R.\PPORT DU BUREAU CENTRAL DU 25 THERMIDOR
. . .Rapport analytique sur l'esprit public. — Le résultat des rapports faits en dernier lieu sur l'opinion publique est très satisfaisant. Le royalisme semble affecter beaucoup moins d'espoir. Dans les conversations publiques on entend beaucoup moins souvent les dénominations de parti. — La veille et le jour de la fête, on s'est entretenu sur plusieurs points de la garnison de Corfou; on était content des soins particuliers que le ministre de la guerre avait donnés à son rehabillement [sic], et, comme l'intérêt que cette garnison inspirait était général, sans aucune exception, on est fondé à en conclure que l'esprit public n'est nullement éteint, car l'intérêt que l'on porte au.x, défenseurs de la patrie rejaillit nécessairement sur la patrie même.
1. On trouvera dans le Journal des Débals du 18 thermidor an VII le programme de cette fêle, rédigé par le ministre de lintérieur Quinelle.
— Il est d'ailleurs d'autres indices certains d'amélioration dans l'esprit public. Les propos au moyen desquels les royalistes veulent attiédir ou corrompre le zèle des conscrits n'ont plus le même crédit, quoiqu'ils soient toujours marqués au coin de la plus haute impudence; le bruit se répand, au contraire, qu'aujourd'hui la réunion des conscrits à la caserne de Courbevoie est très nombreuse et joyeuse. — On s'entretient partout de l'éclat, du bon ordre de la fête du 10 août, et surtout du bon esprit de la foule innombrable qui s'y était portée. En bien des endroits on a chanté des hymnes patriotiques; on prenait plaisir à en répéter les refrains; on y joignait quelquefois les mots de Vive la République! — Le matin, chaque municipalité a fait le plus de dispositions possible pour rendre solennel dans les temples décadaires l'anniversaire du 10 août. Au temple de la Victoire, les autorités, entourées d'un grand concours de citoyens, ont déployé dans cette célébration le plus louable appareil; les discours et les hymnes ont électrisé tous les cœurs; la cérémonie présentait , en chacune de ses parties , le tableau de cette journée à jamais mémorable. Au bruit ligure du tocsin, au son de la générale, furent bi ûlés les attributs du trône et des signes de servitude; le voile qui cachait l'image de la Liberté tomba; aussitôt une foule d'oiseaux se répandit dans le temple et des chants patriotiques, soutenus d'une harmonie choisie, rendaient plus sensibles ces différentes allégories. — Ceux qui assistaient à la fête au temple décadaire du XII® arrondissement, répétèrent tous par enthousiasme le cri de Vive la République! — On a entendu plusieurs fois des personnes s'étonner que les instituteurs dans quelques arrondissements n'aient point fait participer leurs élèves à la fête. — Aux différentes conversations, on a pu reconnaître que toutes les dispositions de l'anniversaire au Champ-de-Mars et les différents exercices militaires avaient fait grand plaisir. On a su que de légers accidents y avaient eu lieu. Le royalisme avait d'abord essayé de les interpréter: ses efforts ont été entièrement inutiles.