Ce journal était rédigé par des députés
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Les suppressions prononcées par le gouvernement en ont empêché plusieurs de distiller leurs poisons. Il ne serait pas inutile peut-être à la formation de l'esprit public de répandre, tant dans les campagnes que dans les grandes communes, un journal populaire rédigé avec simplicité et chaleur dans les principes de la Constitution: ce serait un antidote salutaire.
Fêtes décadaires. — Les fêtes décadaires ont été célébrées avec un succès, sinon très complet, du moins fort encourageant. Quelques agents municipaux avaient négligé de s'y rendre sous différents prétextes ; l'administration centrale les a mandés et leur a fait une réprimande paternelle dont ils ont profilé dans les fêtes suivantes. L'expérience prouve combien l'on a eu raison d'insister pour que les mariages ne se fissent qu'à la réunion décadaire. Le décadi où il n'y a point de mariages, le temple est désert. 11 faut avouer que, jusqu'à présent, nos fêles décadaires ne présentent que cet attrait ; pour que le peuple y vienne, il faut qu'il y trouve un amusement, et la lecture des lois et du Bulletin même, dont la rédaction est très froide, ne suffit pas pour lui en ofTrir, Les articles d'économie rurale intéressent le villageois et fort peu le citadin. Quelques expériences de physique, comme le ministre l'indique dans sa circulaire aux Ecoles centrales, produiraient un meilleur effet. Au demeurant, les fêtes se sont passées sans trouble, car on ne doit pas appeler de ce nom quelques murmures ironiques occasionnés par la célébration d'un mariage entre une vieille fille, parée du chapeau virginal, et un jeune homme contrefait. Je ne citerais pas ce fait dans un compte général, si des hommes à l'affût des mauvaises nouvelles n'eussent annoncé qu'il y a eu du trouble à l'édifice Roch, décadi dernier; mais j'en rapporterai un autre beaucoup plus intéressant qui prouve combien il est peu difficile de dessiller les yeux du peuple. Dans un canton rural (Pierrefitte), un mariage vient d'être célébré dans le temple décadaire. Le président avait prononcé un beau discours, l'anneau avait été présenté (les villageois tiennent beaucoup à la présentation de l'anneau). La cérémonie faite, un des assistants demande au commissaire du pouvoir exécutif combien il en coûtait pour se marier à la République. Mon collègue répondit, assez haut pour être entendu de l'assemblée, que la République, loin de demander de l'argent à ceux qu'elle unissait en mariage, était amplement récompensée par l'espoir que les jeunes époux lui donneraient des enfants dignes d'elle ; mais que leur curé leur demanderait de l'argent sans rien ajouter à l'auguste cérémonie de leur mariage. Là-dessus, les parents et les mariés se regardent, en disant que le curé n'en ferait pas davantage, et partirent gaiement,
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remportant leur argent. Dans ce canton, la solennité décadaire imposa tellement aux habitants que les mariages célébrés selon le nouveau mode ne sont plus soumis au « visa du curé », formalité que ces bonnes gens ne manquaient pas d'observer pour tous les mariages faits devant l'agent de la commune. Ce n'est pas un faible avantage remporté par la philosophie.
Annuaire républicain. — L'administration centrale n'avait pas attendu la loi du [14 germinal an VI] pour faire coïncider les jours de tenue des foires et marchés avec le calendrier républicain. Cette opération, commencée depuis longtemps en exécution de l'arrêté du Directoire exécutif du 14 germinal, est terminée. Déjà le marché de Sceaux, très important pour l'approvisionnement de Paris, a commencé à se tenir suivant la fixation nouvelle, et il n'en a pas été moins fréquente. Le repos du décadi est observé à la ville comme à la campagne. Le dimanche est partout à l'agonie ; il ne voit plus ni jeux publics, ni danses; mais on se souviendra malgré soi du calendrier grégorien, tant qu'il restera à côté de l'annuaire
Spectacles. — Les spectacles sont fréquentés et paisibles, quoique fournissant parfois des allusions malignes et antirépublicaines. Je le dirai toujours, il faut changer leur système, si l'on veut les utiliser pour former l'esprit public, pour réveiller cet enthousiasme bridant qui a créé la République et qui seul est capable de la soutenir et de la défendre. Il faudrait donc des pièces patriotiques, parce qu'il faut nous donner des mœurs républicaines ; on n'improvise point sans doute de pareils ouvrages; mais, en attendant des auteurs estimables qu'on pourrait encourager, ne serait-il pas possible de faire paraître des pièces de circonstance où brilleraient les défenseurs de la patrie? Comment la Convention créa-t-elle des légions? C'est en exaltant le courage et l'amour-propre des Français au Sénat, au forum, au spectacle.
Instruction publique. — Les visites des écoles tant primaires que particulières se font assez exactement par les administrations municipales, mais fort rarement par le jury d'instruction, dont les membres paraissent fatigués d'une fonction pénible et gratuite. On voit avec plaisir que les premiers principes n'y sont plus empoisonnés par les préjugés du fanatisme. Plus de livres de superstition dans ces écoles; les instituteurs et institutrices se sont à peu près tous conformés à cet égard aux pressantes sollicitations des officiers municipaux. La salutaire influence que les magistrats exercent sur les maisons d'éducation fera que la génération qui s'élève sera plus et mieux instruite que celle qui l'a précédée. Nos enfants seront ^républicains, car
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presque déjà tous les élèves, même de l'âge le plus tendre, ont actuellement quelque notion de la Constitution. Ils seront orateurs; cette récompense pleine d'émulation qu'on accorde aux plus laborieux de réciter en public, les fêtes décadaires, quelques morceaux choisis, leur donnera l'assurance de l'homme libre et développera en eux le germe de l'éloquence. La seule tache qui se présente en ce moment sur le tableau de l'instruction, c'est l'indigence et le dénûment absolu des instituteurs primaires. Les parents ne payent pas ; ils sont par eux-mêmes sans fortune. Il serait bien à désirer qu'ils eussent ime modique rétribution qui leur assure au moins le nécessaire. L'administration centrale a pris plusieurs arrêtés réglementaires sur l'instruction publique qui sont soumis au ministre de Tintérieur. L'un a pour objet de soumettre à l'examen d'un jury tous les instituteurs particuliers, de faire fermer les écoles de ceux qui seront reconnus incapables, et de n'admettre aucun citoyen à ouvrir une école, qu'il n'ait été préalablement examiné et agréé par le jury. Cette mesure me paraît indispensable. En effet la surveillance de l'administration est journellement éludée; elle ordonne la fermeture d'une école, et le lendemain c'est la cuisinière de l'instituteur qui vient prêter serment à la municipalité et qui rouvre l'école sous son nom, et le travail des autorités constituées pour épurer l'instruction publique devient la toile (le Pénélope. Le deuxième arrêté déclare que l'école d'un instituteur est réputée lieu public, et qu'en conséquence d'après la loi du 7 vendémiaire an IV, sur la police des cultes, aucun signe particulier à un culte ne peut y être élevé ou attaché. Des crucifix trouvés dans plusieurs écoles ont provoqué cette mesure, et il est tellement nécessaire d'élever un mur de séparation entre l'instruction et les cultes, que beaucoup de ci-devant religieuses se sont faites institutrices et se conduisent encore comme si elles étaient dans leur couvent à la tête de leurs pensionnaires. Le troisième institue d^s chants patriotiques dans les petites écoles comme délassement aux travaux de l'étude. Je prie le citoyen ministre de vouloir bien statuer sur ces
arrêtés
Monuments. — La loi du 13 fructidor, relative à la célébration du décadi, avait déjà reçu son exécution; les mariages commençaient à se célébrer dans les locaux destinés à la réunion des citoyens ; mais ces édifices conservaient encore des noms appartenant au culte catholique, et qui, étant actuellement prononcés sans l'épilhèle qui les accompagnait autrefois, ne formaient plus que des consonnances dures, ridicules et insignifiantes. Qu'était-ce, en effet, que l'édifice Roch, l'édifice Eustache, l'édifice Jacques du Haut-Pas, etc.? L'admi-
nistralion centrale a pensé que conserver plus longtemps de pareilles dénominations ce serait en quelque sorte céder à un préjugé gothique qu'il convenait de détruire. D'ailleurs, l'article 7 de la loi du 3 ventôse an III déclarant qu'aucune inscription ne peut désigner le lieu qui est affecté, c'était contrevenir à l'esprit de cette loi que de conserver à ces édifices des noms qui appartiennent à un culte particulier et exclusif. Je joins ici un tableau contenant les anciens noms de ces édifices, les nouveaux et les motifs qui ont déterminé l'administration dans leur choix '.Les cendres de plusieurs grands hommes reposent dans des ci-devant couvents aliénés comme domaines nationaux ; telles étaient celles de Molière, de La Fontaine, de Santeuil ; telles sont encore celles de Lebrun, de Vaucanson, etc. L'administration centrale a cru de son devoir de réparer envers eux l'ingratitude de leurs contemporains. Elle a pensé aussi que des restes aussi précieux étaient une propriété publique, dont un acquéreur de domaines ne pouvait disposer, et, en attendant que le gouvernement prenne un parti à cet égard, le placement des cendres de Molière, La Fontaine et Santeuil dans les trois Écoles centrales en activité. Santeuil est loin sans doute du mérite des deux autres, mais il a paru devoir fixer les regards dans le moment où l'Institut national propose un prix pour celui qui présentera les meilleurs moyens de ranimer l'étude de la langue latine. Quant aux hommes célèbres qui ont été inhumés dans les édifices remis aux citoyens pour l'exercice des cultes et pour les réunions autorisées par la loi, ou dans d'autres locaux non aliénés, leurs cendres y resteront déposées et des inscriptions seront placées pour en rappeler la mémoire. Ainsi le grand Corneille, sans sortir de Saint-Roch, trouve enfin la place que la nature lui avait assignée ; il est dans le temple du Génie. Malherbe est à Saint-Germain-l'Auxerrois ; il aura pour épitaphe ces vers de Boileau : « Enfin Malherbe vint», etc.; et Buiieau lui-même repose dans la Sainte-Chapelle, sous le lutrin qu'il a chanté. II existe, dans les ci-devant couvents et autres églises, beaucoup d'ossements et de cendres moins illustres, mais qui ne sont pas moins respectables. Les acquéreurs les abandonnaient barbarement aux regards du public, aux jeux des enfants. L'administration centrale a pris des mesures pour les faire transporter aux lieux ordinaires de sépulture et inhumer avec décence.
Police. — La police est mal faite à Paris. Les mises en surveillance s'amoncélent dans les portefeuilles des officiers de paix, sans donner lieu à aucune capture. « Et qu'importe? disent certains membres du
l. Voir plus haut, p. loO.
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Bureau central: nos agents en fertjnt toujours assez. Le ministre n'at-il pas sa police? » Ce qui les cliagrine le plus, c'est de n'avoir point la police des jeux. Ils vont jusqu'à désirer qu'il y ait un mouvement pour pouvoir dire : « Le ministre fait mal la police, donnez nous la surveillance des jeux, et nous répondrons de la tranquillité pidjlique.» Je suis loin de penser que celte partie dût être mieux entre les mains du Bureau central, mais je ne puis m'empêcher de revenir sur ce que j'ai déjà dit. Tolérer les uns et punir les autres, les souffrir dans les salons, les défendre dans les cafés, me paraît toujours injuste et immoral ; si, sur celte passion funeste, il y avait un calcul permis de tolérer pour l'intérêt du trésor public, ne devrait-il pas plutôt être basé sur la défense que sur la permission d'en commettre? Et certes, si l'on défendait, sous la peine d'une forte amende, de donner à jouer à aucun jeu prohibé, les amendes l'emporteraient beaucoup sur le prix des marchés qui se passent aujourd'hui. — Les brigands commencent à se rencontrer aux environs de Paris ; des patrouilles de nuit les ont effrayés. Tout est calme, mais cette tranquillité sera peu durable, si on ne réorganise promptement la garde nationale. En attendant, la gendarmerie y supplée par le développement de tous ses moyens. Les mesures de police prescrites par l'arrêté du Directoire exécutif du 21 fructidor dernier commencent à s'exécuter. Leur résultat pendant le mois dernier a été environ quinze cents lettres écrites par le Bureau central à divers commissaires du pouvoir exécutif, l'expulsion de Paris de dix-sept individus, la mise en surveillance de plusieurs
autres
Cultes. — Les théophilanthropes sont brûlants de zèle pour soutenir leur culte et propager leurs principes. Leur conduite extérieure n'a rien de contraire aux lois, dont ils se montrent rigoureux observateurs. Leurs prosélytes diminuent plutôt qu'ils n'augmentent. Le peuple esl blasé sur toutes les religions. C'est qu'il faut parler à ses yeux pour arriver à son cœur, et les théophilanthropes ne sont pas assez riches. Le culte catholique n'est pas dans un brillant état de prospérité; il est misérable comme son chef. Dans les cantons ruraux, les prêtres fêtent assez volontiers le décadi. A Paris, ils influencent toujours en sens inverse de la République ; heureusement la race des dévots paraît frappée de stérilité : ils ne se reproduisent plus. — L'administration centrale a prononcé la peine de réclusion contre quelques réfrnctaires infirmes et âgés ; elle en surveille d'autres. Les théophilanthropes comme les catholiques auraient bien désiré jouer un rôle dans les fêtes décadaires; mais la haine mutuelle qu'ils se portent les en exclut plus sûrement encore que les arrêtés du Dépar-
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tement. La religion civile me paraît devoir bientôt détruire toutes les
autres, si l'on sait en rendre les cérémonies attrayantes
Secours à domicile et hospices. — Dans les temps les plus heureux, dans les saisons les moins rigoureuses, il existe à Paris soixante mille indigents, non compris ceux recueillis dans les hospices. Lorsque les froids de Thiver suspendent les travaux el augmentent les besoins, lorsque les denrées sont à un prix plus élevé, ce nombre s'accroît jusqu'au double. Ainsi on peut compter que le nombre moyen des individus à assister dans le cours de l'année est de quatre-vingt-dix mille; un décime par jour à chacun d'eux produirait une dépense de 9,000 francs par jour, et par an 3,285,000 francs. Avant la Révolution, indépendamment des quêtes et des aumônes, les revenus appartenant aux pauvres dans les diverses paroisses et associations de Paris s'élevaient à environ 700,000 francs, dont 100,000 francs en maisons, et le surplus en rentes sur l'État, et quelques-unes sur des particuliers. La loi du 23 messidor an II ayant déclaré nationaux les biens d'hospices et autres établissements de bienfaisance, les biens des pauvres sont restés entre les mains du domaine jusqu'à l'exécution de la loi du 2 brumaire an IV, qui a rendu ces biens à leur destination particulière. Mais pendant cet intervalle, et même depuis, par erreur, une partie des maisons des indigents ont été vendues; il n'en reste aujourd'hui que quarante-deux, produisant environ 40,000 francs de loyer, sur quoi il faut déduire les contributions, les réparations, les non-valeurs. De toutes les rentes, les unes ont été remboursées par les particuliers; d'autres, confondues avec celles des fabriques ou des corporations religieuses, se sont trouvées éteintes au profit de la République ; d'autres, léguées pour fonder des écoles de travail ou d'instruction, sont contestées par la Trésorerie ; enfin les titres de beaucoup d'autres sont adirés, et jusqu'à présent il n'a pu en être liquidé que pour 220,000 francs, qui, réduits au tiers, ne présentent plus qu'une inscription de 73,000 francs. D'autre part, les biens des pauvres sont grevés d'usufruits ou de pensions viagères montant à environ 35,000 francs au profit d'anciens domestiques ou de pauvres parents des donateurs. La loi du 22 frimaire an VI comprend dans les dépenses extraordinaires du ministère de l'intérieur une somme de 230,000 francs pour les indigents de Paris; elle les appelle en outre au partage d'une autre somme de 3,700,000 francs destinée pour les secours à domicile. La difficulté des circonstances paraît avoir privé le prédéresseur du ministre actuel de la douce satisfaction de répandre sur les indigents de Paris les bienfaits du gouvernement ; celui-ci sera sans doute plus heureux. Le seul revenu des pauvres de
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Paris pendant l'an VI a donc été 1 impôt sur les spectacles, qui leur a produit environ 360,000 francs ; cette somme, répartie à quatrevingt-dix mille individus, a donné 4 francs pour chacun dans le cours de Tannée, c'est-à-dire un centime par jour. Tout modique qu'était un pareil secours, le zèle des Comités de bienfaisance a néanmoins su l'utiliser, l'augmenter même par une sage dispensation. Ainsi, au lieu de la faible aumône journalière d'un centime, qui ne sera d'aucun profit, c'est un pain de 4 livres qui se distribue chaque décade à un père de famille, c'est une livre de chandelles, deux fagots, etc., versés à propos dans un ménage indigent. Quelques comités ont établi des marmites, mais l'utilité de ces établissements n'est pas généralement reconnue. Ils passent même pour abusifs dans l'esprit d'un grand nombre de Comités de bienfaisance. En eflét leur direction est donnée à des sœurs du pot, qui commencent par prélever leur portion sur la portion des pauvres, et qui, étrangères à toute idée libérale, font de la distribution des secours une affaire de parti, et favorisent la protégée de M. l'abbé un tel aux dépens de l'infortunée qui refuse de courber sa tête sous le joug sacerdotal. Il faudrait d'ailleurs donner aux Comités de bienfaisance des instructions sur la manière la plus économique de préparer les aliments, surtout en consommant le moins de bois qu'il est possible. J'ai loué le zèle des Comités de bienfaisance ; cependant leur nomination, qui a près d'un an de date, ne parait pas avoir été faite dans des intentions 1res pures, et il s'y est glissé quelques ferments d'anarchie. Le Bureau central s'occupe de leur épuration, mais il ne faut pas se dissimuler la difficulté de bien composer ces comités. La nature de leurs fonctions semble y appeler de préférence les gens riches, et, parmi les gens riches, il ne se trouve pas encore beaucoup de républicains. Y placer des hommes accessibles au besoin, il est à craindre de les voir accessibles à la séduction
Approvisionnements et subsistances. — Il est donc exaucé, ce vœu que le peuple de Paris formait depuis si longtemps ! Qui ne se rappelle qu'en 89 et 90 toutes les bouches, tous les journaux, toutes les gravures ne demandaient que ce que l'on nommait alors trois fois huit, c'est-à-dire le pain, le vin, la viande à 8 sols. Grâce à la sollicitude du gouvernement, le peuple jouit aujourd'hui de ce qu'il demandait alors avec de si vives instances, ou plutôt il possède sans jouir. Les manœuvres des étrangers s'opposent continuellement à son contentement. On ne les voit pas, ces perfides insulaires; mais le bon citoyen, comme le sauvage d'Amérique, les sent et indique leurs traces. Leurs détestables œuvres sont le plus sûr garant de leur pré-
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sence. On ne peut pas dire précisément : « Les voilà, donc il va y avoir du mal », mais on peut dire : « Là il y a du mal, donc ils y ont passé. »
Émigrés. — L'administration centrale vient d'arrêter la cent-cinquième partie de la liste des émigrés de ce département. Elle comprend soixante-dix-neuf individus, dont l'absence était déjà légalement constatée, soit par arrêté du Directoire exécutif ou par des renseignements transmis par les ministres et les municipalités. En formant cette nouvelle liste, l'administralion s'est pénétrée de la nécessité d'exécuter la loi, mais aussi d'éviter ces inscriptions hasardées qui compromettent injustement la tranquillité des familles. Chaque article a été appuyé de pièces justificatives distinguées par un dossier particulier; toutes les indications sont faites par noms, prénoms, professions et demeures, de telle sorte qu'il est impossible qu'il s'élève à leur égard ces questions d'identité qui n'inquiètent que trop souvent les citoyens auxquels on n'a jamais pensé. Parmi les individus portés sur cette liste en exécution d'arrêtés du Directoire sont : Pichegru,
Willot, Ramel, Truguet, etc Dupin.
(Arch. nat., F»': m, Seine, 20.)
MDII
1*' BRUMAIRE AN Yll (22 OCTOBRE 1798).
Rapport du bureau central du 2 brumaire.
. . . Journaux. — On croit essentiel d'observer que le Courrier de Paris et le Publiciste donnent à croire que, dans les communes rurales du département de la Dyle, l'exécution de la loi sur la conscription éprouve des difficultés, ou plutôt des obstacles ; qu'à Louvain, entre autres, on s'y refuse hautement ; le Courrier de Paris dit de plus à ce sujet qu'à Gand l'émigration continue. — 11 y a dans le Publiciste une série de nouvelles qui semblent faites pour susciter des alarmes ou pour faire naître le découragement. Tantôt il est question de grands armements par la Prusse, tantôt d'une défaite de Passaw- Oglou. Ailleurs, une phrase commence ainsi : « Pendant qu'à Paris on murmure la prise d'une partie de notre division de Brest par l'amiral Bridpart«, etc., manière adroite de répandre des bruits qui n'existent nullement. — Les autres feuilles ne donnent lieu à aucune remarque importante. Cousin.
(Arch. nat., BB » 89, et F ' 3842.)
175 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 octobre 1798]
Journaux.
Clef du Cabinet du 2 brumaire : « Paris, le /"■" brumaire. ...Le public amateur da théâtre de la République sait, par ses privations, que la citoyenne Mézeray est depuis quelque temps malade ; mais il ne sait pas que l'incommodité qui lui cause des douleurs si violentes à la tête provient de la faiblesse qu'elle a eue de suivre la malheureuse mode de faire couper ses cheveux. Nous pourrions ajouter d'autres exemples à celui-là. Ils n'efi'rayeraient peut-être pas davantage nos jeunes imjirudentes. Ce ne sera que lorsque leur santé sera totalement détruite, qu'elles seront fâchées d'avoir adopté des coutumes perfides même à la beauté. » — Clef du Cabinet du 4 brumaire : « ...L'administration départementale de la Seine a i)résidé, le i^r brumaire, à la rentrée des Écoles centrales dans le local préparé à cet effet, à la maison du ci-devant Oratoire, rue Honoré. Le citoyen Joubert, président de cette administration, a ouvert la séance par un discours plein d'idées et de sentiment. On sait que les cendres de Molière, de La Fontaine, de Santeuil et de plusieurs écrivains célèbres viennent d'être transférées aux Écoles centrales du Panthéon '. Cette translation, l'émulation que doivent exciter ces grands hommes ont fourni à l'orateur le texte principal de son discours. Différents professeurs des Écoles centrales ont parlé après lui. Tous ont eu du succès. Des chants, des symphonies, exécutés par les aveugles-nés, ont été vivement applaudis ; et les amis de la patrie se félicitaient, en sortant, des espérances que nos écoles commencent à donner à la France républicaine » — Publiciste du 2 brumaire : « Paris, le Z^'" brumaire. On
assure que les rentiers et les pensionnaires de l'État vont recevoir un semestre sur ce qui leur est dû. On dit qu'une partie des contributions va être spécialement affectée à ce payement. Cette nouvelle, en relevant les espérances de tant de malheureux, est d'un heureux augure pour le rétablissement du crédit public »
MDIII
2 BRUM.\mE AN VII (23 OCTOBRE 1798).
Rapport du bureau central du 3 brumaire.
. . . Journaux. — On est fondé à croire et même à dire que les opinions du Courrier du Corps législatif subissent depuis quelques jours un changement très désavantageux. Indépemlamment des observations précédentes, par lesquelles on a justifié ce sentiment, on fera celle-ci : qu'après avoir reproché à the Cou/ver, journal anglais, d'avoir donné, puis rétracté l'annonce de l'évasion de Willut, et après avoir remarqué que cet individu avait été porté sur la liste des