‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 117 sur 254 · Nous n'avons pas retrouvé l'original de ce rapport · texte numérisé non relu

Nous n'avons pas retrouvé l'original de ce rapport

2° à la statue de la Liberté, érigée provlsoireraeût sur ce piédestal, et dégradée par les injures de l'air, il sera substitué un monument plus durable, et qui fera partie des embellissements de cette place et de ses environs; 3° il sera publié un programme général pour l'embellissement de l'étendue de terrain qui se prolonge depuis le palais des sciences et arts jusqu'au pont de Neuilly; 4» il sera nommé un premier jury pour l'admission des plans, et un second jury pour la distribution des prix; l'artiste qui aura remporté le premier prix sera chargé de l'exécution; 5<* le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé et inséré au Bulletin des Lois.

Signé : Barras, président ; Lagarde, secrétaire général.

[Rédactem' du 2 germinal an VII.)

MDCXLYII

Rapport du bureau cijntral du même jour.

Journaux. — Les feuilles périodiques des 26, 27 et 28 n'ont donné lieu à aucune note improbative ; on a vu au contraire, ces deux derniers jours, un léger changement dans l'esprit des remarques politiques que le Courrier du Corps législatif entremêle aux nouvelles de l'extérieur. — Mais on croit indispensable de donner quelque étendue à cette observation. 11 est à considérer qu'un très grand nombre de journaux ont très évidemment changé de physionomie dans le courant de ce mois, et cette disposition devient d'autant plus sensible à la veille des assemblées du peuple. Il est bien à regretter, sans doute, que les feuilles où l'écrivain sache développer, à l'occasion des événements politiques, des principes de liberté, ou des maximes de gouvernement républicain, soient en très petit nombre; mais l'opinion a, d'un autre côté, à s'applaudir de voir le royalisme assez découragé ou assez circonspect pour ne plus élever la voix ; on doit même ajouter que les journaux ont paru généralement empressés à propager les. réflexions que le patriotisme ou l'amour du bien public ont dictées, soit au magistrat, soit au publiciste, telles que celles renfermées dans beaucoup de lettres des ministres et les produits de l'imagination de l'écrivain judicieux qui, tantôt dans le Moniteur, tantôt dans le Rédacteur ou le Journal de Paris, a fait paraître des idées

415 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [18 mars 1799]

aussi justes que profondes sur les moyens de faire les meilleurs choix dans les assemblées primaires ou électorales. Depuis le même temps, il règne plus de décence et plus de moralité dans les productions de littérature qui composent les articles variétés.

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89.)

Journaux.

Rédacteur du 29 ventôse : <f Paris, le 28 ventôse an Vf. Le feu s'est manifesté ce malin, à sept heures et demie, dans la salle de l'Odéon; mais les progrès ont été si rapides, ({u'en une demi-heure le comble a été entièrement enflammé, et qu'il n"a été possible que de garantir les maisons voisines et de sauver les statues des auteurs dramati((ues. Cependant, jamais les secours n'ont été plus prompts, mieux ordonnés, mieux administrés. Le ministre de la police, l'administration du Bureau central, celle de la municipalité, les commissaires de police, les juges de paix, l'État-Major de la place, les troupes se sont rendus sur les lieux avec une célérité extraordinaire. Demain on donnera les détails. On ignore jusqu'à présent comment l'accident est arrivé. » — Journal du Soir des frères Chaiynieau du 28 ventôse : « Paris, 28 ventôse. ...Un terrible incendie a dévoré ce matin, entre sept et huit heures, la sujjerbe salle do l'Odéon, chef-d'œuvre de AVallis. Le feu s'est manifesté tout à coup de l'intérieur à l'extérieur, et en un instant tout l'édifice a été embrasé. Les plus prompts secours n'ont pu arrêter les progrès des flammes; plusieurs pompiers ont péri ou ont été grièvement blessés. On a trouvé dans une pièce retirée un homme et une femme qui n'ont pas eu le temps de se sauver et qui ont été étouffés. Des bruits circulent que la malveillance seule est l'auteur de ce désastre : nous ne manquerons pas d'instruire nos lecteurs de ce qu'ils auront de réel. On donnait hier à ce théâtre une pièce nouvelle en vers et en cin([ actes intitulée L'Envieux. Cette pièce avait déjà été jouée à Nantes, où elle avait obtenu du succès; les connaisseurs de Paris en ont jugé autrement; ils n'ont vu dans cet envieux qu'un méchant : deux caractères bien différents )) — Clef du Cabinet du 29 ventôse : <> Paris, 28 ventôse. Il est

des causes qui ne peuvent pas être perdues pour le public et dont un écrivain ami des mœurs doit annoncer le jugement, afin de lui inspirer toujours plus d'horreur pour la licence. Une ci-devant marquise de S... vivait dans l'intimité la plus scandaleuse avec un homme qui se faisait appeler Lespinasse, quoique ce nom ne fût jias le sien. Jouissant d'une liberté illimitée chez sa maîtresse, l'amant en profitait pour lui voler tantôt un bijou, tantôt une pièce d'argenterie; chaque jour c'était un nouveau larcin. Tant qu'il s'en tint à ces objets, on n'aperçut pas ou l'on dissimula ces petites facéties; mais comment pouvait-on lui pardonner des familiarités coupables avec la femme de chambre de celle qui s'était oubliée jus(iu'à ce point? L'infidélité bien avérée, la jalousie le dénonce; il est arrêté. Comparu devant le tribunal criminel de la Seine, il ne se déconcerte point; il déclare à ses juges que, dans les termes où il était avec ladite dame, il avait pu prendre tout sans voler rien. A l'appui de cette assertion nouvelle, il lit des lettres où son amante lui jjarlait un

langage que l'on ne connaît guère que dans les mauvais lieux. Par des révélations toujours plus révoltantes, il croit se disculper des friponneries dont il est convaincu ; et sa gaieté prouve qu'il s'attend à ce qu'on reconnaisse son innocence. Hélas 1 après une procédure bien instruite, le tribunal devait en juger autrement. L'homme à bonnes fortunes est condamné à douze ans de fers, prend le ciel à témoin de l'injustice atroce de ses juges, et, pour ne laisser aucun doute sur sa probité intacte, il est obligé, quelques instants après, de montrer une épaule depuis longtemps marquée d'un V. . . . »

MDCXLVIII

Rapport du bureau central du même jour.

. . . Journaux. — Les journaux continuent à rester, les uns dans le bon esprit qui les caractérise, les autres à garder une plus grande circonspection. On excepte aujourd'hui de cette dernière remarque la Feuille du jour qui, tout en reconnaissant l'absurdité d'un article du Journal de Ratisbonne^ donne néanmoins cet article, qui n'est qu'un aliment fourni à dessein au royalisme par un écrivain vendu à la coalition ; car, à la nature de la plupart des gazettes étrangères, on ne peut se cacher que les ennemis de la République ont bien compté sur leur publicité en France. Il est facile d'en juger par l'article du Journal de Ratisbonne dont il s'agit ici : « Des personnes bien instruites, dit l'étranger, copié par la Feuille du jour, prétendent savoir que le roi de Prusse s'est enfin décidé à rentrer dans la coalition contre la France, et on ajoute que déjà cette déclaration a été envoyée aux cours du Nord et à celle d'Espagne. Au reste, il parait évident que le ministre français à Berlin a perdu beaucoup de l'influence qu'il y avait, et on croit même qu'avant peu il pourrait y avoir des changements dans le ministère de cette cour, »

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB ' 89,)

Publiciste du 30 ventôse: « De Paris, le 29 vcnlôse Le premier

conseil de guerre de la 17" division militaire s'occupe, en ce moment, d'une procédure importante pour le repos de la société. Vingt-huit accusés, connus sous le nom de chaulleurs, parmi lesquels on compte neuf femmes, sont en présence de leurs juges. Ils montrent dans les débats l'audace et le sang-froid

417 DIUECTUIUE EXECUTIF [i-KvaiEK-MARS 1799]

du crime. L'un d'eux, nommé Lamarre, âgé de dix-neuf ans, nalif de Saint- Pierre-de-Dives (Calvados), s'est annoncé pour fils du ci-devant duc de Choiseul. Tout l'auditoire a frissonné d'horreur en apprenant le détail des forfaits commis par ces scélérats »

MDCXLIX

Journaux.

Publicislc du 3 germinal : u Paris, le 2 germinal La municipalité du

!■'"■ arrondissement est une de celles qui ont célébré avec le plus d'éclat la solennité de décadi dernier. Après les diverses lectures prescrites par les lois, ainsi qu'après les chants })atriotiqucs, cent élèves de la pension du citoyen Lemoinc, habillés en uniforme, et formant par rang de .taille divers groupes distingués i)ar des drapeaux, ont exécuté plusieurs évolutions, dont la précision a étonné tous les spectateurs, qui les ont couverts des plus justes applaudissements. C'est ainsi que cette municipalité a donné l'exemple de ces jeux, si propres à répandre sur nos fêtes l'intérêt le plus vif et en bannir la monotonie. Quatre officiers généraux qui résident sur l'arrondissement, entre autres Reurnonville et le vice-amiral Morard de Galle, portaient le livre de la Constitution. On avait ingénieusement eu soin de laisser sans ornement la partie de l'enceinte où étaient les fonctionnaires publics, et de décorer celle où était rassemblé le peuple, dont on célébrait la fête. Le commissaire du Directoire, Miger, avait tout dirigé. , . . » — Clef du Cabinet du i" germinal : « Paris, le 30 ventôse. Aujourd'hui, fête de la Souveraineté du Peuple; des pièces d'artillerie, placées aux environs du palais des deux Conseils et sur le Pont-Neuf, tirent depuis six heures du matin, de distance en distance, et ces salves d'artillerie se succéderont jusqu'à six heures du soir. ... »

MDCL

Compte des opér.\tions du bureau central du canton de Paris pendant le mois de ventose an vii.

. . . Mœurs et opinion publique. Esprit public. — A l'exception d'un certain nombre d'individus, connus par leur ridicule ou l'exagération de leurs principes, les citoyens ont paru de jour en jour plus dévoués à l'ordre actuel des choses. Le mot de ralliement a été la Constitution de l'an III. Cet état de calme, qui est résulté de l'exécution constante des lois, a atterré l'esprit de parti ; rien n'a annoncé qu'il eût tenté aucune entreprise pour troubler la tranquillité publique. Tome V. 27

[février-mars 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 418

mais il s'est vengé par des propos. L'impôt du sel a été le sujet des plus malignes remarques; tout ce qui pouvait desservir le Directoire dans l'esprit du peuple a été mis en pratique. Si, dans le sein des Conseils, un orateur avait témoigné quelques craintes de voir le pouvoir exécutif prendre plus de latitude, les hommes, qui n'ont d'espoir que dans le trouble, commentaient cette opinion et déclamaient contre le gouvernement. — Des hommes qui se font un point d'honneur de mépriser les institutions républicaines ont affecté de se monsieuriser dans les lieux de réunion, malgré l'arrêté du Département qui ordonne de n'y employer que le mot de citoyen. On a observé que la paix était toujours désirée avec ardeur, quoique la guerre ait été regardée comme inévitable '. La confiance du peuple dans les armées de la République a été portée au comble, et la reprise des hostilités n'a été entrevue que comme une nouvelle moisson de gloire. — • Les royalistes se sont agités en tous sens pour faire croire aux bruits faux et dangereux qu'ils répandaient avec profusion et activité dans les endroits les plus peuplés de cette commune, principalement dans les faubourgs, où la masse, rarement éclairée, des hommes laborieux donne plus de prise à la suggestion. Il a circulé dans le faubourg Antoine des lettres contenant les détails les plus affligeants de la situation des conscrits à Strasbourg et sur les bords du Rhin. Les mères, alarmées par ces bruits étranges, se sont livrées à des plaintes amères. D'autres émissaires de contre-révolution ont répandu dans ces mêmes familles le bruit d'une presse certaine sur les enfants de dix à douze ans, pour être répartis dans les ports. Il est à. observer que cette manœuvre a eu lieu dans un moment où Ton voyait un plus grand nombre d'ateliers sans activité et, conséquemment, le mécontentement plus sensible parmi les ouvriers, que le besoin ensuite livrait plus facilement à la discrétion des mal intentionnés

Correspondance relative aux mœurs et opinion publique... Jugement d'un tribunal de police. — En réponse à une lettre du commissaire du Directoire près la X* administration municipale, relative à un jugement par lequel le tribunal de police de cet arrondissement, sans avoir égard aux conclusions dudit commissaire, a acquitté une citoyenne dont la boutique était fermée un ci-devant dimanche, le Bureau central lui a observé que, s'il pensait que ce jugement n'avait pas été rendu selon le vœu de la loi, il pouvait, comme venait de le faire un de ses collègues, se pourvoir au Tribunal de cassation.

1. C'est la répétition du rapport du 4 ventôse. Voir plus haut, p. 391.

419 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [kévrier-mars 1799]

Maison Ballion. — Des affiches à la porte de la maison Bullion annonçaient l'ouverture des salles de vente dans cette maison tous les jours de la dernière décade de ventôse, excepté le 7, qui correspondait au ci-devant dimanche. Le Bureau central a chargé le commissaire de police de la division du Contrat-Social de prendre des mesures pour empêcher cette infraction aux lois et de rendre compte du résultat de ses démarches.

Instituteurs. — Il a donné ordre de surveiller particulièrement un instituteur dénoncé au Département comme disant, tous les dimanches, chez lui, la messe à ses élèves, comme faisant faire, matin et soir, la prière en commun, et se servant de livres contraires aux principes républicains.

Fête de la Souveraineté du Peuple. — Il a invité les artistes composant les orchestres des théâtres à se rendre dans les municipalités le 30 ventôse, à FefTet de concourir par leurs talents à la célébration de la fête de la Souveraineté du Peuple. Il a aussi invité les entrepreneurs de ces établissements à seconder les vues du gouvernement, leur rappelant l'arrêté du Directoire exécutif du 23 pluviôse dernier, portant (article 10) que, Je soir du même jour, les théâtres doivent retentir de chants patriotiques. — La plantation des arbres de la Liberté a été ordonnée, et la plus grande propreté dans les rues a été recommandée pour ce même jour à l'entrepreneur du nettoiement.

Pièces de théâtre. — En conséquence de l'arrêté du Directoire «xécutif du 23 pluviôse an IV, qui donne aux bureaux centraux la direction morale des spectacles, conformément aux lois antérieures, le Bureau central a autorisé, après examen, la représentation de deux pièces nouvelles intitulées : l'une Les Effets de Misanthropie et Repentir \ l'autre L'Œdipe moderne^, à la charge de supprimer dans cette dernière le de dont se trouvaient précédés les noms des personnes et de substituer au mot de monsieur celui de citoyen. — Le Département ayant invité le Bureau central à lui donner son avis sur l'immoralité reprochée à la pièce intitulée Une journée du jeune Néron ', jouée sur le théâtre de l'Odéon, le Bureau central lui a ré-

1. Cette comédie fut jouée au théâtre Louvnis, le 21 ventôse an VII, sans succès. (Voir le Courrier des ^^pectacles du 22.) II y eut aussi une comédie intitulée : Commetil faire ou les Epreuves de Misanthropie et Repentir, par Juuy et Longchainp, jouée pour la première fois au Vaudeville le 20 ventôse an VU. C'était une parodie du drame allemand : Misanthropie et Repentir, qui obtenait alors un grand succès à l'Odéon. Voir le Courrier des Spectacles du 27 ventôse an VII.

2. Je ne trouve rien sur cette pièce dans le Courrier des Spectacles. ?. Par Laya.

[i h'vrier-mars 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 420

pondu qu'il résultait de tous les rapports réunis que cet ouvrage, loin de blesser la morale, paraissait tendre à la défendre des attaques de la corruption. — Le commissaire du Directoire près la municipalité du V arrondissement avait fait suspendre la représentation, au théâtre des Jeunes -Artistes, de la pièce intitulée Gilles Véléphant^, parce que les formes et les mouvements que le machiniste avait donnés à l'animal auraient pu alarmer la pudeur; le Bureau central a fait examiner les changements faits depuis dans le jeu et la forme de la trompe de l'éléphant, et, sur le rapport qui lui a été fait, il a permis la représentation de la pièce.

Théâtre des Arts. — Informé que, pendant les répétitions au théâtre des Arts, des personnes étrangères remplissaient les coulisses, le Bureau central a invité les administrateurs de ce théâtre à donner des ordres pour empêcher l'introduction de personnes étrangères dans les coulisses pendant les répétitions et pendant les représentations publiques, ce qui a été exécuté.

Maison de jeu. — Le Bureau central a fait fermer la maison de jeu tenue par le citoyen Ligny, rue de la Loi, où la fortune et la vie des citoyens étaient compromises.

Prostituées. — 11 a été donné des ordres pour arrêter les prostituées insultant aux mœurs dans divers endroits de cette commune, notamment sur la place appelée le Pâté des Italiens, au Palais- Égalité, sous la dernière arcade, qui communique du Carrousel au quai du Louvre ; rue Sauveur et sur les boulevards du Temple, plusieurs de ces femmes ont été arrêtées. — Il a été donné ordre de surveiller aussi une femme tenant une maison de débauche, dénoncée au ministre de la police comme recelant des émigrés pendant la nuit et étant une des plus cruelles ennemies du gouvernement ; des premières démarches n'ont rien produit, mais la surveillance sera continuée à cet égard.

Chanteurs. — Il a été donné ordre de surveiller des chanteurs qui chantent publiquement une chanson qui a été dénoncée au Bureau central, comme prêtant matière aux sarcasmes et aux injures les plus violents de la part de ceux qui s'élèvent contre la conscription et la consolidation de la République.

Pamphlets. — Il a été donné ordre de rechercher et arrêter les distributeurs d'un pamphlet contre le gouvernement, intitulé : Sur les élections de l'an prochain.

Affiches. — Il a invité le comtnandant temporaire à donner des

\. Cette pièce, par llapdé, avait été jouée pour la première fois le 3 ventùce an VII. On en trouvera une analyse dans le Courrier des Spectacles du 4 ventôse.

421 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [fkvrier-m.vrs 1799]

ordres aux différents postes de veiller à ce que les affiches ne s'arrachent, surtout celles annonçant les prochaines assemblées primaires. Il a recommandé la même surveillance aux officiers de paix. Inscriptions anti-républicaines. — Au désir d'une lettre du Département, le Bureau central a chargé les commissaires de police d'employer les mesures convenables pour soustraire aux regards du peuple tout ce qui tend à rappeler, soit les distinctions avilissantes créées par la féodalité, soit les exactions du régime monarchique ; de faire disparaître, en conséquence, de dessus les tableaux, notamment des marchands de tabac, le mot de la ferme, et d'autres les mots : Madame, Mademoiselle, Monsieur, etc., et de faire connaître au Bureau central les marchands et autres qui refuseraient de déférer à leur

invitation

(Arch. nat., F ' 3842.)

Autre rapport pour le mois de ventôse.

Correspondance relative aux mœurs et opinion puhlic/ue. Deuxième division. Culte catholique. — Le Bureau central a pris des mesures pour empêcher la manifestation extérieure de vieilles habitudes introduites par les ministres du culte catholique, telles que la célébration de la fête connue sous le nom de mi-carême, la distribution de bx'anches de buis dans les rues et près les temples. — lia été donné ordre à ses agents de surveiller pendant quinze jours, d'une manière spéciale, les temples où s'exerce ce culte, d'y assister aux sermons et d'en rendre compte.

Café Valois. — 11 avait donné ordre de faire fermer le café Valois, comme lieu de rassemblement, où une foule de malveillants déclamaient chaque jour avec impudence contre les lois de la République; mais il a suspendu l'exécution de cet ordre sur la réclamation du propriétaire de ce café.

Autre. — Une surveillance particulière a été ordonnée à l'égard d'un autre café, où la qualification de citoyen est tournée en ridicule et où se tiennent des propos tendant à avilir le gouvernement.

Femmes qui s'introduisent dans les casernes. — Le commandant de la Place a été invité à interdire l'entrée des casernes à des femmes connues du Bureau central pour avoir fréquenté autrefois les tribunes des Sociétés populaires, attendu que ces femmes tiennent aux militaires des discours anarchiques.

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Journal « le Phénix ». — Conformément aux ordres du ministre de la justice, le Bureau central a transmis à l'accusateur public un numéro du journal le Phénix du 8 pluviôse, dont un article intitulé : La Matinée bien employée, et signé G. W., avait motivé un rapport du Bureau central aux autorités *.

Crieurs des journaux. — Une femme vendant des journaux, et désignée par le ministre de la police au commissaire du Directoire près le Bureau central comme se permettant des réflexions et des sarcasmes contre le Corps législatif, a été mise à une surveillance particulière, avec ordre de l'arrêter, dans le cas oîi elle serait surprise continuant de déclamer contre les autorités. — Le Bureau central a ordonné, par un arrêté du 23 ventôse, la réimpression et afTiche dans toute l'étendue de cette commune de la loi du 5 nivôse an V, portant défense d'annoncer publiquement les journaux et les actes des autorités constituées autrement que par leur titre.

Conciliabules. — Le commissaire du Directoire près le Bureau central ayant annoncé être instruit, par un de ses collègues près les arrondissements de cette commune, qu'il se tient des conciliabules où l'on s'occupe des moyens de s'emparer de l'opinion publique dans les procliaines élections, le Bureau central a chargé de surveiller un citoyen signalé comme un de ceux qui tiennent ces rassemblements, de ne rien négliger pour s'assurer de ce qui s'y passe et d'en rendre compte.

Bals. — Le Bureau central a rappelé aux quarante-huit commissaires de police sa circulaire du 17 vendémiaire, par laquelle il les a chargés de viser tous les mois les déclarations des teneurs de bals, de refuser leur visa à ceux qui ne représenteraient pas la quittance de l'abonnement du mois expiré, de tenir sévèrement la main à l'exécution de cette mesure, et de s'opposer à l'ouverture des bals chez ceux qui n'auraient pas acquitté le droit des indigents. — L'ordre a été troublé dans un bal tenu par le citoyen Ster, rue de Gharenton; des Allemands et des Français composant ce bal, les uns voulaient des danses allemandes, les autres des danses françaises, ce qui a occasionné une rixe, où la garde a été maltraitée. Les agresseurs ont été conduits devant le juge de paix, qui s'était rendu sur les lieux pour rétablir l'ordre.

Exécution de la loi sur le timbre. — 11 a adressé à huit journalistes, pour être inséré dans leurs feuilles, un avis portant que les pétitions et mémoires qui lui seraient adressés sans être sur papier timbré

1. Il doit y avoir ici quelque confusion. Voir plus haut, p. 349,

423 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [février-mars 1799]

seront mis au rebut, à moins qu'ils ne contiennent des vues ou des renseignements utiles à l'administration

MDCLl

Tableau analytique de la situation politique du département de LA Seine pendant le mois de ventôse an VII, présenté au ministre

DE l'intérieur par LE COMMISSAIRE DU POUVOIR EXÉCUTIF PRÈS l'aD- MINISTRATION CENTRALE DUDIT DÉPARTEMENT.

Esprit public. — Pendant tout ce mois l'esprit public, sans éclat, sans agitation, a été remarquable par son heureuse tranquillité. Il semblait que le peuple se recueillait religieusem ent aux approches d'une époque qui doit influer si grandement sur son sort. En effet, tout Français a dû sentir battre son cœur aux approches de ces jours de bonheur ou d'infortune qui vont régler les nouvelles destinées de la patrie. Il paraissait que, persuadé que du choix qu'il va faire dépend sa tranquillité et le bonheur de ses enfants, il méditait sur la conduite à suivre dans ces jours difficiles. Tel est le sentiment qui a paru animer les citoyens, surtout à la lecture de la proclamation du Directoire, et à la lettre du ministre de l'intérieur sur les élections. En vain le parti anarchiste a-t-il cherché à corrompre cette heureuse pensée en conspirant pour la nomination des royalistes ; en vain les royalistes ont-ils intrigué pour la nomination des anarchistes ; en vain le parti de l'étranger a-t-il détourné les citoyens d'assister aux assemblées, afin qu'elles soient abandonnées aux factieux : le génie de la République prévaudra et les bons citoyens éviteront les pièges des perfides ennemis de leur bonheur. Ces ennemis, dont la fureur seule fait l'énergie et l'intrigue toute la puissance, seront abattus comme l'aigle autrichien qui ose fixer insolemment le soleil de la République et comme le léopard de la Tamise qui veut toujours dévorer. La guerre terrible avec ces deux monstres, dont les autres ne sont que les agents, loin de faire naître le découragement, n'a fait, au contraire, qu'agrandir les courages par des espérances bien conçues. 11 faut enfin terminer cette longue lutte, cette lutte insolente de la perfidie contre la loyauté, et, comme le Français, avec raison, ne doute pas de la victoire, il est persuadé que la paix, la paix tutélaire, sera le résultat de tant d'efforts et de valeur. Pour l'obtenir donc cette

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paix si désirée : « Guerre à l'Autriche ! s'esl-il écrié, guerre au gouvernement anglais! » Ce dernier cri, d'après l'invitation du Département, est afTiché dans tous les lieux publics; et les bons citoyens le redisent avec transport, les ennemis le voient avec effroi. — Dans les cantons ruraux, l'esprit public est bon aussi; là ordinairement le peuple ne voit guère que le présent; lorsqu'il souffre ou qu'il tarde à voir réaliser ses désirs et ses espérances, il est souvent près du murmure; cependant, malgré un hiver aussi rigoureux pour le pauvre journalier, il est resté tranquille. La belle saison va bientôt le ranimer et rappeler la sérénité dans l'âme de l'homme actif et laborieux, ainsi que l'aisance dans son ménage.

Jouryiaux. — Les journaux dont la tendance semblait contraire à l'esprit du gouvernement sont maintenant d'une réserve remarquable. Est-ce hypocrisie? Est-ce conversion sincère? C'est ce qu'une constante surveillance pourra apprendre.

Spectacles. — Ils sont toujours éloignés du véritable enthousiasme républicain; ils sont loin encore de seconder les vues républicaines du gouvernement, et de former, comme ils le devraient, des écoles nationales de patriotisme et de vertus civiles. Il faut espérer que l'invitation du Département aux gens de lettres qui travaillent pour le théâtre produira un bon effet. Ceux-ci s'empresseront sans doute à prendre dorénavant des sujets dans l'histoire de notre Révolution, si féconde en prodiges et en traits d'héroïsme. Les directeurs des théâtres seront bien contraints alors, par leur propre intérêt, à donner des représentations que leur égoïsme et leur anticivisme leur font repousser. Alors enfin notre théâtre régénéré sera vraiment digne d'un peuple qui ne doit voir partout que république.

Instruction publique. — Les administrations municipales veillent à ce que la morale et les devoirs du citoyen soient enseignés dans toutes les écoles. Presque généralement aussi tout s'y passe d'une manière conforme aux lois ; je dis généralement, parce que, dans quelquesunes, des professeurs osent encore associer à l'instruction des sciences et arts l'enseignement et la pratique des préjuges du catholicisme. Il y a tel pensionnat où se trouvent chapelle et confessionnal ; tel autre où l'instituteur conduit ses élèves à la messe. Les premiers argumentent d'après la loi du 7 vendémiaire an IV, et les autres d'après la liberté des cultes et la volonté expresse des parents ; on leur répondra par la fermeture de leurs écoles de fanatisme. On remarquera que, dans ces écoles, s'élèvent des enfants de généraux, de députés; ces députés, qui en 92 et 93 se sont le plus élevés contre les prêtres, ne regardent leur fille bien élevée que quand elle a fait

425 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [février-mars 1759]

sa première communion. — La masse de rinstruclion est en général très faible. L'établissement du jury d'examen, en créant un bon choix d'instituteurs, concourra à la rendre plus forte et plus heureuse.

Annuaire républicain. — L'exécution de l'annuaire républicain n'éprouve plus que de faibles obstacles, que le temps fera rapidement disparaître. En en faisant sentir la supériorité sur l'ancien, il en affirmera éternellement l'institution

Fêtes 7iationales. — Les fêtes décadaires vont s'embelhr avec les beaux jours ; déjà elles sont suivies avec plus d'affluence dans Paris; déjà dans les cantons ruraux elles sont plus chômées que le dimanche des prêtres. Les élèves y jouent des instruments et accompagnent la voix de leurs petits camarades qui chantent des hymnes patriotiques. L'idée du chant est bonne, et serait bien utile pour attacher aux fêtes ; mais il faudrait des chansons, des stances, peut-être un cérémonial fixe, uniforme. — La fête de la Souveraineté du Peuple a été célébrée avec un éclat qui a fait de grandes impressions. Les cérémonies, l'appareil et la musique ont été remarqués avec avantage. On doit dire cependant qu'il n'y avait pas dans tous les arrondissements uniformité dans la pompe. Les embellissements de quelquesuns étaient plus somptueux et ont attiré beaucoup plus de monde. Est-ce insouciance de la part des officiers municipaux? Est-ce défaut d'imagination? Quoi qu'il en soit, on peut raisonnablement espérer que le moment n'est pas loin où ces fêtes exciteront le plaisir, l'attachement et même l'enthousiasme. Dans les cantons, ce dernier sentiment a déjà éclaté. A cette même fête de la Souveraineté, les prix, les danses, les repas qui l'ont suivie, ont entretenu une joie pure et décente qui a tourné à l'avantage des institutions républicaines qui écraseront enfin les vieilles institutions de la superstition

Associations politiques. — Dans le cours du mois, je vous ai rendu compte partiellement du résultat de quelques conciliabules qui sont sous la plus exacte surveillance ; il est inutile d'en reparler ici. — Il existe à Franciade une société et des réunions de francs-maçons ; mais il parait que les bons sentiments qui les animent ne doivent pas les laisser suspecter.

Cultes. — Je ne sais quel espoir trompeur agite en ce moment les prêtres : ils osent se promener avec habit noir, cheveux en rond, frisés, poudrés ; mais la loi veille, et le premier égarement de leur part les lui livrera. Dans plusieurs cantons ruraux, ils disparaissent insensiblement et ne sont pas remplacés.

Etablissements de bienfaisance. — Le renouvellement des commissaires de bienfaisance a produit un excellent effet. Les indigents sur-

[février-mars 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 426

tout en profiteront et auront lieu de compter sur une répartition plus juste. — La commune d'Auteuil a établi une caisse de bienfaisance alimentée par les souscriptions des habitants, et qui a banni de son territoire la mendicité. Le succès de cet établissement m'a déterminé à proposer cet exemple à tous les cantons ruraux du Déparlement, en encourageant les citoyens et appuyant de tous les motifs capables de les déterminer, tant par leur intérêt que par les sentiments d'humanité. Si cette idée réussit, la mendicité sera bannie du département de la Seine

Commerce. — Le commerce est toujours souffrant assez généralement dans toutes ses branches. Dans cette situation, les marchands imprudents finissent par des faillites qui se multiplient toujours, et les marchands sages languissent et ne se soutiennent qu'à la faveur de la plus stricte économie. La paix seule, mais une paix sur des bases solides et glorieuses, peut rouvrir le canal de la circulation et présenter au dehors des débouchés avantageux. La foire qui s'est tenue à Franciade, du 9 au 19 ventôse, n'a pas eu un très grand succès, mais cependant assez pour laisser aux marchands qui y sont venus l'opinion que cette foire inusitée depuis longtemps reprendra faveur. La seule cause probable qu'elle n'ait point parfaitement réussi cette année est le défaut de publicité et d'annonces.

Subsistances. — Abondantes à Paris, plus rares dans les cantons, 011 la sécheresse de l'été et la rigueur de l'hiver ont empêché ou détruit les provisions en légumes. On a été surpris de ce que les bouchers et boulangers aient renchéri la viande et le pain. Ce dernier a augmenté; le pain de 4 livres [a augmenté] de 5 centimes. Si le gouvernement pouvait en faire autant, tous les autres impôts seraient inutiles. — Quelques objets d'épicerie ont de même subi une hausse

Concours des fonctionnaires. — Satisfaisant. Je désirerais seulement que le Bureau central crût moins souvent son honneur attaché à résister à ses supérieurs. Au surplus, dans ces luttes, trop fréquentes, il y a bien plus d'amour-propre que de mauvaise intention.

Le commissaire du pouvoir exécutif,

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