Tome V
thèque nationale, nous écrivait le 13 fructidor la lettre suivante : « J'ai été étonné, ainsi (|uc tous ceux qui, se livrant à l'étude, fréquentent journellement la Bibliothèque nationale, d'apjjrendre aujourd'hui que demain, f'^ seplenibre, commencent les vacances des employés de cet établissement public, et que ces vacances doivent durer six semaines. J'ai été étonné que dans cet établissement national Ton connût encore les vacances de six semaines, et l'ancienne époque du l^"" septembre. J'ai été étonné qu'on conservât ces us de l'ancien régime, pour priver sans motif le public des avantages que lui présente cet établissement. Enfin, j'ai été étonné que des commis, qui sont à peine occupés quatre heures par jour, eussent encore besoin de quarante jours de vacances. » N. B. Nous partageons assez l'étonnement de ce citoyen ; une Bibliothèque nationale et dont la nation jouit à peine, est une chose assez étonnante ; mais si l'on s'étonnait de tout ce qu'il y a d'étonnant dans le meilleur des mondes possible, on ne sortirait pas d'étonnement. »
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Rapport du bureau central du 16 fructidor.
Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Il est peu d'opinions d'une imporlance majeure, et les esprits, beaucoup plus tranquilles depuis quelques jours, ne se fixent en particulier sur aucun objet ou de politique extérieure ou d'administration. Les espérances renaissent pour la paix; les actes du gouvernement qui tendent à la garantir auprès de difTérentes puissances sont vus avec plaisir. Les bruits, de prétendus obstacles opposés au débarquement des troupes conduites par le général Buonaparte, ceux d'un éloignement des Grisons à se réunir à la République helvétique, ainsi que les soupçons qui existaient sur les dispositions de neutralité de la cour de Berlin sont entièrement tombés, et ce sont là les principales causes du retour de la sérénité dans le public. A la vérité, il y a peu d'enthousiasme, peu de chaleur de patriotisme dans les entretiens. Ce besoin de s'occuper de l'intérêt et de l'amélioration de la chose {sic), qui caractérise dans un peuple le véritable esprit public, n'est pas universellement répandu. C'est encore trop soi-mêfne et son intérêt particulier que l'on considère dans toutes les circonstances, mais on ne donnera pas pour de l'insouciance ce qui n'est que le repos des passions, et l'on ne peut dire qu'il n'y a aujourd'hui dans les esprits d'autres symptômes de mécontentement que ceux qui proviennent de la gêne commune. — On n'a pu recueillir d'opinions très prononcées sur les dernières propo-
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sitions d'impôts indirects destinés à couvrir les dépenses communales ; seidement on paraît convenir avec unanimité de la nécessité de cet expédient, qui passe pour être le moins onéreux de tous. — S'il a régné quelquefois une trop forte aigreur, ou s'il a percé un ton de malveillance dans certaines conversations publiques, ce n'a été que dans quelques groupes du Jardin national, au milieu desquels de véritables agitateurs briguent, mais inutilement, les regards et l'attention de ceux qui les entourent. — Le calme est parfait dans toutes les parties de cette commune.
Culte. — Le culte n'a présenté aucun objet de remarque essentielle.
Spectacles. — Les spectacles ont été en quelque sorte nuls pour l'opinion ; il n'a paru aucune production nouvelle propre à l'intéresser, aucune application qu'il ait fallu noter ; aucun autre sentiment parmi les spectateurs que celui de la simple curiosité.
Lessore.
(Arch. nat., BB» 88, et F ' 3841.)
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. . . Journaux. — UEcho parle d'une aventure qu'il dit arrivée au représentant du peuple Marquezy (du Var *) ; il en résulterait que ce citoyen se serait présenté chez le citoyen Barras, qui l'aurait reçu d'une manière peu fraternelle. Comme cette anecdote peut appartenir à un esprit de parti, on croit devoir la noter ici. Le journaliste dit bien qu'il n'est ici que l'écho, ce qui laisse des doutes réels sur ce qu'il avance. — Les autres feuilles ne donnent lieu à aucune observation importante.
Lessore.
(Arcli. nat., BB^ 88, et F ^ 8841.)
1. Marquezy (du Var) rédigeait, avec Guesdon (de la Manche), le Journal des Francs, suite du Journal des hommes libres.
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Journaux,
Clef du Cabinet du 21 fructidor : « Paris, 18 fructidor On a fait
liier soir l'ouverture de la salle du Théâtre-Français de la République, rue de la Loi. Pour y rendre un hommage, assurément très mérité, au premier de nos auteurs comiques, on y a donné l'un de ses chefs-d'œuvre. Le citoyen Mole, qui en a joué le rôle principal, le Misanthrope, l'a rendu avecle talent exercé qu'on lui connaît, et la citoyenne Petit a prouvé, dans le rôle de son infidèle amante, qu'elle fait chaque jour de nouveaux progrès dans son art. La citoyenne Contât, qui, depuis quelque temps, paraissait peu sur la scène, a été applaudie avec enthousiasme dans Le Legs ; et en général, tous les acteurs, toutes les actrices, sous les plus élégants costumes, ont eu les succès les plus tlatteurs. Hier, ce fut le tour de la comédie ; c'est le tour de la tragédie, aujourd'hui. Honneur aux administrateurs qui ont su réunir de si grands talents, surtout s'ils offrent au public des spectacles dignes d'une nation régénérée ! Quant à l'architecte qui a construit la nouvelle salle, il a obtenu des éloges universels. Elle parait plus petite et contient deux cents personnes de plus. Il n'y a encore qu'un petit lustre, et, seul, il suffirait à l'éclairer. Dans les proportions, dans les ornements, dans les couleurs, elle offre le plus bel ensemble ; et si l'on en fait disparaître cette étoffe cramoisie, terminée par des dorures, aux troisièmes loges, ces espèces de petites fenêtres grillées qui sont de l'un et l'autre côté sur le théâtre, avec des figures qu'on dirait entourer un pocle, nous croyons que rien ne manquera à sa perfection »
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Rapport du bureau central du 19 fructidor*.
. . .Journaux. — Des feuilles des 18 et 19 de ce mois, les Nouvelles de Paris paraissent la seule susceptible d'une observation particulière. Tout y a un double sens en matière politique, et les idées même, hétérogènes entre elles, y ont par leur liaison un air de malignité qu'on ne peut s'empêcher d'apercevoir. On en cite un exemple : « Tout semblait annoncer hier matin que la fête serait
i. Il n'y a pas de rapport du 18 fructidor.
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troublée par la pluie, le vent et l'orage. Nous n'avons eu que du vent. Mais quand aurons-nous de la pluie? La terre, les arbres et les animaux » etc. — C'est probablement par erreur que le journaliste
donne au comte Metlernich la qualificalion de citoyen. — Plus bas il donne comme nouvelle venant de Milan celle de l'attente de quelques changements dans la Constitution cisalpine. « Le gouvernement sera composé à Tavenir, dit-on, moitié de Français et moitié de Cisalpins. Plus expérimentés qu'eux dans l'art de conduire et de terminer une révolution, nous leur enseignerons à tenir les rênes du gouvernement. Si Apollon, au lieu d'abandonner son char à Phaëton, s'y fût mis à ses côtés, celui-ci n'aurait pas risqué d'incendier l'univers. Les Français mettront les Cisalpins sur la bonne voie et leur montreront comme on éclaire et comme on échauffe le monde sans le brûler. »
Lessore.
(Arch. nat., BB » 88, et F ^ 3841.)
Rédacteur du 20 fructidor : « Procès-verbal de l'anniversaire du 18 fructidor. L'an ¥1""= de la République française, une et indivisible, le 18 fructidor, en exéculion de la loi du 29 thermidor an VI, qui ordonne que l'anniversaire du 18 fructidor sera célébré chaque année dans toutes les communes de la République, et par les armées de terre et de mer, et conformément aux dispositions générales de rarrèté du Directoire exécutif du 3 du présent mois, et du programme particulier arrêté par le ministre de Fintérieur, concernant l'ordre et le cérémonial de cette fête nationale dans la commune de Paris en la présente année, des salves réitérées d'artillerie avaient, dès l'aube du jour, annoncé aux citoyens l'anniversaire de la victoire remportée sur le royalisme, le 18 fructidor an V, et les avaient appelés à se réunir au Champ-dc-Mars, pour y célébrer une fête républicaine qui rappelât au peuple français que le royalisme s'est toujours et alternativement caché sous tous les masques et tous les costumes ; qu'il a eu la plus grande part dans les événements qui ont amené le l^' prairial, le 13 vendémiaire et le 18 fructidor ; qu'il met à profit toutes les circonstances pour opérer le renversement de la Constitution, à laquelle la France doit tant de succès et de gloire, et qu'il faut une vigilance continuelle pour défendre contre ses attaques réitérées le trésor précieux de la liberté. Les membres du Directoire, en grand costume, s'assemblent dans la salle ordinaire de leurs séances, avec le secrétaire général. Les ministres sont successivement annoncés et introduits. Les États-Majors de la 17<^ division et de la place de Paris et un grand nombre d'officiers généraux se réunissent dans la salle dite des ministres. A trois heures, le Directoire monte dans ses voitures et se rend, avec la pompe accoutumée, au Champ-de-Mars. Le ministre de l'intérieur y avait fait faire les dispositions convenables pour la fête. Les allées latérales étaient décorées des tapisseries les plus précieuses de la manufacture nationale des Gobelins. L'obélisque qui s'élève devant l'autel de
la Patrie était orné de drapeaux tricolores et de guirlandes de lauriers. Il portait cette inscription : « Au 18 fructidor, jour de justice et de clémence. » On lisait sur le stylobate de l'obélisque : « Le salut du peuple est la loi suprême. )) Des trophées et des groupes de figures emblémati((ues entouraient l'obélisque. Un des trophées était orné de couronnes, de sceptres brisés et des débris des autres attributs de la royauté et de la superstition. Il était sous les pieds du génie de la Liberté, tenant un foudre à la main. Le piédestal de ce trophée faisait lire cette inscription : « Malheur à qui voudrait relever ces ruines!» Un second trophée était formé d'armes et de dépouilles militaires et surmonté de couronnes civiques de chêne et de couronnes triomphales de lauriers, que la France réunissait par des bandelettes tricolores. Sur le piédestal de ce trophée on lisait :
L'amour de la patrie, enflammant nos guerriers. Pour la première fois, joint le chêne aux lauriers.
Sur un autre piédestal étaient les figures de la Justice et de la Clémence. La première tenait un glaive levé. La Clémence arrêtait le glaive d'une main, et de l'autre, montrait l'Occident. L'inscription était :
Ils conspiraient contre la France ; Ils ne vivront plus dans son sein.
Un quatrième piédestal soutenait les figures de la Liberté et de la Victoire Elles s'appuyaient l'une sur l'autre, et foulaient aux pieds les attributs emblématiques des divers partis qui ont déchiré la République. Inscription :
Compagnes fidèles des Français.
En avant de l'obélisque, une figure isolée, représentant l'Hypocrisie politique, feignait d'adorer le livre de la Constitution, qui était posé près d'elle, sur un fût de colonne. D'une main, qu'elle tenait en arrière, elle portait des poignards et des chaînes. Un concours innombrable de citoyens couvrait les talus qui environnent le Champ-de-Mars. L'arène était restée libre pour los troupes et les exercices militaires. Le soleil, qui toujours semble favoriser la célébration des fêtes républicaines, versait sur cette immense réunion une lumière pure et sans nuages ; l'atmosphère, qui, depuis quelques jours, était brûlante, s'était rassérénée tout à coup ; une pluie légère, qui avait précédé d'une demi-heure l'ouverture de la fête, avait abattu les tourbillons de poussière qui en eussent dérobé l'ensemble imposant. A quatre heures, le Directoire exécutif et les ministres, les ambassadeurs et agents des puissances étrangères, les autorités et administrations qui avaient été convoquées sortent de la maison du Champ-de- Mars pour aller prendre place sur l'amphithéâtre élevé autour de l'autel de la Patrie. Le cortège se compose dans l'ordre suivant : 1° Trois membres de chacun des Comités de bienfaisance ; 2" la Commission des hospices civils ; 30 les inspecteurs du Conseil de santé près le ministère de la guerre ; 4° les administrateurs et professeurs de l'École gratuite de dessin; S°les professeurs de l'Ecole nationale de peinture, sculpture et architecture ; 6" les administrateurs et conservateurs du Musée central, du Musée spécial de l'École française, de celui des monuments français ; 7° les administrateurs et professeurs du Muséum d'histoire naturelle ; 8» le Conservatoire des Arts-et-Mé tiers ; 9° les
DIIÎECTÛIHE EXÉCUTIF