‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 183 sur 254 · L. MiLLY, Le Tellier · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Le Tellier

(Arch. nat., BB » 90.)

Moniteur du J3 fructidor : « . ..Challandon, l'un des signataires de la dénoncialion faite dernièrement au Conseil des Cinq-Cents contre le citoyen Siéyès', déclare, dans une lettre qu'il vient de rendre publique, qu'il s'honore d'avoir fait cette dénonciation, qu'il a été membre du Comité révolutionnaire de la section de l'Homme-Armé, mais qu'il n'a fait guillotiner personne ; enfin qu'il vient de reprendre son premier métier, celui de cordonnier... » Journal des Hommes libres du 14 fructidor : « Paris, 13 fructidor. Vatar est décrété d'accusation * ; tant pis pour les dénonciateurs! Leur honte en sera plus solennelle, et le triomphe définitif des jjrincipes plus éclatant... » — Gazelle de France du 16 fructidor: (c Paris. ...On assure que le mot d'ordre a été changé trois fois dans la nuit du H au 12 fructidor. . . »

Rapport du bureau central du 14 fructidor.

. . . Rapport analytique des journaux. — On voit avec peine un assez grand nombre de journaux publier, comme d'intelligence, et beaucoup trop officieusement peut-être, une proclamation de Sou- Avorow au peuple français. Le Couj^rier de Paris, le Messager des relations extérieures, le Démocrate sont de ce nombre ; d'autres y joignent au moins de justes réflexions ; tels sont le Voyageur, YObser^ valeur et la Clef du Cabinet. — On lit dans le Démoci^ate de nouvelles réflexions sur l'opposition ; elles sont, à quelques idées près, les mêmes que celles dont on a donné l'analyse dans le précédent rapport. — Une lettre datée de Gênes, le 4 fructidor, et insérée par fragments dans le Journal des Hommes libres, fait le tableau le plus af-

1. Voir la séance du Conseil des Cinq-Cents du 3 fructidor an VII, dans le Moniteur du 6.

2. Le 29 thermidor an VII, le Conseil des Anciens avait signalé au Directoire Vatar, éditeur du Jounud des Hommes libres, à cause des attaques auxquelles cette feuille se livrait contre les Directeurs Barras et Siéyès. Sur cette atfaire, voir le Moniteur des 2, 4 et lij fructidor an VII.

709 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [30 août 1790]

fligeant de la bataille de Novi et de ses suites. Plusieurs de nos divisions, y est-il dit, sont restées trois ou quatre jours sans pain. Le jour même du combat, il y en avait qui n'avaient point mangé depuis trois jours ; toute notre artillerie et les chevaux sont tombés au pouvoir de l'ennemi. L'aile droite, commandée par le général Moreau, a peu secondé celle que commandait le généralJouberl. — Le même journal contient sur le département de la Nièvre une assez longue série de faits desquels il résulte qu'on a assassiné sur divers points, que sur d'autres on insulte les autorités constituées et qu'il se fait plusieurs rassemblements de rebelles à la loi ou conscrits déserteurs. Le Coun^ier de Paris se récrie sur ce que le département du Calvados a compris au nombre de ses otages un individu habitant pour le présent près Paris : « Il va, dit-il, être enfermé à la Force, s'il consent toutefois à s'exposer à de nouvelles septembrisades. » — Dans une suite de réflexions personnelles au rédacteur, on veut faire entendre que la Constitution de l'an III a un extrême besoin de la considération des premiers magistrats pour se soutenir, vu qu'elle n'a été environnée d'aucune illusion à son berceau, ni augures, ni oracles, ni fictions surnaturelles : « Née au milieu des crimes de la Révolution, elle doit par ses bienfaits faire oublier, en quelque sorte, la nouveauté de son origine. » On trouve ensuite cette phrase de regret : « C'est la faiblesse qui a détruit le prestige enchanteur dont le plus beau trône de l'Europe avait été environné depuis tant de siècles. » — Toutes les insurrections du Midi sont attribuées au robespierrisme par un correspondant du Messager des relations extérieures à Carcassonne. — Force déclamations, dans le Grondeur, contre les clubs; on y trouve encore, outre quelques expressions de faveur pour Pichegru, le bruit d'un échec essuyé par Masséna. — De ce qu'un ouvrage a été fait dans le temps de la grande Terreur, le Miroir en conclut qu'on peut en excuser l'épigraphe contenant ce vers :

Nous sommes sans autel, sans trône, sans patrie !

Plus loin, dans la même feuille, on lit un grand éloge de la religion chrétienne, qui peut seule procurer le bonheur. Cet article est presque un sermon, tant pour l'esprit que par les expressions mystiques.

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