Bibl. nat., Lb 42/356, in-S
iMCDXCIX 30 VENDÉMIAIRE AN VII (21 OCTOBRE 1798).
Rapport du bureau central du 1*'' brumaire.
.. .Journaux. — Deux journaux aujourd'hui nécessitent une observation particulière, l'un en raison du style dans lequel il laisse percer des opinions antirépublicaines, l'autre pour les réflexions indécentes et immorales qu'il se permet sur un sujet de politique pure. Le premier est le Courrier du Corps législatifs annonçant que les changements survenus dans les deux Républiques cisalpine et romaine ont beaucoup refroidi les patriotes de ce pays, et que là, comme en France, le gouvernement français est obligé de lutter à la fois et contre les partisans de l'ancien régime et contre une partie des partisans du système républicain. — Plus loin, il dit comme nouvelle qui acquiert de jour en jour plus de crédit, et comme bruit très répandu, que le gouvernement français va rendre à l'Empereur la presque totalité de la Lombardie. — L'autre journal est le Messager des relations extérieures; il plaisante sur la nouvelle publiée que Buonaparte avait fait rappeler dans Alexandrie la femme du Bey, qui avait empêché que les Français résidant dans cette ville ne fussent massacrés à l'approche de l'armée. Le général ayant assuré ou étant censé avoir assuré que la personne de cette femme serait respectée, le journaliste dit que cette femme ne tenait nullement à celte condition. Plus loin il peint les Égyptiennes comme très mécontentes de l'article d'un ordre de Buonaparte du 3 messidor portant que tout individu qui pillerait ou violerait serait fusillé, ce qui est, selon le sentiment très immoral que leur prête le journaliste, leur ôter des consolations à leurs|défaites et punir avec barbarie les choses les plus simples. — On voit sur quel mot de l'ordre du général Buonaparte le journaliste se permet déjouer indécemment.
Cousin, L. Milly.
Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)
159 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [12 au 21 octobre 1798]
MD
Compte décadaire des opérations du Bureau central du canton DE Paris du 21 au 30 vendémiaire an VII.
Surveillance... Dégradation civique prononcée contre des officiers de santé. — En accusant au capitaine rapporteur près le premier Conseil de guerre de la division militaire séant à Mézières la réception des exemplaires par lui adressés d'un jugement dudit Conseil, du 2 vendémiaire, qui condamne à la peine de la dégradation civique les nommés Thomas, dit Lécu, et Chabrol, tous deux officiers de santé, convaincus d'avoir exigé et reçu des sommes d'argent pour attester des infirmités réelles'à des militaires et réquisitionnaires, le Bureau central lui a mandé qu'il fera réimprimer et afficher ce jugement.
Évasion de lord Sidney Smith du Temple. — Il a transmis au ministre de la police, à celui de la justice et au commissaire du Directoire près le tribunal criminel du département de la Seine, copie du procès-verbal constatant les révélations faites à Lyon, par le nommé Cottin, dit Merey, relativement à l'évasion de lord Sidney Smith du Temple
Prisons. . . Lettres des détenus aux autorités constituées. — Les concierges des prisons ont été invités par le Bureau central à respecter le secret des lettres adressées par les détenus aux autorités publiques et à mettre la plus grande célérité dans l'envoi de ces lettres.
Bonnard. — Il a mandé au commissaire du Directoire près le Bureau central que, conformément aux intentions du ministre de la police, le concierge de la maison de justice a été chargé de retenir et de soumettre à l'examen du Bureau toutes lettres qui seront adressées au dehors par le nommé Bonnard, détenu en cette maison
Transfèrement. — Le Bureau central a autorisé le capitaine de gendarmerie à extraire du Temple le nommé Roussel, ex-prétre, pour être conduit devant le commandant de la citadelle de l'île de Ré, en exécution de l'arrêté du Directoire du 4 de ce mois, qui a ordonné sa déportation
Mœui's et opinion publique. Esprit public. — On a remarqué, à l'occasion d'une affiche ayant pour objet de faire regarder comme étant dans les intérêts de l'Angleterre quelques-uns des journalistes entre lesquels il s'est élevé une lutte assez vive, que toute opinion
exagérée était universellement repoussée, et Ton a cru pouvoir avancer que l'amour de l'ordre, partout mieux senti de jour en jour, rassurait contre les efforts cachés, mais réels, de quelques ambitieux pour détruire l'heureuse harmonie des premières autorités. — On a vu les conjectures pour la paix chancelantes, les précautions militaires prises par le gouvernement obtenir un assentiment sans réserve, ainsi que la nomination du général Jourdan ; l'étonnement porté au comble sur ce qui s'est débité relativement à la nouvelle intelligence censée exister entre la Porte et la Russie ; les alarmes, que les royalistes et les écrivains dévoués à leurs opinions avaient semées sur la situation de l'Egypte, se dissiper à la lecture des dépêches expédiées au gouvernement par le général Buonaparte ; et tous les bons citoyens se tenir, d'après ces détails, en méfiance contre les assertions hasardées ou mal intentionnées de quelques journalistes. — Il résulte du rapport particulier, en forme d'observations, d'un fonctionnaire public (le commissaire de police de la division des Thermes), parlant de la conscription qu'il dit se faire assez bien, sans qu'on ait l'air de s'en occuper beaucoup, que les malheureux se plaignent : 1° que les riches prennent la même marche que les réquisitionnaires, c'est-à-dire qu'ils s'enrôlent, les uns pour les charrois, à l'École militaire, moyennant 2, 3, 4 et jusqu'à 500 francs, suivant la fortune des conscrits, lesquels, une fois enrôlés, ont la dénomination de haut-le-pied, vont à cheval, ont 80 francs par mois et l'étape; les autres aux écoles de chirurgie, médecine et polytechnique; 2" que les malheureux seuls supportent le poids des campagnes, tandis que des jeunes gens riches, au lieu d'aider, entravent et ruinent le Trésor national en desservant la cause publique; le même fonctionnaire ajoute que ces petits mots se disent çà et là dans les cabarets ou chez les limonadiers. «Les rentiers, continue-t-il, crient toujours sur ce qu'on les laisse en proie à la plus affreuse misère, tandis que des hommes de rien, et qu'ils regardent comme nuisibles à l'intérêt général, se vautrent dans l'or et les diamants, enfin sont plus somptueux que les princes. Voilà, observe le commissaire, leurs expressions. » — Il ajoute encore: « Les personnes raisonnables voient dans l'impôt sur les entrées une ressource sûre, si elle ne tombe pas dans les mains des fripons comme les percepteurs des droits de passe, qui pillent au moins moitié. » — Peu de commerce, peu de travaux, et cependant beaucoup d'ivrognerie, de débauche, d'associations illégitimes et souvent adultères; beaucoup d'abus de confiance, de vols et d'escroqueries. Voilà, dit le commissaire de police de la division des Lombards, le hideux tableau qui sans cesse s'offre aux regards
101 DÏHECTOIHE EXÉCUTIF [12 au 21 octoure 1798]
Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Journalistes en contravention à la loi du 28 germinal an IV. — Le commissaire du pouvoir exécutif près le Bureau central ayant transmis des lettres du ministre de la police, ordonnant de prendre les mesures prescrites par la loi contre plusieurs auteurs et imprimeurs de journaux qui contreviennent à la loi du 28 germinal an IV, le Bureau central a mandé tous les propriétaires de journaux en contravention et tous ont promis de se conformer dès le même jour à la loi. La surveillance à cet égard est établie sur tous les journaux*.
Pamphlets. — Le commissaire de la Butle-des-Moulins ayant transmis un écrit intitulé : Parisiens, preuve que vous êtes libres, qui lui a été remis par le citoyen Poultre, restaurateur, à qui il avait été adressé par un particulier qu'il ne connaît pas, le Bureau central a ordonné à cet égard une surveillance spéciale, laquelle n'a encore produit aucun effet.
Ouvrages contre-révolutionnaires. — Le ministre de la police, en informant que le ministre de l'intérieur lui avait fait part de l'arrestation du nommé Louis Richard, prêtre rebelle, et de la découverte de plusieurs ouvrages contre-révolutionnaires, dont il lui donnait la nomenclature, ayant invité le Bureau ci-ntial à en empêcher la publicité et à lui rendre compte des diligences à cet égard, le Bureau central a lancé sur-le-champ trois mandats de perquisition, dont deux ont été exécutés, mais n'ont procuré la découverte d'aucun des livres désignés parle ministre; à l'égard du troisième mandat, il n'a pu être exécuté, parce que le libraire avait changé de domicile et qu'il a fallu des recherches pour le découvrir.
Levée de scellés chez un ministre du culte catholique. — Le même ministre ayant annoncé qu'il était satisfait des renseignements donnés sur le citoyen Le Seigneur, ministre du culte catholique, et que l'on pouvait lever les scellés apposés chez lui, le Bureau central a fait exécuter sur-le-champ la levée desdits scellés.
Culte des théophilanthropes. — Il a chargé le commissaire de police de la division du Panthéon de veiller à ce que les dispositions de l'arrêté du Département qui autorise les théophiianlhropes à exercer leur culte dans l'édifice Médard, tous les jours depuis onze heures jusqu'à deux, soient strictement exécutées.
1. La lui du 28 germinal an IV édictait, art. 1*': « II ne doit être imprimé aucuns journaux, gazettes ou autres feuilles périodiques que ce soit, distribué aucun avis dans le public, imprimé ou placardé aucune affiche, qu'ils ne portent le nom de l'auteur ou des auteurs, le nom et l'indication de la demeure de l'imprimeur. »