‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 115 sur 254 · Bibl. nat., Le 43/2749 et 2750, in · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Le 43/2749 et 2750, in

411 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [IG mars 1799J

évite de développer les principes républicains; de ce qu'on affecte de transporter le lieu de la scène chez l'étranger, et de ce qu'on prend occasion de là d'employer des qualifications proscrites ])ar les- lois. Elle invite, en conséquence, tous les compositeurs à lui faire connaître les pièces qu'ils ont mises sur la scène, et celles que la malveillance en a écartées. Ce n'est pas seulement aux auteurs dramatiques que l'administration s'adresse; elle invite également les écrivains qui se livrent à l'étude de l'histoire, de l'antiquité, de la politique, de la législation, de la morale et des arts, et tous ceux ((ui attendent dans le silence du cabinet l'instant favorable de se montrer, à lui faire part du fruit de leurs veilles laborieuses; elle se fera un honneur de les consulter, de les appeler aux fonctions auxquelles il lui appartient de nommer et qui conviennent le plus à leurs lumières; et, enfin, d'attacher sur eux celte considéralion qui est le prix du vrai talent, et que doit ambitioimer tout homme qui consacre sa plume à former et améliorer l'esprit public, le

plus solide appui des lois » — Publicisle du 24 ventôse : « Le

Bureau central vient d'adresser une circulaire aux entrepreneurs de théâtre de cette commune, pour inviter les artistes qui composent l'orchestre de chaque spectacle, à se rendre, le 30 de ce mois, aux municipalités qui leur sont indiquées, et à y concourir par leurs talents à relever l'éclat de la fête de la Souveraineté du peuple »

MDCXLV

LE COMMISSAIRE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF PRÈS LE CANTON DE PlERREFITTE

AU MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR *.

Pierrefille, 26 ventôse an VII.

Citoyen ministre,

Comme je suis persuadé que les institutions républicaines font partie des importantes attributions de votre ministère, et que votre zèle infatigable cherche tous les moyens d'asseoir le gouvernement républicain sur ses véritables bases, les coutumes et les mœurs républicaines, je crois répondre à vos vues bienfaisantes en vous parlant du mode d'exécution de la célébration des décadis.

Ce n'est pas avec vous qu'il convient de faire des applications et de proposer des exemples à suivre. Vous entendez à demi-mot; j'entre donc en matière.

Pour consolider le gouvernement républicain nous avons des pré-

1. Cette pièce ne rentre pas tout à fait dans notre cadre ; mais elle est intéressante pour Ihistoire de l'esprit public.

jugés funestes à détruire et de rouvelles habitudes à créer. Les temples décadaires succèdent aux églises ; voilà déjà un grand pas vers ramélioralion. Maintenant, procurer au peuple dans nos temples le même attrait qui l'appelait dans ses églises, c'est la solution du problème que personne ne peut mieux résoudre que vous.

Je peux rendre à ma conscience le témoignage que j'ai tout fait, et auprès de l'administration municipale et auprès de mes concitoyens, pour les engager à solenniser nos décadis; j'ai même le bonheur d'avoir réussi. Car j'ai vu notre réunion très nombreuse, lorsque tous les temples voisins étaient déserts; mais je vous avouerai franchement que ce bien m'a coûté à faire; je trouvais une sorte d'inhumanité à contraindre le peuple de venir entendre une froide lecture des lois et quelques discours, toujours insignifiants pour lui, quelque bons qu'ils soient en eux-mêmes ; je ne pouvais pas même lui promettre de bouche une compensation de ce qu'il avait perdu, quoique mon cœur fût très porté à lui donner mieux.

Vous êtes également persuadé que l'esprit d'un peuple, abruti depuis des siècles par le despotisme ei la superstition religieuse, consiste tout entier dans ses yeux et ses oreilles. Si, en attendant la véritable instruction, ces deux sens ne sont pas agréablement satisfaits, toute autre tentative est absolument infructueuse.

Les fêtes du catholicisme étaient vraiment populaires, dans le sens que le peuple y était acteur. Serait-il donc si difficile de substituer au Credo des hymnes sur des airs connus, qui pussent se répéter en chœur?

Quo sihyllini monuere versus Virgines leclas piœrosque caslos D'is, quibus septeni jjlacuere colles, Dicere cannen ',

ne pouvait-il pas s'exécuter dans nos temples, comme autrefois dans le Capitole? 0 Romains, vous êtes encore nos maîtres! Nous devons pourtant vous surpasser; j'en atteste le xviii® siècle. Horace, Virgile, Cicéron, ô mes anciens amis, je vous ai abandonnés, mais c'est pour servir ma patrie ; vous aviez perdu la vôtre, et moi j'ai recouvré la mienne. Je vous reverrai sûrement quelque jour, et, si je dois vivre encore dix lustres d'existence, vous charmerez les ennuis de

ma vieillesse. Mais

Le catholicisme avait ses patrons, ses saints de toute saison. Pourquoi n'aurions-nous pas à célébrer les vertus sociales? L'Amitié,

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