‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 205 sur 254 · L. MiLLY · texte numérisé non relu

L. MiLLY

(Arch. nat., BB » 91.)

Journaux.

Ami (les Lois du 11 vendémiairo : « Ytiriétés. . . .On vend au Palais-Éi(<ilité le Diclionnaii'c des Jacobins vivanis. C'est un répertoire d'inianiic, où, à côté de quelques scélérats, on a accolé des noms clicrs à la République, et des hommes qui ont tout sacrifié i)Our fonder la liberté de leur ])ays. Ce Dictionnaire est une liste de proscription puisée dans l'ouvrage de Prudliomme sur les crimes de la Révolution. On y confond les Jacobins estimables (jui ont j)ris l'initiative de l'émancipation française et les cruels Jacobins

de 93 qui, sous les ordres de Robespierre, ont inondé la France de sang n

— Gazette de France du 12 vendémiaire : « Paris. ... On lit dans le dernier numéro de la Décade philosophique : « Depuis que la loi relative à « l'emprunt de 100 millions est rendue, l'enregistrement, le timbre ne pro- » duisent presque plus rien; il ne se fait plus d'affaires, plus de mutations, « plus de commerce; cela s'appelle trivialement êcentrer la poule ; c'est un « grand malheur quand un gouvernement veut j)rendre au lieu de recevoir. Il « ne faut point lever violemment les contributions; il faut les faire arriver « i)rcsqu'inscnsiblement au trésor public. On reçoit plus, et les contribuables <' s'en aperçoivent moins. » — Publiciste du 12 vendémiaire : « Paris, le Il vendé)niaire, ...On avait annoncé depuis quelque temps une foule de nouveaux journaux ; mais plusieurs cessent déjà ; d'autres se réunissent pour tâcher de couvrir les dépenses de l'entreprise. Du nombre de ceux qui ne paraîtront j)lus est le Voyageur (de Prudhomme). » — Clef du Cabinet (lu 12 vendémiairo : « Paris, Il vendémiaire. ...Le Rureau central vient de faire afficher un arrêté où il renouvelle la défense faite aux ouvriers et marchands qui ne vendent pas de comestibles ou des drogues d'ouvrir leurs boutiques ou ateliers les décades. Les commissaires de police dresseront des piocès-verbaux de contraventions » — Journal de Paris du 11 vendémiaire : « Théàlre-Français de la République. L'aftluence qui assiège les l)orles de ce théâtre, lors des représentations des Précepteurs, prouve aux esprits chagrins qui aiment à accuser le temps où ils vivent, et aux auteurs disgraciés, qu'en donnant de bonnes pièces bien jouées, la cabale, ni le faux goût du public ne lui font pas |)référer Madame Anyot, ou autres pièces dont la scène est en chant. La pièce des Précepteurs jirouve d'autant plus cette vérité, qu'elle n'est fondée que sur l'incertitude du renvoi d'un précepteur, et que l'auteur a su attacher pendant cinq actes, par l'intérêt et la vérité de ses personnages, et par un dialogue toujours conséquent à leur caractère. Mais nous ne reviendrons point sur ce que nous en avons déjà dit dans le compte que nous avons rendu de la première représentation. La justice exige de nous seulement de dire ({u'elle est pleine d'un si grand nombre de beautés

[3 OCTOBRE 1799] DIRECTOIRE EXECUTIF 7bO

de détail, que partout le dialogue en est si naturel et que les événements s'y succèdent d'une manière si propre à faire sortir la moralité, que la seconde représentation ajoute au plaisir de la première, et la troisième à celui de la seconde. , . . . «

MDGGCXXXYII

Rapport du bureau central du 12 vendémiaire.

Rapport analytique des journaux. — Une proclamation du général Quentin à tous les habitants des déparlements compris dans la 8« division militaire est l'objet d'une censure amère de la part du rédacteur du Courrier de VEurope, par cela seul peut-être que le général y témoigne beaucoup de mécontentement contre ceux qui affichent le plus grand mépris des institutions républicaines. — Le Propagateur, dans un article un peu marqué au coin du regret de la démolition de la ci-devant église Saint-Paul, se plaint de ce que des enfants jouent indécemment avec des restes humains qui sont très nécessairement exhumés par les ouvriers. Des ordres ont été donnés pour vérifier le fait et faire cesser tout abus. — Le Messager des relations extérieures dit que des papiers de Philadelphie ont annoncé la mort de Toussaint Louverture. On lit dans le même journal l'article suivant : u Une de nos feuilles, en voyant l'Espagne nous livrer ceux des royalistes du Midi qui s'étaient réfugiés sur son territoire, pense que nous avons pris le même engagement relativement aux républicains espagnols qui cherchaient un asile chez nous, après avoir conspiré contre la forme actuelle du gouvernement de leur pays. » L'administration n'a nullement connaissance du journal que cite et que ne nomme pas le Messager. — Suivant quelques journaux, notamment le Publiciste, La Tour Foissac passe pour avoir reçu du général Kray une superbe maison de campagne en Autriche, où, quelque temps avant la capitulation de Mantoue, il recommandait à sa femme de se retirer. — Entre autres définitions que Y Ennemi des oppresseurs donne pour être à l'ordre du moment, on trouve celle-ci, dont les mots soulignés sont en italiques dans le cours du journal. « Parmi les patriotes, les partis conspireront aussi, mais contre les gouuernants, et en faveur du gouvernement même, et cela pourra même aller jusqu'à ta conjuration. Si ce sont des factieux qui attaquent les principes même du gouvernement institué, une immense majorité rend l'attaque vaine ;

7dI DinECTOIRE EXECUTIF [3 octobre 1799]

si ce sont des patriotes hommes de parti qui attaquent par erreur ces bons gouvernants, une immense majorité leur sert de rempart. L'intérêt de l'Etat serait donc que cette dernière conjuration vint à bien ; il y en a trop peu de ce genre, et celles-là seules sauvent la chose publique. » — VFnnemi des tyrans est toujours dans la ferme persuasion que la Batavie est vendue aux Anglais, que la livraison de la flotte et le succès de la descente étaient une chose arrangée ; il croit très possible qu'incessamment les armées de la coalition pénètrent de tous les côtés dans le cœur de la République. « Qu'alors certain Directeur se déclare, comme de coutume, étranger à tout ce qui s'est fait; ainsi au 13 vendémiaire, poursuit le journaliste, il se dévoua pour sauver la représentation nationale, et pour encbainer le peuple le lendemain; au 18 fructidor, il dévoila Carnot dont il fut le complice et le dénonciateur; au 30 prairial, il rejeta toutes les trahisons sur Merlin, et les partagea toutes. » — Rien dans les autres feuilles n'a paru susceptible d'être extrait.

Lk Tellier, L. Milly.

(Arch. nat., 13B ^ 91.)

Journaux.

Publiciste dn 13 vendémiaire :« Parts, le 12 vendémiaire. . . . Le plus célèbre helléniste moderne, le citoyen d'Anse de Villoison, annonce que le malheur des temps et la ruine de sa fortune l'obligent à rouvrir un cours de littérature et langue grecques ancienne et moderne. Ses leçons d'une heure se jionneront de deux jours l'un, rue Neuvc-des-Petits-Champs : il ne prendra pas moins de 24 francs par mois. . . » — « Le savant et célèbre Dolomieu, qui faisait partie de l'expédition d'Egypte, s'était embarqué à Alexandrie pour revenir en France. Le vaisseau génois qui le portait ayant beaucoup souifert dans la traversée et faisant plusieurs voies d'eau, après avoir essayé tous les moyens possibles de jtarer à cet inconvénient, fut obligé de relâcher à Tarente pour éviter d'être englouti. Aussitôt le vaisseau, l'équipage et tous les passagers furent faits prisonniers, et Dolomieu, chargé de fers, fut transporté en Sicile et jeté dans un cachot. Les chevaliers de Malte siciliens demandèrent avec les plus vives instances au roi de Naples que ce citoyen français fût traduit devant une commission militaire pour y être jugé comme coupable de haute trahison envers leur ordre, puisque, étant chevalier de Malte, il avait osé se trouver à la prise de cette île. Dolomieu vient d'écrire à l'Institut national, dont il est membre, afin qu'il intercède pour lui, s'il en est encore temps... )) — Clef du Cabinet du 13 vendémiaire : « Paris, le 12 vendémiaire. . . .Le journaliste du prétendant parle de nouveau de l'arrivée de son maître sur nos frontières. Il sait bien que ce voyage ne s'effectuera pas plus que ceux qu'il a cent fois annoncés; mais ses mensonges sont nécessaires aux imbéciles qui l'ont dépendre leurs souscrijjtions de leurs espérances. . . » — Bien-Informé du 13 vendémiaire : ^< Paris, 12 vendémiaire. ...Un arrêté

(le police enjoint aux directeurs des théâtres de finir leurs spectacles à neui" heures et demie. » — Journal de Paris du 13 vendémiaire : « ... L'argent qui rentre de l'emprunt forcé est le produit des taxes modiques imposées sur les fortunes médiocres. I^cs énormes taxes des fortunes dites colossales n'ont rien donné; preuves authentiques de ce qu'on a dit que l'art d'imposer ne consiste pas beaucoup à charger le petit nombre des grandes fortunes, mais à modérément taxer toutes les fortunes.» — « On criait hier dans un spectacle : Journal des Amis de la Paix. — Apportez-nous celui des Amis de la paye, dit un vieux rentier ou vieux commis en détournant la tète. » — « Un méchant démagogue disait, en parlant de l'échelle de l'emprunt forcé : « Cette échelle (( n'est pas faite |)0ur descendre à la source de l'impôt, mais pour mettre en w vue des hommes à pendre. »

MDGCCXXXVIII

14 VENDÉMIAIRE AN VIII (6 OCTOBRE 1799). Le Directoire exécutif au ministre de la police générale.

Le Conseil des Anciens, citoyen ministre, par son message du 13 de ce mois, transmet au Directoire un exemplaire du n° 5" du journal intitulé VEnnemi des tyrans, pour que la loi soit appliquée aux auteurs d'un article de ce journal dont il venait d'être donné lecture à ce Conseil'. Le Directoire vous adresse copie du message avec l'exemplaire qui y était joint. Il vous invite à lui faire, à votre premier travail, un rapport à ce sujet et à lui proposer des mesures propres à remplir les intentions du Conseil des Anciens.

Moulin, Rouer Ducos, P. Barras.

(Arch. nat , AF ni, 631.)

Journaux.

Ann des Lois du 15 vendémiaire : « Variétés. ...Codeau a sollicité luimême la fermeture de son café, parce que les frères y venaient boire en foule et ne payaient point, sous le prétexte que celui qui a plus, doit donner à celui qui a moins, et qu'entre frères tout est commun. . . » — Publiciste du 16 vendémiaire : (I Paris, le 15 vendémiaire. ...L'Institut national a envoyé au Directoire une députation ])Our l'engager à prendre les moyens les plus propres à sauver le malheureux Dolomieu. Cette députation a été parfaitement accueillie. On dit qu'en outre l'Institut a adressé une lettre à la Société royale

1. Dans cet article, on cherchait à prouver que les victoires étaient plus funestes à la UépubUque que les revers. Voir le Moniteur du 15 vendémiaire an Vin.

753 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 octobre 1799J

de Londres pour la prier d'intercéder en sa faveur auprès du roi de Naples par la voie de son am])assadeur. Doloniieu a adressé à Lacépède une lellre dans laquelle il lui mande qu'on lui a volé tous ses effets et ses collections, et que Paul !'='■, en qualité de grand-maître de l'ordre de Malte, le réclame impérieusement pour lui faire couper les cheveux, le nez et les oreilles, et l'envoyer ensuite en Sibérie sous ])rétexte que, comme chevalier de Saint-Jean, il a trahi son ordre... » — Clef du Cabinet du 16 vendémiaire : « Paris, le 15 vendémiaire. ...Le Bureau central vient de fixer ses regards sur les atteintes continuelles portées aux mœurs dans le Palais-Égalité : trente-deux individus, connus pour commettre tous les crimes et protéger tous les vices imaginables, ont été arrêtés dans une seule maison qui leur servait de repaire. Puissent les tribunaux divers seconder de si utiles mesures!. . . » — «Le Bureau central a donné des ordres pour le prompt enlèvement des ossements qui provenaient de la démolition des caveaux de la ci-devant église de Saint- Paul et qui se trouvaient exposés aux regards des passants; ces ordres ont été presque aussitôt exécutés que donnés. »

MDGCCXXXIX io VENDÉMIAIRE AN VIII (7 OCTOBRE 1799).

JOUUNAUX.

[Le Rédacteur du 18 vendémiaire an VIII contient un long compte rendu de la séance publique de l'Institut national du 15 vendémiaire.]

JOURNAU.V.

Rédacteur du 21 vendémiaire : « Plusieurs journaux ayant observé le bon effet que produirait, au milieu de la cour du Palais des Sciences et Arts, une statue de l'Industrie qu'on y avait placée pendant les jours complémentaires, se proposent de demander au gouvernement de faire poser au même endroit un assez bel Apollon de bronze que possède le Musée central. Nous savons que, depuis longtemps, on a le même projet, et que, pour l'exécuter, on n'attendait que des circonstances un peu moins difficiles. Mais, comme bien des ouvriers se trouveront cet hiver sans ouvrage, on les emploiera sans doute à des travaux de ce genre et à beaucoup d'autres encore plus utiles et plus urgents. « — Ennemi des oppresseurs du 18 vendémiaire : « Paris, il vendémiaire. Hier, une quarantaine de recrues destinées pour la marine marchaient dans le faubourg Antoine, la plupart nu-pieds; il tombait une averse, et ces enfants de la patrie avançaient gaiement sous des flots de pluie, en Tome V. ^8

chantant des hymnes républicains. Deux ou trois d'entre eux s'écartent un peu des rangs ; aussitôt leurs conducteurs tombent dessus à grands coups de plat de sabre et les repoussent ainsi dans les rangs. Sont-ce des Russes ou des Français qui traitent de cette affreuse manière les jeunes républicains qu'ils sont chargés de conduire? La justice et la politique exigent également que cette coupable brutalité ne reste pas impunie... » — Clef du Cabinet du 17 vendémiaire : « Paris, le 16 vendémiaire. ...La nouvelle année a vu éclore beaucoup de journaux. De temps en temi)S quelques-uns disparaissent. Hélas! dit le citoyen Charlemagne :

Tout ce qu'on nomme feuille est sujet à tomber. »

MDCCCXLI

n VENDÉMIAIRE AN VIII (9 OCTOBRE 1799).

Journaux.

Publiciste du 20 vendémiaire : — Paris, le 19 vendémiaire. .. .Le Portique républicain a tenu avant-hier sa seconde séance dans le temple de la Concorde. L'assemblée était nombreuse. Moutonnet Ta ouverte par la lecture d'un écrit sur le Portique de Zenon; Parny étant occupé à préparer une troisième édition de son poème sur la guerre des Dieux anciens et modernes, Piis a lu pour l'auteur deux morceaux qui doivent entrer dans cette nouvelle édition : ils ont été couverts de nombreux applaudissements. Des réflexions ont été présentées par Méhée sur les avantages qui peuvent résulter de l'association du Portique républicain. Piis les a fait suivre d'une Ode sur la Philosojjhie, dont presque toutes les strophes ont été vivement applaudies. . .»

MDCGCXLII

Journaux.

Ami des Lois du 19 vendémiaire : « . . .On est fort partagé sur la question de savoir si la liberté de la presse aura des bornes, ou si des lois répressives de la licence ne devront pas mettre un frein à l'audace et à la calomnie. Réprimez, contenez, je le veux bien; mais ne voyez-vous pas que la librairie, sous le manteau, livrée à des colporteurs adroits, n'aura jamais plus de succès que lorsque vous gênerez la liberté de la presse? Rappelez-vous (|u'au temps des lieutenants de police on était inondé de brochures toutes plus énergiques et ])lus attirantes les unes que les autres contre la cour et le gouvernement : on avait beau embastiller, exiler les écrivains: ils trouvaient toujours des successeurs, des vengeurs. Je crois que toute loi comprimant la liberté de la

755 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [11 ocTOiimc 1799]

presse est au moins inutile, par là seul qu'il est aisé de réluder et qu'elle favorise les distributions clandestines. Il faudrait donc se résoudre à tenir, en politique, une conduite telle qu'elle fût le moins répréhensible et à laisser faire ce qu'on ne peut empêcher. . . » — Messager des relations extérieures du 20 vendémiaire : « Paris, 19 vendémiaire. Hier soir, au théâtre des Troubadours, après la première pièce, un acteur annon^-a des couplets sur les nouvelles victoires des armées françaises, et la salle retentit d'applaudissements. Mais les couplets étaient beaucoup moins heureux que nos armées, et ils furent siffles. L'acteur confus dit alors au parterre qu'ils avaient été envoyés par le Bureau central, et le public, obligé de les trouver bons, applaudit à plusieurs reprises. Le Bureau central aurait mieux fait de se tenir aux premiers applaudissements qui, malgré l'envie qu'on pourrait avoir de mettre du royalisme en cette affaire, prouvent invinciblement qu'il n'y avait là dedans de mauvais esprit que celui de la chanson. On dit que cet impromptu a produit le même effet dans tousles théâtres, et notamment àFeydeau,où l'on a ensuite demandé et applaudi avec enthousiasme le Chant du Départ. » — Puljliciste du 21 vendémiaire : « Paris, le 20 vendémiaire. ...On parle de l'arrivée des départements à Paris de beaucoup d'individus qui y viennent jurer sur le buste de Brutus de renverser tous les oppresseurs. La police, qui se méfie de tous ces Brutus et de leurs projets, les fait surveiller et est, dit-on, au fait de ce qui se trame dans leurs réunions fraternelles. .. »

MDGCCXLIII 19 VENDÉMIAIRE AN VIII (Il OCTOBRE 1799).

Journaux.

Ami des Lois du 20 vendémiaire : « Variétés. . . .11 arrive à Paris beaucoup d'hommes des départements signalés d'avance à la police : on sait où ils demeurent, ce qu'ils sont, ce qu'ils projettent, où ils s'assemblent; ils ont un grand nombre de réunions partielles sous le nom d'ennemis des 0])presseurs et des tyrans. Ce sont des espèces de loges maçonniques. La décoration des initiés est un ruban tricolore, auquel a|)pend un poignard; dans chaque loge est exposé le buste de Drutus. Ils ont parmi eux des faux frères, car on sait déjà au Directoire quels sont ceux des représentants, des Directeurs et des ministres que les frères veulent brutaliser. . . » — Gazette de France du 20 vendémiaire : u Paris. ...Le général Lefebvre, instruit qu'il existait aux prisons de l'Abbaye un cachot fétide et malsain, dans lequel le concierge s'était permis de faire renfermer par punition un prisonnier qui avait tenté de s'évader, pénétré du devoir de concilier l'humanité avec la sévérité de la justice, vient d'ordonner que ce cachot soit fermé pour toujours,. , » — Clef du Cabinet du 22 vendémiaire : « Paris, le il vendémiaire. ...Nous croyons peu à cette nouvelle, mais enfin on dit qu'il arrive à Paris, des départements, beaucoup de Brutus qui, aux pieds de la statue d'un père qui ne les reconnaît assurément pas pour ses enfants, viennent jurer de renverser les

oppresseurs et là tyrannie; comme ces Brutus-là ne \e"ulcnt aiUre chose que rétablir le pouvoir dont ils jouissaient dans le bon temps de la terreur, s'ils étaient réellement arrivés parmi nous, la police aurait soin d'éclairer leurs démarches : c'est un bien mauvais temps pour eux que celui où nous battons Tenncmi.

Gillequin, dis-tu, chaque jour, Sans pudeur parait tour à tour, De nos succès content et triste; Mon ami, c'est ([ue Gillequin Dine chez le républicain Et soupe chez le royaliste. »

MDCCCXLIV

Journaux.

Ami des Lois du 21 vendémiaire : « Variétés. .. .Le citoyen Valpelière, ancien banquier, demeurant rue Montmartre, n° 164, se propose d'établir une école de commerce, où il n'admettrait que vingt-cinq élèves, étant seul et décidé à ne s'en rapporter qu'à lui-même. Un jeune homme obtient avec beaucoup de peine une place de surnuméraire dans une maison de banque ou de commerce; il copie des lettres qu'il ne comprend pas ; les commis plus instruits lui donnent, de loin en loin et obscurément, des avis qui glissent sur l'esprit dégoûté du commerçant; le temps seul et la routine en font un teneur de livres, un caissier, jamais un négociant, un banquier; mais il le deviendra à l'école du citoyen Valpelière, qui l'instruira graduellement, sans ennui, sans dégoût, parce que les éléments de cette science sont dévelo])pés avec clarté et précision. . . » — Publiciste du 22 vendémiaire : « Paris, 21 vendémiaire. . ..C'est une chose fort remarquable à Paris, dans le bruit de nos nouvelles victoires, que la joie de lieaucoup de gens qu'on appelle royalistes et la consternation de beaucoup de gens qui s'appellent patriotes... » — Clef du Cabinet du 22 vendémiaire : « Paris, le 21 vendémiaire. .. .Des personnes qui n'étendent jamais leurs réflexions au delà de leurs coteries, ou plutôt qui n'ont que des goûts, des habitudes, des passions et point de pensées, disent depuis longtemps qu'après avoir i)arcouru un cercle de guerres, d'horreurs, d'anarchie, la France et les gouvernements démocraticjues reviendront au point d'où ils sont partis. Il n'y a que des êtres qui ont l'esprit abruti des esclaves dans la tête desquels une opinion pareille puisse subsister. Quand, il y a trois mois, la multitude pusillanime croyait que la République touchait à son terme, jamais peut-être nous n'avons mieux auguré de son salut. Une première coalition fut dissoute; une seconde est prête à l'être; une troisième, dix autres le seront ensuite, si l'on ose ou l'on peut les former... » — i¥onî/cir/' du 22 vendémiaire : i( Paris, le 21 vendémiaire. ...L'Institut a j)roposé au ministre de l'intérieur de faire placer la belle statue en marbre de Vinccnl-de-Paul à l'hospice des Enfants-Trouvés. . . »

757 DmEGTOIHE EXÉCUTIF [13 octobre 1799]

MDCGCXLV

21 YENDÉMIAIRIî; an VJII (13 OCTOBRE 1799].

Rapport du bureau central du 22 vendémiaire.

. . , liapport analytique des journaux. — L'esprit le plus perflde et en même temps le plus dangereux caractérise tout le n° 22 du journal le Courrier de VEurope, le même qui recommandait, il y a peu de jours, la lecture d'un ouvrage fait et imprimé à Londres, sous le titre de Tableau des pertes causées à la France par la Révolution. C'est un tableau entièrement dans ce sens que publie aujourd'hui, dans sa feuille, le Courrier de VEurope. Il consiste dans une énumération très longue des hommes tués dans chaque action depuis le commencement de la campagne ; il en résulte un total de H6,400 tués. Le journaliste en conclut que, si l'on ajoute à ce calcul ce qu'approximativement les maladies ont pu enlever, et les prisonniers qui ont été faits, les armées, en quatre mois, ont perdu la moitié de leur effectif. — C'est avec un pareil tableau que le Courrier veut réveiller, suivant ses propres expressions, les sentiments d'humanité qui s'effacent du souvenir des hommes ; il veut que ces torrents de sang effrayent la postérité, et qu'ils pèsent sur la mémoire des provocateurs de la guerre. II est impossible de ne pas voir, dans ce morceau, le but d'attiédir le courage des armées, celui de faire croire à la coalition que nous avons un tel besoin de la paix que nous l'achèterions par tous les sacrifices imaginables, celui encore de contrarier l'exécution des lois sur la conscription, en faisant croire à la jeunesse française attendue sous les drapeaux, que la mort en aussi peu de temps aurait moissonné déjà la moitié des bataillons de la République. L'administration ne pourrait noter rien de plus perfide, — Après cet article vient une apologie du pape défunt; le fanatisme et le regret des anciens préjugés monarchiques transpirent de toutes les phrases de cette pièce, dirigée principalement contre le citoyen Gay-Vernon, commissa're du Directoire à Abbeville. — On lit enfin dans le même journal que, le 17 vendémiaire, à Rouen, trente-deux conscrits réquisitionnaires ou militaires ont été amenés dans la maison d'arrêt par la gendarmerie et une colonne mobile, au pas de charge et au son delà caisse, et qu'ils venaient des prisons de Cacn, où ils avaient été jetés pour s'être plaints, à Bernay, de n'avoir pu obtenir ni pain, ni nourriture,

même pour de l'argent. La seule lecture de cette nouvelle suffit pour prouver l'intention perfide dans laquelle elle a été rédigée et publiée. — Ce journaliste dément ce qu'il avait annoncé hier de la prise de Gènes par les Autrichiens.

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