‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 140 sur 254 · L. MiLLY, Li'] Tkllier · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Li'] Tkllier

(Arch. nat., BB^ 90, F ' 3843 et F*» ui, Seine, 20.)

MDCCXLII •

Tableau analytique de la situation politique du département de LA Seine pendant le mois de prairial an VII, présenté au ministre de l'intérieur par le commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale dudit département-.

Esprit public. — Le sommeil léthargique dans lequel il est plongé ferait craindre son anéantissement. Nos revers ou nos succès ne font naître ni joie ni inquiétude ; il semble qu'en lisant l'histoire de nos batailles on lise l'bistoire d'un autre peuple. Les changements de

1. A la (in prairial an VII, Miliy et I-iC Teilier ne faisaient pas partie du Bureau centrai; ils n'y entrèrent que le 12 mcssiilor (voir plus loin, p. 593); mais ce rapport porte i^dans F " 3843) la date du 23 messidor an VII.

2. Ce tableau est accompagné dune lettre d'envoi en date du 10 messidor an VII.

^1Q DiRËCTOmE EXÉCUTIF [mai-juin 1709]

riiUérieurn'excitentpasplusd'éniotion.On se questionne par curiosité, on répond sans intérêt, on apprend avec indilTérence. Qu'il serait important de faire cesser ce sommeil de mort I Mais quels en sont les moyens? Le Corps législatif s'en occupe utilement; le gouvernement et ceux qu'il a honorés de sa confiance le secondent de tout leur pouvoir.

Instruction publique. — Le jury d'instruction vient de reprendre l'examen des instituteurs qu'il avait cessé instantanément. Cette sage institution, de concert avec celle de l'établissement de l'École normale, pré^:age le moment prochain d'une bonne organisation de l'instruction publique. — Les administrations municipales continuent leurs visites dans les écoles. Elles saisissent toutes les occasions possibles d'honorer les instituteurs bien méritants en les plaçant à la hauteur de leurs fonctions, et en rappelant sans cesse à leurs élèves tout ce qu'ils doivent d'égards, d'attachement et de reconnaissance à ceux qui dirigent leurs premiers pas et leurs premières pensées. — l'iusieurs instituteurs reprennent leurs habitudes fanatiques et négligent les institutions républicaines : ils sont surveillés.

Spectacles. — Ils sont tranquilles; mais dans un 1res petit nombre seulement l'on y applaudit des scènes civiques.

Journaux. — Ils ne font rien pour remonter l'esprit public, mais beaucoup pour le perdre.

Annuaire républicain. — L'annuaire républicain est très bien suivi à Paris, mais mal dans plusieurs cantons ruraux, où les prêtres reprennent le dessus et rétablissent peu à peu le règne du dimanche.

Poids et mesures. — Les nouveaux poids et mesures obtiennent du succès et sont assez bien connus. On en a saisi, ce mois, quantité de faux chez les boulangers et les marchands.

Fêles nationales. — La fête de la Reconnaissance a été célébrée avec autant d'ordre et de décence, avec autant de dignité et de pompe que les circonstances de fonds disponibles l'ont permis, — La fête funéraire [tour les ministres assassinés à Rasladt a inspiré un grand sentiment de vengeance aux cœurs patriotes et une misérable indifférence aux âmes froides et égoïstes, et le nombre en est si grand !

Associations politiques. — On se borne à parler du rétablissement des sociétés poptdaires, etc.

Mœurs. — La dépravation des mœurs est extrême, et la génération actuelle est dans un grand désordre, dont les suites malheureuses sont incalculables pour la génération future. L'amour sodomiste et l'amour saphique sont aussi effrontés que la prostitution et font des progrès déplorables. .

[i9 JUIN 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF SSÔ

Cultes. — Les Ihéophilanthropes perdent de leurs partisans et ils ont cessé tout culte au Temple du Génie. — Les prêtres ressaisissent leur empire, et l'église Roch est leur métropole.

Force armée. — La garde nationale sera bien tenue, quand elle le sera conformément à l'arrêté du Directoire qui va être mis à exécution, — La gendarmerie montre toujours activité, intelligence et dévouement. — Tous les jours des conscrits sont arrêtés et rejoignent. La cérémonie de l'élévation de deux colonnes où sont inscrits les noms des partis et ceux des cachés ou en fuite a produit généralement de l'effet.

Police. — On compte ce mois treize noyés, douze suicides, trois tentatives de suicide, un assassinat, le meurtre d'un fils par son père.

Etablissements de bienfaisance. — Les comités de bienfaisance paraissent distribuer avec intelligence et justice; mais les secours dont ils peuvent disposer sont bien au-dessous des demandes et de la nécessité.

Approvisionnements. — Depuis l'arrêté du Directoire exécutif qui défend toutes les exportations de grains, on ne s'occupe plus, comme le mois passé, de provisions. Toute crainte de disette est par conséquent dissipée.

Commerce. — Point de commerce et beaucoup de faillites. Les bourses se resserrent. Les effets nationaux perdent de plus en plus. Sans esprit public, plus d'espoir ; mais avec l'esprit public, on ravivera le commerce, on aura de l'argent, on aura des hommes, on obtiendra une paix glorieuse et durable.

Revenus publics. — La rentrée des impositions est de \ ,940,581 francs. — Celle du droit d'octroi de 685,663 fr. 28 centimes. — Celle de la vente des domaines nationaux, en exécution de la loi du 27 brumaire an Yll, de 10,202,1)00 francs.

DuPiN, commissaire du pouvoir exécutif.

(Arch.nat., F*" m, Seine, 20.)

MDCGXLIII

Journaux.

Rédacteur du i»' messidor. — « Avis important. I/augmentation du droit de timbre sur les journaux, ainsi que divers autres frais, nous forcent à

58t - DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 loiv 1799]

porter, à compter du [''' messidor prochain, le prix de l'abonnement à 13 francs 50 centimes pour trois mois, 20 francs pour six mois, et 50 francs pour l'année. » — Ami drs Lois du '.] messidor : « Variétés, . . Il est faux que Baillcul ait pris la fuite; il est chez lui. Il s'abstient d'aller au Conseil, assure-t-il, parce qu'il est menacé par des hommes dévoués autrefois à Robespierre et qui obstruent les avenues du Palais national des Cinq-Cents On

ne voit plus dans les lieux publics cette taciturnité, cette défiance sourde qui y régnaient, il y a quelques jours. Paris reprend sa physionomie de 91, et l'on s'exprime, dans les écrits et dans les groupes, avec cette liberté fière qui convient à ce peuple libre qui a fondé son gouvernement sur les bases de l'égalité. Prudhomme dit, dans son premier numéro' : « Si vous voulez, légis- « lateurs, que les républicains vous aident dans vos glorieux travaux, rendez « la presse libre, non par une loi en dix-huit articles, mais par un seul article « qui punisse de mort quiconque porterait atteinte à la liberté de la presse. « Ne redoutez pas les écrits des royalistes : les républicains sauront bien les « faire taire »

MDCCXLIV

Police secrète de Paris. — Bulletin du 3 messidor*.

Un observaleur sûr raconte que le nommé HoIIier, qui se dit lié avec des patriotes, du nombre desquels se trouve un nommé Frotier, ancien secrétaire général du département de la Nièvre, qui a été chassé du département par les patriotes eux-mêmes, parce qu'il avait été convaincu d'avoir soustrait une somme de 24,000 francs ou environ, élant chez lui hier dans la matinée, a assuré qu'il existait déjà un club dont le président était nommé et dont les secrétaires le seraient dans la journée ; que cette société dirigerait tout, et qu'avant sa formation elle avait déjà déterminé les affaires ; que chaque jour ils se trouvaient deux à trois cents dans la salle des conférences des Conseils et qu'on les consultait sur tout. Il ajoute que, dans la soirée d'hier, il a vu aux Tuileries différents citoyens réunis se promener et ayant l'air de chercher d'autres, parmi lesquels il a reconnu

1. L. Prudhomme avait fait paraître, le 1«" messidor an VII, un journal intitulé Le Voijayeuf, qui vécut jusqu'au 11 vendémiaire an VIII. Bibl. nat., Le 2/1005, in-4, et Tourneux, n» U,233.

2. C'est la seconde fois (voir plus haut, p. 570) (|ue nous voyons apparaître ces bulletins, dont nous ne connaissons pas bien la provenance. Ils comblent en partie la lacune assez j^rave qui se remarque, du 1" au 14 messidor an VII, dans les rapports du Bureau central : ces rapports, pendant ces quatorze jours, n'oflrcnt aucun renseignement sur lesprit public.

[20 juix 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF o8â

Frotier, Valsy, son beau-frère, Boisset, du département de l'Orne, Naudet, ex-président de l'agence des armes portatives, Leclerc (des Vosges), Daubigny et Chambellan. Il les a vus tous se réunir.

Nota. — C'est le même Frotier qui, ayant été conduit au Bureau central pour rendre compte de sa conduite, a porté plainte au Conseil des Cinq-Cents, et a provoqué un message, lorsqu'il était déjà remis en liberté.

Le l®*" messidor, les ouvriers du faubourg Antoine étaient réunis dans les lieux publics. Dans la rue Lenoir, où se tient un jeu de Siam, cette réunion était composée d'environ trente citoyens. On s'est beaucoup entretenu du Directoire et des ministres ; on disait : « Que l'on fasse ce que l'on voudra, les faubourgs ne s'en mêleront plus. » Un des citoyens de cette société a dit « qu'il était bien affreux que le Directoire laissât les défenseurs de la patrie pieds nus, sans vêlements, mourant de faim, tandis qu'on accablait le peuple d'impôts ». Ce même individu a ajouté que c'était une trahison, et qu'il savait que, dans un certain endroit (on répand que c'est au Luxembourg), il existe trente mille habits, vestes et culottes et vingt-cinq mille chemises. — Le calme qui règne dans Paris et la surveillance qui s'y exerce rassurent les amis de l'ordre. Chacun est occupé de ses affaires, et les ouvriers de leurs travaux. — Un citoyen assurait hier, dans un groupe des Tuileries, que le général Masséna avait un luxe plus grand qu'un ci-devant roi, que sa suite était composée de quarante domestiques, d'une voiture et de douze femmes. Les auditeurs murmurèrent et dirent : « Nous ne sommes entourés que de scélérats et de coquins, il faut un coup pour les exterminer tous. La déportation est trop douce pour eux. On a fait mourir des milliers de personnes qui ne l'avaient pas tant mérité qu'eux. » — On disait hier au même endroit que le pain allait renchérir, ainsi que toutes les denrées ; que le pain se payerait 15 sols les 4 livres, et que ce renchérissement n'aurait pour motif que l'accaparement. On a remarqué que l'individu qui tenait ces propos parcourait tous les groupes. — Dans la majorité des groupes qui se forment aux Tuileries, on annonçait désirer la paix, n'importe à quel prix. Trois ou quatre individus répandirent qu'on allait rétablir un Comité de Salut public. Cette mesure fut généralement improuvée. — Le 2 messidor, après midi, une société d'ouvriers de la rue de Lappe, réunis au café Amelot, appelait sur les dilapidateurs la vengeance des lois. Un des citoyens a assuré qu'il y avait une commission de nommée par le Conseil des Cinq-Cents, pour faire mettre en liberté plus de trois cents patriotes détenus arbitrairement au Temple ; un autre a ajouté que l'ordre était

583 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [20 juin 1799]

donné pour toutes les prisons de Paris. — DifTérenls citoyens, réunis à l'auberge du Gros- Raisin, rue Marlin, disaient que, pour contenter les républicains, il fallait rapporler la loi du 22 tloréal. — On disait hier, 2 messidor, dans divers cafés, et notamment dans ceux de la Régence et de la Place-des-Victoires, qu'il fallait remettre en vigueur la loi du 3 brumaire an IV, sans distinction quelconque, changer tous les commissaires et toutes les administrations tant civiles que militaires, et mettre en jugement tous les dilapidateurs. — On voit avec plaisir la destruction des théophilanthropes par l'abaissement de leur protecteur. On espère que le culte catholique sera moins vexé. — Un observateur sûr et patriote rapporte que des ennemis de la Constitution de l'an III se répandent dans les salles et dans les tribunes du Conseil des Cinq-Cents, et font circuler le bruit que le régime de la Terreur va être établi, mo^'en qu'ils emploient pour porter le peuple à s'insurger. Il ajoute que ces mêmes individus, en abordant les gens de leur parti, leur disent : « Voilà enfin la République et les républicains sauvés. » Ceux-ci répondent : « Qu'a-t-on donc fait ?» — « Comment, ce qu'on a fait?» — Alors un de ces individus raconte les événements qui ont eu lieu ; l'auditeur lui dit : « Quoi, on n'a fait que cela ?» — « Et comment diable, tu n'es pas content?... » — « Est-ce qu'on ne fera pas tomber quelques tètes ? Est-ce qu'il n'y aura pas une guillotine? » — Alors un autre interlocuteur survient: « Tais-toi donc, lui dit-il, en lui parlant à l'oreille (mais cependant assez haut pour qu'on l'entende), tu sens bien que c''est le commencement du régime de la Terreur, mais qu'on ne p^^'ut pas faire tout à la fois.

Nota. — Plus de trente rapports s'accordent sur les faits consignés au présent bulletin.

(Arch. nat., AF ni, 47.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 3 messidor : « Paris, le 3 messidor. . . Plusieurs citoyens, que l'ancien Directoire avait fait enfermer au Temple sous prétexte de conspiration, viennent d'être mis en liberté. . .. .» — Journal des Hionnies libres du 4 messidor : i' Paris, 3 messidor. . . Serait-il vrai que le l)irectoire a donné hier Tordre au ministre de l'intérieur de faire restituer à l'ex-Directcur Rcubell les porcelaines, (lambeaux, vases et jusqu'aux pots de chambre de porcelaine qu'en le quittant il avait enlevés du Luxembourg? Et si le fait est vrai, comme on l'assure, comment des hommes aussi vils auraient-ils pu donner quelque considération à notre gouvernement auprès de l'étranger ?. . » — Clef du Cabinet du 4 messidor : <( Paris, le 3 messidor. . . On dit qu'il existait réellement une police pour surveiller les représentants du peuple. Ce qu'il y a de certain, c'est que deux représentants de nos amis et un

général sortis du Conseil des Anciens le !«■■ prairial étaient constamment environnés de ce qu'on appelle « les mouches de la police », et, bien avant les événements de ces dernières journées, ils nous avaient, dans le jardin des Tuileries, montré les honnêtes gens qui les surveillaient. Toute autorité qui vient à ces odieuses mesures est perdue »

MDCCXLV

Police secrètr. — Bulletin du 4 messidor '.

Le 2 messidor, on [a] manifesté clans divers endroits la crainte de voir les échafauds redressés el les bastilles réouvertes. — Le même jour, dans le cabaret du Rendez-Vous, rue de la Roquette, trois citoyens disaient que le gouvernement n'était pas ré(3ublicain, qu'il abandonnait les patriotes, qu'on leur avait promis la mise en vigueur de la Constitution de 1793, mais qu'on agit en sens contraire.— L'assassinat commis sur les ministres plénipotentiaires à Rastadt est imputé au citoyen Jean de Bry. Ce bruit s'accrédite, et le public semble y croire. Celte opinion se manifeste généralement dans les cafés el lieux publics. On ajoute que la citoyenne Roberjot accuse le citoyen Jean de Bry d'avoir fait commettre cet assassinat. — Le 2 messidor, l'opinion publique était divisée ; d'un côté, on remarquait l'espoir du salut entier de la République ; de l'autre, on remarquait le frottement des passions et le désir de la vengeance. On disait dans diflerents groupes que le Corps législatif commence à faiblir, que ce n'était pas la peine de comm.encer, pour rester en arrière ; que la chose publique ne peut se sauver qu'en faisant tomber les tôles de tous les scélérats dénoncés à l'opinion ; on ajoutait que les journaux et les adresses forceraient le Corps législatif à agir révolutionnairement, ou qu'il serait enveloppé dans la même proscription, qu'il ne fallait pas qu'il soit dit que quelques membres eussent travaillé pour eux seuls, et qu'il fallait qu'ils travaillassent encore pour les vrais patriotes. — Les royalistes semblent reprendre un peu d'espoir. Ils disent que la Révolution dévorera tous ses enfants, que personne ne voudra bientôt plus en être le défenseur, et que tous les Français appelleront d'un cri unanime leur légitime souverain. — On dit que des hommes exaltés

1. On remarquera que ce bulletin revient dabord sur la journée du 2 messidor dont il avait déjà été question dans io hiiilotin précédent.

585 DIRECTOIRE EXECUTIF [21 juin 1799]

sont réunis aux royalistes, afin de renverser l'ordre des choses actuel. Les uns marquent leur mécontentement de ce que les derniers événements se sont passés avec calme et tranquillité; les autres, de ce qu'ils ne peuvent assouvir leurs haines et leurs vengeances particulières.—Le 3 messidor, le faubourg Antoine a été dans la plus grande tranquillité. Il y avait peu d'ouvriers dans les cafés' et dans les cabarets. La conversation a roulé sur les événements du jour, notamment sur le Directoire. On }' disait que les citoyens de la commune d'Argenteuil se disposaient à venir à Paris, pour faire la garde du Corps législatif. On faisait courir le bruit, dans le faubourg, que les assemblées ' populaires allaient être rétablies. La majorité des citoyens regarde ces sociétés comme dangereuses. — Le 3 messidor, on remarquait dans différents groupes des citoyens de très mauvaise mine, qui demandaient la mise en jugement des quatre ex-Directeurs et des dilapidateurs. On ajoute qu'ils disaient que le Corps législatif aurait dû former un Comité de Salut public. — Hier, 3 messidor, environ sur les huit heures du soir, dans l'allée des Orangers, aux Tuileries, un citoyen fut accosté de deux autres bien vêtus, qui le traitèrent de terroriste. La querelle qui commençait à s'élever fut apaisée par l'arrivée d'une patrouille de grenadiers. — On disait hier, 3 messidor, dans les cafés et lieux publics, que tous les employés des administrations seraient changés, qu'il fallait des révolutionnaires pour rétablir la Terreur; qu'il y avait déjà beaucoup de Jacobins en place, mais que cela ne suffisait pas, qu'il fallait des briseurs-scellés (sic). — Les royalistes, déguisés sous le manteau de l'anarchie, disent publiquement que les Conseils ont été trop indulgents envers le Directoire et une partie de leurs collègues ; ils ajoutent qu'il faudrait tout casser, tout renouveler, et rétablir le gouvernement révolutionnaire jusqu'à la paix. Ces propos ont été tenus hier, 3 messidor, au café du Parnasse. — Les ouvriers du faubourg Antoine ont dit, le 2 messidor, à l'observateur qui transmet ces renseignements, que sous peu il devait s'opérer une grande réforme dans toutes les administrations de la République, que tous les ministres et leurs employés seront renvoyés. Ils ont ajouté que, sous peu de jours, les clubs seront rétablis, que plusieurs de leurs camarades étaient occupés à chercher un local assez vaste pour le faubourg Antoine.

Nota. — Il parait constant qu'il a été distribué de l'argent dans le faubourg Antoine.

(Arch. nat., AF m, 47.) 1. Il faut sans doute lire : Sociétés.

;21 JUIN 1799J DIRECTOIHE EXÉCUTIF 586

Journaux,

Journal du Soir des frères Chaignicau du 4 messidor : « Paris, le 4 messidor. .. Le citoyen Garnerin a fait l)ior, au jardin Tivoli, son expérience de parachute avec le plus grand succès. Il s'est élevé dans les airs à huit heures et demie du soir, et, après avoir plané plus d'un quart d'heure sur la partie occidentale de Paris, il a détaché son parachute du ballon entre Passy et Boulogne, et, dans l'espace de dix à douze minutes, il est descendu à terre sans aucun accident d'une hauteur au moins de neuf cents mètres. A dix heures, il est arrivé à Tivoli, où les nombreux spectateurs que cette expérience y avait attirés lui ont témoigné le plus vif intérêt en le couvrant d'applaudissements.» — Moniteur universel du 8 messidor : « L'assemblée générale de la Caisse d'escompte du commerce a tenu le 3 sa séance pour. le trimestre de messidor. Les directeurs y ont rendu compte des opérations du trimestre passé, et elle en a été satisfaite. Elle a arrêté : l" que le taux de l'intérêt continuerait d'être, pour ce trimestre, à trois quarts pour cent par mois, indépendamment du droit d'un huitième sur les effets pris à l'escompte; 2" que les intérêts dus aux actionnaires pour le trimestre du ["' nivôse dernier au 1<" germinal formant deux et demi pour cent pour le trimestre seraient payés. » — « Au moment de se séparer de son ballon, Garnerin observa que le baromètre était à 23 pouces, ce qui indique une élévation de 1,664 mètres (854 toises); en descendant, les cordes du parachute le retinrent aux branches d'un tilleul, à la hauteur de 66 centimètres (2 pieds). On ne sait point encore où est tombé le ballon. » — « La Société du Point central des Arts et Métiers, séante au Palais national du Louvre, dans le passage du jardin de l'Infante, salle à droite, continue, tous les décadis à onze heures et demie très [)récises, le cours destiné aux personnes' occupées de travaux continus pendant la décade dans lequel on traitera de suite l'aritlimétique appliquée aux arts, d'après le système des nouveaux poids et mesures, enfin la géométrie et l'algèbre. » — Journal des Hommes libres dn 5 messidor: « P(rris, 4 messidor. L'Administration des postes ayant reçu, hier soir 3 messidor, l'ordre de laisser circuler librement tous les journaux, le Journal des Hommes libres est parti aujourd'hui

pour les départements » — Ami des Lois du 4 messidor : « Yariélés. . .

Le tribunal de police du V* arrondissement vient d'ordonner, conformément à un arrêté du Bureau central, la démolition de plusieurs fours à plâtre. Si les propriétaires de ces fours refusent de faire faiie eux-mêmes cette démolition, elle sei'a faite par trente ouvriers, dont trente hommes de cavalerie protégeront les travaux » — » On vide tous les jours les bastilles. Il est inconcevable le nombre des citoyens qui y étaient enfermés. C'est là où l'on reconnaît la patience du Français » — « L'espace de quelques mois dérange

bien des choses! Les modes françaises, accueillies partout, demandées et imitées dans les villes dont les habitants se picpient de bon ton, les modes françaises sont proscrites à Milan. Cheveux coupés et ombrageant le front, souliers en bec, chapeaux ronds, cravates larges et bouffantes, chemises sans manchettes ni jabot, tout cela n'est plus de iriise. Plusieurs personnes ont continué le dangereux usage et se sont vues insultées et outragées. Dernièrement un ci-devant seigneur du Milanais et sa femme, très aristocrates, et pas très aises de l'arrivée du Souworow, mais qui avaient fait mettre leurs têtes à lu lllns

587 DIRECTOIRE EXECUTIF [23 juin 1799]

pour raisons de commodité, passaient auprès de la bibliothèque Ambroisienne à Milan; le peuple, croyant qu'ils cachaient sous un faux toupet une tête Jacobine, les décoiffa indignement et les poursuivit à coups de perruques »

— Messdfjpr du 4 messidor : '(Paris, 3 messidor... lia paru, quelques jours avant la révolution qui vient de s'opérer dans le gouvernement, une brochure intitulée : De l'oppasition et de la liberté de la presse •, qu'il y avait autant de courage de publier alors qu'il y a de mérite dans la manière dont ce sujet intéressant est traité; le citoyen Turot, auteur de cet ouvrage, y prouve successivement qu'il n'y a ni liberté ni république sans opposition, (jue l'opposition est dans les citoyens pris soit collectivement, soit individuellement, et enfin que cette opposition ne peut exister que par la liberté de la presse. Il prend ce i)assage de son ouvrage pour épigraphe : « Je sais qu'avec a une bastille et des canons on met en poudre les meilleurs raisonnements et <( que l'on récuse l'évidence. Mais embastiller, déporter, fusiller, tout cela « n'est pas réjjondre, et, quelque j)uissant qu'on soit, il est des attentats dont « on doit craindre de combler la mesure. » — Clef du Cabinet du 5 messidor: « Paris, i messidor. Les bons esjtrits, les patriotes vrais avouent que la révolution de fructidor, qui, dans l'intention de ses auteurs, devait être la dernière, envahie plutôt par l'intrigue, a amené la nécessité des événements qui viennent d'avoir lieu. Quel est l'homme, ami de sa patrie, qui ne fasse aujourd'hui des vœux bien sincères pour que ces événements nous donnent la justice, l'ordre et la paix, pour qu'aucune faction ne s'empare d'eux et ne les tourne au détriment de la chose publique: i)0ur que, dans quelques mois, dans quelques années peut-être, une autre révolution ne soit pas nécessaire au maintien du régime républicain? Législateurs, magistrats suprêmes, c'est de vous que cela dépend ! La manière dont vous allez gouverner accusera ou consolidera les mesures prises; et le peuple, qui voudrait qu'enfin on pût compter sur quelque chose, vous bénira, si vous le faites jouir des bienfaits qu'on lui a tant de fois promis. La République est, en dépit de ses ennemis, fondée sur des bases inébranlables; mettons tous nos soins à la faire aimer. Que l'iniquité, que l'arbitraire, que l'exagération n'osent jamais y reparaître! De pareils ennemis sont mille fois plus puissants contre elle que tous les rois coalisés. . . »

MDCCXLVI

Journaux.

Gazette de France du 6 messidor : « Paris... Un homme de campagne, passant avec une charrette dans la rue adjacente au Palais-Égalité, ci-devant passage Montansier, sur les quatre heures après-midi, on a été fort surpris de le voir s'élancer de la voiture, courir après une de ces misérables dont ces endroits sont toujours infestés, l'attraper et la retenir malgré la défense vigou-

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