L. MiLLY
(Arch. nat., BB^SS.)
Séance du Directoire exécutif.
26 fructidor an VI.
Le Directoire prohibe la feuille périodique intitulée Journal des Francs, comme contenant les mêmes maximes séditieuses que les journaux des Hommes libres et le Persévérant, auxquels cette feuille a succédé ^.
(Arch. nat., Registre du Directoire exécutif, AF * m, 12.)
MCDLXIII
Rapport du bureau central du 29 fructidor *.
. . . Journaux. — Le Révélateur de ce jour est presque uniquement consacré à manifester une entière adhésion aux principes contenus au pamphlet intitulé Les Invalides mutilés au Corps législatif, et à témoigner des regrets à la suppression du Journal des Francs, des intentions et de l'esprit duquel il fait un bref éloge. Deux articles, de deux colonnes chacun, font une apologie très étendue du pamphlet en question. Le premier est précédé des observations suivantes : « Si
1. Ce n'est évidemment là qu'une contre analyse de l'arrêté du Directoire, ({ui contenait des considérants développés, comme on le verra plus loin, p. 85, par le rapport du 30 fructidor.
2. Il n'y a rien pour notre sujet dans le rapport du 28 fructidor.
chez un peuple esclave on peut enchaîner la pensée, en punir jusqu'au soupçon, c'est chez un peuple libre une tentative d'oppression, un essai de despotisme d'en criminaliser l'émission, lorsqu'elle a pour objet des réformes salutHires, La liberté de la presse est le palladium de la liberté civile; elle est la plus solide garantie des droits du peuple. Cette garantie est ébranlée, lorsque des fripons ont assez de crédit auprès delà puissance pour éteindre le réverbère de la pensée. C'est une étrange manière de conserver une Constitution que de la violer successivement en plusieurs points essentiels. C'est un machiavélisme bien détestable que d'avancer qu'on avilit le Directoire, quand on combat le pouvoir absolu, qu'on provoque la dissolution du gouvernement actuel, quand on se prononce contre ses projets d'innovation. Ne serait-ce pas le maximum de la politique de Saint- James de faire regarder comme ses amis ceux qui pensent qu'un des moyens de Pitt pour anéantir le gouvernement actuel est de faire croire qu'il n'y a qu'un Directoire en France, et d'en saper les fondements, comme autrefois on parvint à renverser un gouvernement qui culbutait les rois et faisait les plus grandes choses, en disant qu'il n'y avait qu'un Comité de salut public? Toutes ces vérités ont éclaté hier dans la cause de Louis Gilbert. . . », etc. — Quant à la suppression du Journal des Francs, voici les réflexions qu'elle suggère au Réoélatear et que l'on croit essentiel de faire remarquer : « On ne peut s'empêcher de rendre hommage à la pureté des principes et au talent des rédacteurs ; ils se prononçaient avec vigueur contre tout système d'innovation au dedans et au dehors. En Hollande, la révolution Daëndels, la torture, des lois de sang leur paraissaient de funestes résultats. L'essai de perfectionnement fait par Trouvé sur la République cisalpine excitait leurs inquiétudes civiques. Le coup d'autorité arraché au Directoire par ses éternels et perfides flagorneurs fait sentir la nécessité de mettre un terme à l'arbitraire, par une bonne loi sur la liberté de la presse. » — Les autres feuilles périodiques ne donnent lieu à aucune observation.