DUVAL
Arrêté du Directoire exécutif du 4 prairial an VII.
Le Directoire exécutif, considérant que le journal intitulé le Journal d'indications est rédigé de manière à exciter continuellement les inquiétudes des amis de la liberté et à relever les espérances des royalistes; après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, en vertu de l'article 35 de la loi du 19 fructidor an V,
renouvelé par la loi du 9 fructidor de l'an VI, arrête ce qui suit : Le journal intitulé Journal d'indications, petites affiches, annonces, nouvelles et spectacles, lequel s'imprime chez Laurence, à Paris, rue d'Argenteuil, n° 212, est prohibé. Les scellés seront apposés sur les presses et caractères servant à l'imprimer. Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Treilhard, Merlin, P. Barras.
(Arch. nat., AF ni, 60 i.)
Rapport du bureau central du 0 prairial.
. . . Journaux. — Parmi ks journaux qui portent un caractère blâmable on distingue surtout le Couj^ria' de Paris et la Feuille du jour. Tous deux, par l'idenlilé de la typographie et de l'adresse des presses, paraissent ne former qu'une même entreprise, quoique établis sous les noms différents de Georges et d'Éhe. L'esprit, au surplus, est continuellement le même ; souvent ils ne diffèrent que par l'ordre des matières. A bien prendre, ces deux journaux ne sont depuis quelque temps que la traduction littérale des gazettes officielles de la cour de Vienne, c'est-à-dire l'écho de tout ce que l'Autriche fait publier dans l'attente certaine que cette publicité se répandra dans l'intérieur de la République. Aussi rien de ce qui peut tendre à faire croire cette perfide maison extraordinairement redoutable, à semer le découragement parmi les faibles sur notre territoire, ou à donner un aliment à la malveillance, n'est-il épargné dans ces deux feuilles. Citer la Gazette impériale ou tel autre journal étranger, pour démontrer en quelque sorte dans quelle intention le cabinet de Vienne fait publier quelque détail, n'est-ce pas, à coup sûr, se dégager de la responsal)ilité du mauvais effet qu'il peut produire? La Feuille du jour et le Courrier n'offrent pourtant que cette excuse tacite. Toute la feuille du Coui'rier de Paris du 5 de ce mois est composée de manière à rendre plus sensible et à faire durer davantage le souvenir des journées infructueuses du commencement de la campagne. Il y a un raffinement coupable dans le rapprochement des articles dont se cf/mpose ce numéro. La première, la seconr^e, la
533 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [24 mai 1799J
troisième colonne, en partie, ne font qu'un détail emphatique, c'està-dire le rapport officiel à Vienne des opérations militaires de l'armée autrichienne en Italie; succèdent immédiatement les articles de la capitulation de Peschiera, l'annonce de la représentation par autorité à Hambourg d'une pièce dans laquelle se trouve le passage : Vive le roi! Ensuite des bruits, mal combattus par le rédacteur, de l'évacuation du pays des Grisons et d'une conquête de Lichtenstein par les Autrichiens, plus une répétition de cette nouvelle. Il serait difficile de présenter sans réflexion un ensemble de matières plus défavorables à l'opinion. Aujourd'hui, la Feuille du jour donne un extrait de la Gazelle de la cour de Vienne, laquelle cite de très grands désavantages qu'aurait éprouvés Buonaparte en Syrie. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le journaliste allemand, en annonçant différentes versions sur le succès de l'expédition de Buonaparte, ne parle ensuite que de revers. Le rédacteur de la Feuille du jour croit-il aller au-devant de toutes mauvaises interprétations du royalisme, en se contentant de mettre en tète de l'article : « Extrait de la Gazette de la cour » ? On observe qu'il a eu l'adresse de donner plus loin les dernières nouvelles favorables de l'armée d'Egypte, qu'il a extraites de VAmi des Lois ; mais le premier article n'en est pas moins lancé et livré à tous les commentaires de la malveillance. Au surplus, par la nature du caractère vraiment dangereux qu'il présente, on a cru nécessaire de le transcrire ici littéralement : « Allemagne. Vienne, 19 floréal. Extrait de la Gazette de la cour. Suivant les lettres de Constantinople, en date du 2 floréal, les rapports arrivés de la Syrie offrent un résultat absolument différent des versions qui ont circulé d'abord sur le succès de l'expédition du général Buonaparte contre cette province. Un corps de huit mille Français et pareil nombre d'Arabes et de Cophtos, rassemblés en Egypte, s'avancèrent, il y a quelque temps, dans la Palestine. Les villes de Gasa et de Giassa, presque sans aucune défense, ne purent les arrêter; Buonaparte se porta, le long des côtes, sur Saint-Jean-d'Acre (l'ancienne Ptolémaïs) et il détacha une petite colonne vers les défilés de Nablous (Sichem) pour observer les mouvements du gouverneur de Jérusalem, Dschérar-Oglou ; il vit que ce dernier pouvait le prendre à dos. Saint-Jean-d'Acre est si peu fortifiée, que les Français s'attendaient à peine à la plus légère résistance. Quel fut leur étonnement, lorsqu'il fut répondu k leur sommation par le feu d'une grosse artillerie bien dirigée ! Leur surprise dut être encore plus grande, lorsqu'ils apprirent que cette artillerie était la leur. En effet, treize bâtiments qui devaient transporter, de Damiette dans la Palestine,
la grosse artillerie ainsi que les munitions et troupes de débarquement, avaient été rencontrés par la flotte du commodore Sydney Smith; une partie fut prise et le reste coulé à fond ou dispersé. Le commandant anglais arriva à Saint-Jean-d'Acre précisément au moment où les-Français marchaient contre cette place. Ces derniers essuyèrent une perte considérable et furent forcés de se retirer. Cependant Dschérar-Oglou avait déjà occupé les passages sur leurs derrières et avait même remporté quelques avantages près de Nablous. Les Français perdirent par, là l'espoir de prendre la caravane qui se rend de Damas à la Mecque et se trouvèrent eux-mêmes dans un grand embarras. Dix-sept voiles turques, avec des troupes et des munitions, sont maintenant en route pour aller renforcer Dgezzar- Pacha. Deux vaisseaux de guerre anglais gardent l'embouchure du golfe arabique. Buonaparte et son armée sont dans une position très critique. Le grand visir, Youssouf-Pacha, se dispose à marcher contre les Français, avec toutes les forces de l'Empire ottoman, qui vont se réunir à lui sur la roule de Gonstantinople, par les provinces d'Asie, afin de faire entièrement échouer leur projet par un coup décisif, au cas qu'à son arrivée Dgezzar-Pacha n'y ait pas encore réussi. »
Lasalle, Dubos.
(Arch. nat., BB ^ 90, et F ^ 3843.)
Journaux
Rédacteur du 8 prairial : « Paris, le 7 prairial. Dans la séance générale du 5 prairial an VII, l'Institut national des sciences et arts a confirmé le choix de la classe des sciences physiques et mathématiques et de la section de géométrie, qui nommait à la place du citoyen Borda le citoyen Lacroix, avantageusement connu par plusieurs ouvrages utiles et d'un mérite supérieur. Dans la même séance, le citoyen Pougens, auteur d'un excellent écrit sur les langues du Nord, a été nommé à la pi*esque unanimité à la place du citoyen Dusaulx. » — Journal du Soir des frères Chaignieau du 9 prairial : « Paris, le 9 prairial. .. Le citoyen Daubcnton, ci-devant juge de paix de la division du Pont-Neuf, accusé d'arrestation et de détention arbitraires, et d'avoir en outre extorqué une somme de 24,000 francs, a été acquitté à l'unanimité, le 5 de ce mois, par le tribunal criminel du département de la Seine... » — Publiciste du 7 prairial : « Paris, le 6 prairial... Il y a eu hier dans le temple de la Reconnaissance, ci-devant (lermain-l'Auxcrrois, une cérémonie funèbre en l'honneur des ministres assassinés à Rastadt. Le discours a été prononcé par le citoyen Dubroca. Les hymnes ont été composés par les citoyens Félix Nogaret et Rollier, et mis en musique ])ar le citoyen Beauvarlet Charpentier... »
53o DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 mai 1799]
Rapport du bureau central du 7 prairial.
Mœurs et opitiion publique. Maison des orphelins du faubourg Antoine. — L'agent de surveillance de la Maison des orphelins du faubourg Antoine a dressé le prospectus d'une fête funèbre qu'il se propose de faire célébrer, le 15 de ce mois, par les élèves de cette maison, en l'honneur des plénipotentiaires français assassinés à Rastadt, et a annoncé qu'ayant déjà obtenu l'approbation de la commission des hospices, il attendait aussi l'assentiment du Bureau central. Il lui a été répondu que le Bureau central ne pouvait qu'applaudir au projet patriotique énoncé dans ce prospectus.
Arbre de la Liberté. — Il résulte du rapport du commissaire de police de la division du Jardin-des-PIantes que, dans la nuit du 29 au 30 floréal dernier, un coup de baïonnette a été porté dans l'arbre de la Liberté, près le corps de garde de la rue Victor, et que les soupçons se sont dirigés sur le factionnaire posé de trois à quatre heures du matin, nommé Pierre-François Daudeleux, demeurant rue de la Clef, dont la moralité politique est plus que suspecte, ayant été traduit en jugement pour l'affaire du camp de Grenelle. Le Bureau central a donné connaissance du fait au juge de paix, avec invitation de poursuivre l'auteur de cet attentat. Il a invité aussi le commissaire de police à ne rien négliger pour le découvrir et à rendre compte du résultat de ses démarches.
La citoyenne Guibert cherchant à abuser de la crédulité publique. — Il a adressé au juge de paix de la division de l'L^nité un imprimé que distribue la citoyenne Guibert, demeurant rue Mazarine, n° 1532, et par lequel elle s'annonce comme devineresse, l'invitant à la poursuivre conformément aux lois.
Salubrité et voie publique. . . Théâtre de la République et des Arts. — Informé par le commissaire de police de la division du Mail que, le 30 du mois dernier, en faisant la visite du théâtre de la République et des Arts, il a trouvé dans plusieurs loges d'artistes des quinquets et chandelles allumés près des matières combustibles, et que les entrepreneurs ne se sont pas encore pourvus d'un chien de ronde, le Bureau central a invité ces entrepreneurs à donner des
ordres pour éviter des négligences aussi dangereuses, et à se pourvoir d'un chien de ronde pour la visite.
Lessore.
(Arch. nat., F ^ 3843.)
Journaux.
Rédacteur du 11 prairial: « Inslilut national. La classe des sciences mathémaliques et physiques de l'Institut national a entendu, dans sa séance du 6, le rapport de la commission générale, formée de membres pris dans son sein, et de savants étrangers envoyés par quelques puissances alliées ou neutres, pour la fixation définitive de l'uniformité des poids et mesures, fondée sur la base invariable de la longueur d'un quart de méridien terrestre. On sait à travers combien d'obstacles et par combien de travaux deux savants français, les citoyens Méchain et Delambre, sont parvenus à terminer heureusement cette grande et belle opération, originairement proposée par l'Académie des sciences, adoptée par l'Assemblée constituante, décrétée par la Convention nationale et puissamment encouragée et favorisée par elle. Le rapport a été rédigé et lu par l'un des savants étrangers les plus célèbres, le docteur Van Sveden, envoyé par la République batavc. On ne peut bien rendre l'effet que cette lecture a produit. L'intérêt du sujet en lui-même, celui dont il est pour notre gloire nationale, celui qui s'y joint encore quand cette gloire est reconnue par des étrangers qui s'y associent ; l'ordre, la clarté, l'habile distribution des matières, la simplicité noble et la fermeté de style qui régnent dans ce rapport, le ton du savant lecteur qui était celui d'un homme pénétré d'amour pour la science, et d'admiration pour une application si grande et si utile de la science; l'attention religieuse avec laquelle un tel homme était écouté par de tels hommes, tout contribuait à donner à cette lecture, qui a duré près d'une heure et demie, le caractère le plus imposant et le plus attachant à la fois. Ce rapport sera lu à l'Institut en séance générale. » •
MDCCXX
Journaux.
Clef du Cabinet du 9 prairial : <c Paris, te S prairial. ...On n'ignore point qu'une secte d'athées s'élève parmi nous avec toute la fureur du prosélytisme, et parce que naguère on faisait tout croire à la France imbécile, on veut que la France éclairée ne croie désormais à rien. Une femme se trouvait dernièrement dans une société avec le citoyen Lebrun, et sachant que ce poète célèbre est un des plus zélés d'un dogme qui fait la consolation des hommes vertueux et sensibles, elle le taxa d'inconséquence, parce qu'il avait souvent, disait-elle, attaqué la fable de la Trinité. Voici ce que lui répondit
537 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 mai 1799]
Lebrun, avec l'accent que donne toujours à la parole la vérité qui sort du cœur :
Oui, j'ai d'un triple Dieu dévoilé l'imposture ;
Mais je n'ai point voulu, d'un vers blasphémateur,
Dans l'aveugle chaos replongeant la nature,
De l'empire du monde exiler son auteur.
MDCGXXI
Rapport du bureau central du 9 prairial.
. . .Journaux. — Trois et même quatre journaux paraissent parfaitement d'accord pour répandre avec profusion dans l'intérieur les mauvaises nouvelles que contiennent les gazettes allemandes : le Messager^ le Courrier de Paris, la Feuille du jour et le Bulletin de VEurope. — Le Messager des relations extérieures et le Courrier de Paris copient tous deux le Journal politique de VEurope, qui s'imprime à Mannheim, lequel publie, sur une lettre dite écrite de Constantinople du 6 floréal, que le bruit de la défaite de l'armée employée au siège de Saint-Jean-d'Acre se confirme ; que cette armée, en faisant sa retraite, a été enfermée dans les gorges de Naplous par une armée de trente mille Arabes. Le reste de la nouvelle consiste en détails de levées immenses que la Porte est censée faire pour les diriger sur la Syrie. Et les journalistes français ont encore la hardiesse de s'autoriser d'un misérable correctif donné, peut-être à dessein, par le gazetier allemand sur cette nouvelle, pour faire observer qu'il est avantageusement connu par son impartialité. On regarde, sinon comme très perfide, du moins comme très funeste à l'esprit public, cette partie de copie faite sur le gazetier de Mannheim par les rédacteurs des deux journaux précités. On croit encore très essentiel de noter qu'aujourd'hui, à la suite de la précédente nouvelle, tous deux donnent la traduction littérale d'une lettre écrite par Nelson au gouverneur de Bombay après la victoire d'Aboukir. Ramener les esprits sur cette journée, n'est-ce pas se faire un plaisir coupable d'appuyer le poignard sur le sein de sa patrie? L'administration croit devoir dénoncer particulièrement ce fait à l'autorité. — Cette lettre est encore dans le Bulletin de VEurope, dont une partie considérable est remplie de détails officiels de Vienne sur les opérations de l'armée d'Autriche. Lessore,Dubos.
(Arch. nat., BB » 90, et F ^ 3843.)
Autre rapport du même jour.
Mœurs et opinion publique. — Le Bureau central, en annonçant à radministration municipale du IX*^ arrondissement qu'il se propose de faire connaître au ministre de l'intérieur les actes de courage et de dévouement qui honorent les frères Condaminot, passeurs d'eau au port Landry, l'a invitée à anticiper sur l'expression publique de la reconnaissance nationale, en décernant une couronne civique à ces hommes modestes et généreux. Il lui a ohservé en même temps que le fils d'un de ces citoyens s'est déjà distingué par de pareils traits, et défend la République comme conscrit. — Informé que les ouvriers employés par le citoyen Quentinel aux préparatifs de la fête funèbre du 20 du courant doivent se coaliser pour exiger un salaire plus fort que celui qui leur est offert, le Bureau central, pour prévenir les désordres qui pourraient résulter des conseils perfides des malveillants mêlés parmi ces ouvriers, a chargé le commissaire de police de la division du Luxembourg de surveiller les ateliers du citoyen Quentinel et de faire connaître nominativement ceux des ouvriers qui exciteraient les autres à une coupable insubordination. Il a prévenu de cette mesure le citoyen Quentinel. — Il a renouvelé au commissaire de police de la division Le Peletier l'ordre de faire arrêter les prostituées de la maison de New-York, rue des Colonnes, n° 5, et autres femmes publiques, insultant aux mœurs dans cette rue ; il l'a invité à porter dans son procês-verbal les noms des témoins de leur prostitution et à déclarer à la femme Fayolle, tenant ladite maison, que le Bureau central la fera traduire au tribunal correctionnel, si elle loge des femmes publiques et favorise le libertinage.
DuBOS, Lessore.
Arch. nat., F "> 3843.)
Journaux.
Messager des relations extérieures du 10 i)rairial : « Paris, 9 prairial. ...Il s'est passé avanl-hier, aux Tuileries, un événement qui doit être une leçon pour les femmes auxquelles la modestie semble un travers et qui se croient plus de grâce à mesure qu'elles mettent plus d'indécence dans leur parure. Quoique les bals particuliers de cet hiver aient oiïert quelques exemples de ces costumes qui ne laissent à désirer que de la vertu dans celles qui les portent, les yeux du imblic ne sont pas encore accoutumés à ce grand scandale, et l'opinion qu'on a dans les départements est exagérée. Deux pauvres femmes, qu'on dit n'être arrivées que depuis quelques jours,
539 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 mai 1799]
se croyant sans doute obligées de se conformer à cette mode sous peine de passer pour provinciales, viennent d'en faire l'humiliante épreuve. Elles se promenaient hier seules près de l'allée des Orangers. Une simple robe de crêpe rose, par-dessus une autre robe de taffetas noir, entièrement décolletée et sans manches, laissait plus que deviner les charmes de leurs personnes. La foule, insensiblement amassée autour d'elles, les accabla de huées; cette scène allait avoir des suites fâcheuses; elles étaient menacées d'être conduites au corps de garde, lorsque deux citoyens leur offrirent le bras et les sauvèrent à travers la foule, qui s'obstinait à les conduire jusque dans la rue Honoré en leur prodiguant les éloges et l'estime qu'on témoigne aux rosières du Palais-Égalité »
MDCGXXII
J0URN.\UX.
Journal du Soir des frères C haig nieau dn 10 prairial : « Pans. ...Le ministre de l'intérieur, dans une circulaire aux professeurs et bibliothécaires des Écoles centrales, leur recommande la rédaction d'un almanach ou annuaire consacré à chaque département. Il leur détaille la nature des matières qui doivent entrer dans la rédaction de ces sortes d'ouvrages, plus intéressants qu'on ne pense pour la formation de l'esprit public...» — Moniteur universel du 10 prairial. « ...C'était de Londres qu'était partie la mode des voitures d'une ridicule hauteur. Mais tout change, et à présent les équipages sont si bas dans cette ville qu'ils touchent le pavé »
Journaux.
Rédacteur du 13 prairial : « Paris, le 12 prairial. La fête de la Reconnaissance a été célébrée avec pompe par toutes les municipalités de Paris. Dans le dixième arrondissement, elle a été remarquable par la députation des militaires invalides. Le président, après un discours analogue à la fête, a adressé la parole à cette députation et lui a dit : « Citoyens vétérans, vous « êtes ici les représentants de tous les défenseurs de la patrie qui ont coni- « battu ou péri pour elle; je m'applaudis d'être en ce jour l'organe de la Ré- « publique, pour vous témoigner sa reconnaissance. Des lauriers sont préparés « pour couronner vos belles actions; des tablettes d'airain les transmettront à
« la iiostérilé; la Ré])ublique récompensera les bienfaits qu'elle a reçus de « vous; elle n'oubliera jamais qu'elle doit son établissement et sa conservation « à l'elTusion de votre sang, à votre courage intrépide qui fait encore trembler « l'Europe et retentir les airs de vos exploits,..» De suite, le président leur a donné l'accolade fraternelle... » — Puhlicisle du 14 prairial : « Paris, le 13 prairial... Pendant six jours de la décade, la grande galerie du Muséum des Arts de Paris otfre le coup d'œil le plus intéressant. De jeunes peintres de l'un et de l'autre sexe, montés sur des sièges élevés sur divers échafaudages, étudient, copient avec leurs crayons ou leurs pinceaux les chefs-d'œuvre rassemblés dans ce beau lieu. Ces jours-là, les artistes, les étrangers, les militaires y sont seuls admis, (/autre jour, j'y vis un soldat de passage qui y avait fait entrer son ])ère, sa mère, sa sœur, bons villageois sortis pour la première fois de leur commune, et qui vraisemblablement n'avaient jamais vu de peinture que l'enseigne de leur auberge, ou la croûte enfumée du maître-autel. Ces bonnes gens n'apercevaient point de différence entre le Poussin et AVatteau ; mais ils étaient tout fiers de se trouver là; et le fils, encore plus fier de les y conduire, semblait leur dii'e : « C'est moi qui ai conquis beaucoup de ces tableaux. » Les trois derniers jours de chaque décade la scène change : la galerie est ouverte au public, et olVre une allée de promenade où tout est spectacle, ce qui la fréquente comme ce qui la décore... » — Messager des relations extérieures du 12 prairial : « Paris, Il prairial. Tivoli.
Tout veut le voir, tout y va, tout y court : Fille mettra, pour en passer la rage.
Ou ses bijoux ou son honneur en gage ; En artisan, le gain d'un demi-jour; Et le rentier, que sa femme tourmente, Vendra plutôt trois cents livres de rente.
[Poème des modes.)
Ce jardin délicieux est toujours le rendez-vous des grâces, le temple de la mode. L'art y surpasse la nature, et les charmes y enchaînent le naturel des Français. La plus volage petite maîtresse a beau se scandaliser d'une coutume de quatre ans, il faut aller ovi la vogue l'appelle, et c'est encore Tivoli. Le zèle des administrateurs y multiplie chaque année les jouissances du public; ils embellissent le printemps juscjuc dans son plus beau domaine; l'abondance des eaux, la fraîcheur des pelouses, l'ombre des bosquets, la variété des tleurs, la distribution enchanteresse des ju'oductions de la terre y reposent les sens fatigués du tumulte et de la monotonie des promenades publiques. Ceux qui s'y rendent pour y voir une réunion de jolies femmes se pressent dans une allée dont la tapisserie animée peuplerait tous les harems de l'Asie. Un dôme do topazes et d'escarboucles fait étinccler tous les yeux; une harmonie délicieuse fait tressaillir tous les sens; le jeune homme court les y perdre, et le vieillard les ranimer. L'homme du monde y passe la revue de ses conquêtes, la femme galante y compterait les anciennes, si elle n'était pas occupée des nouvelles, et la plus mince bourgeoise regarde, étudie et retient les nouvelles fantaisies de la mode. Loin de ces tableaux animés, les penseurs vont rétléchir. La solitude de ces lieux rafraîchit leur pensée; la mélodie dont ils entendent les derniers accords enchante leur imagination ; et ces gazons tlcuris, ces taillis épais n'auraient pas d'habitants i)lus heureux, si l'amour n'y égarait de temps
541 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [31 mai 1799J
en temps ses favoris. » — Ami des Lois du 12 prairial : « Ballelin du jour. Dernièrement, un jeune homme, qui n'avait point encore atteint rage de la conscription, accompagnait à l'Arsenal un conscrit, son ami, que le sort avait désigne pour partir. Au moment du départ, ils s'embrassent, les larmes aux veux; ils se regardent longtemps avant de se séparer, et semblent se rappeler, par le langage expressif de leurs regards mélancoliques, le bonheur qu'une douce intimité leur avait fait goûter ; le plus jeune ne peut se résoudre à quitter son ami. « Compagnon de tes plaisirs, je le serai, dit-il, de tes fatigues et de tes dangers. » Aussitôt il demande qu'on reçoive son enrôlement volontaire, à condition qu'il servira dans le même corps et dans la même compagnie que son ami. On l'inscrit; le père d'un conscrit, qui venait de conduire son fils au dépôt, a entendu la proposition du jeune homme : « Puisque u vous êtes décidé à partir, lui dit-il, vous pouvez m'obligcr en rem[)laçanl « mon fils. >) En môme temps, il lui met dans la main cinquante pièces de « vingt-quatre francs. — .Je ne puis les accepter, répond le jeune homme. — « Je double la somme. — Non, non. Je i)uis quitter volontairement mes foyers (( pour ma patrie et pour l'amitié, mais jamais pour de l'argent. » Si l'on pouvait recueillir tous les traits d'un semblable dévouement, signalés d'une manière aussi touchante, dans les divers cantons, l'on verrait que notre France compte un grand nombre de Nisus, d'Euryales, d'Orcsles et de Pylades. »
MDGCXXIV
Rapport du bureau central du 13 prairial.
Journaux du 12 prairial. — Plusieurs journaux présentent aujourd'hui un intérêt particulier, quoique sous difîérents rapports. — L'article Variétés de VA7)îi des Lois se compose de réflexions sur les différents discours tenus au Corps législatif contre les dila[)idaleurs. Le journaliste gémit sur l'abus que l'on a fait des plus précieuses ressources de l'Etat; il repousse les soupçons que l'on voudrait faire tomber sur les premiers magistrats; mais il croit aussi qu'il est du devoir d'un accusé de provoquer lui-même son jugement, en pareil cas, attendu qu'un particulier soupçonné peut avoir assez de sa propre conscience, tandis qu'il faut à l'homme public la confiance du peuple. — Mais le Bulletin de VEurope enchérit infiniment sur celte observation, ou plutôt en fait d'autres d'une nature différente; elles frappent en général sur les dernières séances du Conseil des Cinq- Cents. La manière dont les opinions de quelques législateurs sont traitées, dans cet article Variétés, laisse présumer que le journaliste ne serait pas le dernier à user outre mesure d'une liberté illimitée de
la presse. Il croit voir un but purement révolutionnaire dans un dis- ^ cours prononcé à la séance du 8, et qu'il appelle l'oraison funèbre des patriotes assassinés. Il pense qu'il a pour objet de provoquer une sainte insurrection et de mettre le gouvernement entre les mains des patriotes exclusifs. « Français (de Nantes), dit-il, se plaint de la compression de l'énergie des patriotes, mais qui les empêche de voler aux frontières, et de déployer contre les Russes toute leur énergie? » Plus loin il déclare ne point vouloir que le gouvernement leur interdise (aux patriotes) toutes les bonnes œuvres , à moins qu'ils ne rangent dans cette classe le meurtre et le pillage. Ainsi le rédacteur, qui d'ailleurs en prévient par une note à part, désigne du mot de patriote les anarchistes, les patriotes exclusifs. Le mot A' énergie se voit écrit en lettres italiques. Sur ce qu'on a dit à la tribune que l'esprit public s'attiédissait, il trouve au contraire qu'il s'échauffe et se fortifie si bien chaque jour, que toute l'énergie des patriotes, même avec les échafauds et les guillotines, ne parviendra jamais à le détruire et que le seul esprit public qui soit véritablement anéanti est un esprit de destruction, de rapine et de mort, que les exclusifs, etc. — La nouvelle donnée le 11 par la Feuille du jour, portant que l'Angleterre prenait à sa solde 45,000 Russes, prêts à se rendre dans les environs d'Hambourg, se trouve aujourd'hui copiée par un grand nombre de journalistes. Dans le numéro suivant, la même feuille, à la date du 20 floréal (Leipzig), confirme le même bruit, en portant au total de 50,000 le nombre des Russes auxiliaires. Plus loin, dans la même feuille, Francfort, 5 prairial, ce nombre, par un crescendo rapide, est porté à 77,000. — On cite dans le Messager des relations extérieures (qui paraît la veille au soir, est ensuite copié par d'autres journalistes) une lettre de Strasbourg, 7 prairial, laquelle annonce que le Corps législatif helvétique, transporté à Berne, a suspendu provisoirement ses séances après avoir nommé sept membres pour prendre soin du gouvernement avec le Directoire. Cette nouvelle se trouve copiée par les journaux : le Courrier de Paris, la Feuille du jour, le Bulletin de l'Europe, le Point du jour, le Journal du Soir, par Sablier, etc. Enfin la Feuille du jour annonce que l'on répand avec profusion dans Paris une brochure dirigée contre le Directoire intitulée : Situation actuelle de la République française.
Lasalle, Dubos.
(Arch. nat., F^ 3843.)
543 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [1='- juin 1799]
Journaux.
Ami (les Lois du 14 prairial : « . . . L'ouverture du Ihéàtrc de la République a été très brillante. On a joué Le Cid cl L'École des maris. Vanhovo a. joué le rôle de don Diègue avec beaucoup de vérité. Talma a montré dans Rodrigue toutes les ressources de son grand talent. La citoyenne Petit a été admirée dans la partie politique de son rôle. Celui qui a joué don Fernand a nui, par sa faiblesse, au jeu de cette actrice.». .. « Variétés. Les deux fournisseurs. — A. On nous travaille vigoureusement dans les deux Conseils ; je tremble pour ma fortune. — ■ R. Ragatelle. ., Laisse les orateurs satisfaire leur vanité ; ils ne toucheront pas à ta fortune. — A. Un cri général s'élève contre nous ! — B. Fais comme moi, cric plus fort qu'eux ; on s'y méprendra. — A. Je suis trop connu ; on me désigne partout comme un fieffé voleur. — R. Ferme la bouche à tes détracteurs; associe-les à tes bénéfices; ils se tairont. J'employai ce moyen après le 18 fructidor ; à mes marchés douze clabaudeurs en titre ; ils devinrent mes apologistes. Après les avoir déshonorés, je n'eus pas de peine à les éconduire ; je demeurai maître du champ de bataille. — A. Nos ennemis sont trop nombreux ; je ne suis pas assez riche pour payer leur silence. — B. Eh bien, fais comme Mazarin, laisse-les dire ; on fit dix mille libelles contre ce ministre: il mourut tranquillement avec son autorité et ses richesses. — A. Le ministre de la guerre a les yeux sans cesse ouverts sur nous ; il examine nos fournitures, fait brûler les pains pourris... — R. De quoi te j)lains-tu? Fait-il brûler les fournisseurs? — A. Il fait vendre au profit des pauvres les livraisons défectueuses. — B. Rachète-les sous un nom inconnu : ce qui est rejeté dans un magasin, sera reçu dans un autre. Le ministre, tel vigilant qu'il soit, ne peut tout voir par lui-même. — A. Je crains que le gouvernement, fatigué de tant de clameurs, ne fasse un exemple. — B. S'il y a trois cents grands voleurs dans la Républicpie, en te supposant du nombre, il v a trois cents à parier contre un que ce ne sera pas toi qui serviras d'exemi»lc. — A. Tu penses donc que j'en serai quitte pour la peur? — R. iVbsolument. Eh quoi, tu as deux millions disponibles, et tu crains? Je le répète ; fais comme les autres, fais comme les filous de Paris, qui, pour échapper aux poursuites de ceux qui les prennent sur le fait, crient plus fort (ju'eux : Au voleur! au voleur! au voleur!.., »
MDCCXXV 13 PRAIRIAL AN VIT (l*' JUIN 1799).
Rapport du bureau central du 14 prairial.
Journaux du 13 prairial. — Seul de tous les journaux, celui du Soir, par Sablier, donne une déclaration faite au nom du roi de Suède, en sa qualité de duc de Poméranie, par son ministre près la Diète générale de l'Empire, datée de Ratisbonne, le i"' prairial. Par
[3 JUIN 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF Ui
cette déclaration, le roi de Suède, non seulement annonce la ferme résolution de fournir son contingent à l'Empire en sa qualité de duc de Poméi-anie, mais encore déclare que nul souverain ne peut aujourd'hui prétexter une cause pour garder une neutralité quelconque, même quand il objecterait la difficulté de sa position et la nullité de ses moyens. — Le Flambeau commence ainsi un article de nouvelle du Canada : « La Révolution française a produit une si grande émigration qu'il n'y a pas de coin de la terre qui ne recueille à présent quelques individus de cette nation. » Le rédacteur n'a certainement pas prétendu faire dans cette phrase singulière l'apologie de la Révolution française.
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB » 90.)
Journaux.
Rédacteur du 14 prairial : a Li/cée des Arts. Malgré ses désastres, le Lycée des Arts n'a pas abandonné ses utiles travaux. Le 15 prairial prochain, il tiendra sa soixantième séance publique, à six heures du soir, en son local provisoire, à l'Oratoire, rue Honoré. Il n'aura que le regret, vu la petitesse de ce local, de ne pouvoir distribuer un aussi grand nombre de billets que celui qu'il avait coutume de donner. C'est à l'Oratoire que les demandes et avis doivent être adressés, par écrit, au secrétaire général do la Société. »
Rapport du bureau central du 16 prairial.
. . .Salubrité et voie publique. . . .Cérémonie du 20 prairial. — Le Bureau central a invité le ministre de Tintérieur à lui faire parvenir le plus tôt possible la marche que tiendra le cortège des autorités constituées pour se rendre au Champ-de-Mars décadi prochain, 20 prairial, afin de prescrire les mesures de police relatives à la liberté de la voie publique sur tous les points où ce cortège passera. Cette cérémonie paraissant nécessiter, dans la saison présente, l'admission de comestibles et rafraîchissements dans les allées latérales du Champ-de-Mars, tant pour le grand nombre de spectateurs qu'elle attirera que pour les citoyens faisant partie du cortège, sans toutefois permettre ni tolérer aucun établissement qui par sa nature serait
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destiné à des réjoiiisscinces, il a invilé le commissaire de police de la division des Invalides à régler sa conduite à l'égard des marchands qui se présenteraient à son bureau pour obtenir la faculté de se fixer momentanément près du Ghamp-de-Mars sur ces bases, à ne les souffrir que dans les contre-allées et de manière à ne gêner en rien la circulation des patrouilles et des gens de pied, et à n'accorder cette faculté qu'à des gens paisibles.
Lasalle, Dubos.
(Arch. nat., F'' 3843.)
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 15 prairial: « Paris, le 15 prairial Il paraît que le reste des acteurs de l'Odéon et de la République, qui no font point partie de la réunion opérée, et parmi lesquels se trouvent des talents qu'il serait très injuste de négliger, établiront un second théâtre qu'on pourra considérer comme une école dramatique où se formeront les jeunes élèves destinés à être reçus par la suite à la Comédie-Française. On dit même que la citoyenne Montansier s'est chargée de leur procurer un local, et qu'elle s'est rendue ou va se rendre, à cet effet, adjudicataire de l'ancienne salle de l'Opéra, boulevard Martin. En attendant, ils joueront de deux jours l'un sur le théâtre de la Cité. Si tous ces projets se réalisent, l'art dramatique ne pourra qu'y gagrter, parce que l'émulation nait presque toujours de la concurrence. . . » — Publiciste du 16 prairial : « Paris, le 13 prairial. . . On a destitué un grand nondjre d'officiers municipaux du canton de Paris, dont le patriotisme était équivoque... » — Clef du Cabinet du 17 prairial: « Paris, le 16 prairial. Hier ou donnait au Théâtre-Français de la République, rue de la Loi, Le Misanthrope et Les Amis du collège, c'est-à-dire une des plus belles comédies de Molière et l'une des plus intéressantes pièces de Picart. On sait avec quel ensemble, avec quelle perfection les artistes nouvellement réunis représentent de pareils ouvrages ; eh bien, lorsque l'abbé Cotin prêchait, l'église contenait plus d'auditeurs qu'on n'en voyait hier soir dans la salle de la République ; tandis qu'au même instant ces théâtres où dominent le mauvais goût, le mauvais ton, la mauvaise compagnie, étaient pleins. Habitants de cette cité antique, combien vous êtes dégénérés! Cond)ien, si jamais vous revenez aux bons principes, vous rougirez d'avoir pu mériter ce reproche ! Et que vous serez heureux, après n'avoir caressé que des Dames Angot, des Cadets misanthropes, de retrouver encore des acteurs dignes de jouer le Tartufe et Britannicus !.. .»