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Paris, n'est pas moins remarquable. D'après le tableau qu'il fait de la disposition des puissances à l'égard de la République, toute l'Europe serait conjurée contre nous. L'Empereur arme évidemment pour la guerre. Les projets de la Russie ne sont pas douteux. D'après l'accueil favorable fait au ministre Cobenlzel et les mortifications que le citoyen Siéyès éprouve à Berlin, il y aurait de l'imprudence à compter sur les négociations de la Prusse. La cour de Suède est à la disposition de celle de Pétersbourg; fût-elle même disposée en faveur de la France, elle suivra toujours l'impulsion de la Russie. Le Danemark n'est d'aucun poids dans la balance politique. La Porte laisse des incertitudes. Naples s'est peut-être déjà déclaré contre la France. La Toscane se déclare évidemment contre elle, si la guerre recommence. Le roi de Sardaigne ne souffre pas sans peine les Français dans la citadelle de Turin. — Toujours un caractère impatriotique ressort des principaux articles des Nouvelles de Paris ; dans le pressentiment de la guerre, il laisse écbapper un dépit indécent : «Allons, s'écrie-t-il, égorgeons-nous de bonne foi du moins. » Cette réflexion amène des citations dont l'application est fort équivoque, mais il est indispensable de citer ici l'article en entier. « Mais au moins égorgéons-nous franchement et faisons la guerre de bonne foi. Il n'appartient qu'à de lâches ennemis de se harceler, de se calomnier et de se surprendre. Nous sommes assez grands et assez forts pour être généreux ; or il n'y a ni générosité, ni franchise à battre les gens par terre, à frapper dans les ténèbres, à chercher querelle aux plus faibles et à rendre les vaincus responsables des injures qui nous blessent. Tel assurément n'est pas le caractère du gouvernement français, trop accoutumé à vaincre pour n'être pas intrépide et loyal, mais tel est malheureusement le caractère de quelques écrivains politiques, trop abondants dans leur sens, trop zélés pour leur cause, trop faibles dans leurs moyens, pour n'être pas querelleurs, tracassiers, bassement féroces et cruels sans nécessité. Voyez le lion du désert, comme il s'avance dun pas tranquille : il ne précipite ses pas, il ne court, il ne chasse que quand la faim le presse. Avec quelle noble intrépidité il attaque l'ennemi fort qui le provoque ! Avec quel orgueil superbe il dédaigne le faible ennemi qui l'insulte sans le connaître ! Le tigre, au contraire, quoique rassasié de chair, semble toujours être altéré de sang : sa fureur n'a d'autre intervalle que ceux du temps qu'il faut pour dresser des embûches; il saisit, il déchire une nouvelle proie avec la même rage qu'il vient d'exercer, et non pas d'assouvir, en dévorant la première. Il donne la mort pour le seul plaisir de la donner, et, dans ses nombreux massacres, il semble plutôt assouvir
59 UIIŒCTOIRE EXÉCUTIF [18 au 27 aouï 1798]
sa rage que sa faim. Trop frappant emblème des monstres qui ont désolé mon pays et n'ont point perdu l'espoir de le désoler encore ! Qu'on admire tant qu'on voudra le patriotisme , le courage et la grandeur des Romains . Pour moi , je n'aime pas leur politique. Comme ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi, dit M. de Montesquieu, et que, dans le dessein d'envahir tout, leurs traités n'étaient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettaient des conditions qui commençaient toujours la ruine de l'État qui les acceptait. Lorsqu'ils laissaient la liberté à quelques villes, ils y faisaient naître deux factions : l'une défendait les lois du pays, l'autre soutenait qu'il n'y avait de lois et de liberté que dans l'alliance des Romains. Et comme cette dernière faction était toujours la plus puissante, on voit bien qu'une pareille liberté n'était qu'un nom. » [Grandeur des Jiomains, chapitre VI.) — Ailleurs on trouve cette réticence étrange : « L'arrivée des Français à Alexandrie a causé une fermentation extraordinaire à Constantinople, et il en serait résulté des conséquences fàclieuses pour eux, si »