‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 108 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

[30 j VNV. AU 8 iKv. 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 370

Salubrité et voie publique. . . Déblay entent. — Il a été recommandé à l'inspecteur général du nettoyement : 1° d'employer chaque jour deux des voitures de supplément et quelques balayeurs à l'enlèvement des neiges et glaces qui encombrent encore plusieurs rues de la division Le Peletier ; 2° de faire enlever sans délai les neiges et glaces qui existent dans la rue des Bons-Enfants, servant au stationnement des voitures de place au pourtour de la rue de Yiarmes et de la Vieille-Place-aux-Veaux, ainsi que dans la rue Amelot et le cul-desac Sébastien, dont les caves des maisons étaient inondées par le séjour et la fonte de ces glaces ; 3^ de faire enlever, à mesure que les eaux entreraient dans ladite rivière, les résidus et vase qu'elles auraient laissés sur les lieux inondés

Débordement de la Seine. — Les habitants des rues inondées par le débordement de la Seine ont été invités à éclairer le devant de leurs maisons, et le commandant de la place à faire poser deux vedettes sur la place de Grève pour assurer la libre circulation et parer à tous accidents qui pourraient résulter du grand concours de spectateurs qui se rendent sur cette place pour voir le débordement des eaux. Le Bureau central a chargé son architecte de vérifier et constater jusqu'à quel point les eaux de la Seine sont étendues sur plusieurs points de la voie publique

Maisons en péril . . . — Il a prévenii le Département que le bâtiment de la ci-devant église du Petit-Antoine, qui depuis longtemps sert de magasin de sel et avait été tellement rempli qu'on avait été obligé d'étayer les murs de cet édifice donnant sur la rue Antoine, vient d'être rempli de nouveau de cette marchandise ; mais que, les étais ayant été retirés, il y a quelque temps, cette propriété nationale ne présente pas une grande solidité et donne des inquiétudes pour la sûreté publique ; il a invité le Département à lui faire connaître sa détermination à cet égard

Amende prononcée contre une linr/ère pour avoir fermé sa boutique pendant des jours périodiques de Vère ancienne. — Le commissaire du Directoire près l'administration municipale duXII« arrondissement ayant fait passer deux placards d'un jugement rendu par le Tribunal de police, le 27 nivôse dernier, qui condamne la citoyenne Taillebout, lingère, à l'amende et aux frais d'impression et affiche dudit jugement, le Bureau central l'a invité à lui faire savoir si la partie condamnée s'était pourvue contre ce jugement

Commerce et navigation. . . Pont de Grammont et île Louviers. — Prévenu de la nécessité de prendre des mesures pour empêcher que le pont de Grammont ne fût enlevé par les eaux qui touchaient déjà

371 DIHECTOIUE EXÉCUTIF [30 .ia.nv. au 8 kév. 1799]

le haut du cintre des arches, le Bureau central a invité le citoyen Dumontier, ingénieur, à employer les mesures qu'il croit nécessaires pour la conservation de ce pont. Le lendemain, le citoyen Dumontier a répondu à l'administration que les eaux diminuaient et qu'il veillerait k ce qu'en cas de besoin il fût pris des mesures pour éviter les accidents. — Nonobstant les plaintes de quelques marchands de bois et voituriers, de ce que l'on s'oppose à ce qu'ils fissent passer sur ce pont des voitures chargées de plus d'un double stère de bois, le Bureau central a chargé le contrôleur des bois de maintenir l'exécution de cette mesure jusqu'à l'entière réparation de ce pont, qui n'a été réparé que provisoirement, et qui n'a pas dans toutes ses parties le degré de solidité convenable.

Ile des Cygnes. — Il a invité les représentants du peuple, chargés de faire un rapport sur l'ile des Cygnes à retarder leur travail jusqu'à ce que l'eau fût retirée des terrains et qu'on pût en faire la visite.

Ile Louviers. — 11 a pareillement invité le citoyen Richard, représentant du peuple, membre de la commission chargée de faire un rapport sur l'île Louviers, à retarder de quelques jours la lecture de son travail à la commission, les occupations du Bureau central dans les moments rigoureux que l'on venait de passer l'ayant empêché de se livrer au travail relatif de cette île et conséquemment de lui faire passer les observations à ce sujet ; ce représentant ayant demandé dans quel état se trouvaient les estacades, il lui a été répondu qu'elles avaient résisté aux glaces et que les quatre cent soixante-deux bateaux auxquels elles avaient servi de gare avaient été sauvés

Etalages les décadls. — Informé que, sur le marché de la rive droite, les marchands de volailles et de gibier étalaient et vendaient les jours de décadi et de fêtes nationales, au mépris de l'arrêté du d9 frimaire, tandis que, sur les marchés de la rive gauche, cet arrêté était ponctuellement exécuté, le Bureau central a recommandé circulairement à tous les commissaires de police l'uniformité dans l'exécution de cet arrêté, en leur observant que le défaut d'ensemble et de célébrité [sic] nuisait à la mesure la plus salutaire. — Copie de cette circulaire a été envoyée aux trois contrôleurs des marchés

Refus de centimes. — Sur les plaintes portées contre un marchand, rue Honoré, n° 1356, du refus de centimes pour appoint du payement d'une once de tabac, le Bureau central a invité le commissaire de police de la division de la Butte-des-Moulins à se transporter chez ce marchand et à lui déclarer qu'il sera poursuivi conformément à la loi, si désormais il lui arrive de refuser cette monnaie. — Des malintentionnés ayant enlevé une des pattes de cuivre qui scellent dans le

[10 FÉvniEu 1799J DIRECTOIRE EXÉCUTIF 372

mur du corps de garde de la place Mauberl le marbre blanc sur fequel est gravé le mètre républicain, le Bureau central a chargé son architecle de faire les réparations nécessaires à ce sujet.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89.)

MDCXV

22 PLUVIOSE AN VII (10 FÉVRIER 1799). Rapport du bureau central du 23 pluviôse.

.. .Journaux du 2^ pluviôse. — L'esprit de plusieurs journaux, connus par leur attachement aux principes républicains, se manifeste depuis quelques jours à un degré plus avantageux ; il en est qui énoncent à l'avance les intrigues qu'ils croient exister déjà pour préparer l'influence des partis sur les prochaines élections ; de ce nombre sont principalement le Patriote français, VAmi des Lois, le Surveillant. Ce dernier entre dans le détail des qualités qu'il croit propres à réunir les suffrages ; il provoque sur ces mêmes qualités des développements qu'il croirait très utiles à la classe non lettrée, par conséquent la plus nombreuse du peuple, pour diriger ses choix. Ce serait pour ainsi dire lui faire connaître l'art de choisir les hommes. — Le Courrier de Paris contient un morceau du citoyen Mercier, qui, rédigé avec énergie, dénonce en quelque sorte à l'opinion publique et la corruption que les compagnies pour les sidDsistances des armées traînent à leur suite et l'insolence de la plupart de ceux qui se sont enrichis dans ces spéculations, et le mépris qu'ils ont pour la République en affectant de n'en jamais prononcer le nom. — Il est paru un ou plusieurs numéros du Phénix, dont l'envoi avait été interrompu dans les premiers jours de pluviôse. On est tenté de croire que le rédacteur de cette feuille, dans des articles qui devraient n'être que futiles, a cherché à faire naître des équivoques anti-républicaines. On provoque particulièrement l'attention de l'autorité sur les mots ci-après soulignés ; seule, elle peut bien peser la force de certaines pensées, et pénétrer dans la véritable intention de l'auteur. L'article est intitulé : La matinée bien employée ; ce n'est, jusqu'aux dernières lignes, que le tableau d'une femme coquette dédaignant la visite d'un amant délicat et passionné, pour ne prêter attention qu'aux marchands ou fournisseurs qui contribuent à sa parure ; tous ces

373 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [Il fkvrikr 1799^

individus sont censés passer sous ses yeux, lorsqu'à la fin paraît un marchand de chapeaux qui se nomme Le Roi, et c'est ce nom qui donne l'occasion de s'écrier : Voilà le Roi ! voilà ses chapeaux! place, place! il y a du satin, du jais, des ganses, un héron et de l'esprit ! Vive le Roi! Au diable les 7)wd es ! Esl-ce un jeu de mots calculé? Est-ce vraiment un nom propre dont l'emploi ici pifisse être sans conséquence? Cet article, signé C. W., est dans le Phénix du 8 pluviôse.

Lasalle, Lessorr.

(Arch. nat., BB » 89.)

RAPrORT DU BUREAU CENTRAL DU MÊME JOUR.

. . .Journaux du 23 pluviôse. — Une observation se produit nécessairement sur l'emploi du mot France, qui setnblerait devoir n'être admis dans les feuilles périodiques que comme un terme purement géographique ; on pense donc que le Messager des relations extérieures ne devrait pas le laisser subsistera la tête des nouvelles de l'intérieur de la République et ne peut se dispenser d'y substituer celui de République française, usité dans les autres journaux, sans courir le soupçon de voidoir flatter les royalistes, aux yeux desquels le mot France équivaut à celui de monarchie. — H y a dans ce moment, huit heures du soir, dit le Bien Informé, une surveillance extraordinaire à la prison de l'Abbaye; la rue Marguerite, en face de la prison, rue très passagère, n'est point interdite, mais les factionnaires qui se croisent ne se laissent point approcher; les senlmelles paraissent doubler au poste ; on y fait le service de guerre.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB ' 89.)

Journaux.

Rédacteur du 4 ventôse : « Le 23 pluviôse, l'administralion municipale du V" arrondissement du canton de Paris a rendu des honneurs funèbres à l'un de ses membres, décédé la veille. Ces honneurs étaient aussi simples qu'ils doivent l'être dans une République, oîi les seules vertus sont les distinctions. Une écharpe sur le cercueil du défunt, un discours sans art, mais touchant,

prononce avec onction par le président de la municipalité, et qui a ému tous les cœurs; l'administration municipale décorée, les membres des autorités constituées de l'arrondissement, ceux des comités de bienfaisance, les instituteurs des écoles primaires, avec quelques élèves et un certain nombre de vieillards, voilà ce qui a composé cette cérémonie funèbre, ([ui jiarlaità l'àme, et devrait donner l'idée d'étendre un peu plus les cérémonies. L'administration n'ayant pu commencer qu'à la clôture des bureaux, afin que le service public n'en souffrit pas, le peu de jour qui restait alors, la longueur du trajet et le chemin presque impraticable, surtout dans une partie de terre non pavée, hors des murs de Paris, ont contraint l'administration à faire usage de flambeaux. »

MDCXVII

Rapport du bureau central du même jour.

.. .Journaux. — Dans la Gazette historique, journal dont l'envoi est tardif et qui, le plus souvent, se borne à copier les autres, on a lu hier une lettre transmise au rédacteur par un abonné, nommé Auvray, officier de santé ; elle était datée du Havre, 20 phiviôse ; on y disait que les Anglais avaient bombardé cette ville depuis cinq heures du matin jusqu'à deux heures après-midi, qu'ils avaient détruit vingt-sept maisons et deux corps de garde, et que, [pendant] ce bombardement, cent petits bâtiments commandés par Smith avaient débarqué à Etretat dix mille hommes, dont trois émigrés, deux mille Anglais et cinq mille Russes; qu'enfin, la générale battait de tous côtés et que les colonnes mobiles avaient fait quinze cents prisonniers. Aujourd'hui, la même Gazette historique dément ce fait, en annonçant pour certain que la malveillance a emprunté le nom d'un de ses abonnés pour écrire une telle nouvelle, non confirmée par le courrier suivant. — Deux journaux aujourd'hui, la Feuille du jour et le Bien Informé, donnent le texte d'un traité d'armistice, censé conclu entre le général Ghampionnet et (pour l'État de Naples) le prince de Milian elle duc de Geso. — Les nouvelles que donne de Londres le Courrier de Paris donneraient à croire que les rebelles du comté de Glare en Irlande ont été battus et entièrement dispersés par les troupes qui se sont emparées de leurs chefs; en outre, la ville de Glare aurait rédigé une adresse de remerciements au roi au sujet de l'Union. — Le bruit court à la Haye, dit la Clef du Cabinet, que le gouvernement anglais aofîert à la colonie de Surinam de l'approvisionner de toute

375 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [12 février 1799]

espèce de denrées, si elle voulait, en échange, envoyer exclusivement toutes ses productions en Angleterre. Il est même ajouté qu'un député de la colonie a porté cette proposition au gouvernement batave. — On a particulièrement remarqué la nouvelle, donnée par le Courrier du Corps législatif, qu'à Bordeaux, la plupart des armateurs en course songeaient à se défaire de leurs vaisseaux. Croirait-on que le journaliste, perdant de vue les coups funestes que ces bâtiments ont portés jusqu'à ce jour au commerce de notre ennnemi, fait des vœux pour que cet exemple soit suivi? C'est au nom de l'humanité qu'il demande que cette institution, aussi barbare que nuisible, soit entièrement détruite. — D'autres mots clairsemés contribuent à faire connaître le mauvais esprit de ce journal : « On annonce, dit-il, que la République ligurienne, profitant de la position du grand-duc, lui a fait demander 4 millions en indemnités de quelques bâtiments liguriens. » — Ce soupçon de mauvaise foi d'un gouvernement républicain est une véritable satire des principes sur lesquels, en général, sont fondées toutes les républiques. — On lit dans le Messager des relations extérieures, article France, comme écrite de Calais, la note suivante : « Les vrais républicains semblent vouloir, cette année, s'éloigner des assemblées primaires, et déjà les exploiteurs des révolutions, renommés par leurs hauts faits en 1793, se réunissent et publient avec audace des listes de leurs candidats. Ce ne sont pas des hommes, mais des ogres qu'ils nous destinent pour électeurs. » — Dans le bulletin du Propagateur, il est une demande, inconvenante sous tous les rapports, faite par un homme qui veut s'établir dans la capitale, d'une veuve de trente-six à quarante ans, d'une naissance respectable, etc. Par l'insertion de ces demandes immorales, certaines feuilles dégénèrent depuis quelque temps en véritables entremetteuses.

Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB* 89.)

iMDCXVIiï

Ministère de la police générale de la République. — l""^ Division. Bureau de morale. — Rapport au Directoire exécutif.

{2S pluviôse an VII.)

Citoyens Directeurs, La malveillance a fabriqué et la crédulité a recueilli et publié dans

[12 FKVRiKR 1790] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 376

la Gazette historique et politique une nouvelle aussi invraisemblable que capable de jeter momentanément l'alarme parmi les gens crédules, et de rehausser dans l'intérieur l'espoir des éternels ennemis de l'ordre actuel. Suivant cette gazette, les Anglais avaient bombardé le Havre, et fait une descente aux environs du Havre à Étrelat au nombre de dix mille hommes dont cinq mille Russes, trois mille Anglais et deux mille insurgés. Cette armée de dix mille hommes s'était dirigée en deux colonnes dont l'une se portait sur Dieppe, l'autre sur Rouen. Des détails aussi absurdes auraient dû mettre en garde le rédacteur de la Gazette historique et politique; mais, accoutumé à ne faire son journal qu'en copiant les autres, il aura voulu se donner le mérite d'avoir une fois l'initiative. Le démenti inséré dans sa feuille du 24 pluviôse parait prouver que ce journaliste a donné tête baissée dans le panneau et que la crédulité a eu plus de part à son action que la malveillance. Quoi qu'il en soit, il pourrait faire beaucoup de mal ; je vous propose en conséquence le projet d'arrêté ci-joint.

DUVEZ.

Arrêté du Directoire exécutif du 24 pluviôse an Vil.

Le Directoire exécutif, considérant que le journal intitulé /a Gazette historique et politique a publié, dans son numéro du 23 pluviôse courant, une nouvelle aussi fausse qu'invraisemblable en annonçant, d'après une lettre dictée par la malveillance, le bombardement du Havre, la descente de dix mille ennemis tant Russes qu'Anglais et émigrés sur les côtes du département de la Seine-Inférieure; considérant qu'un bruit pareil, quoique dénué de vraisemblance, tendrait à jeter l'alarme parmi les citoyens, à favoriser les vues liberticides des ennemis et à rehausser leur espoir; après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, en vertu de l'article 35 de la loi du 19 fructidor an V, renouvelé par la loi du 9 fructidor de l'an VI, le Directoire exécutif arrête ce qui suit : Art. ^^ Le journal intitulé Gazette historique et politique^ qui s'imprime chez Mignard, rue Taranne, n' 35, est prohibé ; les scellés seront apposés sur les presses et caractères servant à l'imprimerie. — Art. II. Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Merlin, Treiliiard, P. Barras.

(Arcli. nat., AF m. 'Ml.)

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [13 ikvhier 1790]

MDCXIX

2o PLUVIOSE AN VII (13 FÉVRIER 1709).

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 213 pluviùsc: « Ministère de l'inlérie'ur. Les commissaires du bureau de bienfaisance de la division de la place Vendôme ont imaginé et mis en pratique, dans leur arrondissement, un moyen simple et économique de distribution de secours aux indigents. Ils viennent de le soumettre dans les termes suivants à l'approbation du ministre de l'intérieur. « Ce moyen consiste à faire choix d'un traiteur dans la classe de ceux qui donnent à manger ordinairement aux ouvriers, de lui proposer la condition de fournir à chaque indigent, moyennant un prix convenu, une portion d'aliment assez coj)ieuse et assez nourrissante pour le sustenter pendant une journée. Ce marché, avec les mêmes conditions, est déjà fait par notre Comité, depuis le l'^'" pluviôse avec un traiteur, à raison de 2.'> centimes pour chaque individu. La portion qu'il s'est obligé à délivrer est composée d'une bonne soupe, d'un bon morceau de bouilli mêlé avec plusieurs légumes, comme hai'icols, lentilles, pommes de terre, le tout cuit à propos, et formant une nourriture aussi saine qu'abondante, qui est distiibuée à des heures indiquées. Nous ajoutons à cette ration un supplément d'une livre de pain, qui coûte 10 centimes; de sorte qu'avec 3b centimes par jour, nous sommes venus à bout de i)ourvoir suffisamment à la subsistance des vieillards, des infirmes et de ceux qui sont hors d'état de se procurer l'existence. Ceux qui participent à ce secours ont de j)lus la faculté de manger ladite j)ortion chez le traiteur même, ou bien de l'emporter dans le sein de leur famille. A l'heure de la distribution, chaque membre du comité, se rend alternativement chez le traiteur pour veiller à ce que la qualité et la quantité soient telles que l'indigent n'aie jamais à se plaindre de l'altération de son aliment. Vous reconnaîtrez sans doute: i° qu'avec un pareil mode, en épargnant aux malheureux les frais et l'embarras pour la préparation de subsistances, vous leur procurez la jouissance pleine et entière d'un temps précieux qu'ils peuvent employer à quelque occupation lucrative, s'ils sont susceptibles de s'y livrer; 2" que ce moyen peut servir puissamment à l'extinction totale de la mendicité; 3° enfin, que le gouvernement peut trouver dans l'exécution générale de notre plan, une réduction considérable dans les dépenses qu'il est obligé d'affecter annuellement pour le soulagement de l'humanité indigente. » Le ministre, dans sa réponse, applaudit à la sagesse de ces commissaires et les assure qu'il va proposer au comité de bienfaisance de sa division cette mesure philanthropique qui convient si fort à notre situation actuelle et à ses principes; il leur témoigne le désir de connaître leurs états de distribution et la demeure du traiteur qu'ils emploient; il a ajouté à sa lettre un mandat de cinq cents francs , en les engageant à appliquer particulièrement aux femmes enceintes et à celles qui allaitent le secours extraordinaire en aliments qu'ils distribuent ->

[la FKVRiER 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 378

MDCXX

Rapport du bureau central du 27 pluviôse.

. . .Journaux du 26 pluviôse. — On ne peut considérer que comme très immorale la demande suivante^ insérée àsnisle Journal des affiches et annonces : « Un citoyen désirerait trouver une jeune personne de seize à vingt-cinq ans, d'un physique agréable, bien élevée, qui sût très bien toucher du piano ; elle serait logée séparément, nourrie, chauffée, éclairée et aurait 50 francs par mois pour son entretien, et même davantage, si son caractère répondait à ses talents. » Ainsi ce n'est point un lien légitime que cet individu annonce vouloir former : c'est la jeunesse, la beauté, l'innocence et le talent qu'il appelle scandaleusement sous le même toit que lui, et qu'il va même solliciter encore par l'appât d'un misérable avantage ; car il ne rougit pas de mettre en balance l'éducation et les talents avec un modique salaire et un simple entretien. A-t-il cru couvrir l'immoralité de ses offres et les soupçons qu'elles font naître en annonçant que cette personne serait logée séparément ? L'autorité aura peine à concevoir qu'un journaliste ait fait accueil et publicité à de tels désirs. — Le Juif errant tombe dans une autre erreur, mais moins répréhensible sans doute, en peignant le siècle actuel, et surtout ces temps de notre République, comme pleins de débauche et de passion ; il ajoute, pour excuser les excès dont il parle, qu'ils caractérisent également les beaux temps delà République romaine ; rien de plus avilissant pour les femmes que les exemples qu'il puise dans l'histoire sur leur infidélité. — Nouvelle opinion du citoyen Mercier, dans le Bien Informé, sur l'utilité qu'il reconnaît

dans les corps enseignants.

Lasalle.

(Arch. nat., BB » 89.)

MDCXXI

27 PLUVIOSE AN VII (lo FÉVRIER 1799).

Rapport du bureau central du même jour.

Journaux du 27 pluviôse. — Il y a plus que la complaisance aux journaux le Publiciste et le Messager des relations extérieures à copier

379 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 fkvrier 1799]

un article de la Gazette de Hambourg, portant que, suivant une lettre de Constantinople du 25 nivôse, le Directoire français doit avoir proposé à la Porte Ottomane de retirer ses troupes de l'Egypte, si Sa Ilautesse voulait rétablir l'ancienne amitié et les relations qui existaient entre la Turquie et la France ; on doutait que cette proposition fût acceptée. Dans une nouvelle de cette espèce, il est certain que le royalisme a le double plaisir de donner au gouvernement de la République française un ton suppliant, indigne de son caractère, et de présumer à notre armée d'Egypte une situation précaire qui oblige le Directoire à condescendre à des propositions.

Lasalle.

(Arch. nat., BB » 89.)

Journaux.

Journal du. Soir des frères (^haignirau du 27 pluviôse : " Paris, le 27 pluviôse. La petite vérole, qui a été si fatale l'été dernier dans cette commune, n'a pas cessé, malgré les frimas, d'y exercer ses ravages. La police se propose de faire exécuter avec sévérité les lois qui défendent d'inoculer dans l'enceinte de Paris, afin d'empêcher la permanence de cette maladie contagieuse parmi cette immense jtopulation. . . » — Publiriste du 28 pluviôse : (( De Paris, le 27 pluviôse. . . On assure qu'un rapport du Bureau central est prêt à être présenté au Directoire, pour proposer de remettre en vigueur les anciennes lois de police qui défendaient avec beaucoup de sagesse d'inoculer dans l'enceinte de Paris. La petite vérole résistait au plus vigoureux hiver, et l'on estime qu'elle a enlevé dans l'espace de dix mois treize à quatorze mille personnes. Les observations réunies de plusieurs gens de l'art prouvent ([ue sur les adultes il a péri les quatre cinquièmes des malades... » — Moniteur

universel du 28 pluviôse : « La police vient de saisir deux mille exem-

jilaires du Mercure brifanni(iue, rédigé à Londres par Mallet du Pan, et qui se réimi)rimait à Paris. I>'imprimeur a été arrêté.. . »

MDCXXII

28 PLUVIOSE AN Yll (16 FÉVRIER 1799).

Rapport du bureau central du 29 pluviôse.

...Journaux du ^8 pluviôse. — Les écrits qui tendentà donner du ton à l'opinion publique sont trop précieux pour être passés sous silence; au nombre de ces morceaux on notera une lettre, signée V. . ., adressée au rédacteur du journal V Observateur ; on y fait sentir l'avantage

[17 FKVRiKK 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF 380

qu'il y aurait pour l'amélioration de l'esprit public, autant que de l'art même, de voir le gouvernement prendre l'administration des principaux théâtres en chaque genre, y établir un ordre intérieur, y encourager les talents par des récompenses pour les auteurs, des pensions pour les acteurs ai)rès un certain temps de service, et y diriger les productions du génie vers la morale et le patriotisme : « Espérons, est-il dit, que ceux dont les travaux, le zèle et l'activité méritent notre reconnaissance sauront, après avoir terrassé les ennemis de la France, y faire briller de tout son éclat un art auquel la langue doit sa perfection, lorsqu'il n'était cultivé que pour notre amusement, et auquel nos enfants devront beaucoup, si la liberté donne aux Muses de la scène un peu de sa fierté et de son énergie. » — Les autres journaux ne donnent lieu à aucune remarque importante.

Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB » 89.)

MDGXXIII

Rapport présenté au Directoire exécutif par le ministre

DE l'intérieur.

{29 pluviôse an VII.)

Les citoyens Poupart, Dorfeuille et C'", après avoir présenté plusieurs pétitions, tant à la Convention nationale qu'au Comité et à la Commission d'instruction publique, ont obtenu, en l'un IV, l'aveu du Directoire pour l'établissement d'un théâtre, sous le nom d'Odéon, se proposant d'y rappeler la tragédie et la comédie françaises et de former aussi une école dramatique. A cet effet, le Directoire, par son arrêté du 25 messidor de ladite année, a affermé pour trente ans consécutifs aux citoyens Dorfeuille et C'% le théâtre du Luxembourg à diverses conditions, dont voici les principales :

\° De former, comme il est dit ci-dessus, une école dramatique ;

2" De faire à leurs frais toutes les réparations nécessaires pour l'entretien de la salle ;

3° Toutes les fois que la Compagnie aurait fait jouer des pièces d'auteurs morts, et au produit desquelles leurs familles n'ont plus de droits, de remettre entre les mains d'un caissier nommé par le gouvernement la part qui reviendrait à ces auteurs, s'ils étaient vivants.

Le citoyen Dorfeuille a ouvert son théâtre au commencement de

381 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 fkvrier 1799]

l'an V, et sa troupe y a joué durant l'espace de quelques mois ; mais bientôt les citoyens Leclerc et Page, associés du citoyen Dorfeuille, l'ont évincé de l'entreprise en lui faisant signer, le 5 messidor de ladite année, un acte de cession, et ont tenté de soutenir eux-mêmes ce théâtre. N'ayant pas été plus heureux que le citoyen Dorfeuille, ils ont enfin rétrocédé, le 2G fructidor an VI, au citoyen Sageret, pour trois années consécutives, le théâtre de l'Odéon, ledit citoyen Sageret s'obligeant envers les citoyens Page et Leclerc à remplir toutes les clauses stipulées dans l'arrêté du Directoire. Le gouvernement n'a ratifié aucune de ces cessions et rétrocessions ; ainsi il ne doit connaître dans cette affaire que les premiers concessionnaires, les citoyens Dorfeuille etC'*.

Il résulte de toute la correspondance du citoyen Fenouillot-Falbaire, commissaire du gouvernement près ce théâtre, et de diverses lettres qui m'ont été écrites à ce sujet par des particuliers, qu'aucune des trois conditions rapportées ci-dessus n'a été remplie par le citoyen Dorfeuille, ni par ses associés, ni parle citoyen Sageret. Je suis même informé que, sous l'administration des citoyens Page et Leclerc, plusieurs déprédations ont été commises sur le mobilier appartenant à la nation qui se trouve dans la salle de l'O léon, et que, dans ce moment même, la toiture de cet édifice est dans un tel état de délabrement que l'eau filtre à travers les murs et les planchers.

Je propose au Directoire le projet d'arrêté suivant.

François (de Neufciiateau).

Arrêté du Directoire exécutif du 29 pluviôse an Yll.

Le Directoire exécutif, considérant que les conditions auxquelles l'usage de la salle de l'Odéon a été par lui concédé aux citoyens Dorfeuille et C'^ n'ont point été remplies, arrête ce qui suit :

1° L'arrêté du 25 messidor an IV, par lequel cette cession a été faite, est rapporté.

2^ En conséquence, ni le citoyen Dorfeuille ni aucun de ses associés ou cessionnaires ne pourront, à dater de ce jour, disposer de la salle de l'Odéon.

3° Cependant les artistes qui sont miintenant en activité dans celte salle pourront y continuer leurs représentations en s'administrant eux-mêmes provisoirement, sous la seule inspection du commissaire du Directoire exécutif, jusqu'à l'organisation nouvelle du Théâtre- Français de la République.

[du 9 AU 18 FÉVRIER 1709] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 382

4° Le ministre de l'intérieur nommera des commissaires pour procéder, contradictoirement avec les premiers concessionnaires, à la vérification de l'inventaire, fait en l'an IV, du mobilier appartenant à la République.

5° Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera point imprimé au Bulletin des lois.

Treiliiard, Merlin, Reubell.

(Arch. nat., AF m, ^178.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 29 pluviôse : « Paris, le 29 pluviôse. On exagère sans doute beaucoup, lorsqu'on fait monter le nombre des personnes (jui ont péri, dei)uis dix mois, à treize ou quatorze mille, et lorsqu'on assure que, sur les adultes, il a péri les quatre cinquièmes des malades. Nous sommes tentés de croire que ces alarmes ont été répandues par quelques inoculateurs. » — Journal du Soir des frères Chaignieau du i"^ ventôse : «Paris,

'/«'■ ventôse Le citoyen Leroi, ancien administrateur de police, a été

installé avant-hier comme commissaire du Directoire auprès du Bureau central de Paris . »

INIDCXXIY

Compte décadaire des opérations du Bureau central du canton DE Paris, du 20 au 30 pluviôse an VII.

Salubrité et voie publique... Dissections. — Sept autorisations ont été délivrées à divers professeurs d'anatomie pour enlever des cadavres au nombre de vingt-six, tant au cimetière Catherine qu'en divers hospices

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Aucune remarque essentielle n'a été faite dans le cours de cette décade relativement à l'opinion publique ; une tranquillité parfaite a régné sur tous les points de cette commune

Correspondance relative aux //lœurs et opinion publique . Journaux . — Le Bureau central a transmis au citoyen Sablier, rédacteur du Journal du Soir, pour être inséré dans sa feuille, extrait d'une lettre de l'administration centrale du département de l'Yonne, annonçant que ce qui avait été publié dans les journaux, notamment dans celui du Soir par Sablier, relativement à une prétendue fabrique de fausse monnaie, n'était pas vrai.

383 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [uii 9 au 18 fkviukh 1799]

Brochures. — Le commissaire de police de la division du Panthéon a informé le Bureau central qu'en vertu d'un mandat du citoyen Martin, juge de paix de service près le ministre de la police, il s'est transporté chez les citoyens Guibert, colporteur de librairie, et Clausier, imprimeur, rue de Sorbonne, et qu'il avait trouvé chez le premier des exemplaires d'un ouvrage intitulé Mercure britannique * et chez le second un ouvrage, caclié dans les matelas, intitulé : Retnerdéments des citoyens Requins aux citoyens Directeurs de la République /"ra/îça/se; qu'il avait apposé les scellés sur ces ouvrages, dont des exemplaires avaient été remis au ministre.

Police des théâtres. — Il a enjoint au commissaire de police de la division Le Peletier de rappeler aux entrepreneurs du théâtre de rOpéra-Gomique national, qui avaient annoncé une première représentation pour le 22, l'arrêté du Département du !«'' nivôse an IV qui porte que, les jours de première représentation, il y aura une garde extraordinaire pour le maintien du bon ordre. — Le ministre de la police ayant invité le Bureau central à prendre des mesures pour assurer l'exécution des arrêtés concernant l'heure oîi doivent s'ouvrir les spectacles, l'administration lui a proposé d'indiquer l'heure à laquelle ils doivent finir, lui observant que, les usages étant changés, on ne pouvait faire commencer les spectacles d'aussi bonne heure qu'autrefois. — Le Bureau central a donné ordre au commissaire de police de la division de l'Ouest de s'opposer à la représentation annoncée pour le 29 au théâtre des Victoires-Nationales, attendu qu'il avait donné relâche plusieurs fois dans la décade et voulait faire jouer ledit jour, correspondant au ci-devant dimanche. — Informé que, le 25, il s'était manifesté dans la salle de l'Odéon une grande agitation sur ce qu'il n'avait été donné de contremarques qu'aux citoyens du parquet, ce qui avait causé un tumulte favorable aux voleurs, le Bureau central a donné ordre aux entrepreneurs de ce théâtre de mieux régler les entrées et sorties, pour faciliter les évacuations de la salle les jours où le concours des spectateurs est plus considérable. — Sur la demande des artistes attachés au théâtre des Délassements, le Bureau central a consenti à l'ouverture de cette salle, et a invité le commissaire de police de la division du Temple, en lui en donnant avis, à surveiller cet établissement avec le plus grand soin.

Impôt au profit des indigents. — L'administration a transmis au ministre de l'intérieur, au Département, ù l'agent comptable du re-

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