L.-M. Révellière-Lépeaux, Treilhard, Merlin
(Arch. nat., AF m, o98.)
Journaux.
Publicisle du 14 tloréal : « Paris, le 13 floréal Le général commandant la l?'' division militaire, informé qu'on cherchait à souffler un esprit de discorde parmi les grenadiers du Corps législatif et une partie des troupes composant la garnison de Paris, a fait mettre à l'ordre ce qui suit : « Le géné- (( rai se persuade que cette désunion, si elle existe, n'a été suscitée à ses « frères d'armes que par les ennemis de la chose publique. Il espère qu'elle « n'aura pas de suites fâcheuses et qu'il lui suffit de les rappeler à l'obéis- « sance aux lois et à leurs chefs pour voir se succéder à l'instant l'intelli- « gence la plus parfaite et une tranquillité constante aux insinuations perfides « de la malveillance. Mais il les prévient que si, contre son attitude, aucun (( d'eux se permettait des provocations et exerçait des voies de fait envers ses « camarades, il sévira avec rigueur en faisant arrêter et conduire aux conseils « de guerre, pour faire punir conformément aux lois, ceux qui seraient re-
« connus être les agresseurs des rixes qui pourraient avoir lieu » —
Journal de Paris du 14 floréal : « Paris, 13 floréal Plusieurs conscrits i)arisicns, non désignés par le sort pour le complément des deux cent mille hommes, ont fait une offrande patriotique en faveur de ceux de leurs camarades que le tirage a appelés à la défense de la patrie. Ceux qui vou-
1. On trouvera un exemplaire de ce numéro du Juif errant joint ù l'arrêté du Directoire dans le nirmc carton des Archives, dossier 3t)99.
497 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 mai 1799]
dront y concourir pourront remettre leur offrande chez le citoyen Lamorrc, notaire, rue du faubourg du Roule. » — Messager des relations extérieures du 21 tloréal : « Paris, le 20 floréal. Les corps de Bonnier et de Roberjot ont été enterrés à Rastadt, le 12 de ce mois, avec beaucoup de solennité ; tous les envoyés allemands qui s'y trouvaient encore ont assisté à l'enterrement avec leur suite, ainsi que la plupart des habitants »
Rapport du bureau central du 14 floréal.
. . .Mœurs et] opinion publique. Théâtre de la Cité. — Les entrepreneurs du théâtre de la Cité, menacés par le citoyen Lenoir, propriétaire, de s'en voir interdire l'entrée, même par la force armée, demandèrent au Bureau central son assistance, le 30 germinal dernier, pour empêcher que la tranquillité publique ne fût troublée par l'effet qui pourrait être donné à ces menaces. Ils opposaient au citoyen Lenoir et l'acte notarié par lequel il leur a assuré pour sept ans la jouissance de cette salle, et leur intention de conserver cette jouissance. Les entrepreneurs et le fondé de pouvoir du citoyen Lenoir se rendirent sur-le-champ au Bureau central, sur l'invitation qui leur en fut faite, et il fut convenu que les locataires actuels continueraient à jouir de la salle, sauf au propriétaire à se pourvoir judiciairement.
Théâtre du Vaudeville. — Le Bureau central a fait fermer le théâtre du Vaudeville, le 2 de ce mois, en exécution d'un ordre du ministre de la police motivé sur ce que les entrepreneurs étaient en contravention à l'arrêté du Directoire exécutif du 25 pluviôse an IV ; mais cet ordre a été levé et a cessé, le 4, d'avoir son effet.
Filles publiques. — Des ordres ont été donnés à divers commissaires de police et officiers de paix : 1° pour l'arrestation des filles publiques traînant la prostitution aux portes Martin et Denis, ainsi que dans les rues adjacentes, et chantant des chansons obscènes dans la rue Neuve-Égalité; 2° pour la visite des cabarets où elles se rendent et l'arrestation des individus qui se trouveraient avec elles n'ayant pas de cartes de sûreté. — Sur le renvoi fait au Bureau central par le commandant de la place d'une pétition des habitants de la rue des Colonnes, près le théâtre Feydeau, ayant pour objet de faire placer dans cette rue des factionnaires pour en chasser les filles publiques, il a été observé au commandant que le Bureau central ne croyait Tome V. 32
point cette mesure nécessaire, mais qu'il venait de charger le commissaire de police de la division Le Peletier d'arrêter ces prostituées et de renouveler ses rondes pour les empêcher de stationner sous les galeries de cette rue.
Force armée refusée à un officier de paix. — Le Bureau central a dénoncé au commandant de la place le refus fait par l'officier commandant le poste des Marchés de déférer à la réquisition de force armée, faite par un officier de paix.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., F" 38i.3.)
Journaux,
Piibliclstt' du 18 tloréal : « Paris, le 17 floréal Pierre Roilvin, allumeur du llu'àtrc de rOdc'on, Jean-François Robert, concierge, ^'icolas Russan, tapissier, Jacques-Claude Lepage, homme de loi, Louis-Nicolas Dumas, vérificateur du théâtre de l'Odéon, prévenus d'avoir, de complicité, causé l'incendie du théâtre de l'Odéon, ont été arrêtés et conduits à la Force, le 13 de ce
mois » — Clef du Cabinet du i;i tloréal : « Paris, le -/i floréal. On
sait ou l'on doit savoir que la Constitution, eu reconnaissant que le temps et l'expérience pourraient un jour faire sentir la nécessité de la modifier, a déterminé la marche à suivre dans ces circonstances, et que, la pro])Osition devant émaner du Conseil des Anciens pour être ensuite soumise au Conseil des Cinq-Cents, il faut que sa décision, pour obtenir force de loi, ait été, durant l'espace de neuf années, trois fois maintenue et ratifiée de trois en trois ans. Eh bien ! malgré la longueur, la solennité, l'importance de ces mesures, écoutez certaines personnes qui se disent instruites de tout ce qui se passe : elles vous assureront qu'on va proroger ])Our cinq ans les jtouvoirs des représentants actuels du peuple, pour faire des changements à la Constitution. Et quel moment choisissent-elles pour jeter parmi nous cet épouvantait? Le moment oi^i la patrie fait un nouvel appel à ses enfants, où rAutrichien touche au terme d'un éphémère succès, où l'Angleterre voit se lever le bras terrible qui doit la frapper, et où Pitt, dérouté dans ses combinaisons, porte partout des regards eflVayés pour savoir sur quel point va tomber la foudre. Qui ne reconnaîtrait ici raiïreux génie de ces despotes qui voudraient reporter parmi nous les alarmes auxquelles ils sont eux-mêmes en proie, et paralyser la courageuse ardeur de nos conscrits, en les faisant douter du maintien de cette Constitution qu'ils se pré|)arent à défendre ? Mais la Constitution existe pour le bonheur de la République et le malheur de ses ennemis ; tous les ])Ouvoirs veillent à sa conservation; on n'y ajoutera, on n'en retranchera pas un iota sans que les formes augustes vonlucs par elle ne soient remj)lies. Citoyens,
défiez-vous donc de tout homme qui vous annoncerait un autre projet »
— (lazelte de France du 14 tloréal :<( P^«/'«.s- Paris fournit journellement des exemples du dévouement généreux f|ui anime, nous le croyons sans |)eine, la très grande majorité de la jeunesse française et qui devrait l'animer tout entière. Le nommé Jean-Iîaptiste-Alexandre Lorin, journalier fort et vigoureux, âgé de vingt ans, s'est présenté liier à la municipalité du X« arron-
499 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [:{ mm 1799]
dissemcnt, pour s'enrôler volontairement. Les employés lui demandent si c'est conformément aux articles II et 12 de l'instruction sur la loi du 28 germinal. « Non, réi)ond Lorin, c'est pour moi-même, et non por.r suppléer des .. conscrits, que je me présente ; on m'a oITert déjà d'être remplaçant, et on me u promettait beaucoup d'argent ; j'ai refusé ; je ne veux ))as diminuer le contin- .. gcnt de votre arrondissement: je veux l'augmenter. » — « Ouel bataillon «( choisissez-vous? » — Celui qui est le plus près de l'ennemi, et je cours à K l'instant chez le commissaire des guerres Fradiel, le lui demander. » En effet, Lorin sort et revient un quart d'heure après, tout rayonnant de joie, en s'écriant : « Le 4" de hussards est à Strasbourg ; c'est ce régiment-là que je choisis ; je verrai plus tôt les Autrichiens. »
MDCXGY
Rapport du buriîau central du lo floréal.
. . .SaluhrUé et voie publique Amphithéâtres de dissection. —
L'époque fixée pour la cessation des travaux anatomiques étant arrivée, le Bureau central a chargé les commissaires de police des divisions où il existe des amphithéâtres de dissection de veiller à ce qu'ils soient fermés et de sévir contre les professeurs chez lesquels ils trouveraient des sujets devant servir à la dissection. Il a en même temps invité les professeurs d'anatomie qui n'ont point transmis les certificats de réintégration de tous les sujets dont l'extraction leur a été permise à les envoyer sous le plus bref délai.
Mœurs et opinion publique. Passage des conscrits. — Informé que des conscrits, traversant, il y a quelques jours, le faubourg Antoine, étaient enchaînés deux à deux par le bras au milieu d'un corps de militaires qui les conduisaient, et que cette mesure avait excité des murmures assez graves, surtout de la part des femmes du faubourg, le Bureau central a cru nécessaire de faire connaître au ministre de la guerre l'effet qu'avaient produit ces précautions regardées comme trop rigoureuses, persuadé qu'il n'avait pu ordonner que celles commandées par la prudence.
Bals. — Le ministre de la pohce ayant demandé quelles mesures avaient été prises contre le bal masqué tenu dans la maison de Longueville, il lui a été répondu que ce bal n'avait eu aucun caractère de publicité et que les personnes qui y avaient parues déguisées avaient pris le travestissement et le masque dans une salle voisine de celle où l'on dansait
[4 MAI 1799] DIHEGTOIRE EXÉCUTIF 500
.. .Etablissement dune société philanthropique projeté par des artistes de divers théâtres. — Le Bureau central a été prévenu par l'administration municipale du II^ arrondissement qu'elle avait donné acte à plusieurs artistes du Conservatoire de musique, des théâtres de la République et des Arts, de l'Opéra-Comique et de Feydeau de leurs déclarations qu'ils s'assembleraient au foyer du théâtre de la Répu- Mique pour y organiser l'établissement d'une société philanthropique, dans le but de soulager les veuves des artistes sociétaires et de pourvoir à l'éducation des enfants au cas de décès des pères et mères.
Lasalle, Salliok.
(Arch. nat., F' 3843.)
MDCXCVI 15 FLORÉAL AN Yll (4 MAI 1799).
Rapport du bureau central du 16 floréal.
.. .Journaux. — hd^. Feuille du jour du 15 présente le caractère le plus répréhensible, et on ne peut dissimuler que la plume du rédacteur n'ait été dirigée par un très mauvais esprit. La majeure partie de ce numéro, c'est-à-dire plus de quatre colonnes, sont occupées par les détails officiels autrichiens des opérations militaires en Italie, dont le résultat a motivé la reprise de nos premières positions. Les moindres circonstances des différents combats y sont rapportées avec ce soin adroit et minutieux que la cour de Vienne sait employer pour donner le plus de relief possible à des avantages que l'opinion sait réduire maintenant à leur juste valeur. Quelques parties de ces rapports sont si mensongères qu'elles donneraient à croire que nos troupes étaient supérieures en nombre à celles dont l'Autriche s'était depuis si longtemps ménagé l'activité, malgré la durée des négocialions. — Indépendamment de la mauvaise intention dans laquelle un journaliste se permet de traduire et publier authentiquement les ga/.ettes ministérielles de la cour de Vienne, ce numéro delà. Feuille du jour prouve que le rédacteur n'a pas senti combien ces détails étaient inutiles, ridicules et même pernicieux, quand il s'agit, au contraire, d'entretenir le zèle des conscrits par des détails plus vrais et plus dignes de la plume d'un écrivain républicain. — Le numéro précédent (le la Feuille du jour offrait un article marqué au coin du patriotisme ; a-t-on cru parce moyen affaiblir ou balancer relfet défavo-
501 DIRECTOIIiE EXÉCUTIF [4 mai 1799J
rable que devait produire la copie si détaillée des rapports du général Kray ? — Il paraît un nouveau journal, intitulé le Sans-Souci, titre plus qu'indécent au milieu des grands intérêts publics dont les esprits sont frappés aujourd'hui. Il est rédigé par la citoyenne Hemery, et parait faire suite évidemment au Juif errant^ récemment supprimé. — On lit dans le Bulletin de VEuro'pe l'article suivant: «Onze heures du soir. On dit qu'un courrier arrivé dans la journée a apporté la triste nouvelle que Jean de Bry est mort à Strasbourg de ses blessures. »
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB » 90, et F ? 3843.)
Journaux.
Rédacteur du 19 prairial : « Nécrolor/ie. Philippe-Nicolas Pia, né en 1721, esl mort le l'j floréal dernier. Pia se distingua, comme pharmacien, par ses connaissances, par une religieuse exactitude dans la préparation des médicaments, et, comme homme, par une grande bienfaisance. Il forma un établissement en faveur des noyés, établissement qui a subsisté depuis 1772 jusqu'en 1790, et que Pia a entretenu à ses frais pendant les deux premières années de la Révolution. Sur le nombre de huit cent quatre-vingt-quatorze noyés, dans cet intervalle de dix-huit ans, sept cent soixante-deux ont été rappelés à la vie, et cent trente-deux seulement ont succombé. Il est des bienfaits qui acquittent mal la reconnaissance de ceux qui en sont l'objet. De ce nombre est le bienfait de la vie. Pia passait au moment où un noyé fut retiré des eaux ; il s'empresse de lui administrer des secours, et il le fait avec succès; les assistants cherchent à fixer les premiers regards de cet homme et son premier sentiment sur Pia : « Voilà celui qui vient de vous rappeler à la vie, de vous sauver », lui dirent-ils. « Vous êtes bien heureux, reprend le ressuscité, en s'adressant à Pia, que je me sois noyé pour faire valoir votre science. » Il publiait annuellement un recueil d'observations sur les succès obtenus dans tous les genres d'asphyxie en France, en Autriche, en Hollande et en Angleterre, où existaient des établissements en faveur des noyés. Pia avait perfectionné l'instrument fumigatoire imaginé par les Anglais, et il avait joint des accessoires qui, réunis dans une boite portative, complétaient tout ce que semble exiger l'administration de ce genre de secours. Aussi les États de Hollande et l'Angleterre lui décernèrent-ils une médaille ; disons aussi que le gouvernement français, pour le récompenser, lui accorda une de ces faveurs que l'opinion consacrait alors. » — Journal du Soir des frères Chaignieau
du 15 floréal : <( Paris, le 15 floréal Les comédiens du théâtre de l'Odéon
se sont réfugiés provisoirement au théâtre du Marais, rue Culture-Catherine, où ils ont déjà joué Misanthropie et Repentir, et où ils donnent aujourd'hui
Rodogune, pièce dans laquelle joue la citoyenne Raucourt » — Gazette
de France dn 16 floréal : «Paris L'administration centrale du département de la Seine a fait afficher une proclamation par laquelle elle invite ses administrés à acquitter proniptement leurs contributions, sur lesquelles doivent être prises les dépenses de l'équipement des conscrits «
[5 MAI 1790] DIIŒCTOIHE EXÉCUTIF 502
MDCXGYII
■ RArpoirr du bureau central du 17 floréal.
.. .Correspondance relative à la sûreté. — Le Bureau central a informé le ministre de la police que l'administration des postes sollicite vivement le paiement d'une somme de 2,542 francs 65 centimes à elle due pour l'arriéré de la correspondance qu'il entretient avec diverses autorités et fonctionnaires pui^lics des départements. Il lui a rappelé les précédentes lettres qu'il lui a adressées relativement aux difficultés qu'éprouve cette correspondance et aux frais qu'elle occasionne ; il Ta invité à prendre cet objet en grande et prompte considération, ou à fournir sur les fonds secrets la somme due pour cette correspondance et celles qu'elle coûtera à l'avenir, soit que cet objet soit taxé comme objet de librairie ou autrement.
Révélations faites par des chauffeurs. — Il a envoyé à l'accusateur public près le tribunal criminel du département de la Seine-Inférieure copie des révélations faites par des chauffeurs, dernièrement exécutés à mort à Paris et dans lesquelles sont désignés les complices de l'assassinat commis sur cinq personnes dans une auberge située à Saint - Jean-du-Cardonnay. Il l'a instruit en même temps des mesures par lui prises pour parvenir à l'arrestation d'un de ces complices
Bris de scellés. — La femme Daudoucet, imprimeur, signalée comme auteur d'un bris de scellés chez le citoyen Beaulieu, a été dénoncée officiellement par le Bureau central au juge de paix de la division de l'Unité, conformément à l'article 281 du code des délits et des peines. Cette citoyenne est en arrestation
Sallior
(Arch. nat., F ' 3843.)
Journaux.
Ami des Lois du 18 tloréal : « H s'est rornu; ici, sous le titre de tliéàlre des Troubadours, un théâtre rival de celui du Vaudeville. Il commence avec succès et a |)Our directeur le citoyen Léger, ci-devant acteur aussi, et auteur du Vaudeville. » « On cherche en vain dans l'Iiistoire des j)lus aiïrcux tyrans
1. I>e mriuc rappcirt, dans I5B' 'JO, porte la date du IS floréal et les signatures de Sai.i.ioh et Lkssouk.
y03 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 mai 1799]
l'exemple d'un crime aussi atroce que celui qui vient d'être commis par ordre de l'Autriche sur des ministres de paix. Los journées des 2 et 3 septembre elles-mêmes ne fournissent pas de circonstances plus horribles. Ainsi c'est parmi les Marat, les Robespierre et les assassins de celte espèce que les agents do l'Empereur ont cherché leurs modèles! Us doivent partager ensemble l'indignation des j)euples et l'exécration de la postérité; et c'est en pure perte qu'un pareil attentat aura grossi la liste de ceux dont le seul récit nous épouvante encore; car le but qu'on s'est proposé n'a pas même été atteint. La République aura, il est vrai, perdu deux de ses plus sincères amis, mais leur mort même sera utile, puisqu'elle servira à mieux faire connaître la politique des cours. Quant à leur correspondance, qu'on cherchait sans doute à avoir à tout prix, pour surprendre les secrets dont ils avaient été les dépositaires pendant leur longue mission, on l'aura manquée. Car il ])araît que los pièces les plus importantes des archives de la légation française avaient été, quelques jours auparavant, transportées de Rastadt à Strasbourg »
JMDCXGVIII
Rapport du bureau central du 19 floréal an VII.
Journaux. — L'article Paris, du Courrier de Paris, est un extrait du Mercure du Rhin., qui s'imprime à Neuwied ; il porte en substance que Londres, ne pouvant donner d'argent à la coalition, lui rend des services d'une autre nature, et qu'elle lui « doit le célèbre Carnot, qui, après avoir dirigé longtemps les succès des armées françaises, fait prospérer les armées ennemies (le Mercure porte les nôtres) dans cette campagne ; que Carnot est sous un nom emprunté auprès du prince Charles ; qu'on peut s'en apercevoir aux grands changements dans la tactique, à la manière de combattre, à l'esprit militaire des troupes, au résultat des opérations ». Il est dit encore « que l'Angleterre avait envoyé Pichegru à Berlin dans la même vue, surtout pour déterminer la Prusse à entrer dans la coalition par l'appât de la conquête de la Hollande ». — Suivant un article, daté de Strasbourg, [du] Journal du Soir par Sablier, le citoyen Schœfer, fils du commissaire du Directoire près la municipalité de Strasbourg, aurait apporté dans cette commune la nouvelle du ravitaillement de Corfou par le Généreux, nouvelle qui contrasterait aussi heureusement que sensiblement avec celles qu'ont copiées tant de fois dans les gazettes étrangères des journaux notés à raison de ce dans des précédents rapports. — Une licence très remarquable a lieu aujourd'hui dans un article de litté-
rature du Journal des Théâtres; il s^agit d'une traduction d'une nouvelle de Prior, intitulée La Colombe. L'Amour, cherchant dans le sein de Chloé une colombe échappée du char de Vénus, met, comme il est dit, la main « dans le plus beau sein qu'on ait jamais vu » ; malgré les cris de Chloé, le fripon va beaucoup plus loin : « 0 Vénus ! û ma mère ! consolez-vous ; je trouverai votre colombe chérie, j'en sens déjà le duvet. » — Cette image libre a paru très répréhensible sous la plume d'un journaliste qui ne doit rien retracer dont la pudeur ait à gémir.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB » 90, et F ' 3843.)
Journaux.
Publiciste du 20 floréal: u Paris, 49 floréal Plusieurs artistes du
Conservatoire de musique, des théâtres de la République et des Arts, de rOpéra-Comique et de Feydeau ont déclaré à la municipalité du deuxième arrondissement qu'ils étaient dans l'intention de s'assembler au foyer du théâtre de la République pour y organiser rétablissement d'une société philanthropique dont le but sera de pourvoir au soulagement des veuves des artistes sociétaires, et à l'éducation des enfants dans le cas où ils auraient perdu leurs pères et mères... » — Clef du Cabinet du 29 floréal : i< Paris,
le 28 floréal Le passage de Mercure sur le soleil, le 18 floréal, a bien
réussi; il a été observé à Paris par tous les astronomes, Mcssier, Delombre, Méchain, Rouvard, Lefrançois, Rurckhardt et moi. En choisissant les observations qui s'accordent le mieux, on peut supposer le contact intérieur de l'entrée de 9 h. 23* 20' et celui de la sortie, 9 h. 41* 50'. Les tables que j'ai données dans L'a Connaissance des temps de l'an VI s'accordent avec l'observation de manière à ne laisser plus de doute sur leur exactitude. Nous étions d'autant plus empressés de faire cette observation que nous n'aurons point d'observation partielle avant le 5 mai 1832, comme on le voit dans la troisième édition de mon Astronomie, art. 2031. Ce passage, ainsi que les douze autres de ce siècle, ont été recalculés dans les Éphémérides de Rerlin pour 1801, page 215. — Lalande. «
Journaux.
Moniteur universel du 20 floréal : « Le sort a désigné le citoyen
Sallior, membre du Bureau central de Paris, pour sortir de cette administration. » — Publiciste du 21 floréal : « Paris, le 20 floréal Le mi-
50a DIRECTOIRE EXÉCUTIF [9 mai 1799]
nistre de rintérieur vient de décider que les élèves du Prytanée français qui n'ont pas ou la petite vérole, et ceux mêmes qui doutent s'ils l'ont eue, seront inoculés dans un délai convenable, à la maison de Vanves; qu'on no soumettra à cette mesure que les enfants dont les parents y auront consenti ; que l'inoculation y sera surveillée par les citoyens Desmet et Morin, officiers de santé du Prytanée; Fourcroy, professeur de chimie; Verger, membre du conseil de santé, et Pcllotan, chirurgien consultant de cotte maison; que ces citoyens se concerteront pour préparer les élèves et assurer le succès de l'inoculation, et que, tous les ans, lorsque la saison le permettra, la même mesure sera renouvelée. Le citoyen Champagne, membre de l'Institut national et directeur
du Prytanée, a écrit on conséquence à tous les parents « — Ami des
Lois dn 20 floréal : « Il vient d'être saisi chez le citoyen Fryleux, rentier, rue Louis, trente-sept exemplaires d'un placard dont l'objet était d'avilir la République et les autorités qui la gouvernent »
JOUHNAUX.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 21 floréal : « Paris, le 21 floréal Dans divers arrondissements municipaux de la commune de Paris,
il a été célébré hier dos fêles funèbres en l'honneur des plénipotentiaires français, victimes de la perfidie autrichienne : les fonctionnaires publics ont prononcé des discours dans lesquels ils ont appelé la vengeance nationale sur ce crime inouï. Aujourd'hui les fonctionnaires municipaux ont publié dans Paris, accompagnés et précédés de la force armée, la proclamation du Département; le drapeau était recouvert d'un crêpe noir. — La citoyenne Robcrjot est arrivée à Paris )> — Clef du Cabinet du 23 tloréal : « Paris, 22 floréal On donnait avant-hier au Vaudeville Une journée de Ferney, et,
dans la scène oîi Voltaire s'indigne de la justice dos hommes, l'acteur a ajouté : « Que dis-je! leurs injustices, leurs perfidies, leurs cruautés, le droit « des gens violé, l'humanité outragée, des assassinats médités de sang-froid « dans l'ombre des cabinets diplomatiques, exécutés par de vils satellites et en « face de l'univers !....» A ces mots, dictés par Thorreur du plus grand des crimes, un public nombreux a témoigné vivement à V'ertpré qu'il partageait son indignation; et le besoin de la vengeance s'est fait de nouveau sentir à toutes
les âmes » — Ami des Lois du 21 floréal : « C'est aujourd'hui, 20 floréal,
à huit heures du matin que les citoyens Barras, La Révellièrc-Lépeaux et Reubell, réunis en présence du ministre et de divers membres du corps diplomatique, ont procédé au tirage au sort i)0ur la sortie d'un d'entre eux du Directoire. Le sort est tombé sur le citoyen Reubell. Il entre au Conseil des Anciens, auquel il a été nommé par deux départements »
MDCCÏ
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 22 floréal : « Paris, le 22 floréal Tout Paris retentit d'une catastrophe qui a eu lieu hier dans une
maison de la Chausséc-d'Antin. Un jeune homme jouait avec sa jeune épouse; il tenait un pistolet qu'il était sûr de n'avoir point chargé; il ajuste, en badinant; il menace celle qu'il adore : le coup part, et cette épouse intéressante tombe morte à l'instant. Un domestique accourt: «Malheureux, s'écrie l'époux « infortuné, qui a chargé cette arme? » Le domestique est forcé de convenir que c'est lui; à l'instant son maître lâche le second coup et l'étend à ses pieds.
Après ce double meurtre, il recharge le pistolet et se brûle la cervelle » —
Moniteur universel du 24 floréal : « Paris, le 23 floréal. La proclamation du Directoire ', relative à l'assassinat de nos plénipotentiaires, a été publiée avant-hier dans Paris avec un appareil à la fois lugubre et solennel. Les administrations municipales étaient accompagnées de détachements de garde nationale sédentaire et de cavalerie et d'infanterie de ligne. Les écharpes municipales, celles des drapeaux étaient couvertes d'un crêpe noir; les officiers en portaient aussi à leurs bras. La veille, une fête funèbre avait été célébrée dans tous les temples décadaires. Des drapeaux noirs avaient été suspendus à leurs portiques; une musique lugubre, les cris d'imprécations interrompaient par moment la lecture de la lettre de Jean de Bry et les discours qui furent prononcés pour faire sentir au peuple toute l'étendue de l'outrage qui lui
avait été fait dans la personne de ses plénipotentiaires » — Clef du
Cabinet du 23 floréal : « Paris, le 22 floréal La commission chargée
de désigner les artistes qui méritent des encouragements a terminé son travail. Le ministre de l'intérieur l'avait invitée à lui présenter son avis sur la plus juste répartition à faire de la somme de 100,000 francs dont il pouvait disposer en faveur des arts. Cette somme a été ainsi répartie : aux peintres» 03,000 fr.; aux sculpteurs, 20,000 fr. ; aux graveurs, 17,000 fr »
MDCCII
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaiynieau du 2i floréal : « Paris, le 24 flo-
1. On trouvera cette proclamation dans le Rédacteur du 1!) lloréal; elle fut insérée dans le Uullelin des Lois et arilchée dans les communes de la République. Le Directoire y invite tous les Français à s'unir pour venyer le crime connnis par les satellites de l'Autriche.
507 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [12 mai 1799]
réal Le 22 floréal, le bal masqué de l'hôtel de Longueville a été visité
par les agents de la police, qui ont obligé deux cents personnes, dont il était
composé, à se retirer » — Ami des Lois du 26 floréal : o Le citoyen
Angelot, (loraeiirant rue de Choiseul, s'annisait, le 22 de ce mois, à déclamer des réflexions anti-civiques, au Palais-Égalité, contre une alTiche ayant pour titre Venf/cance ! Il avait rassemblé autour de lui plusieurs personnes pour l'entendre. Il a été arrêté avec quelques citoyens qui s'étaient joints à lui pour troubler Tordre public »
MDGCIII
Rapport du bureau central du 24 floréal.
. . . Journaux. — On remarque, et non sans regret, qu'il n'est qu'une minorité assez petite de journaux qui peignent avec chaleur l'indignation qu'inspire le nouveau crime de l'Autriche, ou qui fasse choix des matières publiques ou de renseignements capables de diriger l'esprit public sur ce point essentiel. — L'Ami des Lois, le Patriote français, la Clef du Cabinet et VObservateur politique manifestent en première ligne cette juste disposition. Le premier n'omet aucune occasion de prendre le zèle [sic) et de rendre, en citant des traits de dévouement, les conscrits en retard honteux de leur négligence. Le Patriote porte le même caractère et ajoute à ses épigraphes les mots de: Vengeance ! Vengeance ! La Clef du Cabinet cite, sur l'assassinat des plénipotentiaires, des discours tenus par des fonctionnaires publics dans nos temples, h" Observateur donne pour épigraphe à sa feuille un texte pris dans la résolution relative à l'assassinat des ministres plénipotentiaires de la République, et insère le premier un chant de vengeance. Il est une observation à faire sur ce journal et qui frappe sur ce que, dans une partie de nouvelles datées de Vérone, le rédacteur, en copiant le gazetier étranger, avait publié que l'armée française s'était retirée sur Turin, attendu « que le grand air ne convenait pas à son état d'affaiblissement ». Une erreur d'impression avait occasionné la publicité de cette étrange ironie contre nos défenseurs. Ces mots, qui caractérisent assez nos ennemis et le folliculaire qu'ils salarient, n'existaient plus dans un double du numéro (S82) de VObservateur, que le propriétaire apporta lui-même de très bonne heure à l'appui de ses explications. — Le numéro de ce jour (583) porte, à l'article Paris, une note détaillée et satisfaisante relative à cette
[12 MAI 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF b08
erreur. Mais elle aurait dû être sentie par le Flambeau, qui transcrit aujourd'hui ces expressions ridicules du gazetierde Vérone. — Dans la Gazette de Finance, un nommé Daniel, prenant la défense des nommés Montjean et Laine, arrêtés comme prévenus d'attentats contre les mœurs, accuse le Bureau central de les avoir retenus quatre jours sans les interroger. Arrêtés le 16, la nuit, comme se livraut à la pédérastie, ils ont été interrogés le 17 ; les pièces, mises en règle dans la journée du 18, ont été remises le 19 au juge de paix. — La Feuille du jour du 22 prouve toujours le même esprit dans le choix de ses nouvelles étrangères, qui consistent le plus souvent dans les dispositions des troupes de l'Autriche et dans les détails des marches qu'elles ont opérées en Italie. — Les autres journaux ne donnent lieu à aucune observation importante.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB ' 90.)
Autre rapport du même jour.
Salubrité et voie publique . . .Établissement d'échelles à incendie et de bureau de ramonage de cheminées par abonnement volontaire. — Il a été transmis au Département expédition d'un arrêté du 11 de ce mois par lequel le Bureau central, regardant comme avantageux à la sûreté publique l'exécution du plan proposé par le citoyen Desaudray, tendant à établir à ses frais dans chacun des douze arrondissements de Paris une échelle mécanique double à incendie et un dépôt de vingt-cinq à trente ramoneurs pour ramoner toutes les cheminées à des prix modérés, d'après des abonnements libres et volontaires, invite les autorités civiles à protéger cet établissement, les commandants, officiers et sous-officiers du corps des pompiers à se concerter dans les cas d'incendie avec les chefs de chaque établissement de ces échelles pour l'usage à en faire, soit pour sauver les personnes et leurs effets, soit pour porter l'eau parle jeu des pompes plus directement et en plus grande abondance sur le centre de l'incendie ; accorde aux ouvriers par qui la première échelle aura été amenée à un incendie une prime ou gratification de douze francs ; invite aussi les habitants de cette commune à concourir à la sûreté publique en s'adressant au bureau des ramoneurs pour le ramonage des cheminées ; défend expressément aux entrepreneurs de ce service d'envoyer aucuns de leurs agents chez les citoyens qui ne seraient point abonnés sous le prétexte de solliciter des abonnements ou de faire visiter les cheminées ; adopte l'offre civique des entrepreneurs d'à-
509 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [12 mai 1799]
bandonner chaque année, au profit des incendiés de la commune de Paris, une somme de 3.000 francs, à prélever sur les premiers bénéfices de l'entreprise. — Cet arrêté, qu'il sera libre au citoyen Desaudray de faire imprimer et afficher, ne doit avoir de force et d'effet qu'immédiatement après la confection des douze échelles à incendie à ses frais. Les citoyens Le Doux, Bralle et Moitié sont commis pour suivre les progrès successifs de l'étabHssement desdites échelles et en rendre compte au Bureau central
La SALLE, Sallior.
(Arch. nat., F" 3843.)
iMDCCIV
Rapport présenté au Directoire exécutif par le mlnistrë de l'intérieur, LE 23 FLORÉAL AN VII.
L'administration centrale m'invite à remettre sous les yeux du Directoire les noms des candidats entre lesquels elle se propose de choisir le citoyen qui doit remplacer le membre du Bureau central du canton de Paris dont les fonctions cessent par l'effet du tirage au sort. Le désir de cette administration de faire un choix agréable au gouvernement l'a portée à demander le vœu du Directoire, et il me semble que la connaissance de ce vœu peut avoir deux avantages sensibles : le premier, de ne point exposer l'administration à perdre quelque chose de la confiance dont elle a besoin pour faire le bien, si elle nommait un citoyen dont le Directoire ne croirait pas devoir confirmer la nomination ; le second, de ne pas donner à ce citoyen, auquel on n'aurait peut-être à reprocher que trop peu d'aptitude, un désagrément immérité. Je crois donc devoir céder au désir de l'administration centrale en rappelant au Directoire que les candidats pour celte place sont les citoyens :
Dubos, ci-devant employé en chef au Bureau central et depuis commissaire près la municipalité du V*^ arrondissement de Paris ;
Castrez, successivement commissaire près les municipalités des X^ et Xlle arrondissements, et depuis administrateur temporaire du département de la Seine ;
Defresne, ex-juge de paix de la division du Mont-Blanc, actuellement employé à la Trésorerie nationale ;
Tobie, commissaire près l'administration municipale du V* arrondissement, et Tridon, successivement employé au Comité de sûreté
générale et au Bureau central comme chef du bureau des mceurs et (le l'esprit public.
Le cito^'en Castrez, n'ayant point cessé de remplir des fenclions publiques depuis le gouvernement constitutionnel, doit être bien caanu du Directoire, Quant au citoyen Dubos, je joins ici les pièces qui }^ concernent ' ; elles donnent de ce fonctionnaire l'opinion la plus favorable. Je joins ici également celles relatives au citoyen Tridon, qui présentent aussi des témoignages très avantageux. Les notes existant dans les Bureaux de Tadminislration générale sur le citoyen Tobie font aussi l'éloge de ce commissaire ; elles sont ci-incluses, A l'égard du citoyen Dufresne, les fonctions qu'il a exercées ne m'ont pas mis à portée de recueillir' des renseignements à ce sujet, et je n'ai reçu aucune pièce qui le concerne.
Si le Directoire croit devoir laisser apercevoir ses intentions pour l'un de ces candidats, il serait à désirer qu'il se prononçât le plus tôt possible, attendu que la nomination ne peut plus être différée*,
Fr.^nçois (de Nkufciiateau).
(Arch. nat., AF m, 601.)
Journaux.
Journal du Soir des frères Chalgnieau du 23 tloréal : « Paris, le 23 floréal Ln aiTÔtè du Bureau central prescrit l'ouverture des boutiques
tous les jours, les décadis et jours de fêtes nationales exceptés. Le 9 pluviôse, le tribunal de police de la 9^ administration municijiale de Paris a rendu un jugement au jirofit du citoyen Bergeron, duquel résulterait Tautorisation de fermer les boutiques tous les jours. Le tribunal de cassation, considérant que le pouvoir administratif est distinct du pouvoir judiciaire, et que l'administration supérieure peut seule réformer ses actes, a annulé le jugement cidessus, et renvoyé le prévenu et les pièces devant le triliunal de la 10^ administration »
MDGCV
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 24 tloréal : « Pans, le 24 floréal Il circule beaucoup de faux billets de la banque de Londres, envoyés par Pitt à ses correspondants à Paris. Ils sont grossièrement imités ;
i. Ces pièces manquent, ainsi que les autres annoncées ci-dessous, 2. Voir plus loin l'arrêté du Directoire du 26 floréal an VII.
oll DIRECTOIRE EXÉCUTIF [14 mai 1790]
mais il y a peu de billets vrais qui puissent servir de com])araison ; il faut se
défier de tout ce qui vient de celte source » — Moniteur universel du
25 tloréal : « Paris, le 24 florral. L'administration centrale de la Seine a consenti, le 2 de ce mois, en faveur du citoyen Lasalle et G'«, pour le terme de quinze années à partir du 1'='' prairial prochain et moyennant le i)rix de 400.000 francs ])ar an, un bail à ternie de toutes les places occupées dans les balles et marchés, sur les ports, quais, places de stationnement des voitures de louage, ainsi que sur les rivières, tant de Paris que des autres communes du déjiartement de la Seine » — Clef du Cabinet du 29 tloréal : « Barthélémy Mercier, né à l-yon, le l^'' avril 1734, chanoine régulier de la cidevant congrégation de France, ancien bibliothécaire de Sainte-Ceneviève et connu depuis longtemps sous le nom d'abbé de Saint-Léger de Soissons, est mort à Paris, rue du faubourg Jacques, le 24 tloréal, à dix heures du soir, des suites d'une maladie de langueur dont il était attaqué depuis plus de deux ans. Ce littérateur estimable ])assait ])0ur le plus habile bibliographe de la France, je dirais presque de l'Europe. Il avait acquis ce titre, auprès des amateurs de l'histoire littéraire, par l'étonnante quantité de notices bibliographiques qu'il avait publiées en dilTérents temps »
MDCCVI
Journaux.
Clef du Cabinet du 27 iloréal : « Paris, le 26 floréal Le citoyen
Dubos, commissaire du Directoire près la municipalité du V« arrondissement, vient d'être nommé membre du Bureau central à la jdace du citoyen Sallior, exclu par le sort » — Ami des Lois du i^' prairial : « Le 25 tloréal, un conscrit de la 11" compagnie, conduit à l'arsenal son remplaçant. Au moment du départ, il l'embrasse et lui dit : « C'est ma famille qui m'a obligé <( à me faire remplacer par vous ; mais je ne puis souffrir qu'on me prive du « droit de défendre et de venger ma patrie ; je ne aous quitte plus ; nous
« marcherons et vaincrons ensemble » Il court se faire inscrire et
])art » — Ami des Lois du 6 prairial : « Bulletin de Paris. Il est à
Paris un grand nombre de fripons qui font commerce des alarmes qu'ils inspirent à des citoyens malheureux et honnêtes, mais souvent timides et crédules. Pour }>rémunir ceux-ci contre les pièges qu'on leur tend, nous ])ublierons le fait suivant, arrivé dans les derniers jours du mois dernier. Un individu, se faisant annoncer sous le nom de Gauthier, prévient le citoyen Dalençon qu'il est dénoncé à la police comme émigré réel et entretenant une correspondance avec les ennemis de la République ; il appuie sa déclaration d'une lettre qu'il dit lui avoir été écrite du Temple, contenant la même dénonciation. A])rès l'avoir fait lire au citoyen Dalençon. il lui confie qu'il est employé au bureau particulier du ministre et qu'il peut lui être utile. Le citoyen Dalençon montre à Gauthier les lettres et les certificats qui garantissent sa sûreté, et lui dit qu'il est sous la surveillance de la municipalité, à laquelle il est obligé de se montrer tous les huit jours. « Que je vous plains,
« lui dit Gaulhicr, le Directoire relire toutes les surveillances et lui, ministre, 0 ne donne presque plus de radiations.» — « Ma foi, répond le citoyen Dalençon, « il en arrivera ce qui pourra. J'ai failli de perdre la vie sous le règne de la « Terreur ; je suis aguerri, et j'attends mon sort. » Gauthier, le voyant décidé d'attendre chez lui le mandat d'arrêt dont il l'avait menacé, lui demande s'il ne connaît personne, soit député en crédit, soit femmes élégantes, etc. Le citoyen Dalençon répond qu'il n'a aucune connaissance. Gauthier se retire, cl revient le lendemain annoncer qu'il a réussi à soustraire la dénonciation et qu'il s'engage à la faire rayer. Quelques heures après, il revient encore ; il annonce que tout est en bon train, mais que, les radiations n'étant faites que par ordre de numéros, quelques louis étaient nécessaires pour engager le commis, chargé de cette partie, à devancer son tour. 11 demande d'abord quinze louis, puis dix. Le citoyen Dalençon dit que, si sa radiation tient à des sacrifices pécuniaires, il ne l'obtiendra jamais, vu qu'il ne peut en faire aucun, faute d'argent. Il lui donne néanmoins 120 francs. Gauthier lui remet une fausse adresse et ne reparait plus. Trois jours après, un individu entre chez le même citoyen Dalençon, lui dit qu'il est dénoncé et l'engage à se cacher. « Je suis honnête homme, dit-il, et ne vous demande point d'argent. » Le citoyen Dalençon se met à rire ; mais il reprend bientôt son sérieux en apercevant sous la redingote de l'individu un uniforme de gendarme. « Je suis « surpris, continue-t-il, que vous soyez tranquillement resté chez vous, après « les avertissements qui vous ont été donnés par un jeune homme qui depuis a « été obligé de partir pour l'armée. Ne soyez pas surpris de la fausse adresse « qu'il vous a donnée, jamais un homme attaché à la police n'en donne une vé- « ritable. Au reste, comme vous voudrez, je suis tout à vous ; mais il faut me « donner 6 francs pour boire à votre santé avec trois camarades qui m'attendcnl « au cabaret. » Le citoyen Dalençon lui donna 6 francs. Le lendemain un individu, qui n'a jamais voulu dire son nom, est venu demander encore le citoyen Dalençon. Le portier, instruit des aventures antérieures, lui répond qu'il était à la campagne, et suivant de l'œil l'inconnu, il le voit rejoindre, à quelques pas, un autre individu à qui il dit en lui prenant la main : « Il est à « la campagne. » Nos fripons disparaissent aussilôl en regrettant d'avoir manqué leur coup. Ce sont de tels hommes, qui trop souvent compromettent les employés du gouvernement, en provotiuant contre eux des soupçons qui, lorsqu'on remonte à la source, se trouvent sans aucun fondement. »
MDCCVII
Rapport du bureau central du 27 floréal.
Correspondance relative à la sûreté. Maisons de prêts sur
nantissement. — II a été dressé par le commissaire de police de la division du Pont-Neuf un procès-verbal, constatant que la citoyenne veuve Michel, tenant maison de prêt, a laissé en blanc sur
513 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 m\i 1799]
son registre le gage sur lequel elle a fait un prêt de 2.000 francs. Expédition de ce procès-verbal a été remise au juge de paix de la division de la Halle-au-Blé. — 11 a été observé au commissaire du Directoire près l'administration du Mont-de-Piété que la surveillance que le Bureau central fait exercer sur les maisons de prêt sur nantissement donnait la certitude que beaucoup d'effets volés y étaient mis en gage; le Bureau central lui a rendu compte des mesures par lui prises pour arrêter et prévenir cet abus. Il lui a observé que quelques commissionnaires du Mont-de-Piété se refusaient à communiquer leurs registres aux agents de la police, et il l'a invité à donner aux commissionnaires des ordres pour que ces refus n'aient pas lieu. Enfin il lui a dénoncé la citoyenne Durand, passage du Saumon, chez laquelle il existe un dépôt assez considérable d'effets mis en nantissement et qu^elle garde pour son compte, lui observant que c'est elle qui a opposé le plus de résistance à communiquer ses registres aux agents de la police.
Chauffeurs. — Le nommé Fourneau, l'im des complices désignés dansla déclaration faite par l'un des chauffeurs qui ont dernièrement subi la peine de mort à Paris, a été arrêté en vertu du mandat qu'avait fait passer le Bureau central à l'administration municipale du canton du Havre, qui a annctncé son transfèrement par la gendarmerie devant le juge de paix du canton de Saint -Jean-du-Gar-
donnay
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., BB » 90, et F' 3843.)
Autre rapport du mÈiMe jour.
. . . Mœurs et opinion publique. Théâtre des Jewies Élèves. — Le commissaire de police de la division du Temple a3ant annoncé avoir remarqué au théâtre de la rue de Bondy que la décence et les mœurs devaientyêtre offensées, attendu que les jeunes élèves des deux sexes sont obligés de s'habiller ensemble pêle-mêle, le Bureau central a ordonné aux entrepreneurs de ce théâtre d'établir des loges pour que les jeunes élèves des deux sexes s'habillent séparément. Il les a prévenus que, faute par eux de le faire, il ferait fermer ce théâtre; le commissaire de police a été chargé de s'assurer de l'exécution et d'en rendre compte. — 11 a été adressé aux entrepreneurs des spectacles des couplets sur l'assassinat des ministres français à Rastadt, avec invitation défaire chanter ces couplets entre les deux pièces.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., F% 3843.)
Arrêté du Directoire exécutif du 26 floréal.
Le Directoire exécutif, vu l'arrêté de Tadminislration centrale du département de la Seine du 21 de ce mois, qui nomme le citoyen Dubos, actuellement commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du V« arrondissement, à la place de membre du Bureau central du canton de Paris vacante par la sortie du citoyen Sallior, arrête : 1" La nomination ci-dessus est confirmée. 2" Le ministre de l'intérieur et celui de la police générale sont, chacun en ce qui le concerne, chargés de l'exécution du présent arrêté, qui
ne sera pas imprimé.
Merlin, Treilhard, P. Barras.
(Arch. nat., AF m, C02.) .
MDCCVIII
Journaux.
Publiciste du 29 floréal: ((Paris, le 28 floréal La stagnation des
affaires semble éloigner un grand nombre des habitués de la Bourse, car elle est moins fréquentée; il s'y fait très peu d'affaires; les effets sont tous offerts, la baisse en est le résultat. Si l'inquiétude que paraissent causer les circonstances actuelles contribue à cet état de choses, on peut regarder comme certaine la preuve de l'effet qu'elle produit, par la hausse de l'escompte du papier, et la recherche que l'on fait depuis quelque temps des pièces d'or, qui se sont négociées à 45 centimes de différence, et sont encore à 40 centimes environ. La pénurie de fonds que cela occasionne multiplie les vendeurs et éloigne les acquéreurs. Tous les papiers sur l'étranger ont été extrêmement offerts, aussi la plupart ont-ils déjà éprouvé une baisse sensible. Ce qui est à remarquer, c'est que l'argent commence à devenir rare. L'escompte, qui a été jusqu'à présent à un demi, est devenu à un pour cent, et encore à ce prix-là
n'y a-t-il pas grand empressement, même pour les premières valeurs » —
Clef du Cabinet du 29 prairial : « Paris, le 28 ])rairial Le théâtre
des Troubadours, provisoirement établi au théâtre de Molière, rue Martin, ayant donné ces jours derniers La Revue de VAu VI, le couplet suivant a été ajouté à ceux du peintre montrant les objets en perspective :
De nos ministres égorjîés J'olfre l'image ensanglantée ; Les Français dans le deuil plongés ; Plus loin l'Europe épouvantée.
Je peins le regret, la douleur, Embrassant leur ombre plaintive, De tous côtés je peins l'horreur Et la vengeance en perspective.
51b DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 mai 1799]
A ce mot de vengeance, si parfaitement amené, la salie entière s'est rappelée avec horreur la mémoire du forfait; et l'on a bien moins applaudi le talent do l'auteur que le sentiment qu'il exprime »
MDGGIX
Rapport du bureau central du 29 floréal.
Salubrité et voie publique . . . Théâtre de f Opéra-Comique. — Informé aussi par le commissaire du Directoire exécutif près l'administration [de la Seine] de l'alarme qu'ont causée dans le quartier du théâtre de l'Opéra-Comique quelques étincelles sorties, pendant la nuit du 26 au 27 de ce mois, de la cheminée du restaurateur dont le local est adhérent au bâtiment dudit thécître, alarme qui a bientôt été dissipée par l'attitude surveillante des pompiers et des gardes placés dans l'intérieur de cette salle, il a rappelé à son architecte sa lettre du 14 germinal dernier, par laquelle il le chargeait de visiter les cuisines de ce restaurateur, et lui a recommandé de nouveau de procéder à cette visite.
Décorations rue de l" Ancienne-Comédie. — Il a invité le citoyen Maherault, commissaire du Directoire exécutif près le théâtre de la République, à faire transporter le plus tôt possible dans le local de l'Oratoire (ci-devant église) les décorations et machines appartenant aux anciens acteurs des Français, dont le dépôt existe rue de l'Ancienne-Comédie-Française, le commissaire de police du Théâtre Français lui ayant annoncé, le 24 de ce mois, qu'il avait choisi ce local pour les y placer provisoirement. — Il a donné connaissance de cette lettre au commissaire de police.
Lasalle, Sallior.
(Arch. nat., F', 3843.)
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 28 floréal : « Paris, 28 floréal Un nouvel établissement vient de se former rue du Bac, sous le
nom de lié un ion des Amis du commerce, à peu près semblable à celui qui s'était intitulé : Société du pacte social, place des Victoires-Nationales. >» « Les citoyens employés à l'Odéon, et arrêtés comme prévenus de complicité de l'incendie, ont été mis en liberté sur la déclaration du jury, qui a déclaré qu'il n'y avait i)as lieu à accusation »
Journaux.
Clef du Cabinet du l-^r prairial : « Paris, le 30 florral La seconde
représentation donnée hier au théâtre des Troubadours du vaudeville épisodique : A bas les diables! A bas les bêtes! etc., n'a pas eu moins de succès que la première. Le but de ce badinage est de discréditer, en les reproduisant, les caricatures qui sont passées des romans sur les théâtres. Le public a applaudi beaucoup des couplets heureusement tournés. Nous citerons celui-ci-:
Boire un peu du fleuve d'oubli Est parmi nous chose commune, Et bien des riches d'aujourd'hui A ces eaux doivent leur fortune ; Car, oubliant la probité, Oubliant l'honneur et la gloire, Oubliant ce qu'ils ont été.
Ils sont dans la prospérité Pour avoir manqué (bis) de mémoire.
La scène où un souftleur bègue vient avec son fils, déguisé en lion, demander lin engagement est extrêmement plaisante et parfaitement jouée. Une scène qui fait aussi généralement rire ne peut manquer de réussir toujours. Nous invitons les personnes d'une humeur morose à voir cette jolie bouffonnerie; elles peuvent compter sur un moment de galté » — Messager des relations extérieures du l"^"" prairial : «Paris, 30 Jlorcal Les meilleurs
écrivains sont en opposition sur ce qu'il faut penser du suicide. Les uns le regardent comme un acte de courage, les autres comme un acte de lâcheté. Peut-être les circonstances seules doivent-elles déterminer notre opinion à cet égard, et l'exemple que nous allons rapporter l'éclaircira peut-être autant que les raisonnements et les suppositions des philosophes. Noiset, père de six enfants, après avoir dissipé en dépenses extravagantes les 000 francs qu'il venait de recevoir d'un conscrit qu'il s'était engagé de remplacer pour cette somme, et qui étaient destinés à secourir sa famille, prit la résolution de ne plus partir et de violer ainsi ses engagements; à cet effet il a eu rinfàme courage de se précipiter d'un troisième dans la rue; il devait y laisser la vie; mais i)ar un bonheur singulier, il s'est seulement foulé un pied. Il a été surle-champ arrêté et conduit en prison. Cet événement a eu lieu au dépôt des conscrits, rue du Petit-Musc. »
î)17 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [10 mai 1790]
MdCCXI 30 FLORÉAL AN VII (19 MAI 1799).
Rapport du bureau central du l®"" prairial.
. . . Evénetnenls. — Dans la nuit du 30 floréal au l'^'' prairial, on a tenté d'abattre l'arbre de la Liberté placé près le poste Firmin ; les auteurs du délit sont restés inconnus ; on est à leur recherche
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB» 90, et F ^ 38t3.J
Journaux.
Clef du Cabinet du 2 prairial : <( Paris, le /*^r prairial L'administration du Musée central des Arts prévient ses concitoyens qu'en vertu de Tautorisation du ministre de l'intérieur, elle a ouvert au Muséum la vente des estampes jjrovenant des ])lanclies gravées que possède cet établissement. La collection comprend actuellement environ mille planches, sujets historiques, paysages et portraits, gravés d'après des maîtres des trois écoles; plus, divers plans de Paris, cartes géographiques, etc. Le catalogue se trouve au Muséum, au dépôt des estampes, qui sera ouvert j)Our la vente tous les jours, depuis
dix heures jusqu'à trois, excepté le décadi » — Gazette de France du
30 tloréal : « Nous ne lisons pas aux astres. Nous nous contentons, comme M. Jourdain, de lire dans Talmanach pour savoir quand il y a de la lune ou quand il n'y en a pas. Nous avons reçu, le 27 de ce mois, une lettre d'un prétendu élève d'astronomie, qui nous invitait au nom du citoyen Lalande, d'annoncer une éclipse de soleil pour aujourd'hui 30. Nous avons réduit cette lettre à trois lignes, que nous avons insérées, comme la plupart de nos confrères, dans l'un de nos numéros. Le citoyen Lalande parait s'être lâché très sérieusement contre l'auteur de cette circulaire, qu'il désavoue en ces termes : « On ne peut rien voir de plus ridicule et de plus bote que Vexpli- « cation de l'éclipsé de soleil qu'on crie dans les rues avec mon nom; elle est « heureusement annoncée pour le jour de la pleine lune; cela suffirait pour « les gens instruits; mais j'ai des ennemis savants et d'autres qui ne le sont « pas, et c'est un de ceux-ci, i)robablemcnt, qui m'a fait cette petite espièglerie, « Elle n'est pas si dangereuse que celle de 1773, au sujet de la comète qui « devait noyer la terre; car le lieutenant de police me fit dire de ne pas passer
(c à la Halle. Signé : Lalande. » — Ami des Lois du o prairial : « Dans
la nuit du 30 floréal, on a tenté d'abattre l'arbre de la Liberté, placé près le poste Firmin. Les auteurs de cette coupable tentative sont restés inconnus malgré les recherches qu'on en a faites »
[avril-mu 1799J DIRECTOIRE EXÉCUTIF 518
MDCCXII
Compte des opérations du bureau central du canton de Paris pendant le mois de floréal an vii.
Sûreté et surveillance. Événements. — II n'est point parvenu à la connaissance du Bureau central qu'il ait été commis aucun assassinat dans cette commune pendant le mois de floréal ; mais le nombre des suicides s'est malheureusement accru de douze personnes qui se sont laissé entraîner à cette extrémité déplorable; cinq seulement ont été soustraites à la mort par les secours qui leur ont été portés
Caisses d'armes blanches. — Le Bureau central a invité le commissaire de police de la division des Thermes de se transporter: 1° au domicile du citoyen Gaensel, fourbisseur, rue de la Huchette pour y constater par procès -verbal l'arrivée de deux caisses d'armes blanches expédiées de Cologne à Paris ; 2° à celui du citoyen Reynier, inspecteur des armes blanches, aux ci-devant Jacobins de la rue Dominique, pour procéder àla même opération au sujet de cinq caisses semblables, faisant partie du même envoi, et à faire passer expédition de ses procès-verbaux à l'administration, afin qu'elle puisse, suivant le vœu de la loi, viser l'acquit à caution sous lequel ces caisses avaient été amenées. Pareille invitation a été faite à divers autres commissaires de police pour la même cause, dans leurs arrondissements respectifs.
Salubrité et voie publique. . . Amphithéâtre de dissection. — ... Le genre de vie extraordinaire qu'a mené, jusqu'à son décès, le nommé Staupy, surnommé l'homme des bois, employé comme journalier au Jardin des Plantes, a excité les administrateurs du Muséum d'histoire naturelle à demander que son corps leur fût abandonné pour être disséqué. Le Bureau central les a autorisés d'en disposer, après les formalités requises par la loi pour la conservation de l'état civil des citoyens
Terrain des Jacobins, rue Honoré. — Le terrain des ci-devant Jacobins, rue Honoré, étant devenu depuis quelque temps l'asile du crime et de la prostitution et le rendez-vous des militaires , le Bureau central a invité le Département à faire condamner une petite porte qui se trouve au bout de ce terrain et à faire clore chacune des entrées qui regardent les rues Honoré et de la Sourdière par des portes en planches de hauteur convenable, qui seraient ouvertes sui-
519 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [avril-mai 1799]
vant la saison, et fermées à la chute du jour, pour mettre fin à ce désordre
Manœuvres des filous dans les spectacles. — En réponse à une lettre par laquelle le ministre de la police invitait le Bureau central à prendre des mesures pour empêcher le renouvellement des manœuvres des filous qui avaient crié Am /eu / dans quelques théâtres, afin de voler les citoyens qui s'empresseraient de sortir du spectacle, le Bureau central a informé le ministre que déjà, avant la réception de sa lettre, il avait rédigé et fait afficher à la porte et dans l'intérieur de tous les spectacles un avis aux citoyens pour les prémunir contre ces fausses alarmes. Il lui a, en même temps, annoncé que celte affiche, suivant les rapports parvenus, avait rassuré les citoyens et les mettait en garde contre toute terreur panique, et que les filous étaient surveillés de manière d'être arrêtés, s'ils osaient renouveler leurs coupables manœuvres
Costume inconvenant dans la pièce « Le Trente et Quarante ». — Informé que Facteur chargé du rôle de valet dans la pièce nouvelle intitulée : Le Trente et quarante S avait pris pour costume une veste de hussard, le Bureau central a écrit aux entrepreneurs du théâtre de rOpéra-Gomique national, qu'il ne pensait pas qu'ils eussent l'intention d'avilir l'uniforme d'une partie de défenseurs de la patrie en le faisant porter à un valet. Il les a invités à lui donner un costume convenable à son rôle; il leur a observé aussi que l'action de cette pièce n'est pas nécessairement antérieure à la Révolution, que les personnages sont Français et paraissent des privilégiés de l'ancien
régime,
Fête des Époux. — Les entrepreneurs des spectacles de cette commune ont été invités par le Bureau central de faire représenter le 40 floréal, jour consacré à la célébration de la fête des Epoux, les pièces les plus morales, les plus patriotiques de leur répertoire, attendu que, les jours de fêtes nationales surtout, les citoyens ne doivent voir sur la scène que les vertus sociales et privées mises en action.
Oratoires particuliers. — Les citoyens Desaunier et Fleuriet avaient conjointement demandé la permission d'établir au domicile de ce dernier, rue Maur, n° 48, un oratoire particulier pour l'exercice du culte catholique. D'après les renseignements joints à leur pétition, renvoyés au Bureau central par la municipalité du VI« arrondissement, le Bureau central a invité cette administration à recevoir la déclara-
1. Opéra-comique en un acte, par Duval et Turchi, représenté 2)our la première fois le n floréal an VII.
[avril-mai 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 520
tion, non du citoyen Fleuriet, mais seulement du citoyen Desaunier, et à lui procurer les moyens d'exercer librement le culte dans son domicile, susdite rue Maur, n" 69, en se conformant aux lois. — Le citoyen Drouard, tenant un oratoire particulier, faubourg Martin, était soupçonné d*y admettre un plus grand nombre de personnes que la loi ne le permet; il résulte de la surveillance exercée sur cet oratoire que le citoyen Drouard se conforme à la loi.
Bals. — Instruit du peu de fermeté, de la négligence et même [de] l'insouciance des vétérans chargés de maintenir le bon ordre chez les teneurs de bals des Champs-Elysées, ainsi que de leur refus de faire chaque jour au commissaire de police de la division un rapport sur ce qui s'était passé dans lesdits bals, sous le prétexte qu'ils ne connaissaient que leur commandant et qu'ils ne devaient obéir ni faire de rapport qu'à lui seul; informé aussi que, le 20 floréal, plusieurs militaires étaient avec leurs armes dans les bals tenus par les citoyens Mussard et Dornel aux Cliamps-Elysées, et que le cabinet servant à déposer ces armes n'était point gardé, qu'entin le factionnaire placé chez le citoyen Dornel, sur l'observation de ce dernier qu'il ne faisait pas son devoir en laissant obstruer l'entrée du bal, lui avait porté un coup de poing qui lui mit la bouche en sang; le Bureau central a invité le commandant de la place à donner des ordres à l'adjudant de brigade des Champs-Elysées à l'effet de faire placer dans les bals de sa division fies citoyens de la garde sédentaire sur lesquels il pût compter et en état de maintenir le bon ordre. — Sur la demande des teneurs de bals des Champs-Elysées, il a été mandé au commissaire de police de ne point s'opposer à ce qu'ils tinssent dans leurs jardins, défendus pour la danse, un concert d'harmonie, à condition de ne laisser jouer aucun air de danse
LaSALLE, LeSSORE, DuBOSi (Arch. nat., BB » 90, et F'' 3843.)
MDCCXIII
Tableau analytique de la situation politique du di<;partemei\t de LA SEl^■E tendant le mois de floréal an vil, présenté au ministre
DE l'intérieur par LE COMMISSAIRE DU POUVOIR EXÉCUTIF PRÈS l'aD- MINISTRATION CENTRALE DUDIT DÉPARTEMENT.
Esprit public. — L'esprit public était endormi, lorsque les amis de la liberté, tout en gémissant, eurent lieu d'espérer qu'il allait se ré-
521 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [avril-mu 1799]
veiller au bruit de l'attentat exécrable commis envers les ministres de paix delà grande nation. Cette catastrophe a en eflet retenti dans tous les cœurs ; mais, quoique elle les ait émus, tous n'ont pas été également touchés, et dans bien peu d'âmes elle a excité cet enthousiasme sublime qui aurait dû électriser tous les esprits. Peut-être aussi (se , disent les républicains) n'a-t-on pas fait tout ce qui était nécessaire pour exciter ces élans généreux qui ont distingué les beaux jours de la Révolution. C'est dans la capitale de la République française qu'il fallait faire transporter les restes infortunés des victimes de la perfide Autriche; c'est sur leurs cadavres sanglants qu'il fallait jurer guerre à mort à cette cour assassine. C'est sur une place publique et funéraire qu'il fallait exposer les martyrs de la liberté. Une inscription sanglante placée sur un autel lugubre, environné de cyprès, aurait dit à tous les Français: Ils attendent ici le jour terrible de la vengeance. Un jour solennel aurait réuni sur cette place des envoyés de tous les départements, qui seraient venus, comme aux beaux jours de la Fédération, jurer haine à la tyrannie et amour à la Constitution. Ils auraient reporté du centre de la République dans tous ses rayons l'enthousiasme que nécessairement ils auraient éprouvé. Les grands spectacles qui parlent à l'âme, à la sensibilité physique, font des impressions bien durables et bien puissantes sur les cœurs. Peutêtre alors, au lieu de regrets stériles, cet autel de mort se serait vu entouré de nouveaux soldats et couvert d'offrandes civiques. Quoi qu'il en soit, le sentiment d'indignation contre ce crime royal a ranimé le courage national. La proclamation du Directoire exécutif a été publiée solennellement et entendue avec le sentiment qu'elle devait inspirer. L'Administration centrale a fait une adresse énergique à ses concitoyens pour les rallier tous sous les drapeaux de la vengeance; et les administrations municipales ont exécuté aux temples décadaires des cérémonies touchantes, qui ont électrisé les âmes. Les citoyens qui laissent à notre armée les soins de la vengeance y concourront par de nouveaux sacrifices, parce qu'ils voient bien ce qu'ils auraient à attendre, si on ne forçait enfin les assassins à implorer la paix dont ils ont si lâchement brisé les instruments. Mais les deux infatigables factions ennemies déclament contre les moyens propres à donner de la force au gouvernement; ils {sic) conseillent de ne point payer les contributions; ils disent que le règne de Robespierre était préférable à tant d'exactions. Il n'est pas de moyen que ces deux factions n'emploient pour renverser le gouvernement. Elles se tendent la main par-dessus la République, et réussiront dans leurs détestables projets de destruction, si l'énergie du gouvernement
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ne les jette loin de sa route. Dans le déparlement de la Seine, je ne néglige rien de ce qui dépend de moi pour les empêcher de nuire à la-tranquillité publique, et elle n'a pas été un seul moment troublée. Cependant leurs efforts s'accroissent de beaucoup de mécontentements partiels, et il est de mon devoir de déclarer que les amis du Directoire sont actuellement en très petit nombre. Les campagnes re- . çoivent aussi de fâcheuses impressions. Les approvisionneurs y reportent tous les sots propos qu'ils ont recueillis à la Halle. Il n'y a plus de République, disent-ils, le roi est en route et arrivera bientôt. Et aussitôt les prêtres en profitent pour se rendre intéressants, et se montrent dans les communes, que depuis un an ils avaient abandonnées.
Spectacles. — Par quelle fatalité se fait-il donc que les gens de lettres et les artistes, qui sont cependant si favorablement traités et si honorablement distingués par un ministre ami des arts et de la République, n'ont point avidement saisi la triste et douloureuse occasion de payer, au nom de l'humanité et des peuples outragés, un juste tribut d'hommages et de] regrets aux mânes illustres de la férocité autrichienne ? Comment n'ont-ils pu trouver dans leurs âmes des idées assez brûlantes, et dans leurs talents des pinceaux assez énergiques, des couleurs assez vives pour transmettre à la postérité l'horreur du plus abominable attentat? On a vu annoncer une pompe funèbre en leur honneur au théâtre de la Gaîté. Beaucoup n'ont vu dans cette affiche qu'une maligne caricature, et cependant c'est peutêtre à ce théâtre populaire qu'il y a le plus d'esprit public.
Journaux. — En général, ils se renferment dans une réserve qu'ils trouvent sage, mais qui n'est que lâche et anti-civique. Leur plume froide et molle ne sait rien trouver, quand il s'agit d'une Constitution qui devrait faire le bonheur de trente millions d'hommes, et qui le ferait en effet, si chacun faisait ce qui dépend de lui à raison de soîi talent. Les journalistes ne seraient pas les derniers à bien mériter de la patrie, s'ils le voulaient; mais auri sacra famés!
Instruction publique. — Le jury continue avec succès son examen et écarte judicieusement de l'instruction tous ceux qui, sans connaissances et sans moyens d'existence, exercent comme un métier des fonctions si honorables. Il en est beaucoup qui, avec des lumières et des talents, ne possèdent pas l'art de l'enseignement; ils sont néanmoins conservés. Cependant, pour remédier à cet inconvénient, qui peut équivaloir auxjsuites de l'ignorance, l'Administration centrale a établi un cours normal, où les professeurs des Écoles centrales développeront les principes de l'enseignement à tous les instituteurs et
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institutrices, soit primaires, soit particuliers. L'ouverture de ce cours a eu lieu le 23 floréal dernier. Le président de l'Administration centrale y a prononcé un discours civique et relatif à l'objet de l'assemblée, ainsi que le citoyen Duhamel, professeur de l'École centrale du Panthéon. Il y a lieu d'espérer que ce cours normal aura l'utilité et le succès que l'Administration centrale a espéré obtenir en le créant. — D'un autre côté, à l'installation d^s administrations municipales, les commissaires du Directoire près d'elles ont eu soin de leur faire observer qu'elles devaient mettre au rang de leurs premiers devoirs la surveillance à exercer sur les maisons d'éducation. Ils leur ont rappelé qu'elles avaient des visites aussi fréquentes qu'imprévues à faire dans ces maisons, qu'elles devaient s'assurer de la moralité et des talents des instituteurs, suivre les progrès des élèves, et entretenir leur émulation par des récompenses, donner des marques d'estime et d'encouragement aux instituteurs distingués par leurs lumières et leur attachement à leurs élèves. Pour exciter l'émulation parmi ces derniers, il serait peut-être utile encore qu'une fois chaque décade il y eût dans chaque administration, l'après-midi, un exercice auquel quelques instituteurs et leurs élèves fussent appelés pour y faire preuve de leur avancement. Ce mode aurait le double avantage de soutenir l'émulation des instituteurs et des élèves, qui seraient interrogés, soit par les administrateurs, soit par le commissaire, sur les droits et devoirs de l'homme, la Constitution, le calcul décimal, etc. Les instituteurs et les institutrices seraient appelés à leur tour par décade. — Dans les campagnes, l'instruction est toujours républicaine; mais elle est presque nulle dans ce moment. En effet, c'est une vieille habitude de faire travailler les enfants à la terre dès l'âge de huit à neuf ans. Le besoin de bras rend dans ce moment l'intention {sic) des parents plus forte encore, de sorte que les instituteurs primaires se découragent, n'ayant presque point d'élèves, et aucun salaire, que le logement sans revenu fixe.
Annuaire républicain. — Il est observé assez généralement bien partout. Les boutiques sont exactement fermées les jours de décadi et fêtes nationales, comme elles sont généralement ouvertes les autres jours de la décade. Cependant l'observation des jours de marchés a éprouvé quelque atteinte ; les gens de la campagne ne voulaient point oublier les jours connus sous la dénomination de vendredi, et continuaient à apporter des denrées, malgré qu'ils connussent les dispositions qui le leur défendaient; mais l'amende prononcée contre un grand nombre a produit un eflet efficace. Voilà pour Paris; mais, dans les cantons, il parait que les prêtres recommencent leurs in-
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trigues. Trois cantons entre autres redeviennent fanatiques. Dans ces cantons, on n'a pas besoin d'un calendrier pour savoir le jour du dimanche, ou autres grandes leles de l'ancien calendrier. Les travaux cessent et la parure annonce la fête. Les jours de décadi, au contraire, on jette un ridicule sur ceux qui veulent le chômer. Les ministres du culte sont les causes de ce désordre
Fêtes nationales. — La fête des Epoux a été célébrée avec une pompe sentimentale qui a entretenu dans tous les cœurs de douces émotions. Les fêtes décadaires se soutiennent par le zèle des municipalités.
Associations politiques. — Dans les cantons ruraux, il y a quelques associations maçonniques qui ne préjudicient en rien à l'ordre public; mais aucune réunion politique ne trouble ou n'inquiète la tranquillité. A Paris il y en a aussi, mais elles sont sous l'œil d'une vigilance active, qui saura déjouer leurs projets, si elles en ont de coupables. Cependant elles se multiplient, appuyées qu'elles se croient par une réunion plus imposante.
Cultes. — L'exercice des cultes a été paisible et soumis aux lois, . .
Conscription. — La levée des conscrits se fait avec toute l'activité et l'exactitude qu'il a été possible, quelques municipalités lentes ont réparé leur retard, et le contingent de la Seine ne sera pas le dernier à se rendre au poste que lui assigne la patrie. Cependant il n'y a encore de parti que la moitié du contingent, et, comme beaucoup de ceux tombés au sort ou sont morts ou étaient sortis de Paris avant le tirage, que d'ailleurs les moyens de se cacher sont faciles à Paris, j'ai peur qu'il ne faille un second tirage. Les recherches sont très actives, et chaque jour elles obtiennent de nouveaux succès
Subsistances. — Il y a eu augmentation dans le prix des subsistances, denrées et du pain ; mais elle n'a excité aucune fermentation dangereuse; et il ne parait pas qu'on doive l'attribuera la malveillance.
Commerce. — Le commerce et l'industrie sont toujours dans une stagnation profonde. Le nombre des marchands augmente, et les consommateurs diminuent, sinon en nombre, au moins en moyens d'achats. Joint à cela la pénurie de l'argent, il n'est pas étonnant qu'ils soient dans une gêne générale. L'état des fabriques et manufactures n'est pas moins déplorable : tel qui employait soixante à quatre-vingts ouvriers n'en emploie pas dix. Il serait cependant bien important, sous le rapport politique même, d'occuper les ouvriers qui sont en grand nombre sans ouvrage. C'est l'oisiveté et le besoin qui,
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loin d'en faire des citoyens utiles, les rendent pervers et dangereux
pour la tranquillité de l'État
Concours des fonctionnaires publics. — Laisse peu à désirer.
• DupiN, commissaire du pouvoir exécutif.
(Arch. nat., F • <= iit, Seine, 20.)
MDCCXIV lor PRAIRIAL AN Vil (20 MAI 1799).
Rapport du bureau ciiNTRAL du 2 prairial,
. . .Journaux. — Un journal sort aujourd'hui de sa longue apathie. Ce journal est le Bulletin de V Europe, et son réveil n'a rien que de défavorable à l'esprit public, ainsi que le prouve un article Variétés, qui ne tend qu'à déprécier les généraux, ralentir l'énergie de nos défenseurs, et encourager l'apitoiement de l'aristocratie sur une guerre plus que jamais commandée par l'hortneur et l'intérêt de la République. La phrase suivante peut servir de preuve : « Quand on ne peut disconvenir qu'on a abandonné le champ de bataille, qu'on a fui, on soutient qu'on a perdu peu de monde, et que la perte de l'ennemi est inestimable ; on lui laisse le bruit du triomphe, mais on prétend qu'il n'a point le solide de la victoire.» On citera encore cette phrase, calomnieuse autant que fausse : « Parmi nous un général est presque toujours assuré du commandement, tant que la guerre dure; cela fait qu'il ne se presse point, et qu'il est souvent bien aise d'éloigner la paix. » Vient enfin ce dépit coupable contre la guerre que la République fait à la coalition : « Déjà, depuis plus de cinq ans, le fléau de la guerre désole nos contrées; un million d'hommes a disparu, et le sort de l'Europe est encore un problème. » — La Feuille du jour prétend donner un caractère d'héroïsme à l'archiduc, en lui faisant publier une prétendue invitation de cesser tout service à ceux qui ne seraient pas disposés à se signaler par des traits de magnanimité. Quelle utilité pour la chose publique le journaliste prétend-il [tirer] de cette ridicule complaisance ?
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB » 90, et F ' 3843.)
Journaux.
Publiciste du 17 prairial: «-Paris, le 16 prairial. Le ministre de l'intérieur a présidé, le l«'"de ce mois, à Tinauguration de l'école clinique, établie à Paris sur le terrain de la ci-devant église de la Charité, rue des Pères. Cet établissement présente dans sa distribution et le style de son architecture un modèle à suivre dans les nombreux hospices répandus sur tout le territoire de la République. Ce monument a été exécuté sur les plans et sous la conduite du citoyen Clavarcau, architecte des hospices civils... »
Rapport du bureau central du 3 prairial.
Mœurs et opinion publique. Esprit public des théâtres . —
On a vu plusieurs théâtres retentir du cri de vengeance contre le gouvernement assassin de Vienne. Sur tous, excepté sur celui de la République et des Arts, on a signalé le mouvement le plus rapide d'indignation au sujet de l'attentat commis sur les ministres français à Rastadt par un chant patriotique intitulé h Cri de Vengeance. Dans quelques pièces on a intercalé avec art des à propos sur ce crime. Mais l'on se plaît à rendre compte ici de l'impression qu'a faite un acte épisodique auquel a donné lieu cet assassinat. Cette petite pièce, dont l'auteur est le citoyen Saint-Brice, a été donnée pour la première fois le 29 floréal au théâtre de la Gaîté ; il est bien à remarquer que ia société était nombreuse et même assez brillante, et que le public impatient a pressé lui-même la représentation de l'ouvrage ayant pour titre Les Plénipotentiaires français à Rastadt, en demandant que l'on suspendît les intermèdes trop prolongés. Le mélodrame, monté avec soin, présentant (outre le sujet) des marches, des évolutions, des combats, et joué d'ailleurs avec beaucoup de feu, a fait frémir d'indignation les spectateurs, dont la voix s'est unie plusieurs fois à celle de l'acteur pour crier : Vengeance ! haine et mort à V Autriche! Le rôle imprécatoire de Jean de Bry a produit la plus vive sensation. On a entendu quelques citoyens qui, Cédant à l'impulsion de leur cœur, répétaient avec enthousiasme les anathèmes dont les différents personnages chargeaient un gouvernement homicide, violateur des droits les plus sacrés. En dernière analyse, on ne peut que faire un juste
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éloge de l'esprit public à cette représentation, et reconnaître en même temps que les acteurs, pour la faire valoir encore davantage, ont mis, chacun dans son rôle, un zèle remarquable.
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB» 90, et F^ 38«.)
Journaux.
Journal du Soir des frères CkaUjnieau du 2 prairial : « Paris, le i prairial... Le produit de roctroi municipal de la commune de Paris, qui avait été évalué pour le mois de tloréal à 900,000 francs, s'est élevé à 1,040,329 fr. 49 cent. 3/20°, qui, joints aux 3,924,728 francs perçus depuis le mois de brumaire, donnent pour la totalité 4,971,0"'»4 fr. 49 cent. 3/20". Le produit du mois de germinal avait été de 810,024 fr. 14 cent. ; celui de tloréal l'a surpassé de 230,302 fr. 3;; cent. 3/20*.. . » — Publicisle du 3 prairial: « Pans, le 2 prairial. . . Beaumarchais a été enterré dans le magnifique jardin qu'il avait auprès de la Bastille, au coin du boulevard. Collin d'Harleville a prononcé son éloge funèbre en présence de sa famille et devant plusieurs de ses amis*... » — Clef du Cabinet du 4 prairial: « Paris, le 3 ])rairial. Il est tout naturel que dans tous les temps, et surtout dans les circonstances où nous sommes, les lecteurs souhaitent ardemment de trouver chaque jour des nouvelles importantes dans les journaux. Mais l'est-il <|ue chaque jour des nouvelles importantes s'y trouvent? Et quand le gouvernement lui-même n'en a aucunes, peut-on exiger que les journalistes en donnent à leurs abonnés i Ces citoyens si exigeants voudraient qu'on leur en fabriquât sans doute. Ce n'est pas nous qui satisferons à ce désir, parce que, de toutes les divinités que révèrent les hommes vertueux, la vérité sera toujours celle que nous respecterons davantage. .. ))
Rapport du bureau central du 4 prairial.
Journaux du 5 prairial. — La Feuille du jour d'hier, sans
rien offrir qui soit susceptible d'être isolément remarqué, présente néanmoins dans son ensemble la preuve d'un assez mauvais esprit./ En effet on y lit, par articles presque consécutifs, les détails de la
1. Dans le Publicisle du G prairial, Collin d'Harleville rectifia cette nouvelle : le discours prononcé sur la tombe de Beaumarchais était l'œuvre de Gudin, à qui sa douleur ne permit pas de le lire, et cette lecture fut faite par Collin d'Harleville. On trouvera ce discours dans le Moniteur du 2 prairial an VII.
prise de Corfou, un précis de la proclamation qui fut faite dans celte île par le général russe, des bruits certainement puisés dans les gazettes de Vienne de la perte du Généreux et d'autres détails officiels de la cour autrichienne, sur les actions qui ont eu lieu les il et 12 floréal en Italie, détails dans lesquels, bien entendu, l'avantage de l'ennemi est toujours exagéré. P^nfin vient, à l'article AUemaqne, le rapport officiel (pour Vienne) de la prise de Brescia. Un journal ainsi composé n"est pas de nature à opérer quelque bien dans l'esprit public. - Le crédit public peut avoir beaucoup à perdre dans la nouvelle que donne le Messager de l'arrivée du frère du citoyen Génissieu à Hambourg, pour y faire, est-il dit, au compte du gouvernement français, un emprunt qu'il aurait en vain voulu remplir en Hollande (le mot Hollande tient lieu assez souvent dans ce journal de celui de République hatave). Le reste de cette feuille est également rempli de détails officiels (de la part de l'Autriche) de la prise de Corfou et d'un débarquement de troupes combinées dans la Calabre. — Mêmes détails, même esprit dans le Bulletin de l'Europe.
Lasalle, Dubos.
(Arch, nat., BB ^ <M, et F' 3843.)
Autre rapport du même jour.
Mœurs et opinion publique. Police intérieure des spectacles. Théâtre de la République et des Arts. — Sur l'avis donné par le commissaire de police de la division Le Peletier que l'inspecteur de la salle [du théâtre] de la République et des Arts avait donné aux ouvreuses des loges de ce théâtre la consigne de refuser l'entrée des loges aux commissaires de police, en disant qu'ils pouvaient aller au parterre; et sur l'observation faile par ce commissaire que souvent le parterre et l'amphithéâtre sont remplis et qu'alors ses collègues et lui sont obligés de rester dans les corridors ou le foyer, attendu qu'il n'y a point de bureau de police, tandis qu'ils pourraient être dans une baignoire où il n'y a personne, ce qui les met dans^l'impossibilité de veiller à ce qui se passe dans l'intérieur et conséquemment d'en rendre compte, le Bureau central avait invilé les administrateurs de ce théâtre à donner ordre à leur inspecteur de placer les commissaires de police de manière à pouvoir exercer leur surveillance, leur observant qu'il n'était pas convenable qu'ils restassent dans le corridor ou au foyer. Ils ont répondu que l'inspecteur de leur salle avait fait ce qui était d'usage, en refusant d'ouvrir une loge aux commis-
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saires de police, mais qu'ils venaient d'en référer au ministre de l'intérieur sous la surveillance immédiate duquel le gouvernement les a placés. Le Bureau central leur a observé qu'ils auraient dû d'abord procurer aux commissaires les moyens d'exercer leur surveillance; que différentes lois avaient chargé les conseils généraux des communes et spécialement la municipalité de Paris de la surveillance expresse et directe des théâtres; que le Directoire exécutif, par son arrêté du 25 pluviôse an IV, relatif à l'exécution de ses diverses lois, attribue aux Bureaux centraux, dans les cantons où il en est établi, cette surveillance ordonnée par les lois; qu'en conséquence le théâtre de la République et des Arts doit être soumis à ces lois et à cet acte du gouvernement, comme tous les établissements du même genre.
Loteries particulières. — Conformément à deux lettres du ministre de la police, des 16 nivôse et 27 floréal dernier, il vient d'être adressé une circulaire aux quarante-huit commissaires de police, pour qu'ils aient à ne saisir les loteries particulières que quand ils y seront autorisés par la présence ou l'ordonnance d'un juge de paix, sauf les cas prévus par l'article 36 du code des délits et peines.
Colporteurs de journaux. — La loi du 5 nivôse an V, portant défense de crier le sommaire des journaux et de les annoncer autrement que par leur titre général et habituel, a été réimprimée et affichée par ordre du Bureau central à l'époque de l'ouverture des dernières assemblées primaires, et celte nouvelle publicité a été suivie d'une circulaire aux commissaires de police et aux officiers de paix pour les inviter à tenir strictement la main à l'exécution de cette loi. Mais, malgré leur zèle et leur vigilance, il arrive fréquemment qu'elle ne peut recevoir son exécution, faute de témoins qui veuillent certifier la C(jntravention à cette loi de la part des colporteurs de journaux; le Bureau central l'a observé au ministre de la police, en l'informant qu'en conséquence de sa lettre du 25 floréal dernier, il venait de rappeler de nouveau à tous les officiers de paix l'exécution de ladite loi, et de leur recommander d'arrêter les contrevenants pour être traduits devant les officiers de police judiciaire.
Lasalle, Duiios.
(Arch. nat.,F7 3843.)
Journaux.
Messager des relations extérieures du 5 prairial : « Paris, le 4 prairial. fiC tableau de la situation intérieure de Paris serait piquant pour un étranger Tome V. . 34
observateur. S'il allait dans nos spectacles et dans ces jardins nouveaux que la cupidité de mille spéculateurs ouvre tous les jours à l'oisiveté d'une population nonil)reuse, il ne pourrait se persuader que ce peuple a passé au travers des dangers d'une longue révolution et qu'après six ans de victoires et de sacrifices, encore aux prises avec les puissances de l'Europe les plus redoutables, il n'existe pas une famille qui n'ait des soldats dans les armées chargées du maintien de sa gloire et de sa liberté. Que devrait-il penser de la plupart des citoyens d'un tel pays, s'il entrait dans un cercle? On y parle politique, on y parle un moment des projets de l'ennemi, de la position de nos troupes avec autant de sang-iroid que deux savants qui discuteraient entre eux le plan de la bataille de Zama, les dispositions de Scipion et les fautes d'Annibal. On compte le nombre des hommes tués ou faits prisonniers comme on calcule l'affluence des spectateurs à une fête publique. De là on passe rapidement, on discute sérieusement les moyens de remplir le vide du reste de la journée. Telle femme est très inquiète et reste indécise entre Misanthropie, Cadet Roussel et Tivoli; tel homme ne sait lequel choisir, de Rose ou de Léda, et tous les deux ont probablement un fils, un frère ou un ami qui, dans ce même instant, bravant la foudre des batailles pour leur assurer cette existence, va verser son sang, tandis qu'ils ne risquent, l'une que l'ennui, l'autre qu'une indigestion au milieu des jeux, des pleurs et des glaces d'artifice (sic). Voilà pourtant le caractère de beaucoup de gens qui se piquent d'humanité, de désintéressement et de patriotisme. Ce sont eux qu'on entend murmurer les premiers à la nouvelle d'un impôt, sans lequel leur fils, leur frère, leur atni seraient exposés aux privations, aux besoins et à la mort. L'amour immodéré des plaisirs les met sans cesse en contradiction avec leurs ])rincipes ; il entraîne l'avidité des richesses. Alors les particuliers se trouvent dans l'impuissance de satisfaire leurs premiers devoirs, les hommes publics dans lO' danger d'oublier les leurs. L'amour immodéré des plaisirs est donc une corruption publique, et si le gouvernement ne peut pas en proscrire les occasions. trop fréquentes, les honnêtes citoyens doivent les éviter. . . »
MDCCXVII
Rapport du ministre de la police générale au Directoire exécutif.
Citoyens Directeurs,
Vous m'avez demandé un rapport sur le journal intitulé Journal d'indications, qui s'imprime à Paris; je m'empresse de vous le présenter.
Cette feuille périodique, d'après son titre, semblerait devoir se borner aux annonces de biens à vendre, etc. Mais les rédacteurs, pour enchérir sur les Petites affiches, ont cru devoir donner la séance
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du Corps législatif et insérer des nouvelles politiques. Ils ont le droit sans doute d'employer tous les moyens légitimes pour rendre leur journal intéressant, mais ils sont bien répréhensibles de prodiguer l'ironie et le sarcasme pour faire sourire la malveillance sur notre position actuelle ; ils le sont encore plus d'annoncer de fausses nouvelles pour jeter l'alarme parmi les citoyens. A l'appui de ce que j'avance, je vais vous citer des passages de ce journal. Dans le numéro du 8 floréal, page 3487, il est dit : « Le quartier général de l'armée française, dit la Clef du Cabinet d'après une lettre du 24 germinal, datée de Milan, est à Lodi. L'armée doit être retirée derrière l'Adda. On doit le salut de l'armée française au brave Moreau, qui va bientôt prendre la défensive. » Il y a ici tout à la fois fausseté de citation, ironie et malveillance. Il y a fausseté dans la citation, car la Clef du Cabinet finit ainsi son article : « Au brave Moreau », et : « qui va bientôt prendre la défensive », est du cru des rédacteurs du Joio^nal d'indications ; certes on ne peut pas supposer qu'ils n'ont voulu employer ici l'ironie, puisque la phrase n'est pas dans le texte cité. Ailleurs, en parlant de Moreau : « Dans un groupe, disent-ils, où était cité le général, trois hommes ont été coupés en deux. » Cette équivoque, où l'on voit que ces messieurs s'évertuent pour capter l'oreille des malveillants, est au moins très déplacée. Le numéro du 14 floréal, page 3579, ne laisse aucun doute sur les intentions perfides de cette feuille; voici l'article : « Le quartier général de l'armée française est à Briançon. — La fille du ci-devant roi se rend à Mittau; elle a dû se mettre en route le 29 germinal. » Outre l'insigne mensonge de cette nouvelle, il y a dans l'amalgame et le rapprochement de l'annonce de la position de notre quartier général et du départ de la fille de Capet un caractère de malveillance et de royalisme frappant. On ne peut s'empêcher de voir que, d'un côté, on a voulu alarmer les conscrits, et de l'autre relever l'espoir des royalistes. D'après ces considérations, je vous propose le projet d'arrêté suivant.