L. MiLLY, Le Tellier
(Arch. nat., BB ^ 90.)
Journaux.
Rédacteur du 15 fructidor: « Hier 13, le ministre de la guerre, le général de la 17« division militaire et l'administration centrale du département de la
[31 AOUT 1799] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 7ia
Seine se sont transportés à Courbevoie pour passer en revue les conscrits de ce département. Ils y ont trouvé, en dépit des calomnies de certains journaux, environ dix-huit cents, dont ils ont passé la revue. L'air martial de ces jeunes dél'enseurs annonçait qu'ils seront dignes de leurs aînés dans la carrière de la gloire. L'arbre de la Liberté a été planté aux cris répétés de : Vice la RéjJublique ! L'un d'eux a prononcé, au nom de ses camarades, un discours où respiraient l'amour de la liberté et la passion de la gloire, et qui annonçait sentir le besoin de la discipline. Entre autres idées heureuses, on y a remarqué celle-ci : « Quelque abondante que soit la moisson des lauriers cueillis par nos frères d'armes, il en reste encore, nous saurons les trouver. » Le meilleur esprit anime cette brave jeunesse. Le ministre a vu avec une surprise agréable la taille avantageuse et la ])onne contenance de la plupart des conscrits : « Mes amis, leur a-t-il dit, en passant dans les rangs, je voi& bien des généraux parmi vous. » Dans le moment où les autorités civiles et militaires se retiraient, le ministre de la guerre et le général Lefebvre se virent entourés, pressés par ces jeunes gens : « Des armes, des habits, s'écriaient-ils, et nous marcherons sur vos traces ! » L'a présence de deux généraux célèbres par leurs exploits, comme par leur dévouement à la cause de la République, celle des magistrats, l'ardeur des conscrits, tout représentait le spectacle le plus intéressant pour un ami de la liberté. L'enthousiasme qu'a produit cette réunion a prouvé que le ministre et l'administration centrale connaissent les moyens simples d'émouvoir de jeunes cœurs, et de les élever à ces sentimentsqui font les héros. )> — Moniteur du 16 fructidor : « Paris, le 15 fructidor. ...Le théâtre de Molière avait osé diriger des plaisanteries contre lesacquéreurs des domaines nationaux; la police en a ordonné la clôture... »
MDCCCXI
Journaux.
Journal de Paris du 14 fructidor : « Frascali. Ce n'est ni Garchi, ni ses excellentes glaces, ni son orchestre, ni son jardin ; en un mot ce n'est pas Frascati qu'on va voir à Frascati, c'est Paris tout entier. (Juand je dis tout entier, je dis bien. Frascali est le Panorama vivant et mouvant. On y voit des gens de tout âge, de tout état, de toute fortune ; et le rentier qui vient sous de beaux lambris se rappeler son opulence, et le riche traitant qui vient y étaler la sienne, et le créancier qui vient oublier son débiteur insolvable, et le débiteur solvable qui vient oublier son créancier, et le militaire mutilé avec sa jambe de bois, et le réquisitionnaire myope avec ses besicles, et le vieux sage et le vieux fou, et le vétéran voluptueux et l'adolescent honteux de son tardif noviciat. L'assemblage des femmes n'est pas aussi complet, il n'y a plus de vieilles, plus de laides. Celles qui n'ont pas de figure ont une belle gorge! Celles qui n'ont pas de gorge ont de si beaux bras ! Là, tout est jeunesse depuis seize ans jusqu'à soixante. La fausse jjudeur qui autrefois vétissait les
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femmes faisait dépendre leur beauté d'une ride et d'un bouton à la figure. Depuis qu'elles ont les bras nus jusqu'à la ceinture, leur beauté a acquis un si grand développement qu'elles sont bien malheureuses, si elles ne se sauvent pas des critiques de détail par l'imposant de l'ensemble. Je remarquais hier que les habits des femmes s'étaient d'autant plus allongés par le bas qu'ils étaient plus raccourcis par le haut. Les robes ont des queues avec lesquelles on ferait d'autres robes. Les allées de Garchi ont été tant balayées hier par tant de mousselines des Indes, et de linon, et de gaze, et de talletas, qu'elles étaient ce malin lisses et lustrées comme du satin. Les jardiniers conviennent que pour adoucir les allées d'un jardin, il n'y a rien de mieux que deux ou trois mille robes de femmes. Comme il y a foule chez Garchi et que chacun marche malgré soi sur la robe qui traîne devant les pieds, on entend à tout moment craquer et déchirer les ceintures de ces robes. On se tlatte ([ue quelque jour des belles se trouveront ainsi déshabillées sans s'en apercevoir parle rang qui les suivra. On a bien du plaisir chez Garchi ; mais on y a aussi de la peine. J'ai vu des femmes employer jusqu'à trois chaises pour elles, leurs pieds et leur chien, tandis que cent autres tombaient de lassitude. Peut-on être plus impitoyable ! Mais j'ai vu pis encore. J'ai vu une femme de quarante ans, fort respectable, assujettie pendant quatre heures de suite dans une position qui, à la longue, devait être un supplice. Elle avait le corps en avant, incliné sur une table placée devant elle, un coude très pointu appuyé sur cette table fort dure et la main toujours occupée à sa figure. Cela a duré ainsi depuis huit heures du soir jus(ju'à minuit. Quelle autorité cruelle a condamné cette femme, quatre heures de suite, à cette pénible attitude? L'autorité de deux diamants assez beaux qu'elle avait à ses doigts, et qui, étonnés de s'y trouver ensemble, voulaient s'y montrer. Pauvre coude ! cruels diamants ! — PiEURE l'Etonné. »
MDCGGXII
Arrêté du Directoire exécutif du 16 fructidor.
Le Directoire exécutif, vu la loi du 19 fructidor an V, qui frappe de déportation les propriétaires, entrepreneurs, directeurs, auteurs et rédacteurs de journaux désignés par cette loi; vu l'arrêté du Directoire exécutif en date du 3 frimaire an VII, rendu pour l'exécution de la loi du 19 brumaire précédent, concernant les individus frappés par la loi des 19 et 22 fructidor an V ; vu les tableaux formés par les administrations des déparlements de la Seine, de la Seine-Inférieure, de la Dyle et du Rhône, en conformité de l'arrêté du Directoire exécutif, du 3 frimaire an VII, des individus reconnus pour avoir coopéré à la rédaction ou pris part à l'entreprise des journaux
désignés par la loi du 22 fructidor an V ; vu pareillement l'arrêté du Directoire exécutif du 28 nivôse an VII ; après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, arrête ce qui suit : 1° Seront déportés, comme propriétaires, entrepreneurs, directeurs, auteurs, rédacteurs des journaux ci-après désignés; savoir :
Le Mémorial : Les nommés La Harpe, Fontanes, Bourlet de Vauoelles ;
Le Messager du Soir : Langlois (Isidore), Lunier, Porte ;
Le Miroir : Beaulieu, de Tallerac, Bridel-Souriguières ;
Nouvelles politiques nationales et étrangères : Boyer, Xhrouet;
L'Observateur de l'Europe : Robert ;
Perlet : Perlet, Lagarde, Fontanilles ;
Le Petit Gauthier ou la Petite poste : Lucet ;
Le Postillon des armées ou Bulletin général de Finance : Nicole ;
Le Précurseur : Duval ;
La Quotidienne ; Michaud, Geoffroy, Riche et Ripert;
lîapsodies du jour : Villiers fils, Montignon-Daudoucet ;
Ze Thé : Berlin d'Antilly ;
La lYibune politique : Leblanc, Dupré ;
/,e Véridique : Poujade, Ladevèze ;
L'Argus : Lefebvre-Grand maison, Ponicharraux dit le Romain ;
Annales catholiques : Sicard ;
Actes des Apôtres : Barniel-Beauvert;
L'Accusateur public : Richer-Serizy, Migneret l'aîné ;
L'Aurore : Grosley ', Lasulle, Grimaldi ;
Le Censeur des journaux : Gallais, Langlois;
Courrier de Lyon : Peizin ;
Courrier extraordinaire : Caillot, Denis ;
L" Anti-terroriste * ; Brouillet et Meilhac ;
Courrier républicain .-Flepchelles frères, Poncclin, Jardin, Auvray;
Le Déjeuner : Tulol, Detain;
1. Au sujet de Grosley, le Directoire prit, le 13 vendémiaire an VIII, l'arrêté suivant: « Le Directoire exécutif, considérant que le citoyen Groslej', compris dans la liste des déportables par arrêté du 16 fructidor dernier, a justifié n'avoir point participé à la rédaction du journal intitulé V Aurore, que dans les premiers jours de prairial; considérant que la rédaction de cette feuille jusqu'à cette époque n'a pu faire comprendre le citoyen Grosley sous aucun des cas ou dénominations énoncés dans la loi du 22 fructidor dernier; après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, arrête : 1» L'arrêté du 16 fructidor dernier est rapporté en ce qui concerne le citoyen Grosley. 2° Le ministre de la police générale est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera point imprimé. Moulin, Roger Ducos, P. Baiihas. » (Arch. nat., AFiii, 631.)