‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 119 sur 254 · Voir pkis haut, p · texte numérisé non relu

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l'inauguration du Musée des Antiques, et dans laquelle on doit planter deux arbres, il est dit ce qui suit : « Nous avions déjà l'arbre de la Liberté ; l'arbre de la science, du bien et du mal semblait relégué depuis longtemps dans le paradis terrestre ; quant à celui des arts, il est de nouvelle création ; mais ce style n'a-t-il pas quelque chose qui ressemble à celui des fables de La Molhe, dont le goût a fait justice? » Le même journal aujourd'hui s'exprime ainsi: « Le gouvernement provisoire du Piémont a décrété, le 25 ventôse, que tout le papiermonnaie serait retiré dans l'espace de deux ans ; les frais de co gouvernement ont déjà coûté plus de 28 millions depuis son établissement ; mais les Piémontais sentent qu'il faut payer les frais du passage et qu'on ne prend point de bénéfices sans les charges, v — Par opposition ici, on aime à soumettre à l'autorité quelques réflexions dictées au Patriote français par un véritable amour de la République ; c'est avec raison que le rédacteur de cette feuille rend plusieurs abus de la société l'objet de son attention particulière, en ce qu'ils ont leur cause dans l'inimitié qu'une certaine classe de mauvais citoyens porte à l'ordre actuel des choses et même prend à cœur d'afficher. Il remarque qu'à mesure que les cocardes deviennent plus imperceptibles, les croix, qui sont aujourd'hui l'ornement de quelques femmes, deviennent plus grandes. Il se récrie contre l'exposition, peut-être plus sensible, des vases et instruments du culte catholique dans les boutiques de marchands; il assimile même cette exposition à des signes extérieurs du culte, défendus par la loi, calculant ainsi l'effet flatteur que ces objets peuvent produire sur les yeux et sur la pensée des partisans incorrigibles du trône et de l'autel. Il fait encore observer que plusieurs propriétaires de voitures en ont fait peindre le numéro dans un écusson anglais ; enfin il entre dans le secret d'une mode de convention parmi ces arrogants, qui se font un point d'honneur de leur aristocratie, en révélant que le trèfle dessiné ou figuré dans nombre de bijoux signifie réellement, pour cette sorte de monde, une fleur de lys, et que ce trèfle s'incruste ou se dessine toujours dans un écusson anglais. — Cette conspiration de la mode contre l'opinion publique, toute pitoyable qu'elle puisse paraître aux yeux d'un homme sensé, et de tout sincère républicain, n'est pas moins flagrante, et on ne peut que désirer la disparition de tout ce qui, dans un certain public, annoncerait plus de goût pour les usages et la foi de nos mortels ennemis que d'attachement à notre pays même, et de respect pour son gouvernement.

Salliou, La salle.

(Arch. nal., BB » 90, et V' :!8',-2.)

437 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2G mars 1799]

Journaux.

Journal du Soir des frrres Chaignicau du 8 germinal : « Paris, 8 germinal. . . Aucun concert n'avait offert jusqu'ici une réunion plus brillante que celui qui fut donné avant-hier sur le théâtre de la République et des Arts. Toutes les loges étaient louées, et les billets de parterre se sont vendus depuis 6 jusqu'à 12 IVancs. Carat est engagé à ce théâtre pour vingt concerts. — On dit que les auteurs dramatiques ont présenté au Directoire une pétition tendant à prouver le danger d'un seul Théâtre-Français dans cette commune et la nécessité de deux théâtres rivaux... » — Moniteur universel du 9 germinal : « ... Le concert donné le G, an théâtre des Arts, ne le cédait en rien, pour le concours de monde et l'éclat de la société, à ceux qui ont été donnés l'an passé au théâtre Fcydeau. Les applaudissements qui ont été fréquemment prodigués aux citoyens Frédéric, Duvernoy, Rude et Carat ont ))rolongé ce spectacle jusqu'à plus de onze heures. . . » — Rédacteur du 7 tloréal : « Arrêté du Bureau central du 0 germinal an VII, ap])rouvé par le département de la Seine le 28 du même mois. Le Bureau central, vu les arrêtés de la ci-devant commune de Paris, des 24 avril, 14 juin, 6 et 22 juillet et !«■■ octobre 1790, confirmés par arrêt du ci-devant Conseil, du 9 dudil mois d'octobre 1790, portant distribution de tous les fours à plâtre et à chaux existant dans l'intérieur de ladite commune ; considérant que les motifs qui ont déterminé alors cette mesure subsistent dans toute leur force, et que, depuis l'établissement des droits d'octroi sur le plâtre fabriqué, les propriétaires des fours qui étaient situés extra 7nuros les ont transférés dans l'intérieur de cette commune pour se soustraire au paiement des droits sur le plâtre fabriqué, qui sont plus forts que ceux établis sur la pierre à plâtre ; considérant en outre que les fours à plâtre dans l'intérieur de cette commune sont des établissements incommodes pour la fumée qu'ils produisent et dangereux par les incendies qu'ils peuvent occasionner; ouï le commissaire du pouvoir exécutif, arrête ce qui suit : 1° A compter du 30 germinal pi'ochain, il est expressément défendu aux plâtriers, chaufourniers et à toutes autres personnes de cuire de la pierre à plâtre ou à chaux dans l'intérieur de cette commune, à peine de voir effectuer et ordonner à leurs frais la démolition de leurs fours sur le vu de procès-verbaux qui auront été dressés par les commissaires de police de l'arrondissement. — 2" Le présent arrêté sera imprimé et affiché dans l'intérieur de cette commune, notamment aux barrières et lieux environnants. II sera adressé aux commissaires de police du canton de Paris et autres autorités civiles et militaires, ainsi qu'à la régie de l'octroi, pour en maintenir l'exécution en ce qui les concerne. Les administrateurs du Bureau central : Lasalle,. Sallior, Lessore. — Le commissaire du Directoire exécutif : Leroy. »

Rapport du bureau central du 8 germinal.

. . .Evénements, — Les artistes du théâtre des Victoires-Nationales ont, hier, 7 du courant, cessé de jouer dans le courant d'une représentation sous le prétexte qu'ils n'étaient pas payés, ce qui a occasionné beaucoup de tumulte. Le commissaire de police de la division de l'Ouest, s'y étant transporté, a fait continuer la représentation de la pièce commencée, et s'est emparé de la recette, qu'il a fait distribuer aux acteurs, et l'ordre a été rétabli.

...Journaux. — Même esprit que celui précédemment improuvé anime le journal le Coiu^^'ier du Corps léfjislatif. Il croit fortement à l'influence du cabinet de Pétersbourg sur celui de Berlin; ailleurs il annonce un petit essai d'adresse révolutionnaire jeté parmi nos ennemis. « La guerre, dit-il avant de donner une idée de cette adresse, permet bien des licences. » L'extrait qu'il produit est ainsi conçu : « Braves Autrichiens ! voici les Russes qui arrivent pour vous forcer à la guerre ; sans eux vous eussiez toujours vécu en paix avec la France; pourquoi donc vous battriez-vous contre les Français? Ce n'est pas à vous, mais aux Russes seuls qu'ils en veulent; vous pouvez rendre le plus grand service à votre patrie, et hâter l'instant de la paix en vous unissant aux Français pour châtier la conduite insolente de ces barbares. » « A Tours, et dans toute l'étendue des départements d'Indre-et-Loire, de la Loire-Inférieure et du Loir-et-Cher, dit le Courrier de Paris, les partisans du régime révolutionnaire ont triomphé. Ils ont nommé électeurs presque tous les fonctionnaires destitués par le Directoire. »

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB ' 90, et F' 3842.)

Journaux.

Rédarloiir du 8 i^crminal : « Pans, le 1 germinal. Au nombre des électeurs nommés ])Our le département de la Seine, sont : Ik'mard, juge; Regnard, Américain; Mouricault, commissaire du Directoire au tribunal de cassation ; Dupont-Chaumont, général de division (pu commandait à Paris une partie des troupes républicaines au 13 vendémiaire ; (luéroul!, ex-membre du tribunal

439 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 mars 1799]

de commerce ; LiébauU, marchand; Cliambôry, juré d'instruction publique Richebourg, juge de paix de la division des Droits-dc-rHomme. On remarque aussi Bernardin Saint-Pierre ; Démeunier ; Petict, ex-minislrc ; Perregaux, banquier ; Lemaire, ex-professeur à l'Université de Paris, et, depuis sa suppression, juge très distingué dans les tribunaux civils du département de la Seine jusqu'à l'an IV; Anson ; Ronnecarrère ; Laroche, officier niunicipal ; Chappote, commissaire de la marine ; Cousin, Gail, Ginguené, hommes de lettres; Pérignon, défenseur oITieieux; Népoux, juge de paix; Pont-Carré, cidevant parlementaire ; .Martimourt, agent de change. . . » — Journal du Soir des frères Chaifinieau du 7 germinal : « Paris, le 7 germinal. . . Le service des hospices de Paris est confié à cin([ compagnies. Le ministère de l'intérieur a accepté pour ce service les soumissions ci-après : 1° pour les hospices de malades et la maternité, les compagnies Paffe et Prudhomme ; 2<* pour la Salpêtrière, les compagnies Rivières et Desplaces; 3" pour les hospices d'enfants et orphelins, les compagnies Veytard et Duquesnoy ; 4° pour les hospices de BiciUre et de Montrouge, la compagnie Delaroue ; j° pour les hospices des vieillards, les compagnies Martin et Panckoucke. Les administrateurs qui remplacent les quatre destitués sont les citoyens Lemaignan et Gertoux, ci-devant membres de la Convention ; Rose, ci-devant consul à Philadelphie ; et Gérard de Melecy, ancien homme de loi... »

Rapport du bureau central du 9 germinal.

. . .Événements. — Le 7 du courant, pendant la représentation au théâtre des Victoires-Nationales, le feu, s'étant attaché à une corde sur le théâtre, a effrayé les spectateurs ; mais, les pompiers s'y étant transportés aussitôt, les craintes ont été dissipées ; le commissaire de police de la division de l'Ouest en a dressé procès-verbal

.. .Journaux. — On n'aperçoit nul fait, nul événement nouveau dans les feuilles périodiques de ce jour. Seulement on lit dans le journal la Feuille du jour des détails puisés dans la Gazette politique militaire (journal étranger) sur les dernières actions du général Masséna; il en résulterait, au rapport même du général Oudinot, que la perte des Français en cette circonstance a été de plus de quatre mille hommes, « nombre à peu près égal à celui des troupes impériales qui se trouvent dans le pays grison », ajoute le gazetier dont on copie l'article. — Au nombre des notes que le Publiciste donne sur les élections, on remarque celle relative aux assemblées primaires du Gard, où, suivant ce que l'on publie, il s'est manifesté partout des scissions

[28 MARS 1799] DIKECTOIRE EXÉCUTIF 440

et dans le sein de Tune desquelles le sang aurait coulé. — Il annonce aussi des scissions à Amboise et à Caudebec ; le même parle d'une lacération que se serait permise le nommé Baret de la proclamation du Directoire sur les élections; cet individu, ex-administrateur au Mans, est renommé pour avoir été destitué comme anarchiste par le Directoire. Ces diverses notes sont communes au Publiciste et à l'Ami des Lois.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB * 90, et F^ 3842.)

Journaux.

Moniteur universel du 9 germinal : « ... Les auteurs dramatiques viennent d'adresser au Directoire exécutif la pétition suivante : " Citoyens Directeurs, « les auteurs dramatiques soussignés, d'après le projet de message du Direc- <( toire, relatif à la réorganisation de la ci-devant Comédie-Française, croient « devoir vous soumettre à ce sujet quelques observations qu'ils vous prient «< d'examiner. De tous les arts peut-être, l'art dramatique est celui qui avait le « plus besoin, pour refleurir, du secours de la Révolution. Un théâtre unique « dans chaque genre, tribunal privilégié, arbitraire et sans appel, en décou- « rageant le génie naissant, lui avait fermé la carrière, avait ôté au comé- « dien tout objet d'ambition, au public tout objet de comparaison. Les gens « de lettres demandèrent alors tout d'une voix la liberté des théâtres. Le « terrible abus d'un seul fit demander cette liberté illimitée, et le législateur, « toujours plein des grands principes, l'accorda. L'expérience a depuis fait « sentir qu'il en eût dû peut-être borner ou régler le mode. La cupidité a mul- « liplié scandaleusement les théâtres : ce qui prouve que le mal est inhérent « au bien môme. Mais faut-il renoncer au bien, quand on peut en jouir en pa- « rant au mal '? Et parce qu'un abus moindre a pris, depuis quelques années, la « place du plus grand de tous les abus, faut-il retourner à celui qui était la « mort de l'art, pour éviter celui qui en pourrait à la longue amener l'avilisse- « ment? Faut-il retourner à ce théâtre wn/ij-ue, qui renverra de nouveau lesau- « teurs dans les antichambres des comédiens, et leurs ouvrages à quinze ou « vingt ans d'attente sur un invariable répertoire? Faut-il relever ce tribunal « suprême où la médiocrité rampante ou protégée exclura le talent fier de « n'avoir d'autre recommandation que lui-même ? Faut-il (en d'autres « termes), au mépris de la Révolution, rétablir ce que la Révolution a détruit, « a voulu détruire, un privilège, une suprématie aussi contraire à l'esprit de « nos lois qu'aux progrès de l'art? Placés entre ces deux extrêmes, la liberté « illimitée des théâtres, ou leur centralisation en un seul, vous vous arrê- « tarez, citoyens Directeurs, cà un sage milieu : la concurrence et la rivalité. « La concurrence, limitée toutefois par des mesures de police et d'administ< tralion, rend à l'art sa vie, sa liberté, sans qu'il ait à craindre l'envahisse- « ment du vandalisme. La rivalité produit l'émulation, et l'émulation enfante « le succès. Pounjuoi donc le gouvernement, qui parait prendre en ce mo- « ment tant d'intérêt au théâtre de la rue de la Loi, ne protégerait-il pas éga- « lement un second théâtre? Si l'on croit utile d'établir un Tiiéàtre-Français

441 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 mars 1799]

« priciléijié, pourquoi n'en aurions-nous pas deux"^. L'événement a prouvé « qu'ils pouvaient exister séparément sans se nuire. S'ils ne se nuisent point, « ils se serviront par là même réciproquement. Ils se serviront en ce que « chacun d'eux redoublera d'efforts pour plaire au public, et contribuer « au succès de l'art. Telles sont, citoyens Directeurs, les rétlexions que les « auteurs dramatiques soussignés soumettent, chacun séparément et en son « nom, à vos lumières, persuadés de rintérôt que vous prenez aux beaux-arts « et au maintien des principes de liberté et d'égalité qui les font fleurir. » — — On remarque parmi les signataires de cette pétition, les citoyens Reaumarchais, Arnault, CoUin d'Harleville, Legouvé, Picard, Dcmoustier, Bulès (?) etc.. » — Clef du Cabinet du 9 germinal : « Paris, le 8 germinal... Je me rappelle de iovt cela, s'écrie Adolphe dans la jolie petite pièce, intitulée : Les deux Prisonniers ' .' Nous en demandons pardon à son ingénieux auteur; mais ce solécisme, quoiqu'on le rende tous les jours plus fréquent, n'en est pas moins exécrable, et si les règles de la langue permettent qu'on (lise : Je me souviens de tout cela, elles défendent très cx])ressément de (lire : Je me rappelle de tout cela. Que de mauvaises expressions ! Que de termes absurdes ne pourrions-nous pas relever, à cette occasion, dans les ouvrages de ces petits auteurs qui croient que, pour n'avoir pas un style commun, il suffit d'employer des mots étranges, et vont mendiant les suffrages, lorsqu'ils n'ont montré que des prétentions ! « C'est une perte consé- <( quente », écrit l'un ; <( c'est une hideusilé », reprend l'autre; un troisième répond : « Tout ce que vous dites est inconvenant. » Que de mauvais singes ont fait Jean-Jacques et Mirabeau! Je veux bien que la langue franc^aise s'enrichisse, mais avec la dignité de l'homme honn(''te, et non pas à la manière des parvenus... » — Clff du Cabinet du 10 germinal : « Paris, le 9 germinal. Des dix-sept chaufl'eurs condamnés à mort par la commission militaire de la 17« division, un s'est ouvert les veines dans sa prison, au moyen d'un morceau de lancette caché dans ses cheveux. L'état de faiblesse dans lequel il s'est trouvé, à la suite decctte opération, a arrêté l'hémorragie. Iln'était pas mort, quand on est entré dans le lieu qui le renfermait, et les secours qu'on s'est hâté de lui administrer feront qu'il n'évitera pas le supplice qu'il a si justement mérité, L'exécution de tous a été différée. . . »

MDGLX

Journaux.

Clef du Cabinet du li germinal : c Paris, le 10 germinal.. . A propos du Vaudeville, voici un fait qui vient de se passer à ce spectacle, et que nos souscripteurs liront avec intérêt. Le citoyen Dassigny, inscrit sur la liste des

1. Adolphe et Clara ou les deux Prisonniers, opéra en un acte, paroles de Marsollier, musique de Dalayrac, représenté pour la première fois au théâtre Favart, le 22 pluviôse an VII.

émigrés, en est définitivement rayé. Pour célébrer le jour où celte justice lui a été rendue, il invite à dîner trois de ses camarades, et Bacchus présida si fort à ce festin qu'il finit par enivrer deux des convives. Le quatuor se rend ensemble au théâtre du Vaudeville. Là on va, on vient, on court, et l'on finit par entrer dans une loge, où étaient deux nièces et une parente du ministre de la police, tandis que le ministre lui-même, qui les accompagnait, en était sorti pour un moment. Un des jeunes gens, pris de vin, s'assied à la place \"ide et tient des propos fort lestes aux jeunes personnes ; ceux de ses camarades qui ont conservé leur raison, désapprouvant hautement ces insultes, entraînent le coupable. Que fait Dassigny, dont le Champagne échauffe la tête ? Il va s'asseoir à la même place, et devient, envers ces dames, deux fois plus insolent. Le ministre arrive ; il parle avec sagesse ; on lui répond avec impertinence, et le scandale devient si fort que le citoyen Duval est obligé de faire arrêter celui qui ose ainsi outrager la pudeur. On dit enfin au jeune homme que c'est le ministre de la police qu'il vient d'insulter d'un manière aussi grave ; cette parole, comme un coup de foudre, le dégrise, et le voilà fondant en larmes de repentir. Ce qu'il dit alors à son bienfaiteur est tellement vrai, il l'exprime d'une manière si touchante, que l'homme offensé ne peut pas cacher son émotion. Il ordonne bien que l'on consigne le malheureux Dassigny au corps de garde, mais il l'en fait sortir bientôt après ; et le lendemain la mère du jeune homme, qui se trouvait encore inscrite sur la liste des émigrés, et dont la résidence était constatée, est rayée définitivement. . . »

MDCLXI

Rapport du bureau central du 11 germinal.

Evénements. — Au théâtre du Marais, le 10, à huit heures du

soir environ, pendant la représentation, on entendit crier : Au feu ! Ce cri des malveillants ayant donné l'alarme, le public s'empressa de sortir de la salle dan? les couloirs et les escaliers ; plusieurs personnes ont été blessées, et beaucoup ont été volées. On présume que ce sont des voleurs qui ont jeté l'alarme, dans le dessein de se procurer les moyens d'exercer leur infâme métier , le nombre des vols commis porterait à le croire. Le commissaire de police de la division de l'IIomme-Armé, s'y étant transporté, après visite faite par les pompiers, a constaté qu'il n'y avait aucune apparence de feu. Deux particuliers, présumés auteurs de ce désordre, ont été arrêtés

Journaux. — VObservateur du 10 de ce mois s'applique à révéler les bruits que la malveillance se plaît à semer sur les opérations de notre armée du Rhin ; il remarque que l'on veut faire croire à un

443 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [30 mars 1790]

désavantage de Jourdan, qu'également on répand qu'il était rappelé, et que Moreau était désigné pour son successeur; il en conclut que Jourdan trouve à Paris des ennemis de sa gloire qui voudraient flétrir d'avance les lauriers qu'il est prêt à cueillir. L'esprit de ce journal, qui a eu quelquefois l'initiative de plusieurs opinions patriotiques, empêche de concevoir des doutes sur l'intention dans laquelle il relève ces bruits. — Le Courrier du Corps législatif fait lire cette réflexion politique, dont le fond a paru équivoque : « Tandis que les anarchistes, frappés de terreur à la vue du concert des républicains, auquel ils ne s'attendaient pas, se proposent de dresser de nouvelles batteries contre la Constitution, le gouvernement, de son côté, se prépare à l'affermir sur ses bases en lui rendant toutes ses attributions et tout son cours à la justice. Ceci ne peut être expliqué plus clairement aujourd'hui ; il faut seulement que l'on sache que les premiers magistrats de la République sont pénétrés d'une grande vérité, que si d'impérieuses circonstances les obligent quelquefois de voiler la statue de la loi, le plus beau moment pour eux est celui où ils peuvent lui rendre son empire et son éclat. » — Un grand nombre de journaux annoncent des scissions dans les assemblées de quelques départements. Le Bulletin de V Europe dit qu'à Grenoble les choix sont tombés sur des exclusifs, d'après des listes que les anarchistes avaient fait courir, qu'ils ont également triomphé dans la Haute-Saône, l'Yonne, le Pas-de-Calais, la Somme et le Nord, que les anarchistes ont eu encore un triomphe complet dans quelques départements du Midi, notamment les Bouches-du-Rhône. — Le ministre de la police générale est nommé dans une anecdote que rapporte la Clef du Cabinet, et dont les détails sont tout à l'avantage du magistrat *. — Un citoyen de Tours adresse à la Gazette française une lettre par laquelle il annonce que le triomphe des anarchistes a été complet dans cette commune. — Le Puhlicisle élève des doutes sur la nouvelle déjà répandue de la prise de Civita-Vecchia ; il croit que les Anglais y ont porté du renfort. — On voit annoncer dans le Journal de Paris (feuilleton) l'adjudication définitive d'une terre patrimoniale ayant joli château; ces expressions proscrites ont motivé une lettre d'invitation aux rédacteurs de l'annonce et du journal pour leur recommander de ne plus employer ces mots. — Dans le Courrier des Spectacles, le régisseur du théâtre des Jeunes-Artistes prévient que des malveillants ont crié : Au feu! dans un entr'acte de la pièce Le Petit Poucet, que les jeunes artistes représentaient au théâtre du Marais, et que cette alarme a été

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