‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 64 sur 254 · L. MiLLY, Cousin · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Cousin

(Arch. nat., BB » 89, et F» 3842.)

Journaux.

Courrier des Spectacles du 26 vendémiaire : « Théâtre du Vaudeville, — La comédie-parade donnée hier à ce théâtre, sous le titre du Déménage^ vient du Salon ou le Portrait de Gilles, n'a pas obtenu un succès décidé. Nous croyons pouvoir nous dispenser de donner l'analyse de cet ouvrage, dont le plan est de la plus grande faiblesse, et dont les scènes sont toutes

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décousues et sans motif. On a applaudi avec raison à plusieurs couplets sur les tableaux du Muséum et sur quelques bons ouvrages comiques; mais il faut avouer qu'il n'y a pas beaucoup de traits saillants, et que cette pièce a généralement trop d'uniformité et de monotonie. Ce défaut tient sans doute au genre de cet ouvrage, qui prêtait peu à l'épigramme, à moins que de répéter souvent les mêmes pensées. On pourrait aussi reprocher aux auteurs d'avoir trop couru après les calembours; il y en a beaucoup, mais peu de bons. En un mot, cet ouvrage est très inférieur à la réputation de quelques-uns de ses auteurs. Cependant le public les a demandés. Le citoyen Delaporte est venu annoncer que cette pièce était de quelques auteurs du Vaudeville. Une voix a demandé leurs noms. A quoi le citoyen Delaporte a répondu, d'une manière très ingénieuse : Je ne crois pas qu'ils me Valent dit : ce qui a e.xcité les éclats de rire. »

Rapport du bureau central du 27 vendémiaire.

.. .Journaux. — Les opinions du journal ta Correspondance sur le gouvernement actuel de la République batave tendent toujours à faire considérer comme funeste à la liberté de ce pays les changements opérés le 24 prairial ; les deux nouveaux présidents du Corps législatif y sont dépeints sous des couleurs odieuses ; et, pour prouver les nouvelles facilités que les Anglais ont de commercer dans cette République, on donne une énumération des quinze bâtiments de cette nation arrivés dans des ports bataves depuis le 2 vendémiaire. — On ne rendra compte ici ni de la manière dont la séance est rapportée dans cette feuille, non plus que des raisonnements par lesquels les citoyens Guesdon et Marquezy réfutent divers articles d'un placard affiché contre eux; ils sont les mêmes que ceux dont on a donné l'aperçu dans les rapports précédents. — On observe que le Fanal, en annonçant comme bruit public que le roi de Naples a effectué une levée de trente mille hommes, ajoute que dans cette opération on n'a employé ni le bâton ni l'argent.

Lessore, L. Milly.

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

Journaux.

Clef du Cabinet du 27 vendémiaire : « Paris, le 26 vendémiaire.. . Le ministre de l'intérieur a adressé aux administrations centrales et municipales

une circulaire en forme d'instruction, par laquelle il leur recommande l'exécution des deux lois rendues le 17 thermidor et le 13 vendémiaire, tendant à faire coordonner les jours de repos avec le calendrier républicain. La juste et sage division du temps, dit la circulaire, laisse à tous les genres de travaux assez de latitude pour concilier les intérêts de tous les individus; mais, en déterminant les jours de repos, le législateur ne les a pas concédés à l'oisiveté; l'oisiveté ne délasse point; elle engourdit l'àme et le corps. L'appareil des lieux destinés aux réunions des lieux décadaires doit être simple, mais imposant; il faut un autel de la patrie, une enceinte décorée d'emblèmes civiques, les tables de la déclaration des droits et des devoirs du citoyen, exposées à la vue des assistants, des places d'honneur pour les vieillards, pour les défenseurs de la patrie blessés dans les combats, une tribune pour les lecteurs, un orchestre ])Our les musiciens, les bustes des hommes dont la France s'honore, des tableaux retraçant des actes d'héroïsme, des lectures civiques, des célébrations de mariages, des chants patriotiques, des exercices et des jeux gymniques; voilà les idées du ministre pour faire célébrer les fêtes décadaires d'une manière digne d'un peuple libre.. . »

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — L'attention du public a été un instant frappée d'une lutte assez vive qui s'est élevée entre Dlusieurs journalistes. Une affiche qui tendait à prouver que quelques-uns d'entre eux étaient dans les intérêts de l'Angleterre a été vue sur les murs de Paris et a fait, pendant plusieurs jours, l'objet des entretiens dans les lieux ordinaires de réunion. Il a été facile de voir que toute opinion qui pénétrait vers un point d'exagération quelconque était universellement repoussée, et l'on ne craint pas d'affirmer que l'amour de l'ordre, partout mieux senti de jour en jour, rassure contre les efforts cachés, mais réels, de quelques ambitieux pour détruire l'heureuse harmonie des premières autorités. Les conjectures pour la paix ont été chancelantes dans le cours de cette décade; on ne voit pas que le Congrès réponde comme il le devrait pour les intérêts mêmes de quelques puissances, à la loyauté des propositions et de la conduite des ministres de la République française. Les précautions militaires que prend en conséquence le gouvernement ont un assentiment sans réserve, et il en est de même de la nomination du général Jourdan, qui, sous le double rapport des talents et

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du patriotisme, emporte l'estime de tous les amis de la République. — L'étonnement est au comble sur ce qui se débite relativement à la nouvelle intelligence censée exister entre la Porte et la Russie. Les intérêts opposés de ces deux puissances sont si bien sentis que le doute plane sur l'alliance formée entre elles au dire de quelques journalistes. L'adresse et la perfidie du cabinet britannique, surtout l'influence qu'il prétend exercer sur toutes les cours de l'Europe, rangent seules ce phénomène politique dans l'ordre des choses possibles. — Ce qui cause en ce moment le plus de sensation, ce sont les nouvelles que le général Buonaparte a fait parvenir directement au gouvernement; elles ont dissipé les alarmes que les royalistes et les écrivains dévoués à leurs opinions avaient semées sur la situation de l'armée d'Egypte ; on se plaît à s'entretenir de l'attitude imposante et glorieuse qu'elle a prise dans ce pays , des ressources qu'elle s'y est créées, et on en tire le plus favorable augure pour la suite et la fin de l'expédition dont elle est chargée. Ces détails tiennent tous les bons citoyens en méfiance contre les assertions hasardées ou mal intentionnées de quelques journalistes, et ils ne contribuent pas peu à tenir en haleine l'esprit public, dont les progrès, pour n'être pas aussi rapides qu'il serait à désirer, n'en sont pas moins certains.

Cultes. — Les cultes se pratiquent généralement avec décence et tranquillité "j'ils n'ont point d'influence marquée sur l'opinion. Ce que les exercices de piété peuvent avoir d'empire ne dépasse point l'enceinte des temples. Il n'est parvenu sur les ministres des difl"érentes religions aucunes particularités. — On se plaît à dire que la petite fermentation qui existait parmi les sectaires du culte catholique habitués au temple Laurent, et dont on avait donné précédemment avis, paraît sur le point d'être entièrement dissipée ; les renseignements les plus sûrs ont appris que ceux auxquels est attribuée la direction du culte dans ce temple ont demandé au citoyen Royer, leur évêque, un prêtre qui eût rempli toutes les formalités voulues par les lois de la République.

Spectacles. — Les applications suivantes donneront à connaître la nature des opinions qui dominent actuellement dans les théâtres. Le 22 de ce mois, au troisième acte du Conciliateur^ joué au théâtre de la République, le passage suivant a été accueilli par des battements de mains très prolongés : « Cependant, lorsque l'on peut choisir de la guerre ou la paix, la paix est la plus sage, et le calme est toujours préférable à l'orage. » — Au Vaudeville, on a donné le 25 une première représentation du Déménagement du Salon de peinture ou le

Poî'trait de Gilles '. La critique faite dans cet ouvrage de différents morceaux exposés au dernier Salon a paru retomber injurieusement sur le jury des arts, qui reçoit quelques traits méchants et peu convenables à la scène. — Au théâtre de l'Ambigu-Comique, dans La Bohémienne, un piqueur dit à une vieille : « Encore une guerre, encore des hommes sacrifiés, ça ne finira donc jamais. » Ces différentes exclamations ont été accueillies avec une chaleur qui tenait beaucoup à la mahgnité.

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