‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 128 sur 254 · L.-M. Révellière-Lépeaux, Treilhard, Merlin · texte numérisé non relu

L.-M. Révellière-Lépeaux, Treilhard, Merlin

(Arch. nat., AF m, o98.)

Journaux.

Piiblici.ste du il floréal : a Paris, le 10 floréal Les corps de Turenne, de Molière el de La Fontaine vont être transportés au Muséum des monuments français, rue des Petits- Augustins, où il leur sera élevé un cénotaphe provisoire. En honorant ainsi la mémoire des grands hommes, nous en ferons naître. Il est à désirer que l'état des finances nationales permette bientôt de remplacer ces cénotaphes provisoires par des tombeaux définitifs; mais alors tirons-les du cloître des ci-devant Petits-Augustins, qui, quoique décoré du nom du Jardin des monuments français, et entretenu avec autant de goût que de soin par le citoyen Lenoir, n'est point un digne Elysée pour nos grands hommes. Que leurs tombeaux frappent les regards du peuple, même sans qu'il aille les chercher; qu'ils aient pour dais, non des voûtes gothiques, mais le ciel et le feuillage d'arbres majestueux. Plaçons-les aux Champs-Elysées ; ce nom semble les appeler. Ainsi nous offrons à nos artistes de nouvelles occasions d'exercer leurs talents; nous réchauffons l'esprit public en frappant les yeux du peuple de ce qui doit enfler son oi'gueil; et, cessant d'emprisonner et d'entasser nos monuments dans des Muséum, nous ramènerons les arts à leur véritable destination : celle d'embellir notre territoire et de parler au cœur des citoyens »

[2U AVuiL 1790] DIHECTOIIŒ EXÉCUTIF 490

MDCXGI

iO FLORÉAL AN VIT (29 AVRIL 1799).

Rapport du bureau central du ii floréal.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Les partis auxquels la force et surtout l'accord des pouvoirs constitutionnels ôtent depuis longtemps tout moyen de révolte ouverte paraissent aujourd'hui se réveiller, concevoir de l'espérance de préparer de nouveaux troubles ; mais les observations les plus suivies et les plus exactes autorisent à dire que celui qui, en ce moment, fait preuve d'une étonnante activité est le royalisme. Avant de démontrer la hardiesse de ce monstre, il convient de donner une idée de la véritable situation de l'anarchie. L'impuissance d'agir, le souvenir profond que laissèrent dans les esprits des époques très désastreuses, la seule idée de désorganisation, de troubles et de meurtres que présente le mot épouvantable d'anarchie, réduisent pour l'instant au silence et à l'inactivité les suppôts de cet affreux parti. Il est certain que, s'il n'avait que la haine des vrais amis de la Constitution de l'an III, il serait mieux apprécié et conséquemment moins redoutable ; mais malheureusement, à l'horreur qu'il inspire aux républicains sincères se joint celle qu'affecte envers lui la foule des royalistes ; aux yeux de ces derniers, tous ceux qui tiennent aux institutions républicaines, tous ceux qui embrassent avec intérêt les principes conservateurs de l'ordre actuel des choses, ou qui plaident avec chaleur pour la défense et la prospérité de la Répu- J)lique sont des anarchistes. Pour un partisan du vieux régime, patriote est également synonyme ou d'anarchiste ou de terroriste, et, à force d'échos, une certaine classe d'incorrigibles réactionnaires grossit et prolonge ce mot sonore et souvent mal entendu d'anarchie. — 11 ne faut pas déduire de là que les véritables et fidèles suppôts de ce parti s'interdisent tout espoir de dominer; non, ils ont les yeux ouverts sur les moindres événements ; ils étudient et pèsent toutes les circonstances ; ils jugent et classent, d'après leur système, les hommes à mesure qu'ils entrent ou avancent sur la scène politique ; ils rapportent tout à la loi du 22 floréal, qu'ils ne pardonnent pas, parce qu'à cette époque ils ont perdu un puissant point d'appui. Mais, isolés et restreints à des cercles très étroits de convenances, d'habitudes et de conformité d'opinions, ils observent et attendent. — Ils affectent une assez forte animosité contre les Directeurs personnellement, mais pour

491 BIRECÏOIHE EXÉCUTIF [29 avril 1799]

cacher avec plus d'adresse celle qu'ils conservent dans le fond contre le Directoire proprement dit, et, s'ils parlent quelquefois avec une sorte de mépris des Conseils, c'est parce qu'ils n'y voient pas ce germe contre-révolutionnaire, cette énergie (pour employer le terme le plus significatif entre eux) qui puisse tenter l'anéantissement de ce pouvoir exécutif. Enfin il échappe aux anarchistes un sourire remarquable en voyantla joie que les royalistes manifestent d'après les difficultés de nos premières opérations de campagne, preuve de plus qu'un parti, pour triompher, compte toujours sur l'autre. — Mais maintenant le royalisme exerce des ravages sensibles ; trop bien châtiés par l'expérience, trop lâches pour risquer de nouvelles épreuves, les royalistes ne voient pas que le moment de se concerter soit venu pour eux; et, comme les traîtres, ils emploient contre la pairie le poison au lieu du fer. En un mot, ils veulent tuer l'esprit public. Ces légers avantages, que l'ennemi ne doit qu'à une supériorité dénombre, sont par eux commentés de la manière la plus révoltante; ils sèment l'effroi et le découragement ; ils voudraient, par des déclamations, ralentir ou éteindre l'ardeur des conscrits ; ils supposent dans le cœur de ces jeunes citoyens assez peu d'amour de la patrie pour avoir besoin qu'un membre du Directoire les entraine par son dévouement. Cette ironie sanglante de l'état des choses circule déjà- dans les cercles, et le citoyen Barras est nommé par les plus imprudents, comme devant déterminer les conscrits par son exemple ; ils voient déjà les Autrichiens sur le territoire de la République, et, pour comble de honte, c'est moins avec regret qu'avec désir, parce qu'ils en concluent que la monarchie n'est pas loin de renaître en France. Ce vœu, d'ailleurs, dans les maisons de certain ton, ne s'exprime plus à mots couverts, et l'aveuglement de ces irréconciliables ennemis de la République est tel qu'ils ne veulent entendre aucuns de ces raisonnements simples, au moyen desquels on leur prouve sans réplique que la sûreté de leurs propriétés et leur vie même sont attachées à l'existence de la République, et que son envahissement par des étrangers serait l'arrêt de leur mort. Mais que sert la raison contre l'esprit de parti ? Et celui du royalisme, en pleine activité aujourd'hui, est d'autant plus perfide qu'il tend à corrompre dès qu'il ne peut frapper. — Malgré ces sourdes tentatives de l'esprit de parti contre la sûreté de la République et la garantie de la Constitution, quelques lieux de réunion, tels que les cafés et les spectacles, retentissent des plus heureux augures pour les succès de cette campagne et pour le maintien de la tranquillité intérieure. Déjà les journaux des 10 et H iloréal annoncent l'empressement des conscrits de plusieurs cantons à se rendre sous les drapeaux

[29 AVRIL 1799] DIHECTOIUE EXÉCLTIF 492

et le zèle des municipalités pour seconder l'ardeur des jeunes républicains. Aujourd'hui même, l'efTet de ces nouvelles est déjà sensible ; on est fondé à croire qu'il va le devenir de plus en plus. — Le royalisme est loin de sommeiller dans les faubourgs, et notamment dans le faubourg Antoine ; on croit s'apercevoir que les propriétaires ou directeurs de gros établissements s'appuient de la rareté du numéraire et de la difficulté du débit pour annoncer la détermination de renvoyer une grande partie de leurs ouvriers. On parle à ces hommes utiles du malheur des circonstances, de la gêne dans laquelle la guerre plonge le commerce, et on leur tient d'autres propos semblables qui puissent, au moment surtout où on leur ôte les ressources du travail, les porter à haïr la chose publique et leur inspirer une sorte de désespoir.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB » 90, et F ' 3843.)

Autre rapport du même jour.

Salubrité et voie publique. . . Théâtres. — Le Bureau central a chargé le commissaire de police de la division Le Peletier de notifier aux entrepreneurs du théâtre Louvois, un arrêté du Directoire exécutif du 3 de ce mois, qui maintient celui du 19 germinal en vertu duquel ce théâtre a été fermé*. — Il a autorisé le commissaire de police de la division du Panthéon à permettre l'ouverture du théâtre du Lycée dramatique, rue Bordet, dans le cas où, d'après son peu d'importance, cette salle ne lui paraîtrait présenter aucun danger. — Il a invité le directeur du théâtre du Marais à prendre des mesures pour que ce spectacle finisse régulièrement à neuf heures et demie ou dix heures au plus tard. Il a prévenu le commissaire de police de la division de l'Homme-Armé de la recommandation faite à cet entrepreneur

Fenêtres du Louvre. — Les administrateurs du Musée central des Arts ont été invités, en conséquence d'une lettre du ministre de la police, à donner des ordres pour tenir constamment fermées la nuit les fenêtres du Louvre.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., F' 3843.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du U fioréal : « Paris, le 4t floréal. ...La classe des Beaux-Arts de l'Inslitut national a donné aux élèves

Page 1