‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 15 sur 254 · Il fut suppléé par Aubusson · texte numérisé non relu

Il fut suppléé par Aubusson

- Champ-de-Mars, où l'attendaient les ambassadeurs et envoyés des puissances étrangères, les juges du tribunal de cassation, les membres des autorités constituées et établissements publics du département de la Seine et de la commune de Paris. Les vastes talus qui bordent rcnceinto du Champ-de- Mars suffisaient à peine à Taftluence des citoyens que l'olijct sacré de la fête y avait attirés. Le souvenir glorieux du triomphe remporté le 10 août sur le despotisme échauffait leurs âmes et allumait dans leurs regards une ardeur martiale, mêlée d'un sentiment d'orgueil ; on les entendait retracer avec complaisance les traits héroïques de cette journée fameuse qui anéantit pour jamais le trône, malgré les criminels efforts du despote parjure et de ses vils satellites. — L'arène était restée libre pour les corps militaires, les concurrents, les ordonnateurs et les juges des jeux. L'air, qui avait été rafraîchi par une rosée légère, conservait une douce température, favorable aux exercices qui devaient embellir la fête. Le Directoire exécutif et son cortège se rendent dans l'ordre accoutumé à l'autel de la Patrie. Pendant la marche, la musique des corps militaires et des différents spectacles exécute et chante des hymnes patriotiques. Devant le Directoire est porté, par des vieillards, des jeunes gens et des agriculteurs, un faisceau colossal sur lequel sont inscrits les noms de tous les di'partements de la République. Le cortège parvenu à l'amphithéâtre, chacun des corps qui le composent est conduit par un appariteur à la place qui lui est destinée. Le faisceau départemental est posé sur un autel de forme antique, qu'entourent les statues d'Aristide et de Démosthène, de Phoeion et de Thémistocle. Le Rureau central, établi juge des jeux, se place à un bureau au-devant de l'obélisque. Le Directoire exécutif ayant pris séance sur l'autel de la Patrie, trois coups de canon annoncent l'ouverture de la fête. Le Conservatoire de musique exécute une symphonie suivie de l'Hymne à la Liberté. Ce chant triomphal, qui a tant de fois conduit les troupes réimblicaines à la victoire, est écouté avec un enthousiasme toujours nouveau. Toutes les bouches répètent, avec un égal transport, la reprise : Aux armes, citoyens ! Un coup de canon commande le silence. Le Directoire se lève ; le citoyen Merlin, ex-président, substituant le citoyen Reubell, président, absent pour cause de maladie, prononce un discours (suit le discours, que nous ne donnons pas), qui se termine par le cri de Vive la République! répété avec transport par le cortège, que ce discours a pénétré tour à tour d'admiration et de reconnaissance pour les fondateurs de la République et ses braves défenseurs, de haine et d'exécration contre le plus perfide de ses ennemis, contre le tyran des nalïons. Vive la République ! répondent les troupes d'une voix triomphante. Vive la République ! s'écrie-t-on de toutes les parties de l'enceinte. Ces acclamations unanimes, élevées de toutes les parties de cette immense réunion, forment un concert majestueux, qui monte vers la divinité. Le Conservatoire de musique exécute le chant du 10 août. Le Directoire exécutif, accompagné de ses ministres, d'un grand nombre d'officiers généraux, des vieillards, des jeunes gens et des agriculteurs, descend de l'amphithéâtre et se rend auprès de l'obélisque en observant un religieux recueillement. Le président du Directoire reçoit des mains du ministre de l'intérieur une guirlande de laurier et la suspend à l'obélisque, au-dessous de l'inscription du 10 août, en signe de reconnaissance nationale. Ce pieux hommage touche sensiblement tous les cœurs : magistrats, guerriers, citoyens, tous les assistants joignent l'expression de leur gratitude individuelle au laurier

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triomphal décerné par le Directoire aux braves qui renversèrent le trône. Les troupes stationnées dans l'enceinte y répondent par une salve générale. La trompette appelle les coureurs à disputer le prix de la course à pied. La barrière s'ouvre ; les coureurs, vêtus de pantalons et de gilets blancs, avec une ceinture aux trois couleurs, arrivent au point du départ et se divisent en six pelotons. (Suit le détail des courses à \ned, à cheval et des courses de chars.) Une salve d'artillerie indique la fin des jeux. Le Directoire et son cortège retournent à la maison du Champ-de-Mars, dans l'ordre observé pour leur arrivée. Le Directoire y est salué de nouveau par les membres du Corps diplomatique; puis il remonte dans ses voitures et rentre au palais directorial.» — Clef du Cabinet du 25 thermidor : « Paris, le 2i thermidor. La pluie survenue hier, à deux heures, fit, un moment, espérer au petit nombre d'imbéciles qui n'aiment pas nos fêtes que celle du 10 août, qu'ils aiment bien moins encore, serait dérangée par le mauvais temps. Leur espérance ne fut pas de longue durée ; car il ne tomba que la pluie qu'il fallait pour abattre la poussière, répandre une fraîcheur agréable, et faire de tout le reste de la journée une suite d'amusements. Avec quel plaisir le peuple immense, qui couvrait le talus, a-t-il vu ces courses intéressantes, qui l'eussent été davantage, peutêtre, s'il n'y avait pas eu un si long intervalle entre la course de chevaux et celle des chars, et surtout si les deux colonnes de troupes, qui étaient dans l'enceinte, se fussent plus rapprochées des talus pendant lés courses à pied! Les ordonnateurs des fêtes doivent savoir à présent ce qui plaît le plus à la multitude des citoyens. Us ont assez de zèle et de talent pour en faire une source de plaisirs purs et d'instruction publique. Puisse la paix, ramenant l'abondance, leur fournir des moyens qui leur ont manqué jusqu'à ce moment ! Mais si le Champ-de-Mars, entouré de belles tapisseries des Gobelins, présentait, dans le jour, le plus imposant spectacle, quel ravissant coup d'œil offrait, dans la soirée, la superbe illumination des palais et des jardins des deux Conseils ! L'aftluence, la gaîté, le bon esprit des citoyens qui remplissaient les Tuileries, les places, les ponts faisaient du bien à l'àme des patriotes et leur montraient de près l'heureuse époque où les Français ne formeront plus qu'un esprit et qu'un cœur. Vn feu d'artifice tiré devant le palais des Cinq-Cents du côté de l'eau, des danses autour de l'autel de la Patrie, ont terminé la fête, et nous n'avons pas entendu dire qu'aucun accident fâcheux

ait troublé les plaisirs publics » — Clef du Cabinet du 26 thermidor :

uParis, le 25 thermidor. . , .Le jour du 10 août, plusieurs réunions particulières ont eu lieu. Il v en a eu une très nombreuse rue Jacob. Le général Kosciuszko y était et y a reçu avec sensibilité les témoignages de l'estime et des espérances des patriotes. Parmi les toasts portés à ce banquet fraternel, on a distingué celui-ci : <f A la liberté de la Pologne ! » Puissent ces braves républicains conserver la haine qu'ils ont jurée à la tyrannie! Puisse l'arrivée de Kosciuszko au sein de la grande nation ranimer l'espérance des patriotes polonais ! Puisse le peuple français lui aider à venger et à délivrer sa patrie I » Ce toast a porté l'émotion dans l'àme du guerrier; sa figure expressive se remplissait de souvenirs, de trouble et d'espérance ; des larmes héro'iques ont mouillé ses yeux. « Aux larmes de Kosciusko! » s'est écrié Bonneville avec enthousiasme. Cette scène remuante a fini par le cri général de Vive la République ! » — Ami des Lois du 23 thermidor : « . . .Plusieurs personnes

nous témoignent leur étonnement sur ce qu'elles trouvent dans plusieurs jour-

naux, le même jour, les mêmes articles ; elles en tirent la conséquence qu'il y a, comme avant le 8 fructidor, un bureau général de rédaction des journaux. Nous leur répondrons par un fait qui n'a pas besoin de commentaire. L'Ami des Lois paraissant la veille au soir, tandis que le Publlciste, le Journal des Campagnes et des Armées, le Bien Informé, le Propagateur, VObservateiir, la Clef duCahinel, la Chronique universelle, le Surceillant, etc., ne sont imprimés que pendant la nuit pour être distribués le lendemain matin, ceux-ci attendent notre feuille pour s'approprier sans pudeur tout ce qu'elle contient d'intéressant. 11 n'en est qu'une seule, la Feuille économique, qui ait la bonne foi de rendre à César ce qui appartient à César ; mais les autres, en nous copiant, nous gratifient encore le plus souvent des plus jjlates sottises; nous ne les traiterons pas pour cela de contre-révolutionnaires, comme l'a fait le Bien Informé: nous prétendons seulement réclamer l'avantage de l'auteur sur ses compilateurs. Au surplus, il faut bien que tout le monde vive ... . »

Rapport du bureau central du 25 thermidor.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — C'est un état de calme, mais non pas de sommeil, que celui dans lequel se trouve aujourd'hui l'opinion publique; elle pourrait certainement présenter plus de force et plus d'énergie ; mais ses progrès, pour n'être que successifs, n'en sont pas moins sensibles. Les intérêts particuliers se lient de plus en plus à l'intérêt du gouvernement. L'ordre actuel des choses est pour tous les citoyens, un petit nombre excepté, la garantie du repos et du bonheur général. On paraît avoir abandonné tous les raisonnements qui présentaient comme indispensables tels ou tels changements dans les lois les plus salutaires, pour ne se livrer qu'à des discussions, ou plutôt des entretiens paisibles, sur des objets d'une utilité commune. S'il germe dans les esprits quelques idées de novation, elles frappent sur les moyens d'améliorer l'instruction publique ou d'épurer les mœurs. Il est peu de conjectures sur les affaires du dehors, parce qu'elles offrent peu de résultats certains ou de probabilités importantes ; le public, abusé, à ce qu'on a pu croire, par des papiers péîûodiques, a douté, dans le commencement de cette décade, que la paix dût être le résultat des négociations de Rastadt ; mais ces doutes, dans la journée d'hier, se sont un peu dissi[)és. On peut au surplus donner comme preuve certaine des progrès de l'esprit public la sécurité avec laquelle dans tous les cas on envisagerait jamais

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une reprise d'hostilité, certain que l'on est que le recommencement de la guerre serait le signal de la chute nouvelle de quelque trône.

Fêles et promenades. — L'anniversaire du 10 août, contre lequel les amis des rois aux années précédentes avaient tant cherché à aigrir les esprits, a été aujourd'hui reçu et accueilli dans son retour avec autant de calme que d'unanimité. On remarquera même que l'incertitude du temps n'a pas empêché une multitude innomhrable de citoyens de se porter au lieu où l'on célébrait principalement Tépoque mémorable de l'extinction de la monarchie. Le peuple qui assistait à la solennité a paru entrer d'esprit dans ses moindres détails et jurer dans le fond'du cœur haine éternelle à la royauté. Les jeux ont été vus avec un vif intérêt, et cette commune a présenté en général l'extérieur qui convenait à cette grande fête.

Culte et spectacles. — Le culte et les spectacles n'ont offert aucune

particularité remarquable

Lessore.

(Arch. nat., BB ^ 88, et F ^ 3841.)

Journaux.

Journal des Fr'aucs du 27 thermidor : « Paris, 26 thermidor Les

lois elles arrèlés se sont multiplirs depuis quelque temps pour provoquer la célébration du décadi et l'aire tomber celle du dimanche ; eh bien, hier, une foule, si extraordinaire qu'elle excitait l'étonnement, inondait les promenades. Vous verrez que ce sont encore ces enragés anarchistes qui aiïectent, par esprit de contradiction, de célébrer le saint dimanche. Le ministre de l'intérieur avait voulu et ordonné que les seuls décadis le Salon fût ouvert jusqu'à six heures, et tous les autres jours jusqu'à quatre heures seulement. Hier, dimanche il a été ouvert jusqu'à six. Gage encore qu'il y a quelques anarchistes employés à l'administration du Muséum ; mais le ministre de l'intérieur vient de recommander ])ar une circulaire, à toutes les adnunistralions, de bien se nettoyer d'anarchistes. Combien nous allons voir la République respectée ! »

Rapport du bureau central du 26 toermidor.

. . . Journaux. — Le Journal des Francs est le seul qui donne lieu à quelques observations, et il devient nécessaire de reprendre, outre la feuille de ce jour, celles des 24 et 25. Feuille du 24. On note la ma-

nière dont le Journal des Francs rend compte d'un suicide qui s'est connmis à Sceaux : « La cause de la résolution funeste, est-il dit, prise par cet infortuné, n'est pas connue; c'est un chagrin profondément conçu de la marche épouvantahlement rétrograde de la République ; il voyait le brigandage croissant, honoré, les finances gaspillées, les impositions sans mode ni sans terme, le pauvre écrasé, le riche favorisé, par-dessus tout l'esprit public anéanti. » Feuille du 25. Les opinions du journaliste sur les derniers événements de la République batave y sont constamment les mêmes; une grande partie de la feuille est journellement remplie de nouvelles, soit de La Haye, soit d'Amsterdam, qui tendent à persuader que la révolution dernière est l'ouvrage de l'usurpation ; on y voit que cet Etat n'a plus qu'un soi-disant Directoire, ce qui équivaut, dans le sens des rédacteurs, à l'absence de tout gouvernement. — A l'article Amsterdam, dilTérentes mesures annoncées prises par le Directoire (appelé alors quintumviral) sont présentées comme des faits de terrorisme et de despotisme ; on y dit que les tyrans cherchent à mettre le peuple en mouvement pour avoir un prétexte de pruirialiser et copier toutes les fureurs des post-thermidoriens (rançais, afin que rien ne manque à la ressemblance des deux époques. Feuille du 26. Le département de Loir-et-Cher est représenté comme dans une situation critique et devenu la proie des agents de Louis XVllI, ainsi que l'asile protecteur des émigrés et des prêtres réfractaires. Il est dit encore que la fêle du 10 a été célébrée à Blois avec tous ses agréments, « qu'on s'y est donné le plaisir de brûler Robespierre sous des traits difformes, et que cette caricature fit rire les honnêtes gens aux éclats ». — A l'article Hollande, même opinion sur le compte des membres actuels du gouvernement; ils sont constamment appelés « les cinq » ou « agents provisoires délégués par la force et repoussés par l'opinion w. — Plus loin, les rédacteurs se plaignent de l'élargissement de plusieurs détenus au fort Lamalgue. Us disent que, quant à eux, c'est encore un coup d'épée dans l'eau, qu'on aura beau être menacé d'incendie et de poignards, des protecteurs se jetteront toujours à la traverse des lois, et que ces noms d'anarchistes, de terroristes, de Jacobins resteront toujours aux amis et aux fondateurs de la République. On désigne essentiellement comme répréhensible la phrase suivante : « Le général Joubert fait les dispositions les plus sérieuses et réforme les états-majors. Terroristes destitués par les messieurs, allez vous faire casser la tête; aujourd'hui qu'il faut se battre, on va songer à vous. » Encore cette autre phrase : « Il est évident, pour tout homme de bonne foi, qu'il vient d'être question qu'il faut tout

bouleverser dans la Cisalpine, d'y relever, comme dans la Hollande, le crédit de raristocralie, d'y baser, comme en France, le système de deux factions ennemies, occupées à s'entre-choquer et ofTrant tour à tour l'une contre l'autre l'aveugle rivalité de leurs forces au pouvoir qui ne s'en sert que pour triompher à son profit. »

Lessohe.

(Arch. nat., BB » 88, et F ' 3841.)

MCDXXXVl

Rappokt du bureau central du 27 tiikrmiûor.

. . . Journaux. — Des feuilles périodiques de ce jour, le Journal des Francs et VAmi des Lois donnent seuls lieu à quelques observations. 11 n'est qu'une chose à remarquer dans le premier : c'est l'étude particulière que prennent les rédacteurs à présenter la République batave comme rentrée sous un nouveau despotisme et même à la veille des plus violentes secousses. — On regarde comme très blâmable l'avis suivant, donné par l'^mi des Lois, en ce que, s'il est fondé, les ennemis de la République seraient jaloux de la mettre à profit : « Nous renouvelons au gouvernement l'avis qu'il a déjà reçu, concernant la mauvaise qualité de la poudre à canon. Nous ne devons pas entrer dans de grands détails à ce sujet, mais nous prions le ministre de la marine de faire vérifier les faits, à Brest particulièrement. »

Cousin.

(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841.)

MCDXXXVII

Rapport du bureau central du 28 thermidor.

. , . Journaux. — On annonce de Constantinople, disent les Nouvelles de Paris, qu'on voit de grands et nouveaux rapprochements entre le Divan et la cour de Londres. — Le Journal des Francs ne se

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fait aucun scrupule d'appeler le patriotisme des Directeurs du prairial batave un patriotisme anglais. — Il n'est aucune autre observation à faire sur les feuilles périodiques de ce jour.

Lessore.

(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 27 Ihermidor : « Le Bureau central vient d'écrire à toutes les administrations des théâtres pour faire supprimer de toutes les pièces dont le sujet n'est pas évidemment antérieur à l'ère républicaine les dénominations de Monsieur et de Madame... »

MCDXXXVIII

Rapport du bureau central du 29 thermidor.

. . . Journaux. — Il existe, au sujet de la politique actuelle de la République batave, une différence frappante d'opinion entre l'Ami des Lois et le Journal des Francs. Le premier regarde la révolution du 24 prairial comme l'époque tutélaire de cette République et comme l'épuratif heureux qui devait purger le gouvernement de ce pays de tous les éléments d'anarchie qu'y avait introduits la révolution du 23 pluviôse précédent ; il est surtout satisfait de voir que le choix des nouveaux membres du Directoire batave est tombé sur tous hommes étrangers aux factions, pris hors du sein des autorités premières. Le Journal des Francs, au contraire, dit que les marchandises anglaises vont librement rentrer dans la circulation, actuellement que l'on a des gages suffisants à la révolution, que quelques-uns sont amis de l'Angleterre, et, observant qu'ils sont pris chacun dans l'une des anciennes provinces de Hollande, voit dans cet incident une preuve certaine de fédéralisme. — On trouve dans la Gazelle diplomatique les lignes suivantes : « Le Directeur Reubell doit être actuellement à Plombières : un train d'artillerie est parti d'Huningue pour l'y recevoir. »

(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 38ii.)

43 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 août 17981

Autre rapport du même jour.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Il n'est survenu, pendant la fin fie cette décade, aucun cliangement sensible dans la disposition des esprits. Les nuances de l'opinion ont été rarement prononcées, faute vraisemblalement de sujets sur lesquels on ait pu asseoir de conjectures sérieuses ; mais il a paru que les espérances de paix étaient plus répandues depuis quelques jours. — Les finances commencent à devenir le sujet des entretiens publics; il y a des plaintes assez fréquentes sur la rareté des payements et sur l'arriéré de celui des salaires de quelques fonctionnaires ou employés. On est généralement persuadé que le défaut de rentrée des contributions mettra l'aulorité dans la nécessité de suppléer aux ressources qu'elles promettaient par d'autres dont la perception fût prompte et certaine. Mais on diffère d'avis sur les objets qui, par leur nature, doivent être affectés à composer ce nouveau produit. Quelques malveillants, pour lesquels toute espèce de gouvernement est en quelque sorte un être idéal, se plaisent à semer sur le compte du Corps législatif des germes de calomnie. Les atteintes à l'ordre ne sont encore que sourdes, mais on voit une classe d'hommes ardents à tout critiquer se tenir à l'affût des occasions d'attaquer la réputation ilu législateur; c'est une petite guerre de personnalités, par laquelle on voudrait préparer et conduire dans l'ombre un véritable système de discrédit, avec l'intention perfide de le faire rejaillir ensuite sur les lois ellesmêmes. Le mauvais levain n'est pas encore sensible dans les lieux publics de réunion, tels que cafés, cabinets de lecture, foyers, etc. ; mais il perce le secret de quelques habitudes et transpire dans la chaleur de quelques conversations. Cependant ces symptômes défavorables sont encore très faibles et auraient encore bien des progrès à faire avant que la tranquillité publique pût avoir à en redouter l'influence.

Culte. — L'exercice du culte catholique a fait peu de sensation, mais on a eu à gémir sur le ridicule empressement avec lequel une foule d'individus, principalement du sexe, se disposaient à ce qu'ils appellent « souhaiter la fête », le jour correspondant à une fête dite de la Vierge, suivant le calendrier ancien.

Spectacles. — Les spectacles ont été assez suivis, et on annonce avec plaisir que, ces derniers jours, les applications civiques ont été saisies plus d'une fois aux théâtres Feydeau et Favart, et que généralement les airs civiques ont été beaucoup plus applaudis que de coutume. — Il résulte encore de beaucoup d'entretiens que les amis

de la République applaudissent à la mesure qui proscrit des productions dramatiques les dénominations qui peuvent appartenir aux usages de la société sous l'ancien régime.

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