‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 147 sur 254 · L. MiLLY, GHAMPEIN · texte numérisé non relu

L. MiLLY, GHAMPEIN

(Arch. nat., BB » 90.)

Journaux.

Journal des Hommes libres du 23 messidor : « Paris, 22 messidor . . Deux journaux, qui n'ont pas la couleur républicaine, ont rendu compte de l'ouverture d'une société s'occupant de questions politiques. Ils en ont rendu compte le même jour et précisément dans les mêmes termes. Cette coïncidence

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prouve que l'arlicle a été communiqué. Tous deux, et dans le même article, ont annoncé aussi qu'il s'était formé une seconde société au faubourg Germain. Malgré l'avis ou l'insinuation, le fait est fim\. !>cs mêmes journaux, le même jour, et toujours dans les mêmes termes, l'ont l'éloge de Real. Travaillent-ils à le dépopulariser? » — « Pitt vient de faire supprimer les sociétés politiques et maintenir les sociétés de francs-maçons. Raison de plus pour nous de supprimer les francs-maçons et de rétablir les sociétés politiques... >■> — Gazette de France du 22 messidor : « Paris ... F^a police a fait arrêter des colporteurs qui criaient des pamphlets ayant pour litre : Le Testament de la République et Ça va mal; Quatre à pendre et un cinquième qui file sa corde. Elle a laissé crier plus paisiblement un mandement vrai ou faux des évêques qui s'appellent constitutionnels et qui ordonne des prières publiques et des actions de grâces pour la chute de l'ancien Directoire. » — « Trois jeunes gens se sont noyés avant-hier dans la Seine, près le port Saint-Nicolas. Les deux premiers venaient de se battre en duel; le vainqueur, saisi d'effroi en voyant son adversaire tué, jette son cadavre à l'eau et s'y précipite aussitôt lui-même de désespoir. C'est aussi le désespoir qui paraît avoir déterminé le troisième, comme étant de la réquisition, ainsi qu'on a pu du moins le juger en trouvant dans ses habits,- laissés sur le bord de la rivière, un congé dûment et légalement délivré pour cause de blessure à l'armée, mais susceptible d'une

revision nouvelle, d'après la dernière loi •> — Gazette de France à\x

23 messidor : « Paris. .. La police a fait fermer, hier 21, les maisons de jeu. . . » — Clef du Cabinet du 23 messidor : « Paris, 22 messidor. . . .Plusieurs journaux annoncent, comme une nouveauté et une preuve de décadence, l'abandon que les théophilanlhropes ont fait du temple du Génie. Nous venons d'apprendre, d'une manière certaine, qu'ils ont cessé l'exercice de leur culte dans ce temple, il y a près d'un an. . . >>

MDCCLXII

22 MESSIDOR AN Vil (10 JUILLET 1799).

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaujnieau du 23 messidor : « Paris, le 23 messidor . . . C'est le citoyen Drouet qui a été, ces jours derniers, non le président, mais le régulateur de la Société politique établie à l'ancienne salle des Cinq-Cents. Hier, cette Société a célébré une fête pour la plantation d'un arbre de la liberté devant sa principale entrée. On entendait des Tuileries le chant des airs patrioti(|ues, l'explosion des boîtes et le bruit du tambour. Beaucoup d"cx-convcnlionnels s'y rendent habituellement; il parait que son organisation n'est pas encore achevée, car jusqu'ici tout le monde y entre indistinctement. Le premier orateur qui y ait parlé est Sonthonax, et le second Mehée... » — Journal du Soir des frères Chaiynieau du 24 messidor : « Paris, le 2i messidor . . . Quelques propositions ont été faites, avant-hier, à la Société réunie au Manège (ancienne salle des Cinq-Cents) ; l'une avait pour but de faire rétablir sur les édifices, après les mots liberté, égalité, etc.

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ceux-ci : ou la mort; l'autre appelait à l'échafaud Sohérer, Merlin, Reubell, La Révellière, Treilhard, Rapinat, Lagarde, Faipoult, Trouvé, Talleyrand , etc. Dans cette séance, Destrem a chanté une chanson sur la plantation de l'arbre de la liberté ; une députalion des grenadiers du Corps législatif a re(;u Faccolade fraternelle, et les tambours de ce corps sont entrés au pas de charge. Cette Société a fait afficher dans Paris le résultat de sa première séance : elle y jure haine au gouvernement anglais, aux assassins des plénipotentiaires et à ceux qui tenteraient de relever le trône par l'autel et l'autel par le trône. La liste des sociétaires sera fermée, lorsqu'il y en aura quatre cents de reçus. , . »

— Journal des Hommes libres du 24 messidor : « Paris, 23 messidor. . . On compte parmi les enfants des pauvres élevés aux dépens de la République au Prytanée français un fils de l'ex-Directeur Treilhard, un fils de Bougainville qui a 30,000 francs de rente, un fils d'un des plus riches apothicaires de Paris, et cent autres dont l'admission est un vol fait à la classe indigente et nombreuse des défenseurs de la patrie. Voilà sans doute comme les honnêtes gens entendent que les lois soient exécutées ; et voilà dans quel esprit François (de Neufchâteau) les faisait exécuter. » — « Paris recèle beaucoup d'émigrés, de réfractaires, de réquisitionnaires déserteurs, de conscrits fuyards, d'agents de l'étranger. Leur présence accuse les administrations municipales; et tel est l'esprit dont celles-ci sont animées, que l'administration centrale (renouvelée) vient de prononcer la suspension de onze municipalités. (La douzième a été changée décadi dernier.) » — « Hier, la Société réunie à l'ancienne salle de la Convention a tenu sa deuxième séance. La salle et les avenues étaient pleines. On y compte déjà environ cent députés, un grand nombre de défenseurs de la patrie, et parmi eux beaucoup de braves mutilés dans les combats. On a planté un arbre de la liberté. Cette cérémonie a excité un enthousiasme universel. L'arbre, symbole de la force, s'est élevé aux acclamations d'une foule immense, auxquelles se mêlaient l'éclat des boites, le bruit des tambours et les sons d'une musique républicaine. On est rentré; et des discours, pleins de chaleur, ont prolongé l'enthousiasme qui se manifestait, à chaque minute, par les plus vifs applaudissements... » — Messager du 24 messidor : « Paris, 23 messidor . . . L'ouverture de la Société du Manège fait beaucoup de sensation. Plusieurs personnes, qui tenaient hier des propos contre cette réunion, ont été arrêtées et conduites aux inspecteurs de la salle du Conseil des Anciens, chargés de la police dans l'enceinte des Tuileries. Dans un des groupes qui s'y forment à chaque instant, un individu dit assez hautement qu'il faudrait couper cinquante mille tètes pour sauver la patrie. L'indignation générale qu'excita ce propos lui fit bientôt trouver les jambes |)Our se sauver lui-même... » — Moniteur du 24 messidor : « Paris, le 23 messidor. — « Les nouveaux membres du Département, Raisson, La Chevardière, Leblanc, Fournier, Xefebvre, ont fait afficher hier une proclamation dans laquelle ils annoncent à leurs administrés qu'élevés à ce poste

. par le « Directoire régénéré », ils vont s'occuper « du bonheur du peuple. »

— « Le cercle du Manège continue ses séances. Celle d'hier au soir fut très animée. On entendait à chaque instant les coups de tambour qui rappelaient au silence. Cette séance s'est terminée à dix heures par le chant de l'Hymne des Marseillais et au bruit de plusieurs boites qu'on tirait à la porte. Les sociétaires sont sortis en chantant, précédés du tambour qui battait le pas de charge. »

615 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [11 juillet 1799]

MDCCLXIII

23 MESSIDOR AN VII (il JUILLET 1799).

Rapport du bureau central du 24 messidor.

. . .Rapport analytique des journaux du 23. — Non seulement VAmi des Lois ne voit aucun avantage ni aucune utilité dans la résolution qui retranche aux représentants la « presque moitié » de leurs indemnités •, mais il y trouve l'inconvénient de les rendre plus dépendants de l'intrigue, en ce que la détresse les forcera d'accepter des dîners qu'ils ne pourront plus rendre que par des apostilles. Il trouve que les Français aimeraient mieux que les représentants gardassent leurs indemnités et être moins tourmentés d'impôts qu'il leur est impossible de payer à cause de la manière inique dont ils les trouvent répartis. Il semble s'adresser aux membres du Corps législatif, en leur disant que la toute-puissance dont ils jouissent aujourd'hui les écrasera. « A^ous êtes entraînés, ajoute-t-il, par vos auxiliaires du Manège, qui déjà vous font la loi et vous conduisent de bévue en bévue; vous n'avez ni le courage ni les moyens de résister; vous ouvrirez les yeux, quand l'oppression sera à son comble. » — A rapprocher les divers articles du Publiciste, on y trouve la reprise de Brinde et de plusieurs autres villes par les Austro-Russes, le blocus de Naples, la prise de Capoue par les paysans qui en auraient passé la garnison au fil de Tépée ; le dénombrement de nos pertes évaluées, pour les 29 et 30 prairial et l»"" messidor, à 17,000 hommes, y compris 10,500 prisonniers, celles de l'Autriche portées seulement à 1,400 hommes; l'annonce au maréchal Souworow d'une colonne de 20,000 Napolitains qui viennent seconder l'armée impériale ; la nouvelle répandue à Constantinople de la défaite complète des Arabes qui s'étaient alliés avec Buonaparte; la désertion de 332 conscrits du département du Cher ; le bruit répandu que l'Autriche a enfin obtenu de l'Électeur de Bavière qu'il fournisse son contingent à l'armée de l'Empire, et la recommandation, en quelque sorte, de l'ouvrage de Ramel, ex-commandant de la garde du Directoire et déporté au 18 fructidor, lequel ouvrage s'imprime à Hambourg. Ces rapprochements dispensent de

1. Le n messidor an VII, sur la motion de Castaing, le Conseil des Cinq-Cents avait adopté une résolution tendant à supprimer le supplément d'indemnité accordé aux députés.

toute observation. — VObservateur n'à-l-'d qu'un vice de rédaction à se reprocher, quand il dit que Jean de Bry est dans les boues de Saint-Amand pour se rétablir de ses blessures? On dit communément aller aux boues de Saint-Amand, ou prendre les houes. — On ne peut concevoir trop d'étonnement de voir la Gazette de France copier littéralement une proclamation de Condé au nom de Louis XVIII, que le royalisme a fait circuler clandestinement dans Paris, et probablement dans toute la République

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