‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 67 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

[i2 AU 21 OCTOBRE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 162

Assemblée des catholiques au temple Laurent. — Les administrateurs du culte catholique au temple Laurent ayant prévenu qu'ils désiraient tenir une assemblée générale le 23 dans ce temple, à l'issue de la grande messe, pour rendre compte des recettes et dépenses, le Bureau central a chargé les quatre commissaires de police de l'arrondissement de surveiller cette assemblée et a invité ces administrateurs du culte à ne s'occuper que des affaires pour lesquelles l'assemblée était convoquée et à se conformer aux lois et règlements de police.

Société de secours mutuels. — Les citoyens Courand et Bontemps, ayant adressé un imprimé ayant pour titre : Règlement pour la société de secours mutuels établie rue aux Fèves, n° 18, et ayant demandé à continuer cette réunion, le Bureau central a chargé le commissaire de police de la Cité de prendre des renseignements positifs sur cette réunion et de s'assurer si elle n'est pas contraire aux lois.

Bureau pour les officiers de police dans les spectacles. — Informé que l'arrêté du 18 nivôse an IV, portant qu'il y aura à chaque spectacle un bureau pour les officiers civils de police, n'était aucunement exécuté, et qu'il était urgent que cette mesure de surveillance fût mise en usage, le Bureau central a invité tous les entrepreneurs de spectacles à se conformer à cet arrêté et tous les commissaires de police à faire connaître les entrepreneurs qui ne s'y soumettraient pas.

Boutiques attenantes au théâtre de la République. — Relativement à l'occupation des boutiques du théâtre de la République par des femmes prostituées, le citoyen Sageret, administrateur du théâtre de la République, a répondu que, loin de se prêter à la location de ces boutiques à des femmes publiques, il appelait à cet égard la plus exacte surveillance du Bureau central pour faire expulser toutes ces prostituées. Toutes ces boutiques ont été fermées.

Droits des indigents sur les recettes des spectacles et fêtes publiques. — L'agent comptable du revenu des pauvres ayant fait passer, suivant la demande qui lui en avait été faite, l'état de ce que redevaient les entrepreneurs de fêtes d'Idalie, montant à 5423 francs 43 cent., le Bureau central a décerné un mandat d'amener contre les entrepreneurs, lesquels ont été renvoyés devant le juge de paix des Champs- Elysées, Il a pareillement pris des mesures pour obtenir le payement des sommes dues par plusieurs autres entrepreneurs de spectacles et fêtes publiques dont la liste a été transmise par le même agent.

Jardin de Paphos. — Ce dernier, ayant annoncé être informé qu'au jardin de Paphos on donnait des bals et feux d'artifices pour lesquels

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on payait 75 centimes d'entrée, et qu'il lui avait été rapporté que ces divertissements n'étaient pas taxés, le Bureau central lui a répondu que cet établissement était lenu par un limonadier, et qu'étant du genre de ceux dont on ne pourrait constater la recette, attendu que le prix des billets se consommait en rafraîchissements, il était taxé par mois comme les autres bals.

Théâtre des Victoires-Nationales. — Instruit que le citoyen Sainl- Amand, directeur du théâtre des Victoires-Nationales, faisait distribuer des billets pour lesquels il faisait payer 50 centimes, le Bureau central a invité l'administration municipale du X« arrondissement à vérifier exactement les recettes et à recueillir tous les renseignements possibles sur les billets prétendus gratis.

Concert olympique. — Le ministre de l'intérieur, en adressant une pétition des artistes du Concert olympique, qui demandaient d'être dispensés de payer le quart de leurs recettes, ayant invité à prendre celte demande en considération et à faire tout ce qui serait possible sans s'écarter de l'esprit de la loi, le Bureau central a observé au ministre que la loi ne prononçait aucune exception et l'a invité à lui faire connaître ses intentions à l'égard de ces artistes, qui paraissaient se trouver dans des circonstances particulières et favorables à leur demande

Salubrité et voie publique... Théâtre des Délassements ; pièces à feu. — Instruit que dans la pièce intitulée Le vieux Soldat, représentée au théâtre des Délassements *, un soldat nègre, dans un combat simulé, avait eu la figure toute brûlée, le Bureau central a chargé le commissaire de police de la division du Temple d'intimer au directeur de ce théâtre les défenses les plus expresses d'y représenter aucune pièce à feu

Amphithéâtres de dissection. — Instruit par l'administration municipale du IX° arrondissement qu'il se commettait jotirnellement des vols de cadavres dans le cimetière Catherine, le Bureau central a informé cette administration qu'il s'occupait des mesures d'exécution d'un arrêté du Directoire exécutif, concernant les amphithéâtres de

dissection

Pour rapport décadaire :

Les administrateurs, Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB » 89, et F' 3842.) 1. Il n'y a rien sur cette pièce dans le Courrier des Spectacles.

[septembre-octobre 1798] DIRËCTOIUE EXÉCUTIF 104

MDI

Tableau analytique de la situation du département de la Seine, pendant le mois de vendémiaire an vii, présenté au ministre de

l'intérieur PAR LE COMMISSAIRE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF PRÈS L'aDMI- NISTRATION CENTRALE DUDIT DÉPARTEMENT.

Esprit public. — Tout ce qui peut servir à le corrompre, à le détériorer a été mis en usage pendant le mois de vendémiaire, par les ennemis de la République. Les mauvais journalistes ont pris à tâche de peindre sous des formes colossales les ressources de la nouvelle coalition. Les royalistes ont répété ces mensonges à l'envi des uns et des autres. Leur espoir était d'arrêter les effets de la loi sublime de la conscription en épouvantant les chefs des familles sur le prétendu sort réservé à leurs enfants. Quelques conscrits se sont même agités, et il n'a peut-être manqué à ce léger mouvement qu'un homme assez hardi pour se mettre à la tête du rassemblement projeté, afin de lui donner un caractère de rébellion grave et inquiétant pour la tranquillité publique. La perte de la Hotte qui a porté Buonaparte en Ég3'pte, la prise du général Humbert en Irlande, l'incertitude de la réussite de l'expédition d'Egypte, l'espèce de reproche fait à l'Espagne d'avoir, dit-on, alimenté l'escadre anglaise, le manifeste du Grand- Seigneur, les lenteurs du congrès de Rastadt, le rétablissement de l'octroi, la pénurie apparente du trésor public, dont le service s'est ralenti sur quelques parties de l'intérieur, parce que sans doute on a fait refluer ses secours sur des objets d'une utilité plus urgente, enfin tout ce qui peut inquiéter les âmes faibles et pusillanimes a été employé avec une exagération sans exemple, par les deux grandes factions qui désirent l'anéantissement de la Constitution de Tan III et le renversement du gouvernement. Les anarchistes donnent à entendre qu'ils ont un parti puissant dans les deux Conseils ; je suis loin d'y croire ; je crois la masse du Corps législatif saine et amie de l'ordre et des lois ; mais si, par impossible, il se trouvait une faction turbulente et anarchique qui voulût encore occasionner des secousses, je puis vous assurer qu'elle ne trouverait, dans le peuple de Paris, ni dans la force armée, aucun secours, aucun instrument de ses chimériques projets. Il faut d'ailleurs l'avouer, et c'est une preuve de la corruption de l'esprit public, mais le Corps législatif est tombé dans une sorte de mépris qui ne doit pas donner d'espoir aux conspirateurs, s'il en

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existait dans son sein. C'est sans doute un grand malheur pour la chose publique, quand la première autorité ne jouit pas de la considération qui lui est due, mais il faut l'attribuer au mécontentement qu'amène naturellement la nécessité où se trouve la République de continuer la guerre, et aux sacritices qu'elle exige des citoyens en général; et puis il faut ajouter que le peuple de Paris, qui juge toujours de ce qu'il craint par ce qu'il voit, ne pardonne pas aux législateurs d'avoir augmenté leurs indemnités d'une somme de 330 francs par mois. Il leur reproche aussi de ne pas être exacts aux séances et de laisser l'espoir, par cette insouciance, aux factieux de renouer leurs complots. Les anarchistes disent encore : « Vous le voyez, citoyens, on vous ramène à toutes les charges de l'ancien régime : droits de passe, octrois, contributions forcées et centuplées, bientôt les gabelles, etc., etc. Etait-ce pour gémir sous le joug des impôts qui ne servent qu'à engraisser des fripons et enrichir des hommes fourbes et immoraux que vous avez fait la Révolution? » Les royalistes se servent, à quelques différences près, des mêmes expressions, et un murmure sourd annonce assez l'effet de ces cruelles menées. Cependant rien ne prouve autant la force morale du gouvernement que son attitude fière et républicaine au milieu de ce brouhaha de factieux, de fripons, d'imbéciles et de méchants, qui usurpent sans cesse le respectable nom de peuple français, pour mieux en imposer à la multitude. On le dénigre à la sourdine; mais aucune faction n'a en ce moment l'apparence de vouloir prendre l'initiative pour l'attaquer ouvertement. Cependant ces menées clandestines ne sont pas à négliger. On a parlé de rassemblements au faubourg Antoine, de vente de fusils, etc. L'homme chargé d'en acheter a été arrêté et a déclaré avoir reçu l'ordre d'un nommé Rey, fournisseur de la République. On est actuellement à vérifier s'il est vrai que ledit Rey ait été autorisé par le ministre de la marine à faire cet achat. Dans ce dernier cas, le citoyen ministre de la marine aurait dû au moins en prévenir le Bureau central. — On annonce qu'Antonelle est de retour d'un voyage fait dans les départements dans des intentions anarchiques. On a remarqué plusieurs banquets chez Vatar, imprimeur, auxquels ont assisté des anarchistes bien connus. Cette faction témoigne depuis quelque temps une certaine hilarité, qui donnera lieu au Bureau central de fixer plus particulièrement son attention sur ses menées liberticides. Enfin on répand une foule de bruits qui annoncent bien des projets liberlicides contre le Directoire exécutif, mais il parait que les meneurs n'ont encore osé confier leurs plans à personne. On parle beaucoup de renverser le gouvernement, mais on ne nomme pas ceux

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qui doivent remplacer ses membre?. C'est le conseil des rats de La Fontaine, mais qui attachera le grelot? Au demeurant ces réunions clandestines n'ont rien de bien alarmant. On n'y compte aucun homme marquant par ses alentours, sa fortune ou ses lumières. C'est un ramassis d'ivrognes, de chenapans qui, comme les prostituées, attend le chaland et qui crierait, moyennant quelques pièces de 5 francs : Vive le Directoire! ou A bas le Directoire! suivant l'intention du payeur, mais incapable de broncher; en un mot, c'est un épouvantail ambulant, qui ne doit encore causer aucune inquiétude, mais qu'il est bon de surveiller, ne serait-ce que pour connaître la main qui le fait mouvoir.

Journaux. — Les circonstances actuelles, la conscription militaire, la déclaration de guerre de la Porte à la République, l'expédition de Buonaparte dans l'Inde, la situation de la Hollande, de la Cisalpine et de l'Helvétie, voilà les matières qui occupent la plume des journalistes. Mais tous ne les traitent pas avec ce calme, cette modération et surtout ce républicanisme qui doivent constamment guider des hommes dont les feuilles périodiques paraissent consacrées à l'amélioration de l'esprit public. Beaucoup d'entre eux, par leur caractère contrariant, ou plutôt par leur haine pour le gouvernement, attiédissent l'esprit national et le laissent flottant au milieu des doutes et des perplexités qu'inspire toujours un avenir qu'ils ont soin de présenter couvert des plus sombres nuages; on dirait qu'ils se flattent de renverser la République par les sarcasmes dont leurs feuilles sont remplies, par les fausses nouvelles, par les défiances qu'ils cherchent à inspirer même aux républicains. Si ce vœu ne paraît pas, selon eux, devoir être suivi d'un succès prochain, il semble du moins qu'ils espèrent le voir se réaliser un jour par les élans que leur esprit fait dans le règne des conjectures, par les prédictions dont quelques-uns d'entre eux prennent souvent l'initiative. — Parmi les journaux répréhensibles, je dois noter le Fanal, la Quotidienne, le Bien Informé, le Publiciste, le Messager des relations extérieures, les Nouvelles de Paris et la Correspondance, feuille écrite dans un mauvais esprit, d'autant plus dangereux que ses rédacteurs sont revêtus d'un caractère auguste '. Mais en général les journaux ont fort peu de crédit. Successivement ils disparaissent. Ceux qui s'élèvent nagent un moment et bientôt ne sont plus. Ceux qui agonisent encore se pillent, se copient et vont, suivant l'expression d'un de nos poètes agréables :

sans cesse se parant

De l'esprit réputé qu'ils attrapent en courant.

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