‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 141 sur 254 · Par .loseph Turot. Bibl. nat., Lb 42/2190, in S · texte numérisé non relu

Par .loseph Turot. Bibl. nat., Lb 42/2190, in S

reuse et les cris de cette malheureuse. Tout le monde s'empressait de la secourir; mais lorsqu'on a été convaincu qu'elle était la propre fille de cet homme, le public est demeuré simple s])ectateur. Le courageux paysan, après une espèce de combat d'une demi-heure, est venu à bout de [ilacer cette fille sur sa charrette et de l'y lier fortement ; après quoi il a continué sa route aux applaudissements de tous les spectateurs qui s'y sont trouvés en grand nombre, attendu que c'était l'instant de la Rourse. »

MDCCXLYII

Journaux.

Journal des Hommes libres du 8 messidor : « Paris, 7 messidor. . . . Les représentants Leborgne et Mentor ', passant dans les Tuileries, sur les quatre heures, hier 6, le citoyen Chouard, employé à la marine dans le bureau des fonds, a insulté de la manière la plus outrageante le citoyen Leborgne en lui disant qu'il était un de ces hommes qui voulaient rétablir le Comité de Salut public et le régime de 93. 11 en est résulté une rixe, qui a fini d'une manière assez désagréable })Our le provocateur. » — « Un des plus prompts et des plus utiles résultats des derniers événements, c'est que le Directoire renouvelé, n'ayant plus besoin de cette énorme quantité de troupes qui environnaient Paris, les a fait filer vers nos armées; par ce moyen, nos généraux vont être promptement en mesure de reprendre l'offensive. A propos de ce mouvement, nous sommes instruits que, quatre mois avant le renversement du triumvirat, l'armée de l'intérieur était forte de 84,000 hommes; le mois suivant, elle fut portée à 92,000, ensuite à 102,000, et enfin, le mois dernier, elle était de 116,000 hommes. Elle augmentait en raison de nos revers. » Ami des Lois du ô messidor : « Variétés. ...Combien la haine nous aveugle souvent! J'ai vu Roulay (de la Meurthe) reprocher à La Révellière-Lépeaux son projet d'établir le déisme en France sur les débris du fanatisme calholique^ Certes, si La Révellière n'eût jamais fait d'autre faute, il serait digne des plus grands éloges et il aurait l'estime générale des moralistes, des philosophes et des hommes les |)lus éclairés de l'Europe. La conception de La Révellière était celle d'un sage, d'un homme vertueux, et la conception de ceux qui veulent rétablir le catholicisme et ses superstitions est celle de (|uelques charlatans qui

ont des parents curés et qui veulent les rétablir dans leurs presbytères »

— Ami des Lois du 8 messidor : « Variétés. . . La résolution du 6 sur les fournisseurs' n'est favorable qu'aux Juifs; eux seuls, d'après les dispositions

1. Tous deux députés de Saint-Domingue au Conseil îles Cinf[-Cents.

2. Il s'agit d'un discours prononcé par Boulay (de la Meurthe) dans la séance du Conseil des Cinq-Cents du 29 prairial an VIT. Voir le Moniteur, réimpression, t. XXIX, p. 113.

.T. Ce nest pas le G, mais le i messidor an VIT, que, sur la motion de Duplantier. le Cfmscil des Cinq-Cents avait pris une résolution relative à la comp-

589 DIKECTOIUE EXÉCLTlF [-2d juin 1799]

qu'elle contient, pourront se présenter pour les entreprises. Cette résolution exclut des marcliés tous ceux qui auront, par leurs vertus, mérité l'estime du peuple ; elle n'admet que les coquins sans aveu ([ue le peuple et le gouvernement auront répudiés; en dernière analyse elle ne favorise que les prolétaires qui n'offrent aucune garantie et qui renoncent à leurs droits de citoyens passifs. Il valait mieux faire une loi contre les dilapidateurs ou mettre en jugement ceux qui ont dilapidé. Le Conseil des Anciens y verra plus clair. » — « Les nouveaux Directeurs sont tourmentés d'une foule de courtisans qui avaient été éconduits sous l'ancien Directoire, à cause de leur avidité. Les visites se multiplient à un point, l'aflluence des aiïamés est si grande que, malgré la popularité ordinaire à ceux qui entrent en place, les Directeurs commencent déjà à se lasser, à se plaindre des importuns, et à faire dire qu'ils n'y sont pas. D'un autre c»)té, les patriotes friands de places sont furieux du choix du Directoire pour le ministère; ils sont furieux qu'il ait rejeté leurs gens pour des hommes qui ne sont point à leur convenance et à qui ils ne peuvent ni commander ni demander ce qui leur plait. Selon eux on n'a pas gagné grand'chose en « cisalpinant ')> le Directoire, puis([ue Holjerl Lindet, Ysabcau le jeune, Ântonelle, Fréron, Charles Duval, des Hommes Libres, et Charles Hesse ne sont pas ministres, comme on l'avait promis au Comité préparateur. Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres »

MDCCXLYIII

7 MESSIDOR AN VII (2o JUIN 1799).

Journaux.

JoHi'ual du Soir des frères Chaiynieau du 8 messidor: « Paris, le 8 messidor. . . .Le citoyen Reubell a fait remettre les objets qui avaient été enlevés à son départ du Luxembourg, et qui ne lui appartenaient pas, et dont il n'avait eu que l'usage. On assure du reste que cet enlèvement n'était ni de son fait ni de son ordre, mais du fait de ses fils et de l'ordre de sa femme et de sa belle-sœur. Quant à lui, on l'accuse d'avoir soustrait un de ses fils à la conscription en le faisant entrer dans le régiment des grenadiers à cheval du Directoire. Un journal prétend que Reubell a prouvé aux Anciens la probité de Rapinat, comme il avait prouvé auparavant sa propre médiocrité, dont la conviction a passé en proverbe ; car quand on veut du bien à quelqu'un, on lui dit affectueusement: « Je vous souhaite le bonjour et la médiocrité de « Reubell. » — « Les cent douze journaux qui s'imprimaient à Paris le mois dernier viennent d'être augmentés d'un renfort de vingt-quatre, et on parle encore d'établissements de ce genre. » — Journal des Homnu;s libres

tabilité de tous fournisseurs, receveurs et autres agents, et qui défendait à tous fonctionnaires publics de s'intéresser dans aucunes fournitures. [Moniteur, réimpression, t. XXIX, p. 718.)

1. C'est une allusion à la destitution de deux Directeurs de la RépubUque cisalpine. Voir [Histoire générale de MM. Lavisse et Rambaud, t. YIII, p. 781.

[27 JUIN 1799] DIKECTOIUE EXÉCLlTlF b90

d» 8 messidor: « Paris, 7 messidor Diipin. commissaire du Directoire

près le déparlemenl de la Seine, écrivait le 4 frimaire an VII aux commissaires

près les administrations municipales: « Le ministre de la police me

« charge de lui transmettre, chaque jour, un précis analytique de la situation « du Département. Je vous adresse en conséquence des modèles imprimés,

« que vous remplirez conformément aux indications portées en tête Tout

« ce qui intéresse la police doit faire la base de ces rapports. Il faut donc qu'il « n'y ait pas, pour ainsi dire, une habitation sur votre arrondissement dont « vous ne puissiez indiquer le ton, les variations, les opinions, les événe-

« ments L'activité est le plus sûr ressort de la police et nous devons,

« sans répugnance, nous prêter à tout ce qui peut lui donner de la facilité»

etc Cette lettre peut servir à prouver, entre mille autres faits ou écrits

de cette espèce, que Merlin avait dégradé le ministère de la police jusqu'à n'être plus qu'un établissement d'espionnage, et qu'il entendait que les commissaires du Directoire exerçassent eu.x-mêmes cet infâme métier, et qu'ils l'exerçassent sans répugnante. La police de Sartine ne présentait rien de plus

odieux » — Pubiicisle du 9 messidor : « Paris, le 8 messidor On

se plaint depuis longtemps du peu d'empressement de nos théâtres à former des élèves. Celui de la rue Favart, pour écarter ce reproche, a pris la résolution de faire des élèves qui, à côté de bons modèles qu'ils trouveront dans cette société, pourront cultiver leurs talents et remplacer un jour leurs maîtres... »

MDCCXLIX 9 MESSIDOK AN VII (27 JUIN 1799).

Journaux'.

Ami des Lois du 10 messidor : « Variétés. ...Darracq, en parlant de la liberté de la presse ', a appelé les journaux des rouliers de polilique et de littérature. Cette idée a fourni à un bol esprit celle de donner un nom propre à chacun des journaux les plus connus. Voici comme il les baptise : le Rédacteur, la Messagerie ; Y Ami des Lois, Voiture de la cour ; les Petites Affiches, le Fourgon ; le Postillon de Calais, Voiture coupée ; le Messager des relations extérieures, un Fiacre ; le Pubiicisle, une Berline ; la Feuille des Spectacles, une Désobligeante; le Journal des Hommes libres, un Diable; le Journal de Sablier, la Diligence ; le Moniteur, le Coche ; le Journal de Paris, Voiture de remise; la Gazette de France, une Dormeuse; Y Ami du peuple de Lebois, un Pot-de-Chambre. » — Messager du il messidor: k Paris,

iO messidor Un de nos journaux déclarait hier qu'il existe un arrêté de

l'ancien Directoire tendant à faire évacuer Rome au premier coup de fusil. 11 assure que 50,000 écus ont été donnés pour obtenir la destitution de Championne! au moment où il était couvert de laui'iors, et où il réunissait au plus haut degré la confiance de son armée triomphante, et même d'une grande partie du peuple napolitain. Bassal, enveloppé dans cette aflaire, est en ce

1. Dans la séance du Conseil des Cinq-Cents du 24 prairial an VIL

K91 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 j lin' 17991

moment à Grenoble, où il s'est rendu pour demander à être jugé » —

Publiciste du 1 1 messidor : « Paris, 10 messidor. .... Plusieurs libraires de Paris ont déclaré leur faillite. ... »

MDCCL

Journaux.

Ami des Lois an 1) messidor: « Yariélés Les fils de Reubell ont

renvoyé plusieurs chevaux qu'ils avaient soustraits : Reubell, en faisant remettre le service de porcelaine que sa femme s'était approprié, a eu l'honnêteté d'offrir le paiement des effets qui pourraient être égarés. » — « On voit peu d'esprit public à Paris. La soif des plaisirs, les promenades de Bagatelle, le torrent de la mode, le jeu, les dîners, le luxe des ameublements, les maîtresses sont les objets qui occupent plus particulièrement la jeunesse parisienne. Les gens de lettres, au lieu d'employer leurs talents à faire aimer la République, à retracer sur la scène les mœurs des peuples amis de la liberté, ne publient que des romans fastidieux et ne mettent sur les thé.àtres que des pièces insignifiantes. Que peuvent penser nos ennemis de cette coupable apathie? Elle ne sert qu'à fortifier leurs espérances et à les confirmer dans cette idée qu'il

leur sera facile d'anéantir jusqu'au nom français » — Gazelle de France

du 12 messidor: « Paris. . . Rien n'est plus propre à prouver la nécessité des mesures à prendre contre l'établissement des jeux de hasard et la sagesse des défenses qui ont été affichées depuis quelques jours à ce sujet, que ce qui vient d'arriver au Palais-Égalité. Deux jeunes gens, arrivant de leur département, montent au café Philharmonique, situé sur le grand escalier du Palais; mais au lieu de limonadier et d'orchestre, ils trouvèrent des jeux de roulette, de biribi, etc. Ces jeunes gens, séduits par Fappàt du gain, restèrent et perdirent tout leur avoir. L'un deux se coupa la gorge en sortant; l'autre n'a pas

rei)aru chez lui » — Messager du 12 messidor : f< Paris, Il messidor.

Quoiqu'on assure que les jjostcs militaires aient été doublés ici cette nuit, le calme y règne toujours. On y parait même revenu de la première alarme qu'y avait répandue l'annonce des dangers de la patrie, la levée des conscrits

et l'emprunt de 100 millions » — Cief du Cabinet du 12 messidor:

« Paris, Il messidor. ...Nous avons toujours pensé qu'obliger les femmes à porter la cocarde nationale n'était pas la chose du monde la mieux réfléchie ; mais enfin l'obligation existe; la consigne donnée, en conséquence, aux factionnaires divers subsiste; les femmes qui ne s'y conforment pas ont très grand tort. Voici un fait qu'un témoin oculaire, et connaissant la personne dont il s'agit, nous transmet en nous priant de l'insérer dans notre feuille; on peut être certain qu'il est exact. Une dame fort élégante se présenta hier à une des portes du jardin des Tuileries. Le factionnaire, s'apercevant qu'elle n'a point de cocarde, l'invite à s'en procurer une, si elle veut entrer. D'abord beaucoup de façons. Cette cocarde était pour elle d'un poids énorme, mais la

[29 JUIN 1799] DIHECTOIRE EXÉCUTIF b92

toilclte était faite ; l'heure approchait, il fallait en acheter une, que la petite maîtresse ne manqua pas (comme il est dusage) de mettre dans sa j)Oche aussitôt qu'elle fut parvenue dans le jardin. Que croyez-vous que c'était que cette belle dame? Une laveuse d'écuelles d'une auberge du Havre, qui, en Tan III, était encore servante, et qui aujourd'hui déclame contre la République à qui elle doit ce qu'elle est »

MDCCLI

M MESSIDOR AN VII (29 JUIN i799).

Arrêté du DmtîCTOïKE lixÉcuTiF du 11 messidor.

Le Directoire exécutif arrête ce qui suit : Le citoyen Astier est nommé commissaire du pouvoir exécutif près le Bureau central du canton de Paris; ordonne, en conséquence, qu'il se rendra sur-lechamp auprès dudit Bureau central, pour y remplir les fonctions qui lui sont attribuées par lui. La nomination du citojen Le Roy à la même place est révoquée. Les ministres de l'intérieur et de la police générale sont chargés de l'exéculion du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

Moulin, Goiiier, P. Barras.

(Arch. nat., AF m, 611.)

Autre arrêté du même jour.

Le Directoire exécutif, après avoir entendu les ministres de la police générale et de l'intérieur, et vu les articles 184 et 196 de la Constitution; considérant que le caractère essentiel de la police administrative est la vigilance, et que les membres composant le Bureau central du canton de Paris n'ont pas apporté le zèle et l'activité qu'exigent les importantes fonctions qui leur étaient confiées, arrête : 1" Les citoyens Lessore, Lasalle et Dubos, membres du Bureau central du canton de Paris, sont destitués. — 2° L'administration centrale du département de la Seine les remplacera sans aucun délai, sauf confirmation du Directoire exécutif. — 3° Les ministres de la police générale et de l'intérieur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

CiOuiER, P. Barras, Moulin.

(Arch. nat., AF ui, 611.)

093 DlHECÎUlHE EXÉCLTiF [30 juin 1799]

MDCCLII

Arrêté du Directoire exécutif du 12 messidor.

Le Directoire exécutif, vu l'arrêté de l'administration centrale du département de la Seine, en date de ce jour ', portant nomination des citoyens Milly, Champein et Le Tellier aux fonctions d'administrateurs du Bureau central du canton de Paris en remplacement des citoyens Lessore, Lasalle et Dubos, destitués par arrêté du Directoire en date d'hier 11 messidor, arrête, en vertu de l'article 184 de la Constitution, que ladite nomination est confirmée. Les ministres de l'intérieur et de la police générale sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

OoHiER, P. Barras, Mouliv.

(Arch.nat., AFiii, 6H.)

Journaux.

Moniteur du 13 messidor : « Paris, le 12 messidor Le citoyen

Simon, graveur en pierres fines, nomme par le ministre de l'inlérieur pour former des élèves en ce geiu'e, vient de découvrir la manière de graver sur acier trempé, secret dont l'art de la gravure en médailles et monnaies pourra

tirer de grands avantages. » — Attii des Lois du 14 messidor: « ^7'-

riétf^s On ôte aux conscrits la faculté de se faire remplacer, et cependant

cette mesure est commandée par des circonstances morales ; cette condescendance est le seul moyen de naturaliser parmi nous une loi de Sparte et de Rome. Il en résultera des avantages non seulement pour les individus, mais pour TKtat, car le conscrit peut être un homme faible, incapable de service, tandis qu'on demande aux remplaçants de la taille, de la santé et de la force. Par là, les hôpitaux seront moins surchargés, et les cadres plus complets

d'hommes propres au service » — Messager du 14 messidor: « Paris,

13 messidor. . . .C'est sans aucun fondement qu'on a crié hier dans les rues de Paris la démission du citoyen Siéyès. Il a montré trop de courage et d'attachement à la République pour faire croire à une démarche qui donnerait lieu à des conjectures peu honorables pour l'un et peu rassurantes pour l'autre. . . » — Messager dn V.'^ messidor : u Paris, 14 messidor Les théophilan-

i. Une copie de cet arrête est jointe à cehii du Directoire. Des sij,niatuies il résulte que les cinq membres de ladministration centrale du déparlement de la Seine étaient alors Sauzay. Picard. Trevilliers, Andelle, Desmousseaux ; le commissaire du Directoire était Dupin; le secrétaire en chef, Houdeyer.

[)er JUILLET 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 594

thropes désavouent aujourd'hui, dans un énorme placard, La Révellière pour leur père fondateur, et ils espèrent que la chute de Tex-Directeur ne diminuera pas la ferveur pour leur culte. Mais le public, qui donne toujours dans la bosse, persiste à reconnaître le patriarche La Révellière et à regarder cette secte comme un corps sans tête, depuis le départ de son éminence «

MDCCLIII

RaPPOHT du BURRAU central du 14 MESSIDOR.

. . .Journaux. — La vigueur nouvelle que les principes sur la liberté de la presse reprennent, depuis la résolution du Conseil des Cinq- Cents et les opinions émises à la tribune du Conseil des Anciens sur cette matière, ont opéré peu de changement encore dans les journaux. L'esprit de ceux qui existaient précédemment est le même à peu de nuances près, et il pnraît plusieurs feuilles nouvelles qui, par suite également des principes rétablis (sî'c), ne croient pas devoir se soumettre à un envoi journalier de leurs numéros à l'administration. Une partie des propriétaires des journaux dont l'établissement est antérieur au l*" messidor ont interrompu leur envoi périodique. — On a constamment désigné et on désigne encore la Feuille du jour comme n'étant qu'une copie littérale des journaux étrangers, dans lesquels les avantages vrais ou faux de nos ennemis sont présentés dans le plus grand détail et sous le jour le plus favorable ; quelquefois des articles de cette nature se succèdent dans la même feuille, en remplissent la majeure partie; le 11 de ce mois, par exemple, on y constate, dans un rapport officiel de Sir -Sydney Smith, des avantages marquants remportés sur Buonaparte ; plus loin est un extrait des nouvelles officielles de Vienne. Ce journal est si fidèle dans sa copie littérale qu'il n'omet pas les qualifications de « Sa Majesté », « Leurs Majestés » toutes les fois qu'elles se rencontrent, ce qui n'est que trop fréquent dans les gazettes étrangères. On en a la preuve dans la feuille de ce jour. A rapprocher les articles contenus dans cette même feuille; on y trouve l'annonce des sommes expédiées pour l'entretien de l'armée impériale, d'une plus grande circulation de numéraire actuellement en Italie, de l'adjonction présumée du Danemark à la coalition, des différentes marches des Russes, et des dispositions d'approvisionnements de l'armée impériale en Suisse. L'autorité saisira facilement res[)rit de ces rapprochements et l'impression, plus

b95 DlUÈCTOiRE EXÉCUTIF [2 jullkI 1799]

ou moins grande, qu'ils doivent faire parmi les antirépublicains. — On est fondé à rendre en grande partie ces observations communes au journal le Messager des relations extérieures. Mais il renferme, en outre, des fragments de variétés qui paraissent exiger un sévère examen. Le 7 messidor, par exemple, on y fait raisonner, dans une lettre allégorique, un Persan sur nos événements politiques ; il semble s'étonner de la fréquence des révolutions en France, d'autant plus qu'on lui avait dit autrefois qu'elles devaient y être plus rares que dans aucun autre pays, parce que les hommes n'y étaient pas réduits aux extrémités de la servitude. Ce Persan en conclut que « depuis quelques années, il y a beaucoup de despotes en France ». Plus bas, le Persan se permet la phrase suivante sur la France : « On soutient que c'est un pays libre; je vois bien qu'il en a toutes les formes; je te dirai s'il en a le fond. » Enfin, parlant des anciens membres du Directoire, il dit que deux d'entre eux ont donné leur démission à peu près comme un pacha baise le cordon que le Sublime Seigneur lui envoie. — On ne peut s'empêcher de reconnaître une sorte d'esprit de réaction dans l'article plein d'aigreur qui se lit dans le même journal, le iO, sur le Comité de Salut public ; ce morceau, rédigé par opposition à quelques passages du Journal des Hommes libres, a paru de nature à aliéner plutôt qu'à concilier les esprits à la Révolution. — La nouvelle d'une insurrection des Egyptiens contre les Français, et qu'il a puisée hier dans une gazelle de Berlin, ne peut que desservir l'esprit public. — Deux journaux aujourd'hui, VAmi des Lois et le Journal de Paris, écrivent contre le projet d'annulation et revision des congés délivrés depuis le 23 août 1793. — Les autres feuilles ne contiennent rien qui nécessite une observation particulière.

Page 1