‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 122 sur 254 · L.-M. Révellière-Lépeaux, Treiliiard, Merlin · texte numérisé non relu

L.-M. Révellière-Lépeaux, Treiliiard, Merlin

(Arch. nat., AF m, o91.)

i. Cet arrêté est précédé du rapport suivant, adressé au Directoire exécutif par le ministre de la police : « Citoyens Directeurs, le journal intitulé Courrier du

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Rédacteur du 12 germinal : « Variétés. Le ministre de la police générale et les membres du Bureau central avaient invité le citoyen Sage, professeur et directeur de la première école des mines, à faire un rapport sur différentes matières combustibles qui se trouvent en abondance parmi les débris du théâtre de l'Odéon, rapport qui devait avoir pour but de constater si ces matières sont le produit naturel de l'incendie, ou si, au contraire, elles en ont été la cause ou l'aliment. Ce savant minéralogiste établit d'abord en principe que l'incendie est prompt, actif, inextinguible, si les bois sont résineux, s'il se trouve des corps empreints d'huile, parce que le feu les réduit en partie en gaz ou air intlammable, lequel, enflammé par l'accès de l'air atmosphérique, ne peut être éteint par l'eau, qui ne fait qu'étendre ou déplacer la tlamme. Il fait ensuite l'application de ce principe à l'incendie de l'Odéon. Le feu y aura été alimenté par les décorations et leurs châssis ; il les aura réduits en fumée et en air intlammable, lequel se sera répandu dans toute la salle. Dès que l'air atmosphérique s'y est introduit, le feu a dû se manifester partout à la fois. . . Le soufre n'a été reconnu que là où il y avait beaucoup de lattes, de bois de charpente et de plâtras bridés ; et, comme il répandait une odeur de foie {sic), de soufre décomposé, cette circonstance a fait connaître qu'il s'était formé du phosphore calcaire par la décomposition du plâtre. C'est l'état où on le trouve dans les restes de l'incendie de l'Odéon. On peut conclure de ce rapport que le soufre est le produit et non la cause de l'incendie. •>■> — Journal du Soir des frères Chaignieau du 13 germinal : « Paris, le 13 germinal. . . Plusieurs théâtres ont été fermés hier , parce qu'au mépris de l'arrêté du Directoire du 1""' germinal, les directeurs n'avaient pas eu soin de prendre toutes les précautions qu'il a prescrites contre les incendies...)) — Publicisle du 14 germinal : « Paris, le 13 germinal C'est au courage du citoyen Bévolet, peintre, à qui les arts doivent la conservation de la statue de Voltaire et des quinze bustes de nos plus célèbres auteurs dramatiques, dont aucun n'a été endommagé à l'incendie de l'Odéon... » — Clef du Cabinet du 14 germinal : Paris, le 13 rjennincd. Germinal ne nous a point encore fait connaître ses charmes, et frimaire s'est joint à ventôse pour prolonger un hiver qui marquera dans l'histoire par sa rigueur. Aussi

Corps léf/islatif et de la guerre fait suite au Précurseur, frappé par la loi du 2-2 fructidor an V, lequel reparut sous le titre du Nécessaire, qui fut prohibé de nouveau par votre arrêté du 14 messidor an VI, lequel reparut sous le titre du Clairvoyant, et qui, ayant été encore prohibé sous ce troisième nom par votre arrêté du 2 vendémiaire dernier, reparut enfin sous le quatrième titre du Courrier du Corps législatif et de la guerre, qu'il a conservé jusqu'à ce jour. L'audace et la perfidie de ce journal, quoique voilées suivant les temps et les circonstances, ne se sont jamais détournées de leur but bien prononcé, qui est d'attenter à la sûreté de la République, d'all'aiblir dans l'opinion la force du gouvernement, tantôt en lui prêtant des intentions qu'il n'a pas, tantôt en insultant avec adresse à ses opérations les plus salutaires. Il semble surtout que, depuis quelque temps, ce journal dangereux ne craigne plus de déchirer le voile dont il se couvre, et tout fait présager qu'il reprendrait incessamment sa couleur ijremièrc, s'il n'était arrêté dans sa marche. Je vous propose en conséquence le projet d'arrêté suivant. — Dlvai,. » (Arch. nat., AFni, 591.)

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beaucoup do citoyens, que les derniers froids ont rendus malades, soupirent après le printemps ; et les officiers de santé avouent que, si le beau temps tardait à revenir, plusieurs de ces malades ne verraient pas la saison nouvelle. . . «

Rapport du bureau central du 14 germinal.

. . .Journaux. — Au dire de VAmi des Lois, rassemblée primaire d'Harfleur a été très orageuse ; Scission, et les deux factions qui se disputaient les suffrages ont nommé : l'une, un homme réputé royaliste ; l'autre, un individu accusé d'être un des partisans de la démagogie.— Suivant le Publiciste (13 germinal), calmé et bons choix dans les assemblées primaires de Strasbourg. — Suivant la. Feuille du jour, du calme dans les assemblées de la Marne, mais le calme des déserts, et on écarte des suffrages tous les fonctionnaires publics nommés par le Directoire. En outre les anarchistes ont tout employé pour influencer les assemblées de Troarn (Calvados). — Suivant le Courrier de Paris, l'anarchie a déployé toutes ses fureurs dans les assemblées primaires de la Haute-Saône ; il y a eu des voies de fait, et il en est résulté une infinité de scissions. — A Bordeaux, les membres municipaux destitués par le Directoire ont été tous renommes électeurs. A Toulouse, l'anarchie a triomphé sans résistance. A Auch, scissions multipliées occasionnées par l'anarchie. — Suivant le Bulletin de Paris, à Périgueux, les officiers mimicipaux destitués par le Directoire ont été remis en place. Suivant l'Ami des Lois, Antonelle est nommé électeur dans le Midi, mais il est non éligible comme ex-noble. — Plusieurs assemblées primaires du Midi ont été dominées par le robespierrisme. — Tranquillité dans celles de Meuse-Inférieure, Marne et Cher. — Électeurs bien choisis dans la Mayenne. — Triomphe des anarchistes dans le canton de Romain de Colbosc (Seine-Inférieure). — Choix généralement bons dans le Calvados ; cependant quelques-uns tombés sur des hommes d'un patriotisme fort douteux dans le canton de Crèvecœur. — Calme dans les assemblées tic la Moselle, du trouble et de l'arbitraire dans un arrondissement de Metz. — De l'intrigue à Chàteaubriant (Loire-Inférieure) ; scission dans le canton Concroust(?)-au-Pellerin; calme à Nantes et bons résul- ToME Y. ■ 29

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tats, ainsi que dans le reste du département. — Du tumulte dans quelques assemblées primaires de la Nièvre ; violences exercées à force ouverte par des turbulents et gens ennemis de la Constitution dans le canton d'Aunay, entre autres par un nommé Goudra. La force armée a été appelée. — Un nommé Vignon, dans le Bémocrite, est désigné comme devant travailler au rétablissement du fanatisme, s'il parvient au Corps législatif ; il est nommé électeur à Roanne. — Trois journaux copient, dans la Gazelle officielle de Vienne, un article annonçant la prise de Corfou par les troupes de débarquement de la flotte turco-russe, et la capitulation de la garnison française, qui s'est engagée à ne point servir de dix-buit mois contre ces puissances. Ces journaux sont : la Feuille du jour, le Bulletin de V Europe, V Observateur. — On lit dans le Journal de Paris un très bon morceau de morale sur la bienfaisance ; il est du citoyen A'elleterque.

Sallior.

(Arch. nat., BB ^ yo.) '

Rapport présenté au Directoire exécutif par le ministre

I DE l'intérieur, le 13 GERMINAL.

Citoyens Directeurs,

Vous m'avez cbargé de répondre à plusieurs questions relatives aux incendies ; je vais les rapporter par ordre, et mettre sous vos yeux les renseignements qui dépendent de mon département.

1° Odéon. 1° Est-il vrai que les pompes n'étaient pas en état ? — 2° Est-il vrai qu'elles sont arrivées tard ? — 3° Que tout s'est fait lentement ? — 4° Qu'il n'y avait personne au dépôt des pompiers le plus voisin du palais directorial ? — Les réponses à ces questions doivent être faites par le ministre de la police; je me serais bien procuré les renseignements nécessaires pour y satisfaire ; mais j'ai pensé que, mon collègue les ayant demandés et obtenus, c'eût été donner inutilement une double peine aux administrations. La seule question qui concerne mon département, et qui ne s'est pas trouvée dans la liste, est celle relative au réservoir d'eau ; et je puis assurer au Directoire que ce réservoir était parfaitement en état.

2" Pompes, seaux. 1° Recensement du nombre et de l'état. — 2° Exercice périodique et fréquent. — 3" Les pompes jouaient autrefois tous les mois. — Tous ces objets, qui étaient au nombre de mes attributions, ont été transférés dans le département de la police. Je sais qu'il a été transmis à mon collègue divers projets d'organisation pour

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le corps des pompiers, et qu'il en a reçu dernièrement un autre de Tadministration centrale avec Tavis de mon conseil des bâtiments civils. Il existe beaucoup de matériaux pour former un système général de police contre les incendies.

3° Foire Gennain. Elle est encombrée ; il faut la débarrasser, ou elle mettra le feu à tout le quartier. Ces faits sont malheureusement très vrais. Mais les locations concernent le ministre des finances, la police intérieure concerne le ministre de la police générale, les constructions se trouvent dans mon département. Il faudra établir un concert entre les trois ministres, et je vais m'en occuper. Je vais surtout faire examiner et juger les divers projets qui ont été présentés pour établir dans ce local un marché vaste, salubre et commode. Les auteurs des projets présentent diverses propositions, parmi lesquelles on distingue celle de construire à leurs frais, à la charge d'être remboursés en domaines nationaux, d'après une estimation contradictoire, et celle d'acheter le terrain sur lequel seront assises les constructions, dont ils demeurent propriétaires. Mais il sera besoin d'une loi particulière, et, quand j'aurai recueilli tous les éclaircissements, je proposerai au Directoire le projet de message au Corps législatif. — Je m'occupe en même temps des propositions qui me sont faites pour le marché du 9 thermidor sur l'emplacement des Jacobins, rue Honoré. Mais tout cela tient au système général d'embellissement de la commune de Paris, auquel s'intéressent tous les artistes et tous les amateurs. Au reste, je ferai provisoirement tout ce qui dépendra de moi pour désencombrer la foire Germain.

4° Templo des Victoires. — 1° On 3- a laissé les bois de l'échafaudage ; sont-ils gardés? — 2" Est-il vrai qu'il y a un nouveau magasin de combustibles ? — Ces échafaudages sont des gradins qui ont été élevés pour la fête du 30 ventôse et qui sont restés en place. Ils sont autant gardés qu'ils peuvent l'être ; mais il serait impossible d'empêcher des malveillants défaire beaucoup de mal, s'ils en avaient formé le projet. Ces gradins séparent le chevet de l'église, consacré au culte catholique, d'avec la nef où l'administration municipale exerce ses fonctions décadaires, et où les théophilanthropes célèbrent leurs cérémonies. Quatre portes ferment les communications, mais elles n'empêcheraient pas le mal qu'on tenterait d'y faire ; et il serait infiniment plus prudent de détruire les échafauds. — Quant au nouveau magasin de combustibles, il parait qu'on a regardé comme tels, et avec assez de raison, des tas de menuiseries destinées au Palais directorial, que le citoyen Chalgrin a été autorisé à déposer provisoirement dans quatre chapelles, parce qu'elles ne peuvent pas encore

être mises en place. L'architecte de ce monument pense qu'on éviterait le danger en fermant ces quatre chapelles par des cloisons plâtrées ; mais le moyen le plus sûr serait de chercher à déposer les menuiseries ailleurs.

5" Bibliothèque nationale. Voisinage de la Trésorerie. — Cet établissement public est d'une si haute importance, il est si imminemment menacé que j'ai fait dresser un rapport particulier joint à celui-ci*.

François (de Neufchateau).

(Arch. nat., AF m, ^91.)

Arrêté du Directoire exécutif du 13 germinal an VII.

Le Directoire exécutif, considérant que la Bibliothèque nationale, le plus précieux, recueil des connaissances humaines, est sans cesse exposée à devenir la proie des flammes par la proximité, tant du théâtre des Arts que des maisons particulières, et surtout parce qu'elle a des murs mitoyens avec plusieurs pièces des bâtiments de la Trésorerie, dans lesquelles il existe des cheminées et des poêles; considérant qu'il n"v a pas de moyen plus efficace de préserver cet inestimable dépôt des dangers dont il est menacé, que de construire un édifice exprès et parfaitement isolé, ainsi que l'a déclaré l'Institut national ; considérant qu'il faut, pour examiner les projets présentés, un temps et des soins proportionnés à la haute importance de l'objet dont il s'agit; mais que, cependant, le danger actuel étant des plus imminents, il est indispensable de prendre provisoirement les mesures les plus expéditives ; arrête ce qui suit :

d" Toutes les chambres et pièces quelconques des bâtiments de la Trésorerie nationale, dont les murs sont mitoyens avec ceux de la Bibliothèque nationale, seront évacuées sans délai et mises à la disposition du conservatoire de ladite Bibliothèque, sous la surveillance du ministre de l'intérieur.

2" La Bibliothèque sera isolée autant que possible, sur tous les points où elle touche à la Trésorerie, et pour cela, il sera fait toutes les démolitions nécessaires. Il sera même construit un mur de séparation en maçonnerie, s'il est jugé indispensable par le ministre de l'intérieur,

3* Il sera fait une recherche exacte de tous les endroits par où des flammes pourraient s'introduire dans la Bibliothèque, et la clôture en sera aussitôt ordonnée, même sur les points mitoyens avec les propriétaires voisins.

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