne pourraient qu'être extraordinairement nuisibles au succès de l'art. Enfin ils ne veulent pas qu'on puisse les accuser d'avoir été les auteurs ou les complices d'une entreprise mal formée, établie sur des bases ruineuses, et dont ils n'ont été que les témoins ou les victimes. Que faut-il donc faire? ajoutent-ils ; le voici : il faut que le citoyen Sageret dise ce qu'il a fait des sommes que le gouvernement lui a données pour rétablir le Théâtre-Français; de celles qu'il 'A pompées, tant sur les abonnements de toute espèce dont il a inondé le public que sur les recettes journalières, dont on ne voit pas l'emploi, tandis que les auteurs, les artistes, les malheureux gagistes et jusqu'aux pauvres, pour lesquels il 3'^ a aussi un arriéré, ne sont point payés. Il faut qu'il dise enfin s'il y a ou s'il n'y a pas de ressources. S'il en a, qu'il paie; nos engagements sont là, et il est
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bien inutile qu'il importune l'autorité de débals qui sont du ressort des tribunaux. S'il n'en a pas, qu'il le dise bien haut; qu'il sonne sa banqueroute. Mais alors tout le monde aura le droit de lui demander compte de sa conduite : le gouvernement, pour les sommes qu'il lui aurait livrées sous la foi de promesses qui seraient faussées; le public, pour l'espérance dont il l'avait flatté de consommer sans retour la réunion des talents ; les artistes et tous les autres créanciers, pour les sommes qu'il aurait dilapidées. A ces allégations, que je ne rapporte ici que pour faire bien connaître au Directoire quels sont et l'état de la question et le degré des animosités, le citoyen Sageret répond en produisant un état appoximatif de ses recettes et de ses dépenses, duquel il résulte qu'il a touché :
Du gouvernement 217,000 fr.
En recettes 289,102
506,102 francs.
Qu'il a payé et acquitté 624,034
Recelte comme ci-dessus 506,102
La dépense au l*"" pluviôse excède donc la recette de 117,932 francs.
Il déclare devoir en outre : pour arriéré 100,000 ) ^^. ^^. , . ,
,• 1 j- AOA nr^ç> \ -31,034 [sic). pour articles divers 131,002 )
Total de la dette 348,034 francs (sic).
Les principaux articles de la dépense du citoyen Sageret, d'après son compte, sont la location et la restauration des deux salles de Feydeau et de la République. Il paraît qu'il a payé aux artistes, pour avances et pots-de-vin, une somme de 52,000 francs. Au reste, cet état n'étant accompagné d'aucunes pièces justificatives, il n'est pas dans mon pouvoir d'en vérifier les articles. D'ailleurs c'est le ministre des finances qui a été chargé par le Directoire de fournir ces fonds au citoyen Sageret; c'est à lui seul qu'il appartient de se faire justifier de l'emploi qui en a été fait. Je lui ai demandé des renseignements ; ce n'est qu'après les avoir reçus que je pourrai fixer mon opinion sur ce point. — Les artistes enfin m'ont présenté, le 9 pluviôse, un mémoire contenant leurs demandes et leurs vues sur les moyens de rétablir le Théâtre-Français, « Pour parvenir à ce but, disent-ils, il est nécessaire et urgent de rendre la scène française indépendante de la probité ou de la friponnerie de tel ou tel entrepreneur, et de renouveler un acte de société entre les artistes, en sorte qu'ils soient
359 DIRECÏOIIŒ EXÉCUTIF [5 ikvrieh 1799^
désormais inléressés à la gloire et à la prospérité de leur établissement. » Les moyens indiqués par eux consistent : 1° Dans le choix d'une salle de spectacle qui appartienne à la nation, et dont l'usufruit accordé aux nouveaux sociétaires leur assure des moyens d'exploitation. — 2° Dans le payement des pensions des anciens artistes et de ceux qui actuellement ou par la suite se retireraient du théâtre après vingt ans d'exercice. — 3" Dans la liquidation des dettes de l'ancienne société. — 4° Dans l'établissement d'une école de déclamation qui conserve la pureté de l'art et la tradition théâtrale. — 5° Dans un bon règlement qui protège à la fois, d'une manière immuable, les droits respectifs des artistes, des auteurs, du public, et place ce théâtre sous la main tutéiaire du gouvernement. Le premier des moyens, disent toujours les artistes, c'est-à-dire le choix d'une salle de spectacle qui appartienne à la nation, est le plus important de tous et celui dont tous les autres vont dépendre. On ne pourrait jeter les yeux que sur la salle actuelle du théâtre de la République, tant par sa localité que par d'autres avantages dont nous allons parler. Elle deviendrait un domaine national en l'échangeant contre des biens nationaux de même valeur. Si l'usufruit de cette salle était accordé aux nouveaux sociétaires, ce serait pour eux dans la recette une avance de 103,000 francs par an, car telle est la somme exigée pour la location de la salle et de ses dépendances. » Le second des moyens : le payement des pensions des artistes, naîtrait absolument du premier. Ces dépendances du théâtre de la République produisent à leur tour une location de 43,000 francs par an. Cette location est beaucoup plus que suffisante pour payer régulièrement les pensions dont la somme totale n'a jamais atteint 30,000 francs. Pour développer le troisième moyen : la liquidation des dettes de l'ancienne Comédie-Française, il faut entrer dans quelques détails et faire connaître avec précision l'actif et le passif de cette société. Commençons parle passif. Il est dû par l'ancienne Comédie-Française : 1° aux anciens créanciers qu'elle n'a pu rembourser, 4,500 francs de rente au principal de 90,000 francs; 2° aux citoyens Basche, Blanchet et Pelletier de Rilly, 11,000 livres prêtées en 1789; 3" aux différentes personnes qui ont fait ce qu'on appelait les fonds des artistes, 90,000 francs. On ne compte point dans le passif ce qu'on pourrait devoir à ceux qui ont fourni des bustes à la Comédie. En effet, d'après leurs conventions mêmes, en leur conservant leurs entrées au spectacle, la nouvelle société ne serait tenue ni à leur payer des indemnités ni à leur rendre les bustes fournis par eux. Maintenant l'actif de la Comédie est composé : 1° de ce qui reste dû par les acquéreurs des immeubles qui lui
appartenaient; cette dette peut monter à 90,000 francs; S" de seize bustes en marbre estimés 1,000 écus chacun; ils sont faits par Houdon, Pajou, Caffîeri et autres sculpteurs renommés, quelques-uns sont des chefs-d'œuvre. Il faut y ajouter la statue de Voltaire estimée 10,000 francs; elle est d'Houdon et c'est le plus bel ouvrage de ce sculpteur. Il faut encore y ajouter deux bustes en terre cuite, neuf bons portraits d'auteurs célèbres et deux pendules dont une de Robin ; la statue, les bustes et les deux pendules peuvent être portés à 70,000 francs. On ne compte point dans l'actif le magasin, qui est considérable, mais qui n'a pas été très bien conservé, et dont les débris d'ailleurs seraient utiles, pour ne pas dire indispensables, au service du nouveau Théâtre-Français. Le passif surpasse donc l'actif d'environ 130,000 francs; mais, en traitant à l'amiable avec les créanciers, on a de grandes raisons d'espérer qu'ils se rendraient traitables, soit pour la réduction des sommes qui leur sont dues, soit pour les époques de leur remboursement. Le quatrième moyen proposé par les artistes est l'établissement d'une école de déclamation. Elle pourrait être formée sans aucun frais pour le trésor public ; quatre maîtres pourraient enseigner dans le local même du théâtre ; et l'excédent des locations suffirait au payement de leurs salaires. Le cinquième et dernier moyen : l'établissement d'un bon règlement, serait également nécessaire pour instituer l'administration intérieure du théâtre ; déterminer les formes de réception des acteurs et des ouvrages, les conditions pour obtenir la pension, assurer les jouissances du public, et les droits souvent lésés des auteurs dramatiques, et surtout pour anéantir les congés, abus criant et destructif. « Et qu'on ne s'y trompe pas, ce ne peut être là l'ouvrage d'un entrepreneur. Quand il ferait un bon règlement, il ne serait jamais exécuté, ni par lui, ni par les artistes. Mais ce bon règlement est impossible pour lui. En effet, ces congés, ces prétentions exagérées de certains acteurs ne viennent que de l'isolement où chaque artiste se trouve réduit. Un engagement de deux ou trois années n'assure point son existence. Ajoutez que le public voit avec peine cette foule d'acteurs se succédant les uns aux autres comme des figures d'une lanterne magique. L'ensemble parfait dans les représentations théâtrales ne peut résulter, même pour des acteurs habiles, que d'une longue habitude de jouer ensemble. Il faut donc en revenir à une société; il faut que ses règlements lui soient donnés par une autorité respectable et nationale, par le Directoire exécutif lui-même, que l'exécution en soit surveillée par le ministre de l'intérieur. Elle le sera chaque jour par les sociétaires, puisque c'est là seulement qu'ils trouveront la garantie
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des droits de tous. » Ce plan de réunion est désiré par l'immense majorité, ou pour mieux dire par l'universalité des artistes qui composaient la Comédie-Française; il est désiré par tous les acteurs distingués qui n'étaient pas membres de cette société ; il est désiré par les auteurs dramatiques, qui ne verront qu'alors et leurs ouvrages dignement représentés et leurs intérêts respectés. Il est surtout hautement désiré par le public, qui en sent tous les jours davantage l'urgente et l'indispensable nécessité. — Les artistes répondent ensuite à quelques objections, qu'il est possible de prévoir. Ils s'attachent à prouver qu'on aurait tort de prétendre que cet encouragement de la part du gouvernement serait une sorte de privilège exclusif, ou une violation des lois prononcées par l'Assemblée constituante sur la liberté des théâtres et qu'aucune législature n'a prétendu enlever au gouvernement le droit sacré d'encourager spécialement au nom de la nation tel ou tel individu, tel ou tel établissement qu'il en juge digne. — « Mais,dira-t-on, un échange de domaines nationaux ne peut avoir lieu sans l'autorisation du Corps législatif. Cela est vrai ; mais, si la Convention n'a pas hésité à faire, au nom de la nation, l'acquisition d'une salle de spectacle pour y placer le théâtre des Arts, il est certes permis de croire que le Corps législatif, prévenu sur cet objet par un message du Directoire exécutif, ne se montrera pas plus sévère pour le théâtre de Corneille, de Racine, de Voltaire et de Molière que la Convention n'a cru devoir l'être pour celui de Quinault, de Gluck et de Piccini. Les mêmes considérations portent à croire que le Directoire exécutif, qui a toujours accordé aux arts un appui généreux, ne sera point effrayé par les derniers sacrifices qu'exigerait de lui la liquidation des dettes de l'ancienne Comédie-Française; il sentira que, sans cette liquidation préalable, toute société nouvelle des mêmes artistes serait impossible. D'ailleurs les sacrifices sont momentanés et bien moins considérables que les sacrifices annuels et de tous les instants qu'exige le Théâtre des Arts. Une fois rétabli d'une manière solide, le nouveau Théâtre-Français sera en état de se soutenir avec éclat par lui-même.» — Telles sont les vues que contient le dernier mémoire qui m'a été présenté par les artistes français ; elles me paraissent en général saines et admissibles, sauf les modifications dont un examen plus approfondi pourra faire voir la nécessité. Je me propose donc de les remettre bientôt sous les yeux du Directoire. Mais je craindrais qu'en ce moment les mesures proposées n'entraînassent trop de délais et conséquemment ne remédiassent point au mal présent, qui exige un prompt remède. L'échange de la salle [du théâtre] de la République contre un domaine national, les nouvelles mesures â prendre relati-
[5 FKVRiEU 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 362
vement à ]a location des dépendances du théâtre, les examens et vérifications qu'exigerait préalablement la liquidalion des dettes de la Comédie-Française, les règlements à composer tant pour Técole dramatique que pour le théâtre, toutes ces dispositions préliminaires ne peuvent être l'ouvrage d'un jour, ni d'une décade, ni d'un mois ; et, lors même qu'elles seraient laites, il resterait encore à examiner s'il serait de la prudence de rendre cette société tellement indépendante qu'elle pût, quoique liée par le règlement, se dissoudre de nouveau et rendre ainsi vaines les tentatives nouvelles et les nouveaux sacrifices que le Directoire aurait fait pour la soutenir, — Il paraît que la querelle entre les artistes et le citoyen Sageret est sur le point de s'engager devant les tribunaux. Déjà ce dernier a fait notifier juridiquement, le 8 du présent, au citoyen Jordan, concierge du théâtre, l'ordre exprès de ne laisser sortir aucun effet appartenant, soit à lui, soit au théâtre, soit aux artistes. Il a fait aussi notifier au même concierge, attendu que les comédiens avaient refusé de jouer, la défense d'en laisser s'introduire aucun dans la salle et sur le théâtre, sous peine d'être poursuivi extraordinairement. Voilà donc le procès entamé, et qui sait quand il finira? — En attendant, le théâtre de la République restera fermé; le public sera privé, jusqu'à un terme indéfini, d'un de ses meilleurs spectacles ; les artistes, ne jouant point, vont être forcés, n'en eussent-ils pas l'intention, d'aller exercer leurs talents dans les départements, et la société sera dissoute. Il existe entre le citoyen Sageret et les acteurs des engagements civils que le Directoire n'a pas le pouvoir de rompre. Le citoyen Sageret, étant locataire de la salle, peut être fondé à en interdire l'entrée et la jouissance aux artistes et à la tenir fermée ; mais, soit qu'il ait tort, soit qu'il ait raison envers ces derniers, il me semble du moins qu'il ne peut avoir raison ni envers le public ni envers le Directoire, qui, après avoir donné plus de 200,000 francs pour obtenir que cette salle ne soit point fermée, peut aussi s'en dire locataire, avec plus de raison peut-être que le citoyen Sageret. Cependant cette considération ne sera point énoncée dans le projet d'arrêté que je vais proposer au Directoire. Quand même le gouvernement n'aurait pas sur ce théâtre des droits fondés sur des obligations pécuniaires, en ne considérant ici son intervention que comme un acte de police, il a incontestablement le droit de s'opposer à ce que des débats entre particuliers privent le public d'un de ses meilleurs spectacles et opèrent la ruine de l'art dramatique dont les intérêts ne peuvent être soumis à la variation des caprices individuels. Au surplus je ne dois pas omettre ici que le désir formellement énoncé depuis hier, tant du citoyen Sageret
363 DIHECTOIRE EXÉCUTIF [a i-kvrier 1790]
que des artistes, désir qui paraît être celui de tout le monde, est que le gouvernement veuille bien intervenir dans les discussions à l'effet d'obtenir que les représentations ne soient plus interrompues et que la société ne se disperse point. C'est pour parvenir à ce double but que je propose au Directoire le projet d'arrêté suivant,
François (de Nkufchateau).
ARnÉTÉ DU DlliECTOIRE EXÉCUTIF DU 17 PLUVIOSE AN VII.
Le Directoire exécutif, considérant qu'il s'est élevé des difficultés entre les artistes du Théâtre-Français de la République et le citoyen Sageret au sujet de l'inexécution des engagements pris par ce dernier, et qu'il a déclaré lui-même être onéreux et au-dessus de ses forces ; considérant que ces différends privent depuis plusieurs jours la commune de Paris d'un de ses meilleurs spectacles et menacent de l'en priver peut-être pour toujours; considérant qu'un très grand nombre de cito3'ens, tant artistes que gens de lettres, créanciers de l'entreprise, ouvriers et surtout les pauvres sont intéressés pour leur subsistance à ce que ce spectacle n'éprouve pas une plus longue interruption; considérant que les intérêts de l'art dramatique, que l'instruction ou même l'amusement du public ne doivent pas être asservis aux variations des intérêts individuels; considérant qu'à ces divers motifs d'intérêt général se joint le vœu formellement énoncé, tant des artistes dans le mémoire qu'ils ont remis au ministre de l'intérieur que du citoyen Sageret dans son désistement du 13 de ce mois, de voir le gouvernement intervenir provisoirement dans les débats, en sorte que, sans préjudicier aux droits d'aucun des intéressés, mais plutôt dans des vues uniquement protectrices de ces mêmes droits, son autorité soit employée à prévenir une plus longue cessation des représentations dramatiques sur le théâtre de la République et la dispersion d'artistes que le Directoire a voulu réunir; considérant enfin que, pour parvenir à ce double but, il est nécessaire de placer les artistes dans une situation telle qu'ils puissent se livrer à l'exercice de leurs talents sans entraves, sans inquiétude et avec la certitude d'en retirer une juste rétribution, en attendant que l'on ait pu prendre des mesures définitives pour rétablir la société des artistes de la Comédie-Française d'une manière stable qui leur présente la perspective des pensions de retraite et qui assure l'existence de cette école nationale de l'art dramatique ; ouï le rapport du ministre de l'intérieur ; arrête ce qui suit, en conséquence du mémoire pré-
[5 FÉVRIER 1799] IJIHECTOIHE EXECUTIF 364
sente par les artistes et de l'acte du citoyen Sageret, du 13 de ce mois :
Art. 1. — L'administration intérieure du théâtre de la République, dont le citoyen Sageret s'est désisté provisoirement par l'acte cidessus rappelé, sera placée sous la surveillance du gouvernement.
Art. 2, — Le ministre de l'intérieur fera vérifier, par des commissaires qu'il nommera, les comptes que le citoyen Sageret doit au gouvernement et aux pauvres, et les moyens qu'il a employés pour remplir les intentions du Directoire relativement à la réunion des artistes de l'ancienne Comédie-Française et du théâtre de la République.
Art. 3. — Quant aux contestations survenues entre le citoyen Sageret et les artistes, les gens de lettres et autres, elles seront portées devant les tribunaux, si mieux n'aiment les parties intéressées s'en rapporter à des arbitres.
Art. 4. — En attendant que ces comptes aient pu être examinés et ces contestations jugées, les artistes du Théâtre-Français de la République reprendront sur-le-champ leurs travaux dans la salle de la rue de la Loi.
Art. 5. — Tous les artistes qui, ayant obtenu des congés, seraient déjà partis ou se disposeraient à partir pour les départements, se réuniront au plus tôt à la Société ; il ne sera délivré aucun autre congé dans le cours de la présente administration provisoire.
Art. 6. — D'après la demande des artistes, consignée dans leur mémoire, le Directoire nommera un commissaire près le théâtre de la République, à l'effet d'en surveiller l'administration intérieure, de prévenir toute dissolution de la Société des artistes français et de veiller, de concert avec un Comité qui sera nommé par eux, à la sûreté, à la conservation et à la plus équitable répartition des recettes.
Art. 7. — Le commissaire correspondra avec le minisire de l'intérieur et lui rendra compte de ses opérations.
Art. 8. — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté qui ne sera pas imprimé.
P. Barras, Mkrlin, Treilhard.
(Arch.nat., AFiii, 575.)
365 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 février 1790]
MDCXII
Rapport du bureau central du 20 pluviôse.
Journaux du 19 pluviôse. — On se dematide quel est le bien que prétend opérer dans l'opinion le Publiciste en donnant une énumération détaillée des bâtiments de guerre que l'Angleterre possède aujourd'hui en activité dans les différentes mers; et depuis quand les forces de notre mortel ennemi deviennent-elles un objet particulier d'intérêt aux yeux d'un journaliste qui ne devrait pas perdre de vue combien ces calculs réjouissent le royaliste? —On se demande encore la raison qui a pu porter le Courrier de Paris à donner de plus une énumération non moins détaillée des prises faites en vaisseaux de guerre, tant sur la France que sur l'Espagne et la Hollande, ce qui fait que l'on produit un total de neuf cent quarante-deux vaisseaux ou corsaires pris. — Enfin on se demande ce qui a pu engager la Feuille du jour à ajouter à ces détails celui de plusieurs autres prises récemment faites par des bâtiments anglais. — Ces journaux, en un mot, à en juger par le choix de leurs articles dans les gazettes étrangères, sont, en quelque façon, devenus eux-mêmes étrangers aux véritables intérêts de la République. — Il est bien à remarquer que tous ces calculs sont aussitôt copiés par d'autres journaux dont l'esprit de patriotisme est rarement certain, tels que le Messager, le Bulletin de l'Europe, le Courrier du Corps législatif.
(Arch. nat., BB s 89.)
MDCXIII
Journaux.
. Puljlicisle du 21 pluviôse: « Paris, lo 20 piuviôsc. . . Le citoyen Mahérault, professeur ;i l'Ecole centrale du Panthéon, est nommé commissaire du Directoire auprès du théâtre de la République (rue de la Loi). Son esprit sage et conciliant est propre à alVermir l'union parmi des talents que la dis-
[30 .lANv. AU S KKv. 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF 366
corde semblait vouloir disperser. Ce sont, les acteurs eux-mêmes qui seront désormais chargés de l'administration de ce théâtre » — Moniteur universel du 20 pluviôse : « Paris, Le 20 pluviôse.. . On vient de découvrir le n" 32 d'un journal manuscrit, adressé de Paris à des émigrés, sous le couvert de M. Kersterduere, négociant à Dantzig. Ce journal est intitulé le Furet cl contient des doléances sur la chute du tronc de Piémont et de celui des Deux-Sicilcs, que n'ont pu garantir les talents militaires du général Mack, ni l'enthousiasme des Lazzaronis, cette partie si intéressante du peuple napolitain. »( Une des plus nombreuses armées que l'on ait vues dans cette guerre, <( ajoute le rédacteur de ce journal, se fond comme une pelote de neige, et « tout un royaume est pris aussi rapidement que la plus faible bicoque »
MDCXIV
Compte décadaire des opérations du Bureau central du canton DE Paris du iO au 20 pluviôse an VII.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. ■ — Aucunes remarques essenlielles n'ont été faites relativement aux opinions. La tranquillité a régné partout
Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Ecrit royaliste. — Le Bureau central a adressé au ministre de la police, conformément à sa demande, copie de la circulaire de l'individu se disant Louis XVIII; lui a donné avis que cet écrit royaliste a été dénoncé à l'accusateur public près le département de la Seine, et des officiers de paix étaient chargés de découvrir les imprimeurs et distributeurs.
Suppression d'enseignes. — Il a donné ordre au commissaire de police de la division de la Cité de faire supprimer sur-le-champ de dessus la porte d'un marchand quincaillier, au coin de la rue de la Barillerie, une enseigne qui représente six pavillons anglais avec l'inscription : A la flotte anglaise.
Surveillance exercée par les commissaires de police. — Le commissaire de police de la division de l'Unité a transmis copie d'une lettre par laquelle le commissaire du Directoire près l'administration municipale du X° arrondissement l'invite à lui désigner nominativement les ennemis de la République et ceux qui sont notoirement disposés à exciter des troubles, etc. Sur l'invitation faite au Bureau «entrai par ce commissaire de police de lui tracer la marche qu'il devait tenir dans cette circonstance, il lui a été observé qu'il ne devait correspondre qu'avec le Bureau central sur les résultats de la surveillance qu'il est chargé d'exercer dans sa division.
367 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [30 janv. \r 8 kkv. 1790]
Bals. — Instruits par divers rapports que des teneurs de bal avaient demandé au ministre de la police la permission de donner des bals masqués pendant les jours connus autrefois sous la dénomination de carnaval, le Bureau central a informé le ministre qu'un arrêté du 12 pluviôse, revêtu de l'approbation du Département, a défendu ces travestissements et chargé les commissaires de s'y opposer. Il l'a prié de faire connaître ses intentions à cet égard. — Le Département ayant annoncé être instruit que plusieurs entrepreneurs de bals et lieux de réjouissance faisaient des préparatifs pour célébrer les ci-devant jours gras, et ayant invité le Bureau central à faire surveiller ces établissements d'une manière particulière et à ne pas soufTrir qu'ils fussent ouverts hors des jours fixés parles déclarations des entrepreneurs, il a été donné des ordres en conséquence aux commissaires de ()olice.
Maisons de prostitution. — Il a chargé le commissaire de police de la division de la Fidélité de se transporter rue Grenier, à TefTet de constater deux maisons de prostitution qui causent le plus grand scandale, de recevoir les déclarations des voisins contre ceux qui tiennent ces maisons, et d'envoyer copie de son procès-verbal. — Il a donné ordre de surveiller les colporteurs qui vendent, notamment au Palais-Égalité, une brochure intitulée : Alnianach des femmes ou Galerie des plus aimables coquines.
Tabagie. — Il a invité le commissaire de police de la division de la Butte-des-Moulins à surveiller une tabagie, tenue par le citoyen Vautour, cour des Fontaines, désignée par un rapport pour receler des hommes dangereux, s'y transporter avec un détachement de la force armée, examiner les papiers de ceux qui s'y trouveraient et envoyer au Bureau central ceux qui ne seraient point porteurs de papiers en règle.
Militaires qui après la retraite seraient trouvés dans les cafés et autres lieux publics. — Le Bureau central a prévenu les commissaires de police que, conformément aux ordres du commandant en chef, nul militaire, même ceux porteurs d'une permission de vaquer dans Paris jusqu'à une certaine heure, ne pourraient se trouver après la retraite dans les cafés, cabarets et autres lieux publics. Il les a chargés de faire conduire à l'Etat-Major ceux qui y seraient trouvés. Les commissaires de police ont promis de faire des rondes particulières pour faire exécuter l'ordre du commandant.
Salle d'escrime dans un cabaret. — Sur la demande faite par le commissaire de police de la division du Faubourg-Montmartre, s'il devait s'opposer à ce que des militaires, qui se rassemblent de temps en
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temps chez le citoyen Gondal, marchand de vin, rue des Martyrs, où ils font des assauts d'armes, continuassent de s'y réunir, encore bien que ces militaires l'eussent assuré qu'ils se comporteraient de manière à ne point troubler la tranquillité publique, le Bureau central lui a répomiu qu^in cabaret n'étant pas et ne devant pas être une salle d'escrime, attendu les dangers qui pourraient en résulter, il devait s'opposer à ce que ce^ militaires y continuassent ces exercices.
Suppressions d'annonces de prix sous l'ancienne dénomination. — Il a donné ordre aux quarante-huit commissaires de police de faire disparaître, dans leurs divisions respectives, toutes les annonces de prix de marchandises sous l'ancienne dénomination de livres, sols et deniers. — Il leur a aussi ordonné de faire exécuter l'arrêté du département de la Seine qui rappelle aux citoyens qu'ils doivent se servir de la qualification de citoyen au lieu de celle de monsieur.
Journaux. — Il a recommandé aux propriétaires de journaux la Feuille du jour, le Nouvelliste littéraire et le Thermomètre politique de lui faire parvenir chaque jour régulièrement un numéro de leurs feuilles, qu'ils avaient jusqu'alors négligé d'envoyer.
Impôt au profit des indigents. — Il a invité la municipalité du I*"" arrondissement à faire la vérification de la recette du bal de la maison Longueville, qui est portée au quart, -et à recevoir chaque jour l'impôt produit par le Vaudeville. — Il a invité circulairement les douze municipalités à lui faire passer sans délai les états de recettes des spectacles. Il a été enjoint au citoyen Piconet de passer, sous vingt-quatre heures, l'acte de cautionnement pour les sommes dues aux indigents, pour l'établissement de Moiisseaux. — Le Bureau central a invité le citoyen Sageret, directeur des théâtres de Feydeau, la République et l'Odéon, à adresser sans délai l'état exact et complet des abonnements à ces trois théâtres ou à chacun en particulier, et à porter sur l'état les sommes qu'il a reçues ou devra recevoir. Le citoyen Sageret a informé le Bureau central que les abonnements du Corps législatif ne peuvent être continués à ces théâtres, et qu'il remettra l'état de ceux qui ont existé pour en prélever la somme revenant aux indigents; il a été donné avis de cette invitation à l'agent comptable qui avait provoqué cette mesure. — Le Bureau central a accepté l'offre faite par le citoyen llobertson de payer cent francs par mois aux imligents pour son cabinet de physique connu sous le nom de Fantasmagorie, attendu la difficulté de constater ses recettes.
Théâtre de Louvois. — Il a été donné acte à la citoyenne Simonet de sa déclaration qu'elle est dans l'intention de faire représenter des pièces de théâtre pendant deux mois dans la salle de Louvois.
3G9 DIRECTOIRE EXECUTIF [30 ja.nv. ac 8 i'kv. 1799]
Théâtres. — Le commissaire de police de la division du Temple a été chargé de se rendre au théâtre des Délassements et de s'opposer à ce qu'il y soit donné aucune représentation jusqu'à nouvel ordre, attendu le mécontentement, différentes fois manifesté par le public, du retard qu'éprouvait le spectacle par suite de contestations entre les acteurs et le directeur
Hospices civils et secours . . . Infirmière destituée. — La citoyenne Moreau, infirmière de la Salpétrière, a été destituée pour propos inciviques, par elle tenus le 2 pluviôse, suivant un rapport adressé à la Commission des hospices et par elle transmis au Bureau central, qui a approuvé cette destitution
Bureau de bienfaisance de la division du Luxembourg. — Informé parle citoyen Julien (de Toulouse) qu'il avait donné et obtenu sa démission de membre du Bureau de bienfaisance de la division du Luxembourg, le Bureau central a invité ce bureau de bienfaisance à lui désigner les trois premiers citoyens qu'il croirait les plus propres à le seconder dans ses travaux
Prisons... Prêtres arrivant de Lille. — 11 a été transmis au ministre de la justice copie d'un procès-verbal contenant le résultat des interrogations faites, au désir de sa lettre du 16 de ce mois, aux individus désignés sous le nom de prêtres, arrivant de Lille, sur leurs noms, prénoms, qualités, etc.
Transfèrement. — Le capitaine de la gendarmerie a été requis de faire extraire de la chambre du dépôt près le Bureau central, dix prêtres belges, pour être conduits, de brigade en brigade, à l'ile d'Oléron, en exécution d'un arrêté du Directoire du 14 brumaire dernier. — Sur l'observation faite ensuite par le capitaine, que ces dix prêtres ne pouvaient faire la route à pied, soit à cause de leur grand âge, soit en raison du grand nombre d'effets qu'ils ont avec eux, le Bureau central l'a autorisé à requérir des voitures nécessaires pour opérer ce transfèrement
Correspondance relative à la sûreté. . . Fausses pièces d'or et d'ar^ genl. — En envoyant au ministre de la police deux fausses pièces d'or, que le citoyen Domingo, agent de la surveillance, s'était procurées, le Bureau central a informé le ministre que, comme ces sortes de pièces circulaient dans les maisons de jeux, il y ferait redoubler de surveillance et qu'il l'informerait du résultat. — Il a envoyé au même ministre une pièce fausse de 3 francs, saisie avec deux autres pièces semblables sur Pierre Boussin, dans un jeu de roulette au Palais-?^galité. 11 lui a mandé que ledit Boussin a été traduit devant
le juge de paix de la division de la Butte-des-Moulins